Nous avançons comme nous pouvons, le chien et moi, nous nous frayons un passage dans le brouillard, tout à l’heure, quand nous sommes descendus de la voiture, le chien et moi, je savais fort bien où nous étions, j’ai regardé la carte en pensant aller dans la direction de la croix de la Paille, mais…
Read More Hommes égarés dans le brouillard
(Sixt-fer-a-cheval, 1989) les eaux bouillonnent dans l’obscurité jusque sur les cuisses – et parfois une trombe jaillit éclabousse – la traversée paraît infiniment longue – beaucoup trop longue – je me suis retrouvé coincé entre une falaise et les eaux montantes d’une rivière en crue – pas d’autres options que de franchir les dix mètres…
Read More Le Torrent
(Le Mont-Dore, été 1996) Le sentier démarrait juste derrière l’hôtel du Casino : on s’était frayé un chemin entre les voitures garées sur le parking, le genre de voiture qu’on pourra jamais s’acheter, jamais, et d’ailleurs c’est un train qui nous avait transporté jusqu’ici, des trains pour être exact, une bonne journée de voyage pour quelques…
Read More L’Ascension du Puy de Sancy
(Limoges-Saint-Léonard de Noblat premier jour de mars 1989) Et me voilà sur la grand route plongée dans la nuit la plus obscure. Des camions hurlaient en passant près de moi, leurs phares illuminant la nuit au dernier instant et à chaque fois, je craignais qu’un des conducteurs, effrayé par cette apparition, la sorte de fantôme…
Read More Nocturne
(Plateau de la Peyre Rouge, pas de l’Aiguille et refuge du Chaumailloux, Vercors, 1984) Nous avions déjà pris nos quartiers pour la nuit, l’homme à la moustiquaire et moi, quand les deux belges sont arrivés. Maintenant que ce versant de la montagne se trouvait dans l’ombre, la fraîcheur s’abattait brusquement, nous incitant à sortir les…
Read More L’Homme à la moustiquaire
Un écrivain, fut-il apprenti écrivain, fut-il médiocre, fut-il écrivain à l’essai, a besoin de passer deux heures à la terrasse du bar de l’Escale, près de l’embarcadère du lac de Garabit. Un écrivain, quel qu’il soit, ne doit en aucun cas manquer les douceurs particulières d’un été indien, le soleil grisant, les vaguelettes agitant discrètement…
Read More L’Escale
À la terrasse du café de la ville basse, je ne descends que le dimanche, le dimanche est un jour où j’aime à descendre en ville basse, parmi d’autres gens, des gens que je ne croise que le dimanche, plus pauvres que les gens de la ville haute, moins snobs, moins maniérés, à la terrasse…
Read More Masante
Septembre me prend toujours à revers. Je devrais le savoir à force : septembre ne manque pas d’arriver, bon an mal an, et ça fait des années que ça se répète, les feuilles commencent à flétrir, les arbres de chez nous s’en lassent assez vite, les laissent tomber sans remords, déjà, les chemins forestiers en…
Read More Septembre
J’ai sous les yeux le livre d’un poète. Je tairais le nom de ce poète, car il n’est pas très connu — je veux dire qu’il m’était inconnu jusqu’à ce que je lise son livre, lecture dont la durée n’a pas excédé deux minutes, montre en main, après quoi c’était déjà fini. Je lis rarement…
Read More Littérature et comptabilité
Les articulations — une à une se décoincent : la cheville, le genou, les hanches, les épaules, la nuque — deux trois pensées aussi. Le stade de foot — herbe sèche et jaunâtre / poussière voletant quand j’y fourre le pied : déclivité surprenante (remonte doucement vers la cage du gardien de but à l’ouest,…
Read More Un Footing
Montant lentement, péniblement, comme il se doit quand on est malade — une saleté ! des milliers de minuscules rongeurs aux griffes aérés qui vous raclent l’intérieur des genoux, les tumultueux flots de douleurs s’élançant à partir de là jusqu’à la nuque, suivant méticuleusement chaque millimètre de nerfs dont le Bon Dieu crût bon de…
Read More La Pensée
Au bar de l’hôtel de ville, Gaston, qui tenait autrefois la salle de jeux : pacman, flipper, babyfoot, space invaders — y ai claqué toutes mes économies de lycéen avant de réserver les dites économies pour d’autres usages. En fin de course le Gaston — l’est déjà vingt trois heures du soir —, comme son…
Read More La Jeunesse
« Vivre tue » Il se sentait tout à fait incapable d’exposer, si tant est qu’il s’en soit trouvé un pour exprimer ce souhait, les étapes de son raisonnement, mais la conclusion lui paraissait irréfutable. Arrivé à ce point, il ne lui restait plus qu’à adopter une philosophie selon laquelle le mieux qu’on puisse faire,…
Read More Vivre tue
J’ai décidé d’être honnête avec vous. Honnête. Je suppose que je devrais m’en réjouir ? Pas forcément. Réfléchissez un instant. Si je place ce rendez-vous sous le signe de l’honnêteté, Alors qu’en est-il des dernières fois ? Les dernières fois, vous étiez malhonnête. Malhonnête, je n’irai pas jusque là. Je n’étais pas honnête, pas vraiment.…
Read More Dialogue pour l’emploi
(extrait 1) L’homme au bandeau s’effondra dans la neige, et c’est à ce moment-là que nos regards se sont croisés, le mien et celui de l’homme qui se contentait jusqu’alors d’observer sans rien dire. J’étais fasciné par ce meurtre, et l’homme me regardait, également fasciné par ma présence. Quelques secondes se sont écoulées, le vent…
Read More Extraits
Zero Résumé des épisodes précédents : il n’existe pas d’épisodes précédents 21h15 : Il reste assez pour en rouler encore trois. Mes dernières cigarettes contiendront peu de tabac, beaucoup de papier, un filtre. Le papier et le filtre sont biodégradables, raison pour laquelle les fabricants ont apposé le sigle BIO sur l’emballage. Sur le paquet…
Read More Haïr Allen Carr
Ma première 4L était blanche, la seconde était tout aussi blanche, mais la troisième était bleue. Au bas du coffre, à l’arrière, était inscrit la mention : SAFARI. Ma troisième voiture était donc une 4L bleue safari. Je dois en premier lieu faire l’aveu de mon absence d’intérêt absolu pour l’automobile. Si c’était possible, je m’en…
Read More 4L
Que le narrateur n’a aucune raison valable de se lever 8h32 — après avoir vaqué, pour autant que je m’en souvienne, une bonne partie de la nuit à des occupations diverses et variées — : chercher une Tabanne dans les bois du Pirou avec mon chien Tapou, une Tabanne que j’avais bien repérée sur la…
Read More Un Autre Dimanche
LE LENDEMAIN – le fait est que ce matin-là : 1. je suis en vie pour autant qu’on puisse l’être 2. mon frère aussi qui descend l’escalier pour aller à la cuisine 3. les tartines grillent et le beurre sur la table nous fait de l’œil. – rien que pour ce petit-déjeuner divin : ça…
Read More La Chute
Après le buron qui marque le passage du col, j’ai pris tout de suite le sentier sur la gauche, plein sud, le sentier qui grimpe dur, le sentier qui mène de suite sur la crête, j’avais besoin de me calmer, il fallait que ça grimpe dur, une pente plus douce n’aurait pas suffi, j’avais besoin…
Read More La Colère (une ascension)