Harrison, L’été où il faillit mourir

9782267018103Les américains excellent dans l’art de la nouvelle (la « short story ») et de la novella (un récit un peu plus développée que ce que nous appelons « nouvelle »  – genre peu usité de ce côté-ci de l’Atlantique). J’ai déjà dit (ou pas) que parmi les plus admirables nouvelles jamais composées, celles que William Gass a réunies dans ses recueils (In The Heart of the Heart of the Country (1968) et Cartesian Sonata and Other Novellas (1998)) occupent une place particulière dans mon panthéon littéraire – et ne cessent de me hanter.

J’ai lu cet après-midi à la sieste – du coup j’en ai oublié de dormir – le premier texte du recueil de trois novellas de Jim Harrison, L’été où il faillit mourir (titre du texte en question). Le récit est dans la veine du nature writing dont Harrison est un des représentants historiques et éminents, même si son œuvre se déploie bien au-delà des rocheuses et des montagnes à ours.

le texte frise la perfection. D’une densité exceptionnelle, riche de trouvailles inédites, souvent hilarant, sans oublier d’être aussi mélancolique qu’une rivière à truites dans la solitude d’une montagne perdue. Le génie d’Harrison s’incarne dans la peinture de ses personnages, Chien Brun (CB), l’homme des bois à l’inaltérable libido, Delmore, le vieil homme qui, l’âge venant, sent l’indien qu’il était se réveiller en lui, Red, l’adolescent passionné de cosmologie, Belinda, dentiste à l’insatiable appétit sexuel, Grethen, assistante sociale lesbienne pour laquelle CB brûle d’amour, et surtout Baie, la petite fille qui chante le langage des oiseaux, la plus fascinante autiste de la littérature à mon avis.