Les participants ont rendez-vous en tout début de matinée dans le bourg de Valuéjols, mais en réalité, le troupeau a déjà parcouru deux kilomètres depuis les prés où il s'est établi depuis la fin de l'hiver. L'attente sur la place du village est un moment particulier : un mélange de calme et d'excitation, bercé par les accordéons de Léon Chaze et Claude Baconnet qui mettront en musique toute l'expédition. Puis le troupeau surgit en haut de la route de Saint-Flour, et, en quelques secondes, c'est un tout le village qui résonne des cloches attachées au cou des vaches, de leurs mugissements et des cris des vachers.
Une longue procession, une soixantaine de vaches Salers, à la robe rouge foncée, et leurs accompagnateurs, une bonne quarantaine de courageux marcheurs, munis souvent d'un bâton, circule sur la route de Valuéjols à Lescure. J'ai pris de mon côté un chemin qui surplombe la prairie, entre Galluze et Brageac, d'où il est possible d'avoir une vue d'ensemble sur la procession. On entend au loin les cloches et quelques cris, environnés d'oiseaux et d'insectes. Les montées aux estives ont lieu quand l'herbe a suffisamment poussé sur les hauteurs.
Au village de Lescure, célèbre pour sa chapelle et son pèlerinage, les bénévoles de Valu Animations attendent tout ce beau monde, qui a déjà parcouru quelques kilomètres sous ce franc soleil de printemps. On fait une pause, on reprend des forces au son des accordéons de Claude et de la cabrette de Louis. Les discussions vont bon train tandis que les vaches, elles, attaquent avec entrain le grand chemin empierré qui les mène au pied des estives, vers le bois des Fraux et le Puy de Niermont.
Sur le large chemin empierré qui part de Lescure jusqu'aux premières pentes des estives, des nuages de poussières s'élèvent, tandis que le troupeau va d'un bon pas, donnant aux alentours une allure de western. D'autres vaches sont déjà installées dans les champs, regardant passer les nouvelles venues avec intérêt. Louis Chaze suit le troupeau tout en jouant de la cabrette, la chaleur monte et la sueur coule sur les fronts. On aperçoit déjà les sapins du bois des Fraux et les petites montagnes qui se succèdent à l'ombre du Plomb du Cantal : la Roche-Jean, le puy de Niermont, résultant de l'effondrement du majestueux volcan. Bientôt apparaît le coral où sont parqués quelques veaux, appelant déjà leurs mères; lesquelles accélèrent nettement.
Au coral, certaines mères retrouvent leur veau, les autres devront atteindre l'arrivée au buron. L'excitation est intense, d'autant plus qu'on entre dans les territoires d'estives, de vastes prairies au milieu desquelles est tracée une piste, que les animaux ne suivent pas forcément de leur plein gré. C'est alors la partie la plus physique du travail des vachers : il faut entourer le troupeau tant bien que mal, les guider en faisant barrage avec le bâton, et communiquer d'un bout à l'autre de la montagne, en criant ou par téléphone portable.
Arrivés au point culminant de la randonnée, 1426 mètres tout de même, une large piste redescend jusqu'au pied du Puy de Niermont. On devine les bâtiments de la vacherie en contrebas. Jean-Yves qui se trouve à l'avant du troupeau, reçoit un coup de téléphone de sa fille, Coralie, qui elle, se trouve à l'arrière : en passant la troupeau a embarqué 5 vaches d'un autre troupeau. Elles se sont mêlées incognito à la foule des quadrupèdes, et n'ont pas l'intention de faire demi-tour. On les ramènera auprès de leurs collègues habituelles une fois arrivé à bon port.
En fin de matinée, tout ce beau monde finit par arriver à la vacherie de Niermont, nichée bien à l'abri des vents du nord à l'ombre du Puy du même nom. On ouvre les portes de la remorque dans laquelle sont montés les veaux les plus jeunes : c'est assez merveilleux de voir les petits courir jusqu'au troupeau, et d'essayer de repérer leur mère dans la cohue générale.
Après l'effort... Chacun peut profiter des gâteries concoctées par l'association Valu Animations qui a installé sur une table à l'entrée du buron boissons et apéritifs : fromage, chips et saucisson, sans oublier le pounti ! L'année dernière, les températures étaient glaciales, et l'assemblée s'était réfugié à l'intérieur. Ce n'est pas le cas aujourd'hui, et les valeureux randonneurs et vachers peuvent profiter d'une belle chaleur. Les discussions vont bon train, et on fait connaissance.
Comme il se doit dans le Cantal, tout finit par des danses et des chansons traditionnelles. Louis Chaze et Claude Baconnet, de vrais marathoniens de l'accordéon, se lancent dans une bourrée endiablée, à laquelle quelques danseurs sont incapables de résister. Voilà donc une bonne chose de faite, une année de plus, les vaches seront à l'estive jusqu'aux premiers coups de froid, et peu avant les premières neiges, elles prendront le chemin du retour aux étables. N'hésitez pas venir les saluer (mais à distance raisonnable quand même !) cet été lors de vos escapades en Haute-Planèze.