Nuits picaresques

Alors, le temps passant, ces récits s’amendent et s’épaississent : on découvre des choses qu’on n’avait pas vues.

Par exemple, celui de cette semaine passée à l’île d’Yeu, au cœur de l’hiver (pas un touriste !), j’avais 18 ans, à la toute fin de 1986 donc.

J’ai raconté cette histoire ici, je l’ai écrite il y a une bonne quinzaine d’années, et, comme la mémoire hier me revenait de cet épisode (ô combien initiatique !), je me suis dit : mais c’est que j’ai bien failli être moussaillon !

http://outsiderland.com/danahilliot/la-vie-insulaire/

Ce qui est incroyable, c’est que ça ne me soit jamais sauté aux yeux jusqu’à présent. Pourtant, à 18 ans, je ne vivais que dans les marges du Volcan de Malcolm Lowry (et de ses autres livres, à commencer par Ultramarine).

Si vous n’avez pas lu Ultramarine, ce texte va vous sembler obscur, tant pis pour vous, lisez-le ! (ou pas !)

Disons qu’il y a là un très jeune poète qui, au prétexte d’acquérir de « l’expérience » (comme Conrad), va s’engager comme mousse sur un navire de commerce !

Celui-là de bateau très précisément (voir le lien ci-dessous) – on le sait parce qu’on a retrouvé des coupures de presse de l’époque (et Lowry donc, se met en scène sous les traits de ce Dana Hilliot dont il ne vous aura pas échappé que &c !

http://outsiderland.com/danahilliot/no-silk-cushion-youth-for-me/

Bref. Lors de cette nuit épique (voire picaresque, j’ai toujours eu un goût prononcé pour le picaresque, et Moldanau, mon prochain livre, est un roman picaresque), j’ai fini, dévasté sur le bateau de pêche (très modeste navire) avec des types qui voulaient m’embarquer avec eux (il était une heure de mat, on était tous ivres morts, le départ était prévu pour cinq heures : ouais, hardis les gars de la marine de pêche !)

Bref, j’ai réussi à m’échapper.

Pourquoi ?

Je sentais le coup fourré (c’est le cas de dire, pas envie de servir de chair fraîche pour la satisfaction libidinale de ces bonhommes).

Suis retourné à l’hôtel (40 francs la chambre !) cuver mon vin.

Ça tient pas à grand-chose une vie.

Dans mon Alpestres http://outsiderland.com/danahilliot/alpestres-2016/, même remarque « après coup » (« second thoughts » comme disent pertinemment les Anglais) : je partais pour une soi-disant “randonnée” – mais quand ça dure deux mois, que tu n’as aucune disposition pour un éventuel retour, et s’en retourner où ? (quand personne ne t’attend), s’agit plus vraiment d’une randonnée, mais d’une longue fugue, c’est « faire la route », et d’ailleurs, là encore, comme je l’ai raconté dans Alpestres (mon meilleur livre à ce jour je crois)

J’ai failli (toutes les fois où l’on faillit c’est fou !) me faire embaucher dans une entreprise de travaux qui bossait sur le futur golf de Meribel (on était en 1988, j’avais 20 piges.) – et, là encore, y’avait anguille (n’est-ce pas) sous roche.

Alors je ne sais pas trop comment cette plaisanterie va finir (mal, probablement), mais je me serais bien amusé quand même !