Et maintenant ?

Février 2017. Les tempêtes se succèdent sur le pays. HIer c’était Kurt, aujourd’hui Leiv et demain Martin. Je suppose que si d’aventures il devait y en avoir une autre après-après-demain, elle se nommerait Norbert ou Nathan. On se tient au chaud pendant que la neige s’abat sur la fenêtre du bureau, une neige grasse, mêlée de pluie.

26028479Avez-vous lu La Tourmente de Vladimir Sorokine ? Sans doute le livre définitif sur les tempêtes de neige (et un pastiche brillant du grand Boulgakov), qui vous dissuade à tout jamais d’en écrire un à votre tour sur le même sujet. Dans la foulée, j’ai lu Roman, du même auteur. Je suppose qu’il existe une petite communauté de lecteurs qui se sont pliés à cette expérience : supporter 450 pages d’un exercice de style ultra-classique, cet hommage virtuose à la grande littérature russe du XIXème siècle (Tourgueniev, Pouchkine, Tosltoï), un monument parfois accablant de récit champêtre et bucolique, ponctué d’interminables considérations sur la culture russe authentique, et supporter les 80 dernières pages qui s’emploient à détruire les 450 pages précédentes, mais aussi la culture russe, la langue même et le roman russe (et le roman tout court). Un travail radical, unique en son genre. La destruction finale, quasiment illisible, dans son accumulation d’horreur (qui me fait un peu penser au chapitre des crimes dans 2666 de Bolaño, mais en beaucoup plus destroy et minimaliste), constitue un remarquable exemple de décomposition grammaticale et stylistique, qui prend le contre-pied total du style sophistiqué, des tournures subtiles et recherchées de la très longue première partie du livre.

Après ça, évidemment, il ne reste plus qu’à désespérer en attendant la mort, ou bine en écoutant la tempête se fracasser sur les fenêtres et, dirait-on, directement sur les tempes – de fait, j’ai un sacré mal de crâne ce matin.

Screenshot_2017-02-04_10-29-55À part ça : j’en ai terminé avec mon essai sur l’hyper-ruralité, avec six mois de retard tout de même. Reste à trouver un éditeur. Ce n’est pas vraiment ma partie. Voire, pas du tout. 550 pages tout de même. Dont je suis tout embarrassé. Qu’est-ce que je vais faire de ce bouquin ? Si quelqu’un(e) a une idée, qu’il me la confie !

Les chiens vont bien. Ils dorment dans les fauteuils en attendant une éventuelle accalmie.

Le monde court à sa perte. Ça n’a rien de nouveau, puisqu’il a toujours été déjà perdu. Des zigomars avides de pouvoir s’agitent ici et là et tentent de focaliser l’attention. Quelques génisses que la tempête excite courent dans la neige.

La nuit dernière, j’ai rêvé de mon prochain livre. J’en rêve régulièrement depuis plus d’un an. Les choses se mettent en place quelque part dans les tréfonds de l’imaginaire, des problèmes sont résolus, par exemple, l’histoire du chien, de nouvelles difficultés apparaissent, . Le style aussi, la forme. Tel que je me connais, j’en aurais écrit une bonne part d’ici la fin de l’été. Le tout est de commencer.

Mais si ça se trouve, d’ici là, le pays sera à feu et à sang. Tous les projets, grandioses aussi bien qu’intimes, perdront toute pertinence.

On apprécie d’habiter une maison quand la tempête souffle.