En louvoyant gaiement avec mon chien l’autre jour entre les sapins, les skis au pied, la neige au sol – et quelle neige, par tous les dieux du grand nord !, de l’épaisse, de la poudreuse, de la douce et de la glissante – merde, on est déjà fin mars, c’est la meilleure neige de cet hiver radin, et il fait déjà trop chaud pour qu’elle tienne. Ça sentait le sapin donc, forcément, on se prend quelques branches dans le nez dans les descentes abruptes, et de fait, l’hiver aussi sent le sapin, et ça, c’est extraordinairement désespérément triste.
Alors voilà. Il va falloir que je me convertisse au soleil et au printemps, que je re-apprenne à trouver joli aussi, charmant pour tout dire, et bien agréable, ce foutu printemps, avec ses fleurs qui jaillissent entre les derniers névés, ses ruisseaux qui chantonnent entre deux blocs de glace ruisselant sous ce délicieux soleil caressant doucement les nuques et effleurant les joues. Beurk.
Généralement, à la mi-juin, la déprime me gagne : j’attends déjà l’hiver prochain. Et l’attente est longue. Cette année, il a fallu se résoudre à poireauter jusqu’à la mi-janvier – et encore, deux jours plus tard, tout avait fondu. Raison pour laquelle, bien qu’on soit à la toute fin de mars, et même très bientôt début avril, je ne perds pas une minute pour grimper sur les hauteurs, là où se découvrent encore de beaux champs de neige. Avec mon chien. Une paire de skis sur l’épaule (avant d’y glisser les pattes).
Bon. Une fois que tout aura fondu, le grand retour au vert, viendra la frustration, et quand la frustration, et la déprime, me gagnent, alors je me plonge dans l’écriture. C’est pas plus mal pour l’écriture, mais vraiment, écrire, surtout au printemps, n’est qu’un pis-aller, une vague occupation, le moyen de penser à autre chose, la conjuration de l’ennui. C’est très nul à bien y penser.