Kastellórizo

Les Turques ne sont pas les Perses, Erdogan n’est pas Xerxès, et les Grecs d’aujourd’hui, oserais-je dire, ne sont pas les Grecs rangés derrière Thémistocle. Il n’est pas question non plus chez Hérodote de cette petite île, Kastellórizo, située à quelques encablures de la côte sud de la Turquie (voir image ci-dessous, c’est le point rouge sur la carte, on voit tout de suite le souci), et des gisements de gaz naturel qu’on espère y trouver. Et Salamine est bien loin de cette petite île de rien du tout. Il n’empêche, aussi petite soit-elle, l’île a connu dans l’histoire bien des tourments, de part sa situation géographique si spéciale. Et les tensions sont vives en ce moment, comme elles le sont le plus souvent, entre les deux grands voisins des portes de l’Europe et de l’Orient, où se sont déroulées tant de batailles et où s’inventa autrefois la philosophie Méditerranéenne.

Quelques passages d’Hérodote tout de même, en guise de très vague écho géopolitique, comme quoi ça ne date pas d’hier ces tensions. Nous sommes au Livre VIII de l’Ἱστορία.

« LXXXIII. Les Grecs, ayant ajouté foi au rapport des Téniens, se préparèrent au combat. Dès que l’aurore commença à paraître, on assembla les troupes. Thémistocle anima les siennes par sa harangue. Il fit dans son discours un parallèle des grandes actions et des lâches ; et parmi toutes celles qui dépendent de la nature de l’homme ou de sa position, il les exhorta à choisir celles qui pouvaient leur être glorieuses. Sa harangue finie, il leur ordonna de monter sur leurs vaisseaux. Ils s’étaient à peine embarqués, qu’arriva d’Égine le vaisseau qu’on avait envoyé vers les Eacides. Aussitôt après les Grecs levèrent l’ancre.

LXXXIV. Dès qu’ils commencèrent à s’ébranler, les Perses fondirent sur eux. Les Grecs reculèrent vers le rivage, sans virer de bord, pour tomber ensuite sur l’ennemi, lorsque Aminias, Athénien et du bourg de Pallène, s’avança devant les autres, et alla attaquer un vaisseau. Les deux vaisseaux s’étant accrochés de manière qu’ils ne pouvaient plus se séparer, le reste des Grecs accourut au secours d’Aminias, et le combat s’engagea. Ce fut ainsi qu’il commença, suivant les Athéniens. Mais les Éginètes prétendent que le vaisseau envoyé vers les Eacides donna le premier. On dit aussi qu’un fantôme apparut aux Grecs sous la forme d’une femme, et que, d’une voix assez forte pour être entendue de toute la flotte, il les anima après leur avoir fait des.reproches : « Malheureux, quand cesserez-vous donc de reculer ? »

(…)

LXXXVI. La flotte des Perses fut en grande partie mise en pièces et détruite par les Athéniens et les Éginètes. Les Barbares, combattant avec confusion, sans règle, sans jugement, contre des troupes qui se battaient avec ordre et en gardant leurs rangs, devaient éprouver un pareil sort. Ils se comportèrent cependant beaucoup mieux en cette journée qu’ils ne l’avaient fait près de l’Eubée, et se surpassèrent eux-mêmes, chacun faisant tous ses efforts par la crainte que lui inspirait Xerxès, dont il croyait être aperçu. »