« The people who move the world can also stop it. »
—Jo Ann Wypijewski
(la citation de la journaliste activiste militante Jo Ann Wypijewski est tirée d’un papier qu’elle a publié en 2010 dans CounterPunch, « The Cargo Chain On the Front Lines of the World Class Struggle ». On peut le lire ici :
https://www.unz.com/print/Counterpunch-2010mar01-00001a02
Je l’ai connu grâce au livre (que je ne cesse de recommander ici) de Deborah Cowen, The Deadly life of logistic, 2014, qui consacre un chapitre entier au travail sur les docks et aux conflits menés par les dockers : « The Labor of Logistics. Just-in-Time Jobs ». Je ne saurais trop vous le recommander à nouveau ! (faut lire l’anglais je sais)
Vous pouvez aussi, si vous n’avez pas le temps de lire des bouquins, jeter un oeil sur l’article que Deborah Cowen a publié en 2014 dans ViewPoint : « Disrupting Distribution: Subversion, the Social Factory, and the “State” of Supply Chains »
Et vive les Dockers !!
(ce qui est assez marrant, et symptomatique de la manière dont nous sommes perdus dans l’immense complexité de la Supply Chain, c’est que France Info classe cet article dans la section Moyen-Orient. Alors que l’évènement se déroule, très matériellement, sur le port de Marseille-Fos. Pour info, la boîte, Eurolinks, qui fabriquent des « maillons », utilisés dans la fabrication (le calibrage) des munitions, est établie à Marseille :
https://eurolinks.fr/notre-histoire
Ces salopards ont beaucoup beaucoup de sang sur les mains. Et font état sans vergogne de la liste de leurs clients : Moyen-Orient, Afrique, Amériques, Extrême Orient et Océanie. L’excellence de la technicité à la française. Marseille comme centre névralgique du commerce des armes international. Chers amis Marseillais, s’il vous prend des envies de sabotage, vous connaissez l’adresse.
Cette complexité des étapes de la supply chain qui va de l’extraction de matières premières (quelque part dans le monde) jusqu’à l’assemblage et la jouissance de l’objet final par le consommateur (fut-il l’armée, un soldat – j’hésite à parler d’une victime de tir de mitrailleuse comme d’un « consommateur » tout de même), en passant par un nombre d’étapes infinie, ce qu’on appelle sobrement : « les pièces détachées » – comme si les pièces détachées n’étaient pas aussi gravement coupables que le produit final, comme si le calibrage de la munition n’avait aucune part au travail létal de la mitraillette ou du drone. Cette complexité donc, permet de diluer les responsabilités du meurtre et du massacre. Comme si les « sous-traitants » étaient moins coupables pour n’être que des parties d’un tout. Et cette chaîne infinie permet à chaque acteur de se défausser sur un autre. (ça vaut pour l’exploitation des travailleuses et des travailleurs partout dans le monde, la répression des populations autochtones autour des zones d’extraction ou de « sacrifices », et bien entendu, c’est la logique d’occultation des impacts environnementaux réels du capitalisme – et du consumérisme)
Disons que j’ai essayé de compléter un peu l’article de France Info hein. Et moi, je l’aurais classé en France plutôt qu’au Moyen-Orient, cet article.