Quelques mots de l'auteur

Je m’étais volontairement coupé du monde un mois entier, sous une mansarde dans l’appartement que j’occupais à Saint-Flour, au-dessus des remparts, avec vue sur les hauts-plateaux. C’était un mois d’août caniculaire. Les deux cents pages furent extraites d’un corps en sueur et d’un esprit enfiévré : j’émergeais à peine d’une période où s’étaient mêlés confusément des expériences extatiques et des séquences morbides – les montagnes m’attiraient encore une fois, mystiques et menaçantes, je m’y perdais, je m’y retrouvais, mais d’anciens spectres refusaient d’abandonner cette vallée de larmes, et la mort rodait. Écrire constituait évidemment une opération cathartique. Toutefois, submergé de souvenirs, il m’apparut bientôt qu’il y avait là une matière problématique, qui méritait un examen serré. Ce qui n’était d’abord qu’une manière de se débarrasser d’un passé chaotique en le passant sous le crible de la langue, devient bientôt, au fur et à mesure que je reprenais le texte, une entreprise proprement littéraire, dans laquelle s’est ancrée, j’en ai bien conscience aujourd’hui, la plus grande partie des textes que j’ai écrits depuis, dans lesquels sont explorés, et mis en question, les frontières qui supposément séparent l’imaginaire, c’est-à-dire la fiction, le désir, l’image de soi, et la mémoire, si peu fiable, si coupable, si malhonnête. Au fond, j’ai compris, en écrivant, dans la douleur, Un Débarras, que j’étais, d’une manière sans doute paradoxale, un moraliste.

alpestres

Infos

Éditeur ‏ : ‎L'Orpailleur (2014)
Langue ‏ : ‎ Français
Relié ‏ : ‎ 192 pages
ISBN-10 ‏ : ‎ 979-10-92667-18-9
Licence : CC BY-NC-SA 4.0 Deed / Attribution - Pas d’Utilisation
	Commerciale -
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Pour soutenir l'auteur qui souffre de fin de mois difficiles, quand il ne s'agit pas de début de mois difficiles. Merci infiniment !

Audio !

Mon ami Taro Ochiai a enregistré une magnifique lecture d'une partie du texte qu'il propose sur sa chaîne vidéos Lire pour l'oreille
Un travail remarquable. Merci infiniment Taro !

Taro Ochiai lisant Un Débarras

Deux lectures

"Un soliloque d’une modernité confondante où jamais l’expérience du lecteur ne cède à l’expérimentation de l’écrivain. Aucune expérimentation d’ailleurs, aucune recherche : la forme rude, radicale, du récit n’est pas un exercice de style mais une nécessité. C’est l’immédiateté du discours qui impose ses règles, l’urgence du récit qui fait loi. Et si la muse de l’auteur a certainement été analysante, ce monologue n’est ni un compte-rendu d’analyse, ni une confession, encore moins une autobiographie. Est-ce seulement un monologue ? Ou simplement « un morceau de rocher [qui] tombe lentement vers la mer et disparaît dans une gerbe d’écume » ?"
Thomas Vatant·Antonelli
"Rudement culotté que de préconiser la lecture d’un livre singulier où il s’agit de s’encorder, de suivre la falaise sans escales, ni codes, ni chemins. Flux de mots où s’écorcher. Physique l’expérience, dans la chair. Vous vous souvenez du geste sec avec lequel les paysans ferment leur couteau après avoir taillé un bois tendre et noble ? C’est la musique de ce « débarras ». C’est pas un livre, c’est un os. Le plus éclatant des os. J’aime ce que ce livre me fait être."
Nadine Castagne

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Extrait

...mais je ne la dis pas toute, la vérité, j’en soustrais une partie, mais qu’importe, qu’importe, il n’y a personne devant le bureau où j’écris, excepté le chien qui somnole, c’est une affaire entre­ mes souvenirs et moi qui me souviens, je n’ai de comptes à rendre à personne, je finirai bien par faire quelque chose­ de ces cahiers, les lire ou bien les brûler, d’une certaine manière j’écris pour me préparer à les ouvrir, comme s’il me fallait d’abord me débarrasser des scories de cette vie intérieure avant de me débarrasser des cahiers sur lesquels j’ai naguère jugé que ces scories méritaient qu’on les prenne en note, les faits qui me reviennent aujourd’hui, spontanément, quelle importance leur ai-je accordée jadis ?, je suppose, ce n’est qu’une supposition, mais elle ne doit pas être très éloignée de la réalité si mes souvenirs sont bons,...

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