Pourquoi t’es pas sur Amazon, Facebook ou Google, hein ? Pourquoi ?

Alors oui pourquoi hein ?, on se demande.

Parce que je déteste Amazon – autant que je déteste Google et Facebook et Microsoft et Apple (liste non exhaustive, mais avec ces cinq boîtes, on a déjà 99% des pages visitées par les internautes).

C’est exactement comme si un militant anti-capitaliste possédait un compte Facebook (c’est de la pure fiction, une telle chose n’arrive jamais), ou bien comme si un adepte du végétarisme allait déjeuner tous les dimanches midi au Macdo : « je prendrais seulement une salade s’il vous plaît », ou qu’un défenseur du logiciel libre craquait pour le dernier iphone (pareil : pure fiction).

Quand avec Christophe, mon éditeur, on s’est mis en tête de publier mes derniers textes en version numérique, vu qu’il était difficile de financer là maintenant tout de suite une impression papier et que ça me peinait d’attendre des mois alors que je suis déjà passé depuis longtemps à autre chose &c, j’ai tout de suite posé mes conditions : pas d’Amazon, et pas d’ebook. Un epub oui, d’accord, ça sera très bien. Et en accès libre le epub. Librement téléchargeable. Comme Christophe non seulement en tant qu’éditeur, mais aussi dans ses autres activités, est rompu aux luttes sociales (et syndicales), ça ne lui a pas posé de problème, au contraire, donc, basta ! Amazon, cette multinationale qui voudrait s’accaparer la totalité du web, et même la totalité totale et sans reste du commerce mondial, cette boîte immonde qui vend des bouquins comme elle vend des chaussettes (je n’ai rien contre les chaussettes, et je dois admettre que j’apprécie plutôt les grosses chaussettes, style chaussettes de montagne qui tiennent les pieds au sec même quand on a crapahuté des heures dans la neige, et d’ailleurs je dépense certainement autant d’argent pour les chaussettes que pour les livres, ou pas loin !), cette entreprise par laquelle le monde entier tend irrésistiblement à ressembler à une vaste plaquette publicitaire – acculant (!) le vivant à n’être ou bien qu’un objet de consommation, ou bien un consommateur, ruinant tout autre alternative – bon je m’emporte d’accord, mais c’est vraiment ce que je pense.

Je hais la publicité. Je hais le fait même de se vendre. Du coup, je suis toujours plus ou moins au chômage étant incapable de vendre sur le marché du travail mes innombrables et pourtant précieuses compétences (me promener, me promener avec mes chiens, me promener à skis, me promener avec de grosses paires de chaussettes qui tiennent les pieds au sec même quand il neige à tout rompre), privant ainsi le monde de mes innombrables &c, et du re-coup mes livres ne se vendent pas non plus, bien qu’on les lise (le dernier a été lu si j’ai bien compté par au moins sept personnes, oui 7, comme dans les 7 guerriers de l’apocalypse ou les 7 jours de la création – sauf que chez moi c’est plutôt tous les jours dimanche).

Et pourquoi un epub et pas un ebook – je n’aime pas beaucoup le mot « pub » pourtant, ma sympathie allant plutôt vers le mot « book« . Hé bien parce que le Epub est, je cite Wikipedia, « un format ouvert standardisé pour les livres numériques« . Et voilà. Alors que le Ebook, pas du tout, au contraire, surtout dans sa version amazonesque. C’est devenu la « marque » par laquelle Amazon commercialise les livres numériques lisibles sur sa machine (Kindle), un format propriétaire (en réalité un fichier au format .azw) – et figurez-vous qu’évidemment, la liseuse d’Amazon ne lit pas les formats Epub (ouvert donc) ce que cet article de Softronic explique sans fard :

Attention, le Kindle d’Amazon ne supporte pas le format ePub. Bien qu’ayant la réputation d’être la liseuse la plus vendue au monde, Amazon juge inutile (pour l’instant) d’ajouter l’apport du support ePub. Raison invoquée? Selon Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon, disposer d’un format propriétaire (AZW) et ne pas dépendre d’un format tiers (ePub) permet à Amazon d’innover plus rapidement et de proposer plus de nouveaux services à ses clients.

Traduction possible: une des forces du format AZW est son système de protection numérique. Assurer aux éditeurs un système anti-piratage (DRM) fiable est un argument majeur qui a sûrement favorisé la rapide constitution du catalogue de 600 000 livres que compte Amazon sur son magasin en ligne…

Bref, si vous êtes écrivain et que vous n’aimez pas Amazon, créez des Epub, et tant pis pour les propriétaires des liseuses Kindle.

Bon. D’accord, mais pourquoi pas Facebook, qui est tout de même bien pratique pour se faire connaître hein, et pourquoi pas google, alors là vraiment google, on voit pas pourquoi !

Parce que je n’aime pas qu’on examine mes faits et gestes sur internet (et ailleurs) pour en tirer un tas d’informations destiné à alimenter de gigantesques bases de données susceptibles de fournir des fichiers clients à destination de toutes les boîtes de merde qui les utilisent pour envoyer des spams dans ma boîte aux lettres et m’appeler aux heures les plus incongrues du jour et de la nuit. Déjà que l’espace humain est littéralement saturé de publicités (voir l’excellent article de Mathias Reymond dans Acrimed : « la publicité en ligne : les médias débloquent » et cette autre étude, ravageuse, d’Arnaud Prêtre, publiée sur Etopia : « Publicité, « part de cerveau disponible »… et libre-arbitre »), je ne vais pas en plus participer avec zèle à la collecte par des entreprises quasi-mafieuses de mes propres données ! Moi qui ait en horreur les théories comportementales et cognitives appliquées au marketing, je ne vais tout de même pas leur servir de cobaye sous prétexte que « c’est bien pratique quand même ces web services hein… ». Surtout quand on sait que les intérêts des marchands croisent assez facilement ceux des services de renseignement – on surveille nos déplacements dans les rues à l’aide de caméras, nos objets connectés (GPS, téléphones portables, cartes à puce, et j’en passe – on en voit apparaître un nouveau tous les matins que le Diable fait) sont des centres d’informations disponibles nous concernant à qui veut bien les lire, et bien entendu, la totalité de votre comportement d’internaute (y compris évidemment bande de naïfs vos conversations soi-disant privés sur Facebook, vos recherches sur Google, vos achats sur Amazon, &c &c) – ha, ce zèle avec lequel le citoyen contemporain se donne en pâture aux espions en tout genre, comment il livre avec une générosité sans faille le plus intime de sa vie intime. Le capitalisme (naturellement allié aux régimes sécuritaires – citez-moi un gouvernement qui ne soit pas occupé à développer des outils sécuritaires !) a vraiment rendu les gens totalement abrutis : c’est là son grand succès (enfin, un de ses grands succès, le plus grand ayant été de faire de ceux là-même qu’il exploite sans vergogne les plus zélés de ses thuriféraires.)

Monde de merde.

Mais je m’égare.

Cela dit, si vous souhaitez vous aussi essayer de résister autant que possible à l’échiquier du mal (humppfff !), voici quelques conseils amicaux :

  1. Barrez-vous au fin fond de la Patagonie (il reste encore là-bas des sommets qu’on n’a pas encore gravis : ne prenez surtout pas de téléphone portable, de toutes façons ça capte pas, et prévoyez de bonnes chaussettes chaudes pour garder les pieds au sec &c) Sinon :
  2. Ne publiez pas vos livres sur Amazon.
  3. Achetez vos bouquins chez un libraire (un vrai, avec la barbe et des lunettes sur le nez et un accent irlandais) s’il s’en trouve encore un près de chez vous. (Sinon : allez sur une librairie online sympathique qui ne travaille pas avec les services de renseignement.)
  4. Supprimez vos compte Google, Facebook, et Microsoft (et d’autres si affinités). Le mieux est encore de modifier votre fichier /etc/hosts si vous êtes sur linux (les autres, faut suivre les conseils donnés ici). Par exemple, mon fichier /etc/hosts ressemblent en ce moment à ça (et la vie est plus douce)0.0.0.0 facebook.com
    0.0.0.0 www.facebook.com
    0.0.0.0 login.facebook.com
    0.0.0.0 static.ak.fbcdn.net
    0.0.0.0 b.static.ak.fbcdn.net
    0.0.0.0 login.facebook.com
    0.0.0.0 fr-fr.facebook.com
    0.0.0.0 fr-ca.facebook.com
    0.0.0.0 google.com
    0.0.0.0 google.fr
    0.0.0.0 google.org
    0.0.0.0 www.google-analytics.com
    0.0.0.0 google-analytics.com
    0.0.0.0 adnext.fr
     

    Au fait il existe bien d’autres moteurs de recherche hein, autres que google ! (et pour modifier le fichier sous linux, qui est en fait un fichier de redirection d’adresses IP, ça se fait comme ça dans le terminal : sudo gedit /etc/hosts – remplacez gedit par votre éditeur de texte favori)

  5. Désinstallez immédiatement Microsoft Windows et Apple Mac Os machin et passez à Linux (ou BSD ou ce que vous voudrez pourvu que ce soit opensource). Microsoft et Apple adorent vous pister, vous collecter jusqu’à la moelle après quoi vous êtes tout jouasse d’avoir tant consommé mais exsangue, vous découper en petits morceaux d’informations qu’ils revendent et dont ils tirent profit – et avec lesquels un de ces jours ils espèrent contrôler le monde – sauf qu’Amazon et Google et Facebook ont grosso modo le même projet alors c’est pas gagné, mais, quoi qu’il en soit, laissez-les jouer sans vous : barrez vous !
  6. Du coup, sans Microsoft et sans Apple, vous serez débarrassés d’Internet Explorer et de Safari. Très bien. Sauf que même si vous installez un navigateur libre, il va falloir ajouter une ou deux fonctions pour limiter (juste limiter, mais c’est déjà ça, on fait ce qu’on peut) la curiosité de nos multinationales. Oubliez Adblock, sont pas nets (paraît qu’ils s’arrangent pour bloquer certaines boîtes mais pas d’autres). En ce moment (avril 2016) j’utilise uBlock Origin et Ghostery. Et quand je milite pour la fin du monde et prépare le maquis, bref, que je m’adonne à des activités ultra-secrètes dont seuls mes chiens sont au courant, je préfère carrément utiliser un navigateur sous réseau Tor : Tor Browser. Bon, si ça se trouve, ça sert à rien, même le cryptage, y’en a qui disent que le FBI et la CIA sont déjà capables de le démonter (et du coup, vous devenez louches avec toutes ces précautions, ça risquerait même d’attirer l’attention, rien que de publier cet article, ça pourrait me valoir des emmerdements – bref, c’est une croix : repenser alors sérieusement à la solution 1 – patagoniaque)
  7. Ne cédez pas à la tentation du cloud : vos applications et vos données ne sont pas du tout « dans les nuages », elles sont inscrites sur un disque dur dans un data center, un parc de stockage de données situé quelque part, localisable et propriété d’une de ces grosses compagnies qui vous veut du bien. Le bon vieux disque dur rangé dans votre Pc ou sur votre bureau a bien des vertus et il n’est pas si facile d’y accéder (surtout si vous utilisez un système d’exploitation sécurisé). Une fois sur le cloud, vous léguez à la compagnie qui héberge vos données et propose des services web la totalité de vos faits et pensées. On ne peut plus simplement parler ici d’un problème avec l’intimité, mais carrément d’une vocation à l’extimité !
  8. Jetez dans une décharge publique, voire un centre de tri (mais pas en pleine nature parce que c’est pas du tout biodégradable !), votre téléphone connecté et tant que vous y êtes, tous vos objets connectés (vos montres connectés, vos vêtements connectés, les puces que vous avez implantées volontairement dans votre cerveau parce qu’à l’époque ça semblait assez fun, ok, je prends de l’avance, mais dans dix ans, on pourra évoquer ces objets sans passer pour un martien. Bon, d’accord, la carte de crédit ou de retrait, ça va être chaud, sauf si vous avez décidé finalement de suivre le conseil numéro 1, la Patagonie). L’idéal serait de supprimer internet mais bon, y a tellement de trucs intéressants sur le net (une fois qu’on a viré tout ce que les grosses compagnies sus-citées tentent de nous faire passer pour LE NET. Quand on pense qu’il y a des gens suffisamment abrutis ignorants pour considérer que Facebook constitue la totalité de ce qu’on peut faire sur internet  – ou pire : qui tout en likant des conneries sur facebook pensent qu’ils n’ont pas de connexion internet (sic sic sic).
  9. Allez vomir.
  10. Bon, c’est pas tout mais il est déjà 20h48 et j’ai même pas dîné. Paraît qu’il va neiger ce week-end, l’avant dernier week-end d’avril, de la neige, ha ! C’est pas encore le moment de ranger les skis.

I LOVE DIKEMBE !!!!!

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