Encore une fois, je me trouve quelque part. On dit qu’on se « retrouve », ce qui est beaucoup dire. Pour se retrouver, encore faudrait-il que j’ai fini de me perdre. Tel n’est pas le cas, loin de là. Je suis bel et bien perdu. On se retrouvera plus tard, ou pas (et peut-être trop…
Read More A place to come to
En discutant avec mon plus jeune frère, B., au téléphone, au fil d’associations d’idées diverses, alternant plaisanteries légères, réflexions existentielles et souvenirs incertains, nous voilà évoquant un jeune homme qu’on avait connu dans les années 80 à Poitiers, dont il croit savoir qu’il est décédé récemment, m’apprend-il, et je me suis rappelé cette soirée où,…
Read More De la délinquance
Matinée bruineuse, ciel gris. Je pars explorer la ville, comme chaque matin. Une rue, puis une autre, que je ne connaissais pas. J’arrive au cimetière. Il faut bien qu’il y ait quelque part un cimetière. Celui-là est vaste, divisé en carrés séparés par des allées avec des noms de fleurs et d’oiseaux, comme tous les…
Read More Comment meurent les morts.
Au café ce matin (je fais un écart dans ma vie monastique : 1,50 euros, donc) Ce sera tant pis pour l’écriture : je capte une conversation, et n’y résiste pas. Un gars, la soixantaine (bien tassée puisqu’il est né en 1961), « marqué par‘ la vieheu »… J’ai vite fait d’activer mon dispositif magique d’incitation au récit de soi,…
Read More Des biographies exaltées
Allen Carr, je te hais par Dana Hilliot (2012) (à lire au format PDF ou EPUB.) Zéro Résumé des épisodes précédents : il n’existe pas d’épisodes précédents 21h15 : Il reste assez pour en rouler encore trois. Mes dernières cigarettes contiendront peu de tabac, beaucoup de papier, un filtre. Le papier et le filtre sont biodégradables,…
Read More Allen Carr, je te hais (2012)
« Le cours des « événements objectifs » est bien trop rapide pour que l’on puisse réagir et l’assimiler, au niveau de l’action ou de l’expérience vécue. » H. Rosa, Accélération : Une critique sociale du temps (2004) On estime que, suite à l’explosion, des millions de litres auraient été déversés dans les eaux du lac, privant pour des décennies…
Read More Jusqu’à la lie
Durant les années les plus incertaines de ma vie tumultueuse, j’ai été amené, par nécessité, à faire la manche. Ces situations m’ont toujours plongé dans l’inconfort le plus extrême : c’est toujours après de longs et pénibles entretiens avec moi-même, hésitant, saturé d’inquiétudes, jusqu’à trébucher, tandis que, d’un air apparemment détaché, je parcourais lentement les rues…
Read More Faire la manche
Depuis mon bureau et ma chambre à coucher, ou en me promenant près des étangs, je m’offre pour cette saison maudite un voyage en mélancolie, comme le font ceux qui n’ont pas le sou pour voyager d’une autre façon. Je retourne à Santander. Je suis allé deux fois en l’espace de quelques mois là-bas, c’était…
Read More Le dernier voyage (pressentiment)
En me promenant tantôt je me suis : il me faudrait un bonne tempête de neige. Histoire de remettre les pendules à l’heure. Trier le bon grain de l’ivraie. Quand j’habitais en montagne, je m’offrais chaque année le luxe d’une tempête de neige. Dès que le temps se gâtait, je sortais, une paire de skis…
Read More Tempête de neige
Nouvelles visions. Mon ami Bernard qui est photographe, randonneur, et fabrique des images incroyables, m’a offert un tirage épatant d’un paysage enneigé de la haute vallée du Siniq, en-dessous de Puy Gros, un bout du monde que nous aimons beaucoup lui et moi, des prairies de montagne dans lesquelles on ne voit guère d’humains,…
Read More Nouvelles visions.
Mon automne définitif et à tout jamais c’est quand je traversais le parc de Blossac, à grand pas et le cœur si léger, on était en 1986, je venais de faire mon entrée à la faculté de philosophie, à l’Hôtel Fumé, un endroit magnifique, aux façades gothiques, où l’on imaginait très bien qu’autrefois étudiaient Rabelais,…
Read More Mon premier et dernier automne
Ce dont je me souviens. L’accident du microphone : nous étions plongés dans l’enregistrement d’un de mes albums, c’était, disons, à la fin des années 90, il enregistrait des chœurs je suppose, l’ingénieur du son et moi étions affairés à nos consoles, et soudain, silence, le chant se tait, juste des grésillements et une…
Read More D’un ami perdu
Les as-tu brûlé en définitive ces – pas encore non pas encore mais demain probablement demain – en attendant je les ai : lus, tous lus, depuis le début, à peu près dans l’ordre, me fiant aux dates quand ils étaient datés, me fiant à d’autre indices quand ils ne l’étaient pas, l’encre par exemple,…
Read More Nous vivions comme si la fin du monde était imminente
(Angoulême, 1998) À la fin du siècle dernier, on s’est retrouvé par hasard, Jean-Christophe et moi, dans un petit rade tenu par une vieille femme arabe aux abords des remparts d’Angoulême. Cette virée dans les bars concluait une interminable journée d’automne – je travaillais alors dans un lycée technique, enseignant la philosophie et d’autres matières…
Read More Les Sacrifiés
(Aire sur l’Adour, 2004, Santander, 2002) Ce matin j’ai repensé à ces autres fois. J’y ai repensé parce que j’ai oublié de prendre l’argent que je venais de retirer dans le distributeur automatique de billets de banque. J’avais retiré vingt euros. Ces vingt euros constituent tout ce sur quoi je peux compter d’ici le 7…
Read More Les Distributeurs automatiques de billets de banque
(Angoulême, 1999) Elle m’a fait un signe genre ramène toi là — j’étais à l’autre bout du comptoir et avec le monde qui traînait dans ce bar, je n’ai d’abord pas cru qu’elle s’adressait à moi, que c’est moi qu’elle souhaitait voir auprès d’elle, alors j’ai levé les sourcils, ces sourcils à elle n’existaient plus,…
Read More After Hours
(Île d’Yeu, 1987) Là, maintenant, je tremble en entamant la traversée de la passerelle qui conduit du pont du bateau de pêche à la terre ferme, et je dois admettre que j’ai hâte de rejoindre l’île et laisser derrière moi le bateau de mes nouveaux amis, Mario et, comment s’appelle-t-il ?, je n’en sais fichtre…
Read More La Vie insulaire
(Bayonne, 2002) Je me souviens qu’au moment précis où je passais la frontière après Irun j’écoutais sur mon walkman Shake the decease de Depeche Mode et que cela me parut un présage favorable. J’avais dépensé mes derniers pesetas en échange d’un café et d’un paquet de chips sur l’aire de repos où les camions s’entassent,…
Read More Bayonne
(Santander, Espagne, 2002) À ce moment-là, elle a reculé de quelques pas, relevé sa jupe et s’est accroupie pour pisser avec cet air décidé et ce sourire inquiétant comme lorsqu’elle m’avait saisi la main la première fois et tiré à travers la ville par ses rues à elle, sombres et douces, jusqu’à l’hôtel où j’avais…
Read More El Santuario de Nuestra Señora de La Bien Aparecida
(Étang de la Gabrière, 1987) J’ai retrouvé dans les cartons, les cartons que j’ai fini par ouvrir, j’en avais fait grand cas de ces cartons et même, j’ai écrit un livre à leur sujet, un livre qui racontait comment je m’étais montré, durant des mois, incapable de les ouvrir, et, comme ce livre est désormais…
Read More Chez Lily