La danse des dieux chez Proclus

Si l’on veut essayer de se pénétrer de l’idée selon laquelle dans les mondes antiques méditerranéens, « tout est plein de dieux », on peut se plonger dans la délirante sophistication de la pensée de Proclus, pensée tardive certes dans l’histoire de la philosophie grecque, mais qui fait une synthèse fascinante de plus de mille ans de philosophie et de spiritualité – le chant du cygne du polythéisme (même si Damascius, Simplicius ou Olympiodore chanteront encore un peu après lui). Les dieux expriment les concepts et les concepts expriment les dieux. Et cette fantastique capacité d’assimilation des cultes et des mythes, tous ces dieux de la méditerranée et du proche et moyen-orient dansant ensemble dans une synthèse cosmique (et amoureuse – tel est Proclus, prenant au pied de la lettre l’idée que toute chose contemple, même les cailloux inertes ! peut-être les plus beaux textes de Proclus d’ailleurs, sont ses hymnes, dont voici un extrait :

Nous célébrons, oui, nous célébrons la lumière qui conduit les mortels dans les hauteurs, les neuf filles à la voix éclatante du Grand Zeus. Elles délivrent les âmes errantes, comme des exilées, dans les profondeurs de l’existence, des douleurs de la terre, dures à supporter, en les initiant aux mystères immaculés tirés de livres qui éveillent l’intellect. Elles leur ont appris à se hâter de suivre le chemin qui conduit par delà l’oubli aux flots profonds, et à remonter toutes pures vers l’astre qui leur est apparenté, d’où elles se sont écartées le jour où elles tom bèrent aux rives de la génération, follement désireuses d’une destinée matérielle. Eh bien, Déesses, calmez en moi aussi un élan impétueux et enivrez-moi des paroles pleines d’intelligence des sages ; que la race des hommes qui ne craignent pas les dieux ne me fasse pas dévier du sentier divin, tout brillant, qui donne un fruit resplendissant ; et sans cesse hors du tumulte de la génération qui beaucoup divague, attirez vers la lumière pure mon âme qui vagabonde, elle qui est chargée du fruit de vos ruches, qui nourrissent l’intellect, et garde toujours la réputation d’une éloquence qui touche les cœurs.

(trad. Henry Dominic Saffrey, Proclus. Hymnes et prières, Paris, Arfuyen, 1994)

Et voici donc un tableau conçu par Luc Brisson et Gerd Van Riel, qu’on trouvera dans un volume fort utile intitulé All From One: A Guide to Proclus ( Pieter d’Hoine (ed.), Marije Martjin (ed.), Oxford University Press, 2016).

 

 

 

 

 

 

 

Ainsi qu’un tableau plus concis proposé par Jan Opsomer dans son article « La théorie des Jeunes Dieux selon Proclus », Études Classiques, 71, n°1, 2003.