Lauren Berlant, The Female Complaint

Laurent Berlant, The Anatomy of National Fantasy: Hawthorne, Utopia, and Everyday Life. University of Chicago Press. 1991.
The Queen of America Goes to Washington City: Essays on Sex and Citizenship. Duke University Press 1997.
The Female Complaint: The Unfinished Business of Sentimentality in American Culture. Duke University Press 2008.
extrait de la préface de The Female Complaint (p. XI-XII)
"In The Anatomy of National Fantasy the law and the spaces of everydaylife provide overlapping contexts for tracking the development of official and intimate publics in the early U.S. period: sometimes “the people” are authoritarian and identify with the law’s strict discipline of its most vulnerable people and at the same time they develop their own networks of sympathy and recognition that create alternative spaces of survival and solidarity. This contradiction never bothers anyone: intimate publics, politically and institutionally mediated, but also emerging from shared spaces of the reproduction of life, thrive because of the extreme amount of contradiction they absorb about the range of possible, plausible responses to conditions of unfairness. Just as people are politically incoherent, so too are intimate publics and bodies politic: remember, national sentimentality is not about being right or logical but about maintaining an affective transaction with a world whose terms of recognition and reciprocity are being constantly struggledover and fine-tuned.
The last chapter of Anatomy opens up into the world of The Female Complaint, showing how Hawthorne ’s concept of a public was shaped by the sentimental focus on feminine suffering and conventions of reparative compassion. The Female Complaint then goes on to argue that starting in the 1830s an intimate public sphere of femininity constituted the first subcultural, mass-mediated, market population of relatively politically disenfranchised people in the United States. The intimate public branched off from, without entirely becoming antagonistic toward, the political scene of inequality that organized women as a subaltern population. Strategies for new improvisations and adaptations around women’s suffering, emotional expertise, and practical agency became the main register for the sentimental publicity associated with this nondominant population. Even arguments about what the vote meant for women turned on how women feel and how that feeling produces knowledge that shapes what is politically possible. Popular and feminist melodramas repeat variations on this domain of feeling, where the question of the desire for and cost of feminine conventionality keeps being replayed in conventional texts. The Queen of America takes up this genealogy of public intimacy, tracking the development of a dominant public sphere organized around suffering and other intimate topics in the United States. What was a minor register of survival aesthetics has also become a predominant way even for elites to orchestrate a claim that their social discomfort amounts to evidence of injustice to them. Meanwhile, the fear and prospectof mass or live political activity by bodies politic permeates all of the books in this trilogy. The displacement of politics to the realm of feeling both opens a scene for the analysis of the operations of injustice in lived democracy and shows the obstacles to social change that emerge when politics becomes privatized.
At the same time, the fact that political feeling has a history of mediation means that its conventions can change. The optimism of this book, and there ’s not much of it, is located in the centrality of aesthetics and pedagogy to shaping fantasies, identifications, and attachments to particular identities and life narratives. The frustration accompanying that optimism has to do with the difficulty of inducing structural transformation out of shifts in collective feeling."
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"Dans The Anatomy of National Fantasy, le droit et les espaces de la vie quotidienne offrent des contextes qui se recoupent pour retracer l’évolution des sphères publiques officielles et intimes au début de l’histoire des États-Unis : parfois, « le peuple » se montre autoritaire et s’identifie à la discipline stricte que la loi impose à ses membres les plus vulnérables, tout en développant ses propres réseaux de sympathie et de reconnaissance qui créent des espaces alternatifs de survie et de solidarité. Cette contradiction ne dérange personne : les publics intimes, médiatisés politiquement et institutionnellement, mais émergeant aussi d’espaces partagés de reproduction de la vie, prospèrent grâce à l’extrême quantité de contradictions qu’ils absorbent concernant l’éventail des réponses possibles et plausibles aux conditions d’injustice. Tout comme les individus sont politiquement incohérents, il en va de même pour les publics intimes et les corps politiques : rappelez-vous, le sentimentalisme national ne consiste pas à avoir raison ou à être logique, mais à maintenir une transaction affective avec un monde dont les termes de reconnaissance et de réciprocité font l’objet d’une lutte et d’un ajustement constants.
Le dernier chapitre d’Anatomy s’ouvre sur l’univers de The Female Complaint, montrant comment le concept de public chez Hawthorne a été façonné par l’accent sentimental mis sur la souffrance féminine et les conventions de la compassion réparatrice. The Female Complaint poursuit en soutenant qu’à partir des années 1830, une sphère publique intime de la féminité a constitué la première population de masse subculturelle, médiatisée et commercialisée, composée de personnes relativement privées de droits politiques aux États-Unis. Ce public intime s’est détaché de la scène politique d’inégalité qui organisait les femmes en tant que population subalterne, sans pour autant lui devenir totalement antagoniste. Les stratégies de nouvelles improvisations et adaptations autour de la souffrance des femmes, de leur expertise émotionnelle et de leur capacité d’action pratique sont devenues le registre principal de la publicité sentimentale associée à cette population non dominante. Même les débats sur ce que le vote signifiait pour les femmes tournaient autour de ce que les femmes ressentent et de la manière dont ce sentiment produit un savoir qui façonne ce qui est politiquement possible. Les mélodrames populaires et féministes reprennent des variations sur ce domaine des sentiments, où la question du désir et du coût de la conventionalité féminine ne cesse d’être rejouée dans les textes conventionnels. The Queen of America reprend cette généalogie de l’intimité publique, retraçant le développement d’une sphère publique dominante organisée autour de la souffrance et d’autres thèmes intimes aux États-Unis. Ce qui était un registre mineur de l’esthétique de la survie est également devenu un moyen prédominant, même pour les élites, d’orchestrer l’affirmation selon laquelle leur malaise social équivaut à une preuve d’injustice à leur égard. Parallèlement, la crainte et la perspective d’une activité politique de masse ou en direct par les corps politiques imprègnent tous les livres de cette trilogie. Le déplacement de la politique vers le domaine des sentiments ouvre à la fois un champ d’analyse des mécanismes de l’injustice dans la démocratie vécue et met en évidence les obstacles au changement social qui émergent lorsque la politique se privatise.
Dans le même temps, le fait que le sentiment politique ait une histoire de médiation signifie que ses conventions peuvent changer. L’optimisme de ce livre, et il n’y en a pas beaucoup, réside dans la place centrale qu’occupent l’esthétique et la pédagogie dans la formation des fantasmes, des identifications et des attachements à des identités et des récits de vie particuliers. La frustration qui accompagne cet optimisme tient à la difficulté de susciter une transformation structurelle à partir de changements dans le sentiment collectif."
