
J’ai cherché, d’abord en rêve, quand j’étais gosse, puis en allant sur les chemins, après avoir grandi un peu, chaussé de bonnes godasses, un endroit où aller, A Place to come to, dans l’espoir de trouver, au bout de quelque périple hasardeux, un endroit où vivre. Quand on est né comme moi dans cette « vie là avec le garage avec les rues et les maisons toujours pareilles« , partir est une question de survie, physique et psychique – par la fenêtre du huitième étage de la tour Aunis, j’ai cru devenir fou, contemplant les places de parking et les trottoirs entourant l’unique sapin au pied des immeubles. Après mult aventures, un vent de sud, sud-est, m’a déposé ici, dans ce coin du Cantal. À cause de l’hiver, surtout, surtout à cause de l’hiver et de la neige, j’y suis resté, à cause de l’hiver, je me suis efforcé d’habiter ici. Et puis, au fil des ans, et notamment ces dernières années, c’est comme si l’hiver pour lequel j’étais venu, à cause du quel je commençais à m’enraciner, comme ces arbres qui profitent du froid et de la neige pour s’étendre en profondeur, plonger leurs racines dans la terre, devenant plus solides au printemps, cet hiver tant aimé, hé bien, c’est comme s’il s’était mis à fuir le pays, à son tour, comme font tous ces gens qui s’en vont, car c’est un pays que l’on quitte plutôt que le contraire, ce n’est pas un pays où l’on s’installe, on ne s’y installe que rarement, on le quitte plutôt, quand on est jeune, pour aller à la ville, ou quand on meurt, pour aller nulle part. L’hiver peut-être un jour, nous dirons qu’il s’en est allé à son tour, définitivement, les savants nous le promettent, de sinistres augures, il faudrait aller le chercher plus au nord, et puis, au fil des ans, encore plus au nord, et bientôt, on ne le trouvera plus nulle part, s’il reste encore des gens pour partir à sa recherche, car après tout, peut-être n’y aura-t-il plus, quant l’hiver aura disparu, nul endroit où aller, ni personne pour chercher un tel endroit.