{"id":5902,"date":"2025-04-27T09:57:16","date_gmt":"2025-04-27T09:57:16","guid":{"rendered":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/?p=5902"},"modified":"2025-08-20T10:14:33","modified_gmt":"2025-08-20T10:14:33","slug":"isaac-baker-brown","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/isaac-baker-brown\/","title":{"rendered":"Isaac Baker Brown et le corps des femmes"},"content":{"rendered":"<p>En lisant un article de l&rsquo;excellente Bonnie Honig, je tombe sur cette r\u00e9f\u00e9rence au livre d\u00e9sormais classique dans les \u00e9tudes f\u00e9ministes d&rsquo;Helen King : <a href=\"https:\/\/www.routledge.com\/Hippocrates-Woman-Reading-the-Female-Body-in-Ancient-Greece\/King\/p\/book\/9780415138956\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><em>Hippocrates&rsquo; Woman Reading the Female Body in Ancient Greece<\/em><\/a>, Routledge 1998 :<\/p>\n<p>Autrement dit les origines grecques antiques de la gyn\u00e9cologie (la p\u00e9riode classique notamment, V\u00e8 et IV\u00e8 si\u00e8cles).<\/p>\n<p>C&rsquo;est passionnant et au sens propre \u00ab\u00a0fabuleux\u00a0\u00bb &#8211; Helen King est une \u00e9rudite dot\u00e9e d&rsquo;un esprit critique aiguis\u00e9.<\/p>\n<p>Mais.. L&rsquo;introduction, dans laquelle elle ouvre l&rsquo;autre perspective du livre, la mani\u00e8re dont la m\u00e9decine moderne se place sous le signe des \u00e9crits hippocratiques (en tirant une sorte d&rsquo;autorit\u00e9 sans les comprendre vraiment), \u00e0 partir de la renaissance et jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;autonomisation de la gyn\u00e9cologie comme sp\u00e9cialit\u00e9 m\u00e9dicale au XIX\u00e8 si\u00e8cle est.. sid\u00e9rante. Je ne connaissais pas du tout cette histoire-l\u00e0. M\u00eame si j&rsquo;ai pas mal \u00e9tudi\u00e9 l&rsquo;histoire de la psychiatrie, notamment la question de l&rsquo;hyst\u00e9rie, comprise comme un d\u00e9sordre organique du d\u00e9sir, de la sexualit\u00e9 (forc\u00e9ment indisciplin\u00e9e) &#8211; une \u00e9tape \u00e0 mon sens cruciale dans la naturalisation \u00ab\u00a0scientifique\u00a0\u00bb&lsquo; des affects psychiques, de la plainte, de la frustration et de la souffrance sociale (\u00e0 laquelle Freud et ses disciples vont s&rsquo;opposer plus tard).<\/p>\n<p>\u00c9videmment, la m\u00e9decine qui s&rsquo;occupe du corps des femmes au si\u00e8cle du progr\u00e8s scientifique et m\u00e9dical est exclusivement masculine (prosternez-vous s&rsquo;il vous pla\u00eet devant ces grands hommes, et crachez sur Freud et la psychanalyse &#8211; franchement, valait mieux \u00eatre hyst\u00e9rique dans le cabinet de Freud que dans un asile psychiatrique ou dans la London Surgical Home for the Reception of Gentlewomen and Females of Respectability suffering from Curable Surgical Diseases. Freud n&rsquo;a jamais tortur\u00e9 ni charcut\u00e9 personne ce me semble)<\/p>\n<p>Ce que reconna\u00eet d&rsquo;ailleurs un certain Francis Seymour Haden, celui l\u00e0 m\u00eame qui proposa la motion d&rsquo;expulsion de Brown de la Soci\u00e9t\u00e9 obst\u00e9tricale de Londres, en sugg\u00e9rant que l&rsquo;\u00e9tablissement m\u00e9dical dans son ensemble \u00e9tait le tuteur appropri\u00e9 pour la femme victorienne : en tant qu&rsquo;obst\u00e9triciens, a-t-il d\u00e9clar\u00e9,<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0we have constituted ourselves, as it were, a body who practise among women&#8230; we have constituted ourselves, as it were, the guardians of their interests, and in many cases, in spite of ourselves, we become the custodians of their honour [hear, hear]. We are the stronger, and they the weaker. They are obliged to believe all that we tell them. They are not in a position to dispute anything we say to them, and we, therefore, may be said to have them at our mercy. We, being men, have our patients, who are women, at our mercy.\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>(traduction rapidos :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Nous nous sommes institu\u00e9s, pour ainsi dire, comme un corps qui exerce parmi les femmes&#8230; nous nous sommes institu\u00e9s, pour ainsi dire, les gardiens de leurs int\u00e9r\u00eats, et dans de nombreux cas, malgr\u00e9 nous, nous devenons les gardiens de leur honneur. Nous sommes les plus forts et elles, les plus faibles. Elles sont oblig\u00e9es de croire tout ce que nous leur disons. Elles ne sont pas en mesure de contester ce que nous leur disons, et on peut donc dire que nous les tenons \u00e0 notre merci. Nous, qui sommes des hommes, avons nos patientes, qui sont des femmes, \u00e0 notre merci \u00bb.<\/p><\/blockquote>\n<p>Mais attendez un peu, avant de vous indigner (ou gardez un peu d&rsquo;indignation en r\u00e9serve), de savoir quel genre de chirurgie pratiquait le docteur Brown pour soigner aussi bien \u00ab\u00a0l&rsquo;incontinence urinaire, l&rsquo;h\u00e9morragie ut\u00e9rine, l&rsquo;hyst\u00e9rie, l&rsquo;idiotie et la manie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;introduction du livre, Helen King mentionne ce fameux Isaac Baker Brown (1812\u201373) qui peut-\u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un des inventeurs de la gyn\u00e9cologie moderne.. Du genre que l&rsquo;histoire de la m\u00e9decine se fait fort d&rsquo;oublier, et qui fonda en 1858 the London Surgical Home for the Reception of Gentlewomen and Females of Respectability suffering from Curable Surgical Diseases (sic), traitant pas moins de 1300 patientes (sans doute respectables, et n\u00e9anmoins consid\u00e9r\u00e9es comme des ovaires sur pattes).<\/p>\n<p>Je traduis le passage en question :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Parmi les dizaines d&rsquo;exemples d&rsquo;utilisation du nom d&rsquo;Hippocrate pour donner de l&rsquo;autorit\u00e9 \u00e0 une pratique m\u00e9dicale, mon pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 est celui du chirurgien Isaac Baker Brown (1812-73). Il est devenu membre du Coll\u00e8ge des chirurgiens par examen en 1848, apr\u00e8s quoi il a travaill\u00e9 comme chirurgien-obstr\u00e9ticien, puis comme conf\u00e9rencier sur les sages-femmes et les maladies des femmes, au nouvel h\u00f4pital St Mary&rsquo;s, \u00e0 Paddington. Il acquiert une r\u00e9putation internationale en tant qu&rsquo;innovateur chirurgical, en d\u00e9veloppant de nouvelles m\u00e9thodes de r\u00e9paration vaginale et de traitement des kystes ovariens, et en exp\u00e9rimentant l&rsquo;ovariotomie. En 1858, il cr\u00e9e sa propre clinique, le London Surgical Home for the Reception of Gentlewomen and Females of Respectability suffering from Curable Surgical Diseases (Maison chirurgicale de Londres pour l&rsquo;accueil des femmes de bonne r\u00e9putation souffrant de maladies chirurgicales curables). Sa mission \u00e9tait d&rsquo;all\u00e9ger \u00ab les nombreuses souffrances dont la partie la plus douce de l&rsquo;humanit\u00e9 est victime \u00bb ; il s&rsquo;agissait notamment d&rsquo;une s\u00e9rie de troubles de l&rsquo;ut\u00e9rus, du vagin et des seins, mais aussi d&rsquo;affections de la vessie et du rectum, d&rsquo;hyst\u00e9rie et m\u00eame de \u00ab maladies de l&rsquo;articulation du genou \u00bb. Au cours des dix ann\u00e9es d&rsquo;ouverture de la maison, Brown a trait\u00e9 plus de 1 200 patients et a pratiqu\u00e9 la clitoridectomie sur des femmes pour soigner des affections aussi vari\u00e9es que l&rsquo;incontinence urinaire, l&rsquo;h\u00e9morragie ut\u00e9rine, l&rsquo;hyst\u00e9rie, l&rsquo;idiotie et la manie. Les trois derni\u00e8res sugg\u00e8rent qu&rsquo;il est possible de gu\u00e9rir la folie par une intervention chirurgicale et sont interpr\u00e9t\u00e9es comme un d\u00e9fi aux fronti\u00e8res \u00e9tablies entre les sp\u00e9cialit\u00e9s m\u00e9dicales. En 1865, la r\u00e9putation de Brown dans la profession est telle qu&rsquo;il est \u00e9lu pr\u00e9sident de la Soci\u00e9t\u00e9 m\u00e9dicale de Londres ; ses partisans louent ses comp\u00e9tences, son audace et sa gentillesse. Mais l&rsquo;ann\u00e9e suivante, il est exclu de la Soci\u00e9t\u00e9 obst\u00e9trique de Londres, laissant sa carri\u00e8re en ruine.<\/p>\n<p>Au XVIIIe si\u00e8cle, les saignements provenant de divers orifices \u00e9taient largement reconnus comme des \u00ab menstruations d\u00e9tourn\u00e9es \u00bb. Dans une longue section sur les voies inhabituelles emprunt\u00e9es par les menstruations, Martin Schurig (1729) mentionne la menstruation par les oreilles, la peau, les gencives, les doigts, les glandes salivaires et les canaux lacrymaux ; en 1953 encore, certaines de ces voies \u00e9taient r\u00e9pertori\u00e9es dans le Nursing Mirror, bien que l&rsquo;auteur commente la menstruation par les larmes et la sueur, \u00ab on en doute \u00bb. L&rsquo;ann\u00e9e m\u00eame o\u00f9 Brown publiait son livre promouvant la clitoridectomie, l&rsquo;hom\u00e9opathe John Pattison \u00e9crivait que, chez les femmes \u00e2g\u00e9es de 15 \u00e0 25 ans, les saignements des poumons pouvaient \u00eatre dus \u00e0 une suppression menstruelle. La m\u00e9decine orthodoxe est d&rsquo;accord : le manuel de Fleetwood Churchill intitul\u00e9 On the Diseases of Women (Les maladies des femmes), publi\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en 1850, autorise les \u00ab menstruations par procuration \u00bb provenant du nez, des yeux, des oreilles, des gencives, des poumons, de l&rsquo;estomac, des bras, de la vessie, des mamelons, de l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 des doigts et des orteils, des articulations, et ainsi de suite. Churchill cite le cas de Mary Murphy, \u00e2g\u00e9e de 21 ans, qui n&rsquo;a pas eu ses r\u00e8gles, a perdu entre 15 et 20 onces de sang par les oreilles, puis a commenc\u00e9 \u00e0 vomir du sang et \u00e0 saigner des oreilles ; le signe que ce sang \u00e9tait menstruel \u00e9tait qu&rsquo;il ne coagulait pas. Tous les auteurs des XVIIIe et XIXe si\u00e8cles n&rsquo;acceptaient pas la menstruation par procuration ; Thomas Denman estimait que les saignements class\u00e9s comme tels \u00e9taient plus souvent dus \u00e0 une maladie, \u00e9tant ind\u00e9pendants de la menstruation.<\/p>\n<p>Mais tous les aspects de la gyn\u00e9cologie victorienne n&rsquo;\u00e9taient pas aussi manifestement enracin\u00e9s dans la m\u00e9decine hippocratique. Comme beaucoup d&rsquo;autres auteurs m\u00e9dicaux de son \u00e9poque, Brown pensait que la masturbation f\u00e9minine exer\u00e7ait une pression excessive sur le syst\u00e8me nerveux, provoquant notamment une \u00ab irritation p\u00e9riph\u00e9rique du nerf pudique \u00bb, affectant le clitoris et finalement le cerveau ; certains pensaient que l&rsquo;utilisation de machines \u00e0 coudre \u00e0 p\u00e9dale provoquait une \u00ab excitation v\u00e9n\u00e9rienne \u00bb excessive chez les ouvri\u00e8res d&rsquo;usine. L&rsquo;ablation du clitoris, selon Brown, est une op\u00e9ration tr\u00e8s ancienne qui ne d\u00e9sexualise en rien une femme ; en tombant enceintes par la suite, plusieurs de ses patientes ont fourni \u00ab la preuve indiscutable que le clitoris n&rsquo;est pas une partie essentielle du syst\u00e8me g\u00e9n\u00e9ratif \u00bb. Il est toutefois int\u00e9ressant de noter que l&rsquo;un des cas cit\u00e9s par Brown dans \u00ab On the Curability of Certain Forms of Insanity, Epilepsy, Catalepsy and Hysteria in Females \u00bb concerne une patiente qui se consid\u00e9rait effectivement comme \u00ab d\u00e9sexu\u00e9e \u00bb par son op\u00e9ration et qui lui a dit que c&rsquo;\u00e9tait ce qu&rsquo;elle ressentait.<\/p><\/blockquote>\n<p>Et l&rsquo;\u00e9glise ne peut pas s&#8217;emp\u00eacher d&rsquo;y aller de son avis autoris\u00e9 (en \u00e9clairant et justifiant la pratique de l&rsquo;ablation du clitoris par un passage de la Bible &#8211; c&rsquo;est ce qui est bien dans la Bible, on peut y trouver de quoi \u00e9clairer et justifier absolument n&rsquo;importe quoi &#8211; une manne infine)<\/p>\n<blockquote><p>Le livre de Brown a fait l&rsquo;objet d&rsquo;une critique favorable dans le Church Times (avril 1866), le clerg\u00e9 \u00e9tant encourag\u00e9 \u00e0 recommander la proc\u00e9dure \u00e0 ses paroissiens. L&rsquo;archev\u00eaque d&rsquo;York \u00e9tait le patron du Home, et l&rsquo;archev\u00eaque de Canterbury en \u00e9tait le vice-pr\u00e9sident. Un article sur Brown, publi\u00e9 l&rsquo;ann\u00e9e de son expulsion, sugg\u00e8re que Brown ne faisait que pousser jusqu&rsquo;\u00e0 ses limites logiques une forme de \u00ab chirurgie psychologique indiqu\u00e9e pour la premi\u00e8re fois par le Christ \u00bb, selon laquelle \u00ab si ta main droite t&rsquo;offense, coupe-la \u00bb. L&rsquo;un des cas o\u00f9 la clitoridectomie a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme une r\u00e9ussite est celui des femmes qui avaient demand\u00e9 le divorce en vertu de la loi sur le divorce de 1857 &#8211; une action si scandaleuse qu&rsquo;elle \u00e9tait un signe \u00e9vident de maladie mentale &#8211; et qui sont retourn\u00e9es aupr\u00e8s de leur mari apr\u00e8s l&rsquo;op\u00e9ration. Brown cite le cas d&rsquo;une femme qui \u00ab est devenue \u00e0 tous \u00e9gards une bonne \u00e9pouse \u00bb apr\u00e8s une clitoridectomie.<\/p>\n<p>L&rsquo;establishment m\u00e9dical londonien ne s&rsquo;est pas retourn\u00e9 contre Brown en raison de la nature de cette intervention chirurgicale, qu&rsquo;il d\u00e9crivait souvent de mani\u00e8re possessive comme \u00ab mon op\u00e9ration \u00bb, selon ses agresseurs. Pour l&rsquo;auteur de l&rsquo;\u00e9ditorial du Lancet de 1866, l&rsquo;op\u00e9ration de Brown \u00e9tait erron\u00e9e parce qu&rsquo;elle \u00e9tait bas\u00e9e sur la m\u00e9thode empirique plut\u00f4t que sur la \u00ab m\u00e9thode rationnelle d&rsquo;\u00e9tude de la m\u00e9decine \u00bb, qui \u00e9tait historiquement \u00e9tablie et \u00e9prouv\u00e9e. Des doutes ont \u00e9t\u00e9 exprim\u00e9s quant \u00e0 l&rsquo;efficacit\u00e9 de la proc\u00e9dure au-del\u00e0 de la p\u00e9riode post-op\u00e9ratoire imm\u00e9diate, au cours de laquelle la zone g\u00e9nitale \u00e9tait si inconfortable que la masturbation \u00e9tait trop douloureuse. En outre, d&rsquo;importants probl\u00e8mes \u00e9thiques ont \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9s dans la pratique de Brown, comme le fait qu&rsquo;il n&rsquo;aurait pas obtenu le consentement des p\u00e8res et des maris de ses patientes ; en termes grecs anciens, les hommes qui \u00e9taient les kyrioi ou les tuteurs l\u00e9gaux des patientes.\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>(extrait de l&rsquo;introduction d&rsquo;Helen King : <em>Hippocrates&rsquo; Woman Reading the Female Body in Ancient Greece<\/em>, Routledge 1998)<\/p>\n<div class=\"status__content status__content--with-action\" tabindex=\"0\">\n<div class=\"status__content__text status__content__text--visible translate\" lang=\"fr\">\n<p>Vous pouvez aller vomir le patriarcat et d&rsquo;autres trucs maintenant.<\/p>\n<p>(et vous demander, qui sont les barbares ? Les scientistes qui crachent sur la psychanalyse, et notamment sur Freud, feraient bien de remettre les choses dans leur contexte, et consid\u00e9rer comment on traitait les patients, et notamment les femmes, dans la psychiatrie et la m\u00e9decine de l&rsquo;\u00e9poque. Certes, Freud est de son temps, et bien des aspects de sa pens\u00e9e (qui s&rsquo;\u00e9tale sur des dizaines de milliers de pages dont la plupart des gens qui ont un avis l\u00e0-dessus n&rsquo;en ont en r\u00e9alit\u00e9 rien lu du tout, ou alors quelques r\u00e9sum\u00e9s vite fait par des abrutis style Onfray ou quelques z\u00e9t\u00e9tistes pas moins abrutis), bien des aspects de sa pens\u00e9e ne font certes pas parti de mon bagage intellectuel quand j&rsquo;analyse mes patient\u2027es, c&rsquo;est le moins qu&rsquo;on puisse dire (si Freud ou ses premiers disciples m&rsquo;espionnaient pendant les s\u00e9ances, ils seraient sans doute scandalis\u00e9s &#8211; c&rsquo;est moins s\u00fbr s&rsquo;il s&rsquo;agissait de M\u00e9lanie Klein par exemple, ou Joyce McDougall ). Mais tout bien consid\u00e9r\u00e9, dans le contexte de l&rsquo;\u00e9poque, Freud faisait figure de r\u00e9volutionnaire en redonnant \u00e0 la sexualit\u00e9, et au d\u00e9sir, notamment f\u00e9minin, sa l\u00e9gitimit\u00e9, et en refusant toute naturalisation de ce d\u00e9sir dans des histoires d&rsquo;ovaire ou de clitoris. De m\u00eame pour la sexualit\u00e9 infantile. Bref.)<\/p>\n<\/div>\n<p>NB :<\/p>\n<h3>L\u2019Am\u00e9rique et le clitoris \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 (avant d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0d\u00e9couverts\u00a0\u00bb)<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9rudite historienne Helen King (je l&rsquo;adore), dans le chapitre qu&rsquo;elle consacre au clitoris, \u00e9voque la comp\u00e9tition entre m\u00e9decins au XVI et XVII\u00e8 si\u00e8cles (\u00e2ge d&rsquo;or de l&rsquo;anatomie, si l&rsquo;on peut parler ici d&rsquo;un \u00e2ge d&rsquo;or) pour la d\u00e9couverte de nouveaux organes, parmi lesquels le clitoris. \u00c9videmment, il y a avait bien longtemps que le clitoris avait \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0d\u00e9couvert\u00a0\u00bb &#8211; les femmes, principalement concern\u00e9es, en connaissaient un rayon sur le sujet depuis des temps imm\u00e9moriaux, et dans l&rsquo;antiquit\u00e9 m\u00e9diterran\u00e9enne par exemple, la litt\u00e9rature, et pas seulement les trait\u00e9s m\u00e9dicaux, le mentionnent sous des petits noms divers et vari\u00e9s (lui attribuant diverses fonctions, parfois assez lunaires, mais le clitoris comme source de plaisir n&rsquo;\u00e9tant pas absent de ces consid\u00e9rations qu&rsquo;elles soient savantes ou po\u00e9tiques)<\/p>\n<p>Bref. Le savant moderne d\u00e9couvre ce que tout le monde sait depuis longtemps &#8211; mais en attribuant un nom \u00e0 sa d\u00e9couverte, s&rsquo;en attribue aussi la possession : s&rsquo;accaparer l\u2019Am\u00e9rique et discipliner le corps f\u00e9minin passe par ce genre d&rsquo;attribution &#8211; comme on le sait depuis la Gen\u00e8se, c&rsquo;est en nommant les cr\u00e9atures qui l&rsquo;entourent que l&rsquo;homme en devient ma\u00eetre et possesseur (et quand je dis, l&rsquo;homme, je dis bien : l&rsquo;homme)<\/p>\n<p>J&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 de cet fascinant ouvrage, paru l&rsquo;an dernier, qu&rsquo;il faudrait traduire aussi vite que possible \u00e0 mon avis, Helen King, <em>Immaculate Forms: Uncovering the History of Women&rsquo;s Bodies<\/em> (2024).<\/p>\n<p>Et voici l&rsquo;extrait (plein d&rsquo;ironie comme souvent chez Helen King qui adore se payer la tronche du corps m\u00e9dical)<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0En annon\u00e7ant la d\u00e9couverte du clitoris en 1559, Colombo fait quelque chose de tr\u00e8s diff\u00e9rent de V\u00e9sale. Alors qu\u2019il pr\u00e9tendait diss\u00e9quer jusqu\u2019\u00e0 quatorze corps en un an, il croyait fermement qu\u2019il fallait \u00e9tudier des corps sains plut\u00f4t que de se concentrer sur des conditions pathologiques, comme c\u2019\u00e9tait le cas \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Et cette \u00ab d\u00e9couverte \u00bb particuli\u00e8re n\u2019\u00e9tait pas du tout bas\u00e9e sur la dissection, mais sur une exp\u00e9rience pratique du corps f\u00e9minin vivant.<\/p>\n<p>Dans le passage en question du De re anatomica, Colombo d\u00e9crit la d\u00e9couverte d\u2019une belle chose, \u00ab faite avec tant d\u2019art \u00bb, le si\u00e8ge m\u00eame du plaisir \u00e9rotique des femmes : un petit oblong qui, s\u2019il est frott\u00e9 avec un p\u00e9nis ou m\u00eame simplement touch\u00e9 \u00ab avec le petit doigt \u00bb, provoque un grand plaisir et l\u2019\u00e9coulement de la \u201csemence\u201d dans toutes les directions, \u00ab plus vite que le vent \u00bb, m\u00eame si la femme ne veut pas ressentir ce plaisir. Il parle ici de la semence f\u00e9minine, un concept auquel nous ne croyons pas aujourd\u2019hui, mais sur lequel nous reviendrons bient\u00f4t. Et de quel doigt s\u2019agit-il d\u2019ailleurs ? Le livre de Colombo s\u2019adresse \u00e0 d\u2019autres m\u00e9decins. En 1561, l\u2019\u00e9l\u00e8ve de Colombo, Gabriele Falloppia \u2013 qui a donn\u00e9 son nom aux trompes de Fallope \u2013 a publi\u00e9 Observationes anatomicae, bien que cet ouvrage ait \u00e9t\u00e9 \u00e9crit peut-\u00eatre dix ans plus t\u00f4t et qu\u2019il ait en fait devanc\u00e9 Colombo pour le clitoris.<\/p>\n<p>Cette comp\u00e9tition soul\u00e8ve une question importante : pourquoi les hommes \u2013 ou, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, les m\u00e9decins \u2013 voulaient-ils \u00eatre les d\u00e9couvreurs du clitoris \u00ab perdu \u00bb ?<\/p>\n<p>Le milieu du XVIe si\u00e8cle fut marqu\u00e9 par un regain d\u2019int\u00e9r\u00eat pour les textes m\u00e9dicaux de l\u2019Antiquit\u00e9 grecque et par l\u2019accent mis sur la continuit\u00e9 avec ces textes, tout en faisant des d\u00e9couvertes enti\u00e8rement nouvelles. V\u00e9sale, par exemple, a donn\u00e9 son nom \u00e0 six caract\u00e9ristiques anatomiques diff\u00e9rentes. L\u2019une d\u2019entre elles est ce que l\u2019on appelle aujourd\u2019hui \u00ab l\u2019os de V\u00e9sale \u00bb dans le poignet, l\u2019os vesalianum carpi. Situ\u00e9 \u00e0 la base du cinqui\u00e8me m\u00e9tacarpien, cet os n\u2019est pr\u00e9sent que chez environ 0,1 % de la population mais, contrairement \u00e0 son rejet du clitoris comme ph\u00e9nom\u00e8ne rare, il a choisi de l\u2019inclure dans ses illustrations de la main et du poignet. D\u00e9couvrir de nouvelles choses \u00e9tait une fa\u00e7on d\u2019asseoir son autorit\u00e9.<\/p>\n<p>Cela correspondait peut-\u00eatre aussi au sentiment de l\u2019\u00e9poque. Le XVIe si\u00e8cle se situe \u00e0 la fin d\u2019une \u00e9poque caract\u00e9ris\u00e9e par l\u2019obsession de la terra incognita, du territoire inconnu ; la d\u00e9claration de Colombo intervient \u00e0 la fin de l&rsquo;\u00ab \u00e2ge des d\u00e9couvertes \u00bb, lorsque de nouvelles routes commerciales et le Nouveau Monde des Am\u00e9riques ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverts. Toute grande d\u00e9couverte doit \u00eatre prise avec des pincettes, et cela s\u2019applique aussi bien au clitoris de Colombo qu\u2019aux cartes que son homologue, Christophe Colomb, a utilis\u00e9es au si\u00e8cle pr\u00e9c\u00e9dent.<\/p>\n<p>L\u2019Am\u00e9rique et le clitoris \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 l\u00e0.\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Je continue de vous proposer des extraits du livre exceptionnel d&rsquo;Helen King, Immaculate Forms: Uncovering the History of Women&rsquo;s Bodies (2024), ou, tout ce que vous avez voulu savoir (ou pas) sur le corps des femmes.<\/p>\n<p>L&rsquo;historienne f\u00e9ministe explore notamment, et avec beaucoup d&rsquo;ironie, les r\u00e9cits (principalement produits par des hommes) se rapportant \u00e0 ces parties du corps f\u00e9minin : le sein, le clitoris, l&rsquo;hymen et l&rsquo;ut\u00e9rus &#8211; et, \u00e0 chaque fois se m\u00e9lange les fantasmes sexuels et la pr\u00e9tention au savoir (aux aspects pas moins d\u00e9lirants, de notre point de vue moderne).<\/p>\n<p>J&rsquo;adore ce paragraphe du r\u00e9sum\u00e9 du livre :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Formes immacul\u00e9es\u00a0\u00bb examine toutes les mani\u00e8res dont la m\u00e9decine et la religion ont jou\u00e9 un r\u00f4le de gardien des organes f\u00e9minins. Il explore la fa\u00e7on dont l&rsquo;ut\u00e9rus a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 \u00e0 la fois comme l&rsquo;organe le plus miraculeux du corps et comme un \u00e9gout ; il d\u00e9couvre l&rsquo;h\u00e9ritage des seins en tant qu&rsquo;organes maternels ou sexuels &#8211; ou les deux ; il sonde le myst\u00e8re de la disparition de l&rsquo;hymen et pose la question suivante : le clitoris avait-il besoin d&rsquo;\u00eatre d\u00e9couvert ?<\/p>\n<p><a class=\"status-link unhandled-link\" title=\"https:\/\/wellcomecollection.org\/books\/Zp-EEBAAAOV5liIS\" translate=\"no\" href=\"https:\/\/wellcomecollection.org\/books\/Zp-EEBAAAOV5liIS\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\"><span class=\"invisible\">https:\/\/<\/span><span class=\"ellipsis\">wellcomecollection.org\/books\/Z<\/span><span class=\"invisible\">p-EEBAAAOV5liIS<\/span><\/a><\/p>\n<p>Voici donc un passage d\u00e9licieux sur la t\u00e9t\u00e9e &#8211; ses vertus m\u00e9dicales (et les tentatives pour d\u00e9sexualiser la t\u00e9t\u00e9e, entre adultes, quand la finalit\u00e9 est m\u00e9dicale &#8211; un petit coucou au Cardinal Pietro Bembo au passage<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Mais si le lait humain poss\u00e8de ces vertus m\u00e9dicales, comment l&rsquo;obtenir ? Tel est le dilemme, qui nous ram\u00e8ne non seulement au malaise que suscite la coexistence des aspects maternels et sexuels des seins, mais aussi \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e que les seins d\u00e9finissent la femme. L&rsquo;alimentation directe par les mamelles peut convenir \u00e0 un b\u00e9b\u00e9 qui t\u00e8te un animal, mais pour un homme adulte, prendre le lait directement au sein d&rsquo;une femme faire courir le risque d\u2019aller trop loin du point de vue sexuel. Pourtant, Dioscoride, un autre auteur du premier si\u00e8cle qui \u00e9num\u00e9ra les utilisations du lait maternel, tombait d&rsquo;accord avec Pline pour dire que \u00ab le lait d&rsquo;une femme est extr\u00eamement doux et nutritif \u00bb et ajoutait que \u00ab t\u00e9t\u00e9, il aide \u00e0 lutter contre le rongement du ventre et la phtisie [un type de maladie de d\u00e9p\u00e9rissement] \u00bb \u00ab T\u00e9t\u00e9 \u00bb : et Galien, le plus influent de tous les \u00e9crivains grecs et romains de l&rsquo;Antiquit\u00e9, recommandait \u00e9galement de prendre le lait directement des \u00ab femmes elles-m\u00eames \u00bb, citant les travaux perdus de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs Euryphon et H\u00e9rodique.<\/p>\n<p>Avec un tel niveau de soutien antique, il n&rsquo;est pas surprenant qu&rsquo;au XVIe si\u00e8cle, dans son Trait\u00e9 sur le lait (1536), Accoromboni ait indiqu\u00e9 qu&rsquo;il avait trait\u00e9 avec succ\u00e8s le cardinal Pietro Bembo en lui demandant de boire du lait de femme directement au sein pour gu\u00e9rir le catarrhe. D&rsquo;autres autorit\u00e9s du XVIe si\u00e8cle se montr\u00e8rent plus sceptiques \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e que des hommes passent du temps avec une jeune et jolie nourrice, et pensaient que le lait devait \u00eatre appliqu\u00e9 sous forme de compresse plut\u00f4t que d&rsquo;\u00eatre pris directement au sein.<\/p>\n<p>Quant aux patients, ils ne trouvaient pas tous l&rsquo;approche directe acceptable. Le verrier allemand du XVIIIe si\u00e8cle Gotthelf Greiner raconte qu&rsquo;on lui avait prescrit du lait maternel et que son m\u00e9decin lui avait sugg\u00e9r\u00e9 de faire appel \u00e0 une nourrice. Sa femme allaitait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque et, malgr\u00e9 une r\u00e9pulsion initiale (\u00ab J&rsquo;ai trembl\u00e9 \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de le faire \u00bb), il l&rsquo;a remplac\u00e9e, puis, lorsqu&rsquo;elle a sevr\u00e9 leur enfant, il est pass\u00e9 au lait envoy\u00e9 par sa cousine allaitante. Il n&rsquo;y a peut-\u00eatre pas que le sentiment qu&rsquo;il est moins co\u00fbteux de garder le lait dans la famille, en raison de la croyance selon laquelle le lait transmet \u00e9galement des valeurs morales. Auparavant, Greiner n&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 gu\u00e9ri de son impuissance que lorsque sa femme lui avait permis de toucher ses seins, avant leur mariage. Les pouvoirs sexuels et m\u00e9dicaux des seins &#8211; et plus pr\u00e9cis\u00e9ment des seins de sa femme &#8211; \u00e9taient tr\u00e8s proches pour lui.<\/p>\n<p>Bien que la plupart des exemples cit\u00e9s jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent n&rsquo;explorent pas cette possibilit\u00e9, certaines femmes ont \u00e9galement allait\u00e9 d&rsquo;autres femmes. Au XVIIIe si\u00e8cle, si une femme avait trop de lait et que l&rsquo;on pensait qu&rsquo;elle risquait de d\u00e9velopper une inflammation, on pouvait faire appel \u00e0 une \u00ab suceuse de seins \u00bb (f\u00e9minine) pour retirer l&rsquo;exc\u00e9dent ou, si la femme avait cess\u00e9 de produire du lait pour cause de maladie, pour relancer l&rsquo;\u00e9coulement. Cette approche \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme plus douce que l&rsquo;utilisation d&rsquo;un tire-lait et, peut-\u00eatre, pr\u00e9f\u00e9rable aux chiots. Une suceuse de sein pouvait \u00e9galement \u00eatre utilis\u00e9 pour aider \u00e0 mettre en place l&rsquo;allaitement. Au XVIIIe si\u00e8cle, la r\u00e9volutionnaire fran\u00e7aise Marie-Jeanne Phlippon Roland en a utilis\u00e9 une pour l&rsquo;aider \u00e0 relancer l&rsquo;\u00e9coulement du lait maternel apr\u00e8s qu&rsquo;une maladie l&rsquo;ait amen\u00e9e \u00e0 arr\u00eater temporairement d&rsquo;allaiter sa fille, la suceuse de sein essayant de stimuler l&rsquo;\u00e9coulement trois fois par jour pendant cinq semaines.\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Archives : Pas de sexe pour les m\u00e8res (et les nourrices) allaitantes :<\/p>\n<p>Un extrait du livre g\u00e9nial de l&rsquo;historienne f\u00e9ministe Helen King, Immaculate Forms: Uncovering the History of Women&rsquo;s Bodies (2024), relatif au sein, et notamment, dans les passages cit\u00e9s aux usages des \u00ab\u00a0nourrices\u00a0\u00bb embauch\u00e9es pour donner le sein \u00e0 la place des m\u00e8res dans la bonne soci\u00e9t\u00e9 (pratique qui date de l&rsquo;antiquit\u00e9).<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Des contrats l\u00e9g\u00e8rement diff\u00e9rents subsistent dans la Florence de la Renaissance, \u00e9tablis entre le p\u00e8re de l&rsquo;enfant et le mari de la nourrice. Ici aussi, l&rsquo;activit\u00e9 sexuelle (ainsi que l&rsquo;indigestion) \u00e9tait cens\u00e9e affecter le lait ; dans un trait\u00e9 de 1664 sur les maladies infantiles, on peut lire que \u00ab la relation sexuelle avec un homme g\u00e2te le lait \u00bb.<\/p>\n<p>La r\u00e8gle du \u00ab pas de sexe \u00bb s&rsquo;appliquait \u00e9galement \u00e0 la m\u00e8re naturelle si elle allaitait, ce qui signifiait qu&rsquo;une femme ne devait pas avoir de relations sexuelles avec son mari tant que l&rsquo;enfant n&rsquo;\u00e9tait pas sevr\u00e9. Cela fait du recours \u00e0 la nourrice un arrangement par lequel un homme riche payait un homme pauvre pour qu&rsquo;il n&rsquo;ait pas de relations sexuelles avec sa propre femme, afin que lui, l&rsquo;homme riche, puisse continuer \u00e0 avoir un acc\u00e8s illimit\u00e9 \u00e0 son propre lit conjugal. Ou, pour donner une tournure (peut-\u00eatre) plus positive, les hommes riches pouvaient insister sur le recours aux nourrices pour que leurs femmes aient les meilleures chances de concevoir \u00e0 nouveau. (&#8230;)<\/p>\n<p>En supposant que l&rsquo;on ait le loisir de choisir, quelles sont les qualit\u00e9s d&rsquo;une bonne nourrice ? Nous avons vu que, selon certains, elle ne devait pas avoir de relations sexuelles, et il y avait bien s\u00fbr la question des maladies \u00e0 traiter, ainsi que les pr\u00e9occupations \u00ab morales \u00bb fond\u00e9es sur la croyance que le lait transmettait les qualit\u00e9s \u00e9thiques de la nourrice \u00e0 l&rsquo;enfant qu&rsquo;elle allaitait. D&rsquo;autres listes de caract\u00e9ristiques \u00e0 rechercher, non seulement dans le lait mais aussi chez la nourrice elle-m\u00eame, remontent tr\u00e8s loin dans l&rsquo;histoire occidentale, et la quantit\u00e9 remarquable de d\u00e9tails qu&rsquo;elles fournissent montre une fois de plus que le lait \u00e9tait bien plus qu&rsquo;un simple produit nutritionnel.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Il existe une longue tradition d&rsquo;utilisation, tout en les d\u00e9nigrant, de nourrices issues d&rsquo;une classe inf\u00e9rieure, d&rsquo;esclaves ou d&rsquo;un autre groupe racial. Cette tradition semble s&rsquo;\u00eatre renforc\u00e9e au XIXe si\u00e8cle, les \u00e9ditions ult\u00e9rieures de l&rsquo;ouvrage d&rsquo;Underwood \u201cDiseases of Children\u201d \u00e9tant moins enthousiastes \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des nourrices qu&rsquo;elles ne l&rsquo;\u00e9taient \u00e0 l&rsquo;origine, parce qu&rsquo;elles provenaient des \u00ab rangs inf\u00e9rieurs \u00bb de la soci\u00e9t\u00e9. Elles \u00e9taient \u00ab g\u00e9n\u00e9ralement malhonn\u00eates \u00bb et \u00ab indiff\u00e9rentes aux r\u00e8gles de l&rsquo;alimentation, enclines \u00e0 l&rsquo;indulgence et totalement insouciantes de l&rsquo;\u00e9tat de leurs intestins \u00bb.<\/p>\n<p>Il convient de noter qu&rsquo;en Am\u00e9rique, dans l\u2019antebellum South, ces id\u00e9es \u00e9taient ignor\u00e9es, les femmes r\u00e9duites en esclavage \u00e9tant utilis\u00e9es comme une source pratique et gratuite de nourrices ; pas de contrats ici. Alors que les femmes noires \u00e9taient cens\u00e9es sevrer rapidement leurs propres enfants pour pouvoir retourner travailler, celles qui nourrissaient les enfants blancs devaient continuer pendant deux ans et parfois trouver d&rsquo;autres sources d\u2019alimentation &#8211; une autre esclave ou le biberon &#8211; pour leurs propres b\u00e9b\u00e9s. Dans le r\u00e9cit de ses voyages aux \u00c9tats-Unis entre 1798 et 1802, John Davis observe qu&rsquo;\u00ab il peut para\u00eetre incroyable \u00e0 certains que les enfants des familles les plus distingu\u00e9es de Caroline soient allait\u00e9s par des femmes n\u00e8gres \u00bb. Il a exprim\u00e9 son horreur de voir \u00ab un b\u00e9b\u00e9 souriant tirer avec ses l\u00e8vres ros\u00e9es sur un organe d&rsquo;une taille et d&rsquo;une couleur \u00e0 effrayer un satyre \u00bb. Mais il a \u00e9galement not\u00e9 l&rsquo;implication \u00e9motionnelle qui d\u00e9coulait de la relation nourrice-nourrice : \u00ab Il n&rsquo;est pas rare d&rsquo;entendre une dame \u00e9l\u00e9gante dire que Richard s&rsquo;afflige toujours lorsque Quasheeshaw est fouett\u00e9, parce qu&rsquo;elle l&rsquo;a allait\u00e9 \u00bb.\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En lisant un article de l&rsquo;excellente Bonnie Honig, je tombe sur cette r\u00e9f\u00e9rence au livre d\u00e9sormais classique dans les \u00e9tudes f\u00e9ministes d&rsquo;Helen King : Hippocrates&rsquo; Woman Reading the Female Body in Ancient Greece, Routledge 1998 : Autrement dit les origines grecques antiques de la gyn\u00e9cologie (la p\u00e9riode classique notamment, V\u00e8 et IV\u00e8 si\u00e8cles). 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