Periêgêsis

Alors si vous ne pouvez pas vous déplacer en Grèce, en Sicile et en Asie Mineure actuellement et/ou que vous n’avez pas sous la main (cachée au fond du garage) une machine à remonter le temps, je vous conseille de partir en voyage d’études antiques avec ces deux ouvrages sous le bras et quelques cartes à portée de vue.

La synthèse de Jennifer Larson, Ancient Greek Cults, A Guide, publiée en 2007, est un ouvrage précieux, très complet, sur les cultes adressés aux dieux Grecs. Chaque chapitre se focalise sur un dieu ou un groupe de divinités (ainsi que les daimones et les héros), en faisant le point sur les cultes qui leur étaient rendus dans telle ou telle cité, et à telle ou telle période. Pour ceux qui n’ont qu’une vision stéréotypée du panthéon Grec, le livre constitue une introduction passionnante et documentée (malgré sa taille modeste, moins de 300 pages) de la complexité des religions Antiques – notamment de la richesse des épiclèses, par lesquels on ajoutait au nom du dieu une épithète soulignant un aspect particulier de sa fonction. Elle fait aussi état des connaissances des origines préhelléniques de la plupart de ces divinités, et associe aux cultes les mythes auxquels ils ont éventuellement liés. Si j’étais enseignant, je conseillerais ce livre en priorité à mes étudiants – mais ne l’étant pas, je me le conseillerai d’abord à moi-même.

Autre lecture tout aussi synthétique et d’une utilité absolument vitale pour la vie quotidienne, le livre que Maria Pretzler a consacré au grand géographe antique Pausanias qui, au second siècle de notre ère, explora la Grèce, la Macédoine, l’Italie, l’Asie et l’Afrique avant de se fixer à Rome vers 174 où il écrivit une Description de la Grèce (Περιήγησις / Periêgêsis [Hellados]), ou Périégèse, en dix livres. Paul Veyne (Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes ?) écrivait à son sujet :

« Pausanias est l’égal d’un philologue ou d’un archéologue allemand de la grande époque ; pour décrire les monuments et raconter l’histoire des différentes contrées de la Grèce, il a fouillé les bibliothèques, a beaucoup voyagé, a tout vu de ses yeux. […] La précision des indications et l’ampleur de l’information surprennent, ainsi que la sûreté du coup d’œil. »

Ceux qui n’ont pas encore eu la chance de découvrir le Periêgêsis peuvent, afin de mieux goûter ce livre complexe (dont la traduction Française, dans la collection Budé, compte 6 volumes qui ne sont pas donnés.. au point que je suis obligé compte tenu de mes maigres moyens de consulter la traduction anglaise), se fier au livre de Maria Pretzler, Pausanias, Travel Writing in Ancient Greece, qui donne des clés précieuses pour voyager avec Pausanias et se perdre avec lui dans les méandres de l’histoire « déjà antique » pour lui – et parfois même déjà « archéologiques », quand les monuments sont en ruines, ou qu’ils ont été remplacés par des bâtiments plus neufs.