Pynchon, Mason & Dixon

MD_cover_smComme je dis souvent, quand on me pose la question (mais en réalité, on ne me pose que rarement ce genre de question, et d’ailleurs, à bien y penser, personne jamais, si mes souvenirs sont exacts, personne jamais ne m’a posé ce genre de question, le genre de question à laquelle je répondrais, si on me la posait, à laquelle, pour être honnête, j’aimerais répondre :), mon malheur avec la fiction, c’est que je suis passé brutalement vers l’âge de quinze ans, des romans de Konzalik à Ulysses. Vraiment brutalement. Un soir j’ai lu la dernière page du Médecin de Stalingrad, qui m’avait fait forte impression, et le lendemain matin, armé d’un courage qui jusque là m’avait manqué, j’entrais dans la librairie de l’Université, à l’entrée du quartier piétonnier à Poitiers, et, rendu tremblant par la honte, je m’emparais vite fait du premier bouquin posé sur la table au rez-de-chaussée, et c’était Ulysses dans la traduction de Morel et Larbaud, en Folio, et voilà, j’avais, sans le savoir, mis le pied dans la grande casserole bouillonnante de la littérature post-quelquechose.

Post-quelquechose-MaisQuoiAuJuste ?

Peut-être, c’est l’idée qui me vient là maintenant que j’y pense (en répondant à je ne sais quelle question que du reste personne n’envisage de me poser), que la littérature post-QC a déchiré (l’auteur peut-il faire autrement ?) le contrat classique qui liait l’auteur et le lecteur. Or ce contrat non-écrit (surtout pas explicité d’ailleurs !) condamne d’emblée l’auteur et le lecteur à se soumettre à un ensemble de règles canoniques – dont la connaissance et l’exposé font la gloire et la jouissance des enseignants d’hier et d’aujourd’hui – on devrait toujours se méfier d’un art qui s’enseigne à mon avis. L’écrivain (et son lecteur) post-QC dénonce ce contrat, comme un contrat de dupes, chaque partie sacrifiant sa liberté et sa fantaisie, incitant chacun à berner l’autre, d’emblée castrateur, supposant obéissance et soumission, &c.

Après Joyce donc, j’avais quinze ans, et je ne croyais plus au roman classique – il me plongeait d’abord dans un ennui sans nom, et plus tard, je me suis rendu compte que j’étais à force de lire des textes post-QC, tout à fait incapable d’entrer dans un roman classique (soit 95% de la production littéraire dans ce pays), c’est-à-dire, très concrètement, que l’ouvrage me tombait littéralement des mains au bout de trois pages.

Bon.

J’avais un truc à dire sur Pynchon, comme quoi Mason & Dixon était une sorte d’anti-roman d’aventures, &c, à la suite de ma réponse à la question que personne ne m’a jamais posé, mais j’ai oublié, et j’ai oublié précisément parce que je n’arrête pas de penser depuis ce matin qu’un certain Pinchon, gendarme de son état, doit m’appeler – mais est déjà 21h, je doute qu’il appelle maintenant – au motif d’une certaine affaire, assez glauque au demeurant, qu’un respect du secret m’empêche de raconter ici, l’important étant que le gendarme, qui mène une enquête de première importance, et a besoin que je me souvienne de quelque chose que j’ai vécu il y a environ 8 ans, peut-être 9, s’appelle Pinchon, gendarme chef Pinchon ou brigadier chef, quelque chose comme ça. Du coup, ça m’a troublé, j’ai oublié ce que je voulais écrire sur Pynchon en pensant à ce que j’allais peut-être dire à Pinchon.

Sur Mason & Dixon, vous feriez mieux de lire ça :

The Thomas Pynchon Wiki