{"id":5279,"date":"2024-07-11T18:39:34","date_gmt":"2024-07-11T18:39:34","guid":{"rendered":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/?p=5279"},"modified":"2024-07-22T09:43:07","modified_gmt":"2024-07-22T09:43:07","slug":"saidiya-hartman-scenes-of-subjection-extraits-traduits","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/saidiya-hartman-scenes-of-subjection-extraits-traduits\/","title":{"rendered":"Saidiya Hartman, Scenes of Subjection (extraits traduits)"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-5288\" src=\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/Capture-decran_2024-07-11_19-41-51.png\" alt=\"\" width=\"421\" height=\"633\" srcset=\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/Capture-decran_2024-07-11_19-41-51.png 421w, https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/Capture-decran_2024-07-11_19-41-51-200x300.png 200w\" sizes=\"(max-width: 421px) 100vw, 421px\" \/>Saidiya Hartman, <em>Scenes of Subjection: Terror, Slavery, and Self-Making in Nineteenth-Century America<\/em> (W. W. Norton &amp; Company, 1997)<\/p>\n<p>La r\u00e9\u00e9dition du grand livre de S. Hartman sur l&rsquo;esclavage, 25 ans apr\u00e8s sa publication (augment\u00e9e en 2022 d&rsquo;une nouvelle pr\u00e9face de l&rsquo;auteur, un avant-propos de Keeanga-Yamahtta Taylor, une postface de Marisa J. Fuentes et Sarah Haley, des notations de Cameron Rowland et des compositions de Torkwase Dyson), n&rsquo;\u00e9tonnera gu\u00e8re ceux qui non seulement ont suivi le travail de Saidiya ces deux derni\u00e8res d\u00e9cennies, mais aussi l&rsquo;actualit\u00e9 am\u00e9ricaine, notamment les d\u00e9bats autour des questions raciales, les <em>critical racial studies<\/em>, l&rsquo;<em>afrofeminism<\/em>, l&rsquo;<em>afropessimism<\/em>, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 le supr\u00e9matisme blanc s&rsquo;expose d\u00e9sormais sans aucun fard, devenu mainstream pour une bonne partie de la classe politique et de l&rsquo;\u00e9lectorat am\u00e9ricain.<\/p>\n<p>Les d\u00e9bats sont vifs et contrastent avec la situation en France, o\u00f9, malgr\u00e9 l&rsquo;explosion \u00e9lectorale de l&rsquo;extr\u00eame droite et les politiques d&rsquo;immigration (la forteresse Europ\u00e9enne) fond\u00e9es sans vergogne sur des visions du monde qu&rsquo;on ne saurait qualifier autrement que racistes, les recherches qui visent \u00e0 d\u00e9gager le racisme structurel sur lequel s&rsquo;est construit l&rsquo;Europe moderne demeurent limit\u00e9es \u00e0 quelques cercles universitaires ou militants. La perspective historique, notamment, qui enracine ce racisme structurel dans le pass\u00e9 esclavagiste et colonial, et qu&rsquo;on peut suivre \u00e0 la trace jusque dans les ghettos contemporains, les in\u00e9galit\u00e9s socio-\u00e9conomiques flagrantes qui p\u00e8sent sur le devenir des racis\u00e9s, les discriminations et les emp\u00eachements administratifs, le harc\u00e8lement policier, n&rsquo;est que rarement \u00e9voqu\u00e9e quand il s&rsquo;agit de r\u00e9agir \u00e0 ce suppos\u00e9 \u00ab\u00a0regain\u00a0\u00bb du racisme en France et en Europe.<\/p>\n<p>L\u2019\u0153uvre de Saidiya Hartman est marqu\u00e9e par 3 grands livres, qui re-examinent trois p\u00e9riodes de l&rsquo;histoire afro-am\u00e9ricaine. Dans<em> Sc\u00e8nes of subjection<\/em> (1997), il s&rsquo;agit de revenir sur grand narratif qui voit dans l&rsquo;abolition (1865) le tournant majeur de l&rsquo;histoire am\u00e9ricaine, et pas seulement du destin des esclaves, apr\u00e8s la guerre de s\u00e9cession. Elle s&rsquo;int\u00e9resse notamment, de mani\u00e8re perturbante, sur les effets paradoxaux des critiques abolitionnistes sur les relations au sein des plantations de l&rsquo;Antebellum South : la reconnaissance tr\u00e8s limit\u00e9e de l&rsquo;esclave comme \u00ab\u00a0personne\u00a0\u00bb vient en r\u00e9alit\u00e9 souvent aggraver leur assujettissement, l&rsquo;absolutiser &#8211; l&rsquo;esclave noir ne peut pr\u00e9tendre au statut de personne, du point de vue du droit, qu&rsquo;en tant que criminel. Cette ambivalence survivra \u00e0 l&rsquo;abolition, sous une autre forme d\u2019exploitation (pour reprendre le titre d&rsquo;un livre fameux de Douglas A. Blackmon, il s&rsquo;agit au fond de \u00ab\u00a0<em>Slavery by another name<\/em>\u00ab\u00a0). Les extraits traduits ci-dessous, tir\u00e9s de <em>Scenes of Subjection<\/em>, donneront au lecteur francophone une id\u00e9e de l&rsquo;ensemble.<\/p>\n<p>En 2007, Saidiya Hartman publie <em>Lose your mother<\/em> <i>: A Journey Along the Atlantic Slave Route<\/i> (qui a \u00e9t\u00e9 traduit r\u00e9cemment en fran\u00e7ais par Maboula Soumahoro, <em>\u00c0 perte de m\u00e8re, sur les routes atlantiques de l\u2019esclavage<\/em>, aux \u00e9ditions Brook (2023). Elle cherche en Afrique, et notamment au Ghana (on lira surtout l&rsquo;admirable dernier chapitre, o\u00f9 s&rsquo;articulent de mani\u00e8re dramatique et \u00e9mouvante ses explorations des traces du pass\u00e9 esclavagiste africain, et sa propre histoire lacunaire) les liens qui subsisteraient entre les africains d&rsquo;aujourd&rsquo;hui et les descendants d&rsquo;esclaves afro-am\u00e9ricains, recherche en grande partie vou\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec, d&rsquo;un point de vue purement historique, mais riche d&rsquo;enseignements sur le plan de la compr\u00e9hension des structures raciales des soci\u00e9t\u00e9s contemporaines :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Je voulais m&rsquo;engager dans le pass\u00e9, sachant que ses p\u00e9rils et ses dangers mena\u00e7aient toujours et qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui encore, des vies \u00e9taient en jeu. L&rsquo;esclavage avait \u00e9tabli une mesure de l&rsquo;homme et un classement de la vie et de la valeur qui n&rsquo;ont pas encore \u00e9t\u00e9 d\u00e9faits. Si l&rsquo;esclavage reste un probl\u00e8me dans la vie politique de l&rsquo;Am\u00e9rique noire, ce n&rsquo;est pas en raison d&rsquo;une obsession antiquaire pour des temps r\u00e9volus ou du fardeau d&rsquo;une m\u00e9moire trop longue, mais parce que les vies noires sont toujours menac\u00e9es et d\u00e9valoris\u00e9es par un calcul racial et une arithm\u00e9tique politique qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tablis il y a des si\u00e8cles. C&rsquo;est l&rsquo;apr\u00e8s-vie de l&rsquo;esclavage &#8211; des chances de vie r\u00e9duites, un acc\u00e8s limit\u00e9 \u00e0 la sant\u00e9 et \u00e0 l&rsquo;\u00e9ducation, des d\u00e9c\u00e8s pr\u00e9matur\u00e9s, l&rsquo;incarc\u00e9ration et l&rsquo;appauvrissement.\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>En 2019, c&rsquo;est la publication de ce livre, qui a eu sur moi un effet bouleversant (et a certainement chang\u00e9 beaucoup de choses dans ma mani\u00e8re non seulement d&rsquo;aborder les questions raciales mais aussi, plus globalement, le champ politique), <em>Wayward Lives, Beautiful Experiments: Intimate Histories of Riotous Black Girls, Troublesome Women, and Queer Radicals<\/em>, dont j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises sur ce blog, et dans lequel Hartman tente d&rsquo;\u00e9crire la biographie de jeunes femmes noires dans les villes du Nord des \u00c9tats-Unis, Harlem ou Philadelphie, \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle et dans les premi\u00e8res d\u00e9cennies du si\u00e8cle suivant. Dans ce texte incroyable, plus encore que dans ces ouvrages pr\u00e9c\u00e9dents, elle d\u00e9ploie sa m\u00e9thode propre (que je qualifierai de \u00ab\u00a0m\u00e9thode queer\u00a0\u00bb &#8211; voir article \u00e0 suivre cet \u00e9t\u00e9 sur ce blog), qu&rsquo;elle a appel\u00e9 \u00ab\u00a0Fabulation Critique\u00a0\u00bb (<em>critical fabulation<\/em>), qui combine une recherche historique et une exploration d&rsquo;archives rigoureuses, avec les engagements qu&rsquo;on lit habituellement dans les <em>Critical Studies<\/em> et des Fictions Narratives, ces derni\u00e8res visant \u00e0 combler ou bien les lacunes de la documentation (in\u00e9vitables dans le cas o\u00f9 l&rsquo;histoire est rarement \u00e9crite par les subalternes), ou bien les \u00e0 corriger les biais des Grands Narratifs dominants. Les lecteurs int\u00e9ress\u00e9s pourront lire quelques extraits dont j&rsquo;ai donn\u00e9s des traductions dans <a href=\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/?s=hartman\">ces articles du blog<\/a>.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.thenation.com\/article\/society\/saidiya-hartman-interview\/\">The Nation<\/a> d\u00e9crivait r\u00e9cemment l&rsquo;impact extraordinaire que son travail aura eu sur tous les chercheurs et les militants non seulement aux \u00c9tats-Unis, mais dans les autres r\u00e9gions du monde o\u00f9 l&rsquo;on examine les racines structurelles du destin des subalternes\u00a0 : \u00ab\u00a0Vingt-cinq ans plus tard, l&rsquo;influence de Mme Hartman est omnipr\u00e9sente. En inventant l&rsquo;expression \u00ab\u00a0l&rsquo;apr\u00e8s-vie de l&rsquo;esclavage\u00a0\u00bb (<em>The Afterlife of Slavery<\/em>), elle a chang\u00e9 la fa\u00e7on dont les historiens consid\u00e8rent les longues ramifications du r\u00e9gime des \u00ab\u00a0biens meubles\u00a0\u00bb sur la vie des Noirs.\u00a0\u00bb. Il serait heureux que les lecteurs et lectrices francophones puissent \u00e0 leur tour disposer des deux autres ouvrages qui n&rsquo;ont pas encore \u00e9t\u00e9 traduits.<\/p>\n<p>Voici donc quelques extraits du livre de Saidiya Hartman, <em>Scenes of Subjection: Terror, Slavery, and Self-Making in Nineteenth-Century America<\/em> :<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>***<\/strong><\/p>\n<h3 class=\"western\" align=\"justify\">Ironies du plaisant chemin<\/h3>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span lang=\"fr-FR\">Les essais publi\u00e9s dans <\/span><span lang=\"fr-FR\"><i>De Bow&rsquo;s Review<\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\">, <\/span><span lang=\"fr-FR\"><i>Southern Planter <\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\">et d\u2019autres revues agricoles s\u2019accordent unanimement sur l\u2019importance <\/span><span lang=\"fr-FR\">de disposer d\u2019<\/span><span lang=\"fr-FR\">esclaves dociles et satisfaits pour la bonne gestion de l\u2019exploitation agricole ou de la plantation. Ces essais \u00e9num\u00e8rent les responsabilit\u00e9s des propri\u00e9taires d\u2019esclaves et les m\u00e9thodes permettant de promouvoir la productivit\u00e9 des esclaves. Les journaux de plantation, <\/span><span lang=\"fr-FR\">\u00e9pousant le<\/span><span lang=\"fr-FR\"> paternalisme, <\/span><span lang=\"fr-FR\">inquiets<\/span><span lang=\"fr-FR\"> de l\u2019image <\/span><span lang=\"fr-FR\">renvoy\u00e9e par<\/span><span lang=\"fr-FR\"> l\u2019institution, en particulier \u00e0 la lumi\u00e8re de l\u2019opposition croissante \u00e0 l\u2019esclavage, <\/span><span lang=\"fr-FR\">sont<\/span><span lang=\"fr-FR\">, comme on <\/span><span lang=\"fr-FR\">peut<\/span><span lang=\"fr-FR\"> s\u2019y attendre, beaucoup plus directs quant \u00e0 l\u2019utilisation des r\u00e9compenses et des loisirs plut\u00f4t que de la violence pour obtenir la soumission. Le ma\u00eetre bienveillant, conscient de son devoir envers ses esclaves, n\u2019a pas besoin de recourir au poteau de fouet, mais encourage la docilit\u00e9 par des moyens agr\u00e9ables. Selon Herbemont, guider les plaisirs de l\u2019esclave est une t\u00e2che \u00e9quivalente \u00e0 la direction que le souverain donne \u00e0 ses sujets. S\u2019occuper des loisirs des esclaves <\/span><span lang=\"fr-FR\">vise \u00e0 am\u00e9liorer<\/span><span lang=\"fr-FR\"> leur bien g\u00e9n\u00e9ral et n\u2019est donc pas indigne du ma\u00eetre, car le chemin de l\u2019agr\u00e9ment est \u00ab\u00a0bien plus susceptible d\u2019\u00eatre suivi vo<\/span><span lang=\"fr-FR\">lontairement<\/span><span lang=\"fr-FR\">\u00a0\u00bb que le chemin couvert d\u2019\u00e9pines et de ronces.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span lang=\"fr-FR\">Pourtant, <\/span><span lang=\"fr-FR\">m\u00eame <\/span><span lang=\"fr-FR\">lorsque la voie la moins \u00e9pineuse \u00e9tait emprunt\u00e9e, les esclaves n\u2019avaient gu\u00e8re de mal \u00e0 discerner dans les \u00ab\u00a0loisirs b\u00e9n\u00e9fiques\u00a0\u00bb une autre forme de coercition. Eda Harper d\u00e9crit la promotion du chant par son propri\u00e9taire comme malveillante\u00a0: \u00ab\u00a0Mon vieux ma\u00eetre \u00e9tait m\u00e9chant avec nous. Il avait l\u2019habitude de venir dans les quartiers et de nous faire chanter Dixie. On <\/span><span lang=\"fr-FR\">aurait dit<\/span><span lang=\"fr-FR\"> que Dixie <\/span><span lang=\"fr-FR\">\u00e9tait la seule chanson qu\u2019il connaissait<\/span><span lang=\"fr-FR\">. Je vous dis que je ne l\u2019aime plus maintenant. Mais ayez piti\u00e9\u00a0! Il nous faisait chanter\u00a0\u00bb. L\u2019ironie du chemin agr\u00e9able est mise en \u00e9vidence dans le cas de Harper. Le fait de forcer les esclaves \u00e0 chanter \u201cDixie\u201d, un air de <\/span><span lang=\"fr-FR\"><i>minstrel<\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\"> adopt\u00e9 pour la cause du nationalisme conf\u00e9d\u00e9r\u00e9, r\u00e9v\u00e8le la collusion de la coercition et de la r\u00e9cr\u00e9ation. L\u2019adoption de \u201cDixie\u201d comme chanson embl\u00e9matique des Conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s soulign<\/span><span lang=\"fr-FR\">e<\/span><span lang=\"fr-FR\"> la centralit\u00e9 \u00e9motionnelle de ces pseudo-spectacles d\u2019esclaves en tant qu\u2019affirmations de la mission nationale des Conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s et de l\u2019image de paternalisme bienveillant ch\u00e8re \u00e0 la classe dirigeante\u00a0\u00bb, \u00e9crit Drew Gilpin Faust. L\u2019autorepr\u00e9sentation du Sud esclavagiste d\u00e9pend de ces repr\u00e9sentations de la n\u00e9gritude. On peut imaginer que cela explique pourquoi le minstrelsy a atteint son apog\u00e9e dans le Sud pendant la guerre civile.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\">Malgr\u00e9 le consensus g\u00e9n\u00e9ral sur l\u2019efficacit\u00e9 des amusements des esclaves, les discussions des propri\u00e9taires d\u2019esclaves sur la \u00ab\u00a0culture de l\u2019esclave\u00a0\u00bb \u00e9taient tautologiques et pleines d\u2019affirmations contradictoires sur la nature et la culture. D\u2019une part, la culture de l\u2019esclave ou, plus justement, les amusements g\u00e9r\u00e9s, d\u00e9montrent la nature inf\u00e9rieure et servile de l\u2019Africain. De plus, ce \u00ab\u00a0sixi\u00e8me sens\u00a0\u00bb (pour la musique) \u00e9quipait mal les Noirs pour la libert\u00e9. D\u2019autre part, la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019encourager des formes de loisirs b\u00e9n\u00e9fiques r\u00e9v\u00e9lait l\u2019inqui\u00e9tude des planteurs face \u00e0 l\u2019agitation, voire \u00e0 la r\u00e9bellion. Apr\u00e8s tout, si l\u2019esclave \u00e9tait naturellement pr\u00e9dispos\u00e9 \u00e0 chanter, pourquoi fallait-il lui imposer des r\u00e9jouissances\u00a0? \u00c0 tout prix, la nature et la condition devaient \u00eatre rendues compatibles, et les amusements innocents, de concert avec les formes combin\u00e9es de torture, de punition et de discipline, visaient \u00e0 affecter cette union. En effet, l\u2019esclave doit appara\u00eetre comme \u00e9tant n\u00e9 pour danser encha\u00een\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\" align=\"justify\"><strong>***<\/strong><\/p>\n<h3 class=\"western\" align=\"justify\">R\u00e9sistances Infrapolitiques<\/h3>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span lang=\"fr-FR\">Lorsque l\u2019on consid\u00e8re ces pratiques comme l&rsquo; \u00ab\u00a0infrapolitique des domin\u00e9s\u00a0\u00bb, pour reprendre l\u2019expression de James <\/span><span lang=\"fr-FR\">C. <\/span><span lang=\"fr-FR\">Scott, ou comme une \u00ab\u00a0politique <\/span><span lang=\"fr-FR\">\u00e0 basse fr\u00e9quence (low frequency)<\/span><span lang=\"fr-FR\">\u00a0\u00bb, pour reprendre l\u2019expression de Paul Gilroy, il est important de noter \u00e0 la fois les effets produits par les ill\u00e9galit\u00e9s populaires, <\/span><span lang=\"fr-FR\">ou <\/span><span lang=\"fr-FR\">l\u2019intransigeance ou la r\u00e9calcitrance des <\/span><span lang=\"fr-FR\">esclaves,<\/span><span lang=\"fr-FR\"> et leur <\/span><span lang=\"fr-FR\">exclusion<\/span><span lang=\"fr-FR\"> du lieu propre du politique. Ceci est particuli\u00e8rement important dans le cas des esclaves si nous voulons nous engager dans les particularit\u00e9s de la constitution du sujet et du statut d\u2019objet, <\/span><span lang=\"fr-FR\">qui d\u00e9terminent <\/span><span lang=\"fr-FR\">conjointement<\/span><span lang=\"fr-FR\"> la condition de<\/span><span lang=\"fr-FR\"> l\u2019esclave. L<\/span><span lang=\"fr-FR\">e mod\u00e8le de l\u2019<\/span><span lang=\"fr-FR\">individu bourgeois, le moi libre et la personne <\/span><span lang=\"fr-FR\">abstraite de ses particularit\u00e9s<\/span><span lang=\"fr-FR\"> qui donnent un sens au terme \u00ab\u00a0<\/span><span lang=\"fr-FR\">p<\/span><span lang=\"fr-FR\">olitique\u00a0\u00bb dans son usage conventionnel, avec toutes les hypoth\u00e8ses qui en d\u00e9coulent sur la relation entre le sujet et l\u2019\u00c9tat, ne peu<\/span><span lang=\"fr-FR\">t<\/span><span lang=\"fr-FR\"> pas incorporer l\u2019esclave, car comment exprimer une volont\u00e9 individuelle quand on est sans droits individuels, ou m\u00eame <\/span><span lang=\"fr-FR\">une non-<\/span><span lang=\"fr-FR\">personne au sens habituel du terme\u00a0? Apr\u00e8s tout, les droits de l\u2019individu qui se poss\u00e8de lui-m\u00eame et l\u2019ensemble des relations de propri\u00e9t\u00e9 qui d\u00e9finissent la libert\u00e9 d\u00e9pendent, voire exigent, le noir en tant qu\u2019actant sans volont\u00e9 et objet sublime. Si les valeurs les plus v\u00e9n\u00e9r\u00e9es \u2013 la libert\u00e9, l\u2019\u00e9galit\u00e9, la possession de soi et les droits inviolables de la personne \u2013 ont \u00e9t\u00e9 achet\u00e9es par le travail des esclaves, alors quelles <\/span><span lang=\"fr-FR\">restent-ils<\/span> <span lang=\"fr-FR\">de<\/span><span lang=\"fr-FR\"> possibilit\u00e9s ou <\/span><span lang=\"fr-FR\">d\u2019<\/span><span lang=\"fr-FR\">opportunit\u00e9s pour le <\/span><span lang=\"fr-FR\">r\u00e9cipient<\/span><span lang=\"fr-FR\"> noir captif de l\u2019id\u00e9alit\u00e9 blanche.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span lang=\"fr-FR\">L\u2019esclave est l\u2019objet ou le terrain qui rend possible l\u2019existence du sujet bourgeois et qui, par n\u00e9gation ou contra-distinction, d\u00e9finit la libert\u00e9, la citoyennet\u00e9 et les limites du corps social. Comme l\u2019a soulign\u00e9 Edmund Morgan<\/span><strong><span lang=\"fr-FR\">*<\/span><\/strong><span lang=\"fr-FR\">, la signification et la garantie de l\u2019\u00e9galit\u00e9 (blanche) d\u00e9pendent de la pr\u00e9sence d\u2019esclaves. Les hommes blancs \u00e9taient \u00ab\u00a0\u00e9gaux <\/span><span lang=\"fr-FR\">de n\u2019\u00eatre pas<\/span><span lang=\"fr-FR\"> esclaves\u00a0\u00bb. L\u2019esclave est incontestablement <\/span><span lang=\"fr-FR\">exclu<\/span><span lang=\"fr-FR\"> des termes normatifs de l\u2019individualit\u00e9 et \u00e0 un tel degr\u00e9 que l\u2019exercice m\u00eame de l\u2019action <\/span><span lang=\"fr-FR\">(agency)<\/span><span lang=\"fr-FR\"> est consid\u00e9r\u00e9 comme une <\/span><span lang=\"fr-FR\">violation<\/span> <span lang=\"fr-FR\">des<\/span><span lang=\"fr-FR\"> droits illimit\u00e9s d\u2019un autre sur l\u2019objet. (M\u00eame le travail n\u2019est pas consid\u00e9r\u00e9 comme une activit\u00e9 parce qu\u2019il est la propri\u00e9t\u00e9 d\u2019un autre, qu\u2019il est extrait par des moyens coercitifs et qu\u2019il <\/span><span lang=\"fr-FR\">renvoie aux<\/span><span lang=\"fr-FR\"> capacit\u00e9s brutes du Noir\u00a0; il personnifie simplement le pouvoir et la domination du propri\u00e9taire). Il n\u2019est pas surprenant que l\u2019<\/span><span lang=\"fr-FR\"><i>agency<\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\"> de l\u2019esclave ne soit intelligible ou reconnaissable que sous l<\/span><span lang=\"fr-FR\">e registre d<\/span><span lang=\"fr-FR\">e la criminalit\u00e9, d\u2019une personne (morale) accabl\u00e9e (<\/span><span lang=\"fr-FR\"><i>burdened<\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\">)<\/span><span lang=\"fr-FR\"> d\u2019<\/span><span lang=\"fr-FR\">incroyables<\/span><span lang=\"fr-FR\"> devoirs et responsabilit\u00e9s, <\/span><span lang=\"fr-FR\">lesquels<\/span><span lang=\"fr-FR\"> servent principalement \u00e0 renforcer les m\u00e9canismes r\u00e9pressifs du pouvoir, <\/span><span lang=\"fr-FR\">\u00e0 d\u00e9limiter<\/span><span lang=\"fr-FR\"> les formes de violence socialement tol\u00e9rables, \u00e0 <\/span><span lang=\"fr-FR\">s\u2019attacher<\/span><span lang=\"fr-FR\"> plus \u00e9troitement la marchandise sensible <\/span><span lang=\"fr-FR\">en pr\u00e9tendant la prot\u00e9ger<\/span><span lang=\"fr-FR\">, et <\/span><span lang=\"fr-FR\">finalement <\/span><span lang=\"fr-FR\">\u00e0 punir <\/span><span lang=\"fr-FR\">pr\u00e9cis\u00e9ment en reconnaissan<\/span><span lang=\"fr-FR\">ce<\/span><span lang=\"fr-FR\"> de l\u2019humanit\u00e9 de l\u2019esclave. Cette reconnaissance officielle de l\u2019<\/span><span lang=\"fr-FR\"><i>agency<\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\"> et de l\u2019humanit\u00e9, plut\u00f4t que de remettre en question ou de contredire le statut d\u2019objet et l\u2019assujettissement absolu de l\u2019esclave en tant que bien meuble, <\/span><span lang=\"fr-FR\">r\u00e9inscrit esclave <\/span><span lang=\"fr-FR\">dans les termes du statut de personne.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>*<\/strong> Morgan affirme que le racisme a rendu possible \u00ab la d\u00e9votion \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 que les r\u00e9publicains anglais avaient d\u00e9clar\u00e9e \u00eatre l\u2019\u00e2me de la libert\u00e9 \u00bb. L\u2019assimilation des Am\u00e9rindiens, des Noirs et des mul\u00e2tres \u00e0 la classe des parias a permis aux Blancs de s\u2019unir en une \u00ab classe de ma\u00eetres \u00bb. Edmund Morgan, American Slavery, American Freedom (New York : W. W. Norton, 1975), 381, 386.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\" align=\"justify\"><strong>***<\/strong><\/p>\n<h3>Sexualit\u00e9 et propri\u00e9t\u00e9<\/h3>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span lang=\"fr-FR\">La violence sexuelle <\/span><span lang=\"fr-FR\">rapport\u00e9e<\/span><span lang=\"fr-FR\"> \u00e0 l\u2019exercice du droit de propri\u00e9t\u00e9 et indispensable \u00e0 la <\/span><span lang=\"fr-FR\">r\u00e9alisation d\u2019une <\/span><span lang=\"fr-FR\">soumission parfaite est dissimul\u00e9e par les \u00ab\u00a0exc\u00e8s\u00a0\u00bb de la femme noire\u00a0: sexualit\u00e9 immod\u00e9r\u00e9e et surabondante, app\u00e9tits <\/span><span lang=\"fr-FR\">insatiables <\/span><span lang=\"fr-FR\">et <\/span><span lang=\"fr-FR\">capacit\u00e9s<\/span><span lang=\"fr-FR\"> bestiales le plus souvent assimil\u00e9s \u00e0 ceux de l\u2019orang-outan, disponibilit\u00e9 infatigable qui n\u2019<\/span><span lang=\"fr-FR\">est surpass\u00e9e<\/span><span lang=\"fr-FR\"> que <\/span><span lang=\"fr-FR\">par <\/span><span lang=\"fr-FR\">l\u2019\u00e9tendue de sa volont\u00e9. La lascivit\u00e9 rend inutile <\/span><span lang=\"fr-FR\">l<\/span><span lang=\"fr-FR\">e principe<\/span><span lang=\"fr-FR\"> m\u00eame d\u2019une<\/span><span lang=\"fr-FR\"> protection <\/span><span lang=\"fr-FR\">qu\u2019accorderait une<\/span><span lang=\"fr-FR\"> loi <\/span><span lang=\"fr-FR\">sanctionnant<\/span><span lang=\"fr-FR\"> le viol, car le d\u00e9sir noir insatiable pr\u00e9suppos<\/span><span lang=\"fr-FR\">e<\/span><span lang=\"fr-FR\"> que tout rapport sexuel <\/span><span lang=\"fr-FR\">est le<\/span><span lang=\"fr-FR\"> bienvenu, voire <\/span><span lang=\"fr-FR\">qu\u2019il est <\/span><span lang=\"fr-FR\">recherch\u00e9. Les crimes d\u2019omission et de proaction de l\u2019\u00c9tat \u2013 l\u2019absence de protection et <\/span><span lang=\"fr-FR\">de<\/span><span lang=\"fr-FR\"> sanction de la violence au nom du droit de propri\u00e9t\u00e9 \u2013 disparaissent devant le spectacle de la concupiscence noire. L\u2019inexistence du viol en tant que cat\u00e9gorie de pr\u00e9judice n<\/span><span lang=\"fr-FR\">e renvoie<\/span><span lang=\"fr-FR\"> pas <\/span><span lang=\"fr-FR\">\u00e0<\/span><span lang=\"fr-FR\"> la violence de la loi mais <\/span><span lang=\"fr-FR\">\u00e0 <\/span><span lang=\"fr-FR\">la femme <\/span><span lang=\"fr-FR\">esclave<\/span><span lang=\"fr-FR\"> en tant que coupable complice et s\u00e9ductrice. Les omissions de la loi doivent \u00eatre lues de mani\u00e8re symptomatique dans le cadre d\u2019une \u00e9conomie des corps dans laquelle la pleine jouissance de l\u2019esclave en tant que chose d\u00e9pend de l\u2019autorit\u00e9 absolue et de la consommation exhaustive du corps dans ses innombrables <\/span><span lang=\"fr-FR\">potentialit\u00e9s<\/span><span lang=\"fr-FR\">.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span lang=\"fr-FR\">La construction de la subjectivit\u00e9 noire comme \u00e9tant sans volont\u00e9, abjecte, insatiable, douloureuse, et le d\u00e9ploiement instrumental de la sexualit\u00e9 dans la reproduction de la propri\u00e9t\u00e9 et de la diff\u00e9rence raciale, <\/span><span lang=\"fr-FR\">consacrent l\u2019usurpation de<\/span><span lang=\"fr-FR\"> la cat\u00e9gorie du viol. La sexualit\u00e9 form<\/span><span lang=\"fr-FR\">e<\/span><span lang=\"fr-FR\"> le lien inextricable entre le Noir, la femme et le bien meuble et contribu<\/span><span lang=\"fr-FR\">e<\/span><span lang=\"fr-FR\"> \u00e0 intensifier les contraintes du statut d\u2019esclave en soumettant le corps \u00e0 un autre ordre de violation et de caprice. L\u2019exercice despotique du pouvoir (la domination <\/span><span lang=\"fr-FR\">non seulement <\/span><span lang=\"fr-FR\">de l\u2019esclavagiste <\/span><span lang=\"fr-FR\">mais aussi de<\/span> <span lang=\"fr-FR\">l\u2019ensemble des<\/span><span lang=\"fr-FR\"> Blancs) rend la violence <\/span><span lang=\"fr-FR\">indiscernable<\/span><span lang=\"fr-FR\"> de la pleine jouissance de la chose. Les tensions g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par la double invocation par la loi de la propri\u00e9t\u00e9 et de la personne, ou par la \u00ab\u00a0pleine jouissance\u00a0\u00bb et la protection limit\u00e9e <\/span><span lang=\"fr-FR\">de<\/span><span lang=\"fr-FR\"> la vie et <\/span><span lang=\"fr-FR\">de<\/span><span lang=\"fr-FR\"> l\u2019int\u00e9grit\u00e9 physique, <\/span><span lang=\"fr-FR\">sont<\/span><span lang=\"fr-FR\"> masqu\u00e9es par l\u2019attrait fantasmatique du noir charnel. Le viol dispara\u00eet gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019intervention de la s\u00e9duction \u2013 l\u2019affirmation de la complicit\u00e9 et de la soumission volontaire de la femme esclave. La s\u00e9duction <\/span><span lang=\"fr-FR\">est<\/span><span lang=\"fr-FR\"> au c\u0153ur de l\u2019\u00e9laboration et de l\u2019imagination d<\/span><span lang=\"fr-FR\">e l\u2019<\/span><span lang=\"fr-FR\">Antebellum South<\/span><span lang=\"fr-FR\">, le Sud \u00e9rotique, car elle permet de masquer les fissures antagonistes de la soci\u00e9t\u00e9 en attribuant \u00e0 l\u2019objet de la propri\u00e9t\u00e9 un pouvoir criminel. La charit\u00e9 noire servait d\u2019alibi et de couverture aux formes barbares de jouissance blanche autoris\u00e9es par la loi.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\">(\u2026)<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span lang=\"fr-FR\">Les \u00e9quivoques qui entourent les questions de relations sexuelles consensuelles sous domination, l\u2019\u00e9lision de la violence sexuelle par l\u2019imputation de l\u2019app\u00e9tit sexuel de la femme esclave ou de son manque de vertu, et la pr\u00e9somption de consentement comme cons\u00e9quence de l\u2019impuissance totale de son \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb (la philosophie du \u00ab\u00a0<\/span><span lang=\"fr-FR\"><i>no means yes<\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\">\u00a0\u00bb) sont des \u00e9l\u00e9ments importants du discours de la s\u00e9duction. Dans un sens plus large ou g\u00e9n\u00e9rique, la s\u00e9duction d\u00e9signe une th\u00e9orie du pouvoir qui exige la soumission absolue et \u00ab\u00a0parfaite\u00a0\u00bb de l\u2019esclave comme principe directeur des relations d\u2019esclavage, tout en cherchant \u00e0 att\u00e9nuer la brutalit\u00e9 avou\u00e9e et n\u00e9cessaire des relations d\u2019esclavage par les affections partag\u00e9es entre le propri\u00e9taire et le captif. Que signifie la mutualit\u00e9 ou la r\u00e9ciprocit\u00e9 au seuil de la cabane de Celia\u00a0? Quelle affection peut-on imaginer apr\u00e8s quatre ann\u00e9es d\u2019abus\u00a0? La doctrine de la \u00ab\u00a0soumission parfaite\u00a0\u00bb concilie la violence et les revendications de bienveillance mutuelle entre ma\u00eetre et esclave, n\u00e9cessaires pour assurer l\u2019harmonie de l\u2019institution. La r\u00e9ciprocit\u00e9 pr\u00e9sum\u00e9e des sentiments enchante la violence brutale et directe des relations ma\u00eetre-esclave. En gardant cela \u00e0 l\u2019esprit, le terme \u00ab\u00a0s\u00e9duction\u00a0\u00bb est employ\u00e9 ici pour d\u00e9signer ce d\u00e9placement et cette euph\u00e9misation de la violence, car <\/span><span lang=\"fr-FR\">il<\/span><span lang=\"fr-FR\"> incarne l\u2019alchimie discursive qui enveloppe les formes directes de violence sous le \u00ab\u00a0voile des relations enchant\u00e9es\u00a0\u00bb <\/span><span lang=\"fr-FR\">(Bourdieu, <\/span><span lang=\"fr-FR\"><i>Esquisse d\u2019une th\u00e9orie de la pratique<\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\">, <\/span><span lang=\"fr-FR\">1972<\/span><span lang=\"fr-FR\">)<\/span><span lang=\"fr-FR\"> \u2013 les relations r\u00e9ciproques et mutuelles entre le ma\u00eetre et l\u2019esclave. Cette exploration du discours de la s\u00e9duction tente d\u2019\u00e9clairer la violence occult\u00e9e par le voile en passant au crible le langage du pouvoir et des sentiments, en particulier les manipulations <\/span><span lang=\"fr-FR\">exerc\u00e9es par l<\/span><span lang=\"fr-FR\">es <\/span><span lang=\"fr-FR\">plus <\/span><span lang=\"fr-FR\">faibles <\/span><span lang=\"fr-FR\">ainsi que la<\/span> <span lang=\"fr-FR\">bienveillance<\/span><span lang=\"fr-FR\"> et l\u2019instruction morale des puissants.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span lang=\"fr-FR\">La repr\u00e9sentation bienveillante de l\u2019institution paternelle dans la loi sur les esclaves d\u00e9pei<\/span><span lang=\"fr-FR\">nt<\/span><span lang=\"fr-FR\"> la relation ma\u00eetre-esclave comme \u00e9tant caract\u00e9ris\u00e9e par des liens d\u2019affection. <\/span><span lang=\"fr-FR\">C<\/span><span lang=\"fr-FR\">ette alchimie discursive transform<\/span><span lang=\"fr-FR\">e<\/span><span lang=\"fr-FR\"> les relations de violence et de domination en relations d\u2019affinit\u00e9. La mutualit\u00e9 ou la relation d\u00e9pend de la construction de l\u2019esclave noir comme une personne facilement encline \u00e0 la soumission, un habile <\/span><span lang=\"fr-FR\">ouvrier<\/span><span lang=\"fr-FR\"> maniant <\/span><span lang=\"fr-FR\">sa propre<\/span><span lang=\"fr-FR\"> faiblesse avec maestria, un insubordonn\u00e9 potentiellement mena\u00e7ant qui ne pouvait \u00eatre disciplin\u00e9 que par la violence. L\u2019enjeu de la fantaisie sociale <\/span><span lang=\"fr-FR\">repose sur<\/span><span lang=\"fr-FR\"> la <\/span><span lang=\"fr-FR\">transmutation<\/span><span lang=\"fr-FR\"> de la violence extr\u00eame et de l\u2019utilisation brutale \u00e0 n\u2019importe quelle fin et par n\u2019importe quel moyen <\/span><span lang=\"fr-FR\">en<\/span><span lang=\"fr-FR\"> une relation non antagoniste, organique et compl\u00e9mentaire. La <\/span><span lang=\"fr-FR\">disposition<\/span><span lang=\"fr-FR\"> du Sud (et de la nation) \u00e0 <\/span><span lang=\"fr-FR\">se repr\u00e9senter<\/span><span lang=\"fr-FR\"> l\u2019esclavage racial comme une institution paternelle et bienveillante et les relations ma\u00eetre-esclave comme li\u00e9es par des sentiments <\/span><span lang=\"fr-FR\">est hant\u00e9e par le<\/span><span lang=\"fr-FR\"> spectre de l\u2019esclave obs\u00e9quieux et mena\u00e7ant. Cette construction manich\u00e9enne sous-tend \u00e0 la fois la violence n\u00e9cessaire et les liens d\u2019affection pr\u00e9vus par la loi sur l\u2019esclavage. En outre, ce fantasme permet une vision de la blancheur d\u00e9finie principalement par sa relation compl\u00e9mentaire avec la noirceur et par le d\u00e9sir d\u2019incorporer et de r\u00e9guler l\u2019exc\u00e8s d<\/span><span lang=\"fr-FR\">u<\/span><span lang=\"fr-FR\"> noir. La s\u00e9duction offre une vision holistique de l\u2019ordre social, non pas divis\u00e9 par des antagonismes, mais plut\u00f4t en \u00e9quilibre pr\u00e9caire entre barbarie et civilisation, violence et protection, bienveillance mutuelle et soumission absolue, brutalit\u00e9 et sentiment. Cette vision harmonieuse de la communaut\u00e9, ce fantasme, repose sur l\u2019exercice de la violence et les liens affectifs. La consonance du faible et du puissant, telle qu\u2019elle est pr\u00e9sum\u00e9e et \u00e9labor\u00e9e dans le statut de l\u2019esclave, rend inutile la protection contre la violence ; et les cons\u00e9quences de cette croyance ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9vastatrices et souvent fatales.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\" align=\"justify\"><strong>***<\/strong><\/p>\n<h3 class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000080;\"><span style=\"color: #000000;\"><span lang=\"fr-FR\">La mesure de l\u2019humanit\u00e9 (Valeurs de Thomas Cobb)<br \/>\n<\/span><\/span><\/span><\/h3>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span lang=\"fr-FR\">Dans <\/span><span lang=\"fr-FR\"><i>Inquiry into the Law of Negro Slavery<\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\">, Thomas Cobb <\/span><span lang=\"fr-FR\">explique<\/span><span lang=\"fr-FR\"> les conditions dans lesquelles la domination du ma\u00eetre et la personne de l\u2019esclave devaient \u00eatre prises en compte dans la loi. En examinant les dimensions particuli\u00e8res de la qualit\u00e9 de personne dans la <\/span><span lang=\"fr-FR\"><i>common law<\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\"> et les lois <\/span><span lang=\"fr-FR\">(sp\u00e9cifiques) <\/span><span lang=\"fr-FR\">sur l\u2019esclavage, Cobb <\/span><span lang=\"fr-FR\">soutenait<\/span><span lang=\"fr-FR\"> que l\u2019esclave \u00e9tait reconnu d\u2019abord comme une personne et ensuite comme un bien, en grande partie parce que dans tous les \u00c9tats esclavagistes \u00ab\u00a0l\u2019homicide d\u2019un esclave est consid\u00e9r\u00e9 comme un meurtre, et dans la plupart d\u2019entre eux, [cela] a \u00e9t\u00e9 express\u00e9ment d\u00e9clar\u00e9 par la loi\u00a0\u00bb ; et m\u00eame lorsque cela n\u2019est pas express\u00e9ment d\u00e9clar\u00e9 par la loi, les principes des Lumi\u00e8res <\/span><span lang=\"fr-FR\">C<\/span><span lang=\"fr-FR\">hr\u00e9tiennes \u00e9tendent la protection \u00e0 la vie et \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 corporell<\/span><span lang=\"fr-FR\">e<\/span><span lang=\"fr-FR\">. N\u00e9anmoins, il soutient que les esclaves ne sont pas de v\u00e9ritables sujets de droit commun et propose une d\u00e9finition minimale de la protection de la vie et de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 physique.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span lang=\"fr-FR\">Le calcul de l\u2019existence de l\u2019esclave <\/span><span lang=\"fr-FR\">est<\/span><span lang=\"fr-FR\"> d\u00e9termin\u00e9 par les conditions de base n\u00e9cessaires pour fonctionner en tant que travailleur efficace et en tant que producteur d\u2019un<\/span><span lang=\"fr-FR\">e<\/span><span lang=\"fr-FR\"> \u00ab\u00a0<\/span><span lang=\"fr-FR\">croissance<\/span><span lang=\"fr-FR\"> futur<\/span><span lang=\"fr-FR\">e<\/span><span lang=\"fr-FR\">\u00a0\u00bb ou de marchandises humaines par le biais de la procr\u00e9ation ou de la reproduction forc\u00e9e. L\u2019\u00e9tendue de la protection de la vie et de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 physique <\/span><span lang=\"fr-FR\">est<\/span><span lang=\"fr-FR\"> d\u00e9termin\u00e9e par la diminution de la valeur du capital. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur de ces limites, ce sont les degr\u00e9s de pr\u00e9judice et l\u2019ampleur de la valeur qui d\u00e9terminent la signification de la personne esclave. Il est difficile de reconna\u00eetre cette quantification sauvage de la vie et de la personne comme une reconnaissance de l\u2019humanit\u00e9 noire, car cette stipulation restreinte de l\u2019humain intensifi<\/span><span lang=\"fr-FR\">e<\/span><span lang=\"fr-FR\"> la souffrance des esclaves. Cette \u00e9chelle de valeur subjective, cette mesure de la moindre humanit\u00e9, \u00e9tait un compl\u00e9ment plut\u00f4t qu\u2019un correctif \u00e0 la violence qui \u00e9tait le fondement de la loi sur l\u2019esclavage. Si cette reconnaissance de l\u2019humanit\u00e9 de l\u2019esclave visait \u00e0 \u00e9tablir une responsabilit\u00e9 p\u00e9nale pour les actes de violence commis sur les esclaves, elle s\u2019appuyait en fin de compte sur la diminution de la valeur des biens pour d\u00e9terminer et reconna\u00eetre le pr\u00e9judice. En d\u2019autres termes, le \u00ab\u00a0correctif\u00a0\u00bb ressemblait au mal en ce sens que l\u2019effort de reconnaissance de l\u2019humanit\u00e9 se traduisait par la r\u00e9inscription de la vie des Noirs <\/span><span lang=\"fr-FR\">sous le r\u00e9gime de la<\/span><span lang=\"fr-FR\"> propri\u00e9t\u00e9. L\u2019\u00e9chelle de la valeur subjective <\/span><span lang=\"fr-FR\">reste<\/span><span lang=\"fr-FR\"> dict\u00e9 par l\u2019utilisation et la valeur des biens. Les cons\u00e9quences de cette construction de la personne <\/span><span lang=\"fr-FR\">intensifient<\/span><span lang=\"fr-FR\"> le pr\u00e9judice au nom m\u00eame de la r\u00e9paration. L\u2019inclusion s\u00e9lective de l\u2019esclave dans le r\u00e9seau de droits et de devoirs que constitue la <\/span><span lang=\"fr-FR\"><i>common law<\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\"> d\u00e9montre le caract\u00e8re provisoire de cette reconnaissance de la personne.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span lang=\"fr-FR\">Il n\u2019est pas surprenant que les calibrages de Cobb et les dimensions s\u00e9v\u00e8rement circonscrites de la personne par la loi aient constitu\u00e9 la \u00ab\u00a0femme\u00a0\u00bb comme une condition d\u2019<\/span><span lang=\"fr-FR\">un<\/span><span lang=\"fr-FR\"> pr\u00e9judice n\u00e9gligeable et n<\/span><span lang=\"fr-FR\">e devant pas \u00eatre r\u00e9par\u00e9,<\/span><span lang=\"fr-FR\"> en rejetant la violence sexuelle comme un \u00ab\u00a0d\u00e9lit n\u2019affectant pas l\u2019existence de l\u2019esclave\u00a0\u00bb. Contrairement \u00e0 d\u2019autres formes de violence, comme les mutilations ou les coups et blessures, le viol n\u2019<\/span><span lang=\"fr-FR\">est<\/span><span lang=\"fr-FR\"> pas <\/span><span lang=\"fr-FR\">p\u00e9nalis\u00e9<\/span><span lang=\"fr-FR\"> par le statut de l\u2019esclave, et les propri\u00e9taires n<\/span><span lang=\"fr-FR\">e sont <\/span><span lang=\"fr-FR\">pas non plus susceptibles d\u2019<\/span><span lang=\"fr-FR\">engager<\/span><span lang=\"fr-FR\"> des poursuites pour \u00ab\u00a0intrusion\u00a0\u00bb sur leur propri\u00e9t\u00e9. Cette blessure n\u00e9gligeable, diff\u00e9rente des autres formes d\u2019agression, <\/span><span lang=\"fr-FR\">peut<\/span><span lang=\"fr-FR\"> augmenter la valeur de la propri\u00e9t\u00e9 des esclaves au lieu de la diminuer si des enfants en r\u00e9sultaient. Le corps <\/span><span lang=\"fr-FR\">devient<\/span><span lang=\"fr-FR\"> ainsi la proie de la violence sexuelle, tout en d\u00e9savouant cette violence et cette blessure. Le corps ravag\u00e9, le corps viol\u00e9 par l\u2019agression sexuelle, \u00e0 la diff\u00e9rence d\u2019un bras ou d\u2019une jambe cass\u00e9s, ne conf<\/span><span lang=\"fr-FR\">\u00e8re<\/span><span lang=\"fr-FR\"> aucune augmentation de la subjectivit\u00e9 parce qu\u2019il ne dimin<\/span><span lang=\"fr-FR\">ue<\/span><span lang=\"fr-FR\"> pas la productivit\u00e9 ou la valeur \u2013 au contraire, il p<\/span><span lang=\"fr-FR\">eu<\/span><span lang=\"fr-FR\">t m\u00eame augmenter la valeur du captif. Elle n\u2019offens<\/span><span lang=\"fr-FR\">e<\/span><span lang=\"fr-FR\"> pas non plus les principes des Lumi\u00e8res <\/span><span lang=\"fr-FR\">C<\/span><span lang=\"fr-FR\">hr\u00e9tiennes. <\/span><span lang=\"fr-FR\">Le viol n\u2019entre donc pas<\/span><span lang=\"fr-FR\"> dans le calcul de l\u2019humanit\u00e9 de l\u2019esclave et ne fait pas partie des droits et protections <\/span><span lang=\"fr-FR\">que la loi leur accorde<\/span><span lang=\"fr-FR\">\u00a0:<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><i><span lang=\"fr-FR\">Si la disposition g\u00e9n\u00e9rale de la loi contre le meurtre doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme incluant les esclaves, pourquoi tous les autres textes p\u00e9naux, par le m\u00eame raisonnement, ne seraient-ils pas consid\u00e9r\u00e9s comme incluant des infractions similaires lorsqu\u2019elles sont commises sur des esclaves, sans qu\u2019ils soient sp\u00e9cifiquement nomm\u00e9s\u00a0? <\/span><span lang=\"fr-FR\">(<\/span><span lang=\"fr-FR\">&#8230;<\/span><span lang=\"fr-FR\">)<\/span><span lang=\"fr-FR\"> La loi, en reconnaissant l\u2019existence de l\u2019esclave en tant que personne, ne lui conf\u00e8re aucun droit ou privil\u00e8ge, sauf ceux qui sont n\u00e9cessaires pour prot\u00e9ger cette existence. Tous les autres droits doivent \u00eatre accord\u00e9s sp\u00e9cialement. Par cons\u00e9quent, les peines pour viol ne seraient pas et ne devraient pas, par cette implication, \u00eatre \u00e9tendues \u00e0 la connaissance charnelle forc\u00e9e d\u2019un esclave, <\/span><span lang=\"fr-FR\"><b>ce d\u00e9lit n\u2019affectant pas l\u2019existence de l\u2019esclave<\/b><\/span><span lang=\"fr-FR\">, et cette existence \u00e9tant l\u2019\u00e9tendue du droit que l\u2019implication de la loi accorde. <\/span><\/i><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><i><span lang=\"fr-FR\">(Thomas Cobb, <\/span>Inquiry into the Law of Negro Slavery, (Philadelphia, 1858))<\/i><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span lang=\"fr-FR\">Tout en s\u2019inqui\u00e9tant de la n\u00e9gligence des blessures sexuelles et de l\u2019absence de protection des femmes esclaves contre le viol dans la loi sur les esclaves, Cobb <\/span><span lang=\"fr-FR\">d\u00e9clare<\/span><span lang=\"fr-FR\"> que \u00ab\u00a0bien qu\u2019elle m\u00e9rite d\u2019\u00eatre prise en consid\u00e9ration par les l\u00e9gislateurs\u00a0\u00bb, cette question ne doit pas susciter d\u2019inqui\u00e9tude excessive car \u00ab\u00a0l\u2019occurrence d\u2019un tel d\u00e9lit est pratiquement inconnue\u00a0; et la lascivit\u00e9 connue du n\u00e8gre rend la possibilit\u00e9 d\u2019une telle occurrence tr\u00e8s faible\u00a0\u00bb. Si la nature de l\u2019homme noir fait que \u00ab\u00a0le viol est trop souvent un \u00e9v\u00e9nement\u00a0\u00bb, l\u2019app\u00e9tit charnel de la femme noire l\u2019\u00e9carte totalement de toute consid\u00e9ration. Ce n\u2019est pas simplement par hasard que le genre \u00e9merge en relation avec la violence \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire que la condition de la femme noire est constitu\u00e9e en termes de blessures n\u00e9gligeables et non r\u00e9par\u00e9es et de vuln\u00e9rabilit\u00e9 accrue \u00e0 la violence. En d\u2019autres termes, la diff\u00e9rence noire et sexu\u00e9e est marqu\u00e9e et d\u00e9termin\u00e9e par la capacit\u00e9 de violence sexuelle et\/ou l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019une telle violence <\/span><span lang=\"fr-FR\">qu\u2019aurait une tekke violence d\u2019<\/span><span lang=\"fr-FR\">affecter l\u2019existence d<\/span><span lang=\"fr-FR\">e la<\/span><span lang=\"fr-FR\"> personne. L\u2019engendrement de la race, tel qu\u2019il est r\u00e9fract\u00e9 par l\u2019\u00e9chelle de valeur subjective de Cobb, implique le d\u00e9ni de la violation sexuelle en tant que forme de pr\u00e9judice tout en affirmant la pr\u00e9valence de la violence sexuelle due \u00e0 la <\/span><span lang=\"fr-FR\">voracit\u00e9<\/span><span lang=\"fr-FR\"> du Noir. Si Cobb envisage d\u2019abord la violation sexuelle sous l\u2019angle des diff\u00e9rences entre les sexes au sein de la communaut\u00e9 des esclaves, en termes de victime f\u00e9minine et d\u2019auteur masculin, les \u00ab\u00a0fortes passions\u00a0\u00bb du Noir finissent par annuler ces distinctions et, parall\u00e8lement, toute pr\u00e9occupation concernant \u00ab\u00a0la violation de la personne d\u2019une femme esclave\u00a0\u00bb. Selon Cobb, les Noirs \u00e9tant moins dou\u00e9s pour la sexualit\u00e9 que pour la criminalit\u00e9, ils avaient besoin de discipline et de gestion plut\u00f4t que de protection. \u00c0 premi\u00e8re vue, il est tentant de dire que les femmes noires ont \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9es par la loi, mais la r\u00e9alit\u00e9 est bien plus complexe. La loi d\u00e9terminait l\u2019\u00e9tendue de l\u2019existence en calibrant la vuln\u00e9rabilit\u00e9 \u00e0 la violence et en d\u00e9limitant le type de blessure ou d\u2019infraction qui affectait la vie de l\u2019esclave. Dans ce cadre, la vie n\u2019\u00e9tait pas une dotation, mais le r\u00e9glage fin d\u2019un \u00e9puisement ma\u00eetris\u00e9. \u00catre noire et femme, c\u2019est \u00eatre invuln\u00e9rable ou indiff\u00e9rente aux blessures sexuelles et capable de transmettre la d\u00e9possession d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 l\u2019autre. En termes plus simples et plus crus, la violation sexuelle des filles et des femmes noires n\u2019\u00e9tait pas cens\u00e9e avoir un impact sur leur existence. <\/span><span lang=\"fr-FR\">E<\/span><span lang=\"fr-FR\">lle est <\/span><span lang=\"fr-FR\">pourtant <\/span><span lang=\"fr-FR\">la figure la plus marqu\u00e9e par son statut de marchandise, par sa capacit\u00e9 \u00e0 reproduire la condition de d\u00e9possession dans le futur.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\" align=\"justify\">***<\/p>\n<h3 class=\"western\" align=\"justify\">Le fa\u00e7onnage de l&rsquo;obligation : LA SERVITUDE POUR DETTES ET L&rsquo;H\u00c9RITAGE DE L&rsquo;ESCLAVAGE<\/h3>\n<p class=\"western\" align=\"justify\">Le discours sur l\u2019oisivet\u00e9 se concentre sur les conduites et les comportements en contradiction avec l\u2019exigence d\u2019un syst\u00e8me de travail libre, compte tenu de toutes ses anomalies dans le contexte post-bellum (NT\u00a0: c\u2019est-\u00e0-dire qui fait suite \u00e0 la guerre de s\u00e9cession et \u00e0 l\u2019abolition de l\u2019esclavage). Les d\u00e9lits sont constitu\u00e9s par toute une s\u00e9rie de pratiques itin\u00e9rantes et intempestives consid\u00e9r\u00e9es comme subversives et dangereuses pour l\u2019ordre social. La panique ou l\u2019alarme suscit\u00e9e par l\u2019indolence t\u00e9moigne des conceptions contest\u00e9es et disparates de la libert\u00e9 qu\u2019ont les propri\u00e9taires de plantations et les affranchis. Les dangers vis\u00e9s par ce discours \u00e9mergent sur la d\u00e9pendance et l\u2019oisivet\u00e9 sont\u00a0: la mobilit\u00e9 des affranchis, le refus d\u2019entrer dans des relations contractuelles avec les anciens propri\u00e9taires d\u2019esclaves, et la capacit\u00e9 de subsister en dehors du travail salari\u00e9 en raison de leurs besoins limit\u00e9s. Non seulement le caract\u00e8re insaisissable de l\u2019\u00e9mancipation est indiqu\u00e9 par le recours continu \u00e0 la force et \u00e0 la contrainte dans la gestion des travailleurs noirs, mais, de la m\u00eame mani\u00e8re, la fuite hors de la plantation, l\u2019errance (des ex-esclaves) et la recherche (searching\u00a0), le mouvement agit\u00e9 des affranchis ont mis en \u00e9vidence le gouffre entre le grand r\u00e9cit de l\u2019\u00e9mancipation et l\u2019ar\u00e8ne circonscrite de la possibilit\u00e9. En tant que pratique, le d\u00e9placement n\u2019accumule rien et n\u2019entra\u00eene aucun renversement de pouvoir, mais il maintient inlassablement l\u2019irr\u00e9alisable \u2013 \u00eatre libre \u2013 en \u00e9chappant temporairement aux contraintes de l\u2019ordre. Comme le vol, il s\u2019agit d\u2019une pratique plus symbolique que mat\u00e9riellement transformatrice. Ces pratiques itin\u00e9rantes constituent des \u00e9laborations de la fugitivit\u00e9 (<span lang=\"en-US\"><i>fugitivity<\/i><\/span><span lang=\"en-US\">)<\/span> et des extensions de la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale contre l\u2019esclavage. Absalom Jenkins se souvient que \u00ab\u00a0les gens ont err\u00e9 pendant cinq ou six ans en essayant de se d\u00e9brouiller aussi bien qu\u2019ils le faisaient dans l\u2019esclavage. Il a fallu des ann\u00e9es avant qu\u2019ils n\u2019y retournent\u00a0\u00bb. Si les d\u00e9placements se situaient \u00e0 la fronti\u00e8re de l\u2019irr\u00e9el et de l\u2019imaginaire, ils allaient n\u00e9anmoins \u00e0 l\u2019encontre du projet de socialisation des travailleurs noirs en vue des relations de march\u00e9. En effet, en refusant de rester \u00e0 leur place, les \u00e9mancip\u00e9s insistaient sur le fait que la libert\u00e9 \u00e9tait un d\u00e9part (<i>departure<\/i>), au sens propre et figur\u00e9, de leur ancienne condition.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\">Pour implanter une \u00e9thique rationnelle du travail, \u00e9radiquer les pratiques p\u00e9destres de la libert\u00e9, apaiser les craintes suscit\u00e9es par le syst\u00e8me du travail libre et assurer le triomphe des relations de march\u00e9 et du travail salari\u00e9, les \u00ab\u00a0amis du n\u00e8gre\u00a0\u00bb autoproclam\u00e9s se rendent dans le Sud. Par le biais de manuels p\u00e9dagogiques, d\u2019\u00e9coles d\u2019affranchis et d\u2019instructions religieuses, les enseignants, les missionnaires et les directeurs de plantations se sont efforc\u00e9s d\u2019inculquer une \u00e9thique de l\u2019acquisition et de l\u2019int\u00e9r\u00eat personnel qui motiverait les anciens esclaves \u00e0 devenir des travailleurs d\u00e9vou\u00e9s et productifs. Le comportement ind\u00e9cent, orgueilleux et apparemment imprudent par lequel les nouveaux \u00e9mancip\u00e9s affirmaient leur libert\u00e9 devait \u00eatre corrig\u00e9 par des doses ad\u00e9quates d\u2019humilit\u00e9, de responsabilit\u00e9 et de retenue. Ces vertus d\u00e9finissaient principalement le comportement appropri\u00e9 des hommes libres. Des manuels pratiques tels que <i>Advice to Freedmen<\/i> d\u2019Isaac Brinckerhoff, <i>Friendly Counsels for Freedmen<\/i> de Jared Bell Waterbury, <i>John Freeman and His Family<\/i> d\u2019Helen E. Brown et <i>Plain Counsels for Freedmen<\/i> de Clinton Bowen Fisk tentaient de rem\u00e9dier \u00e0 la situation difficile de l\u2019\u00e9mancipation en fa\u00e7onnant un sujet asc\u00e9tique et acquisitif, incit\u00e9 \u00e0 consommer en raison de ses besoins et pouss\u00e9 \u00e0 \u00e9changer son travail en raison de ses besoins. Les questions de productivit\u00e9 et de discipline int\u00e9ressaient directement les auteurs de ces textes, non seulement en tant que \u00ab\u00a0vieux et chers amis des Noirs\u00a0\u00bb ou en tant que sympathisants qui \u00ab\u00a0travaillaient sans rel\u00e2che \u00e0 leur bien-\u00eatre\u00a0\u00bb, mais aussi en tant que directeurs de plantations et agents du Freedmen&rsquo;s Bureau directement impliqu\u00e9s dans la transition vers une \u00e9conomie de main-d\u2019\u0153uvre libre. Isaac Brinckerhoff avait \u00e9t\u00e9 surintendant d\u2019une plantation dans les Sea Islands. Clinton Bowen Fisk \u00e9tait commissaire adjoint pour les Freedmen&rsquo;s Bureau du Tennessee et du Kentucky et l\u2019\u00e9ponyme de l\u2019universit\u00e9 Fisk.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\" align=\"justify\">***<\/p>\n<p>LA DETTE DE L&rsquo;\u00c9MANCIPATION<\/p>\n<p>Deux autres extraits traduits de Saidiya Hartman, Scenes of Subjection: Terror, Slavery, and Self-Making in Nineteenth-Century America (W. W. Norton &amp; Company, 1997)<\/p>\n<p>Je commente bri\u00e8vement les deux extraits qui s&rsquo;appuient sur les fameux manuels p\u00e9dagogiques publi\u00e9s apr\u00e8s la guerre de S\u00e9cession et diffus\u00e9s aupr\u00e8s des esclaves \u00ab\u00a0affranchis\u00a0\u00bb (Des manuels pratiques tels que <em>Advice to Freedmen<\/em> d\u2019Isaac Brinckerhoff, <em>Friendly Counsels for Freedmen<\/em> de Jared Bell Waterbury, <em>John Freeman and His Family<\/em> d\u2019Helen E. Brown et <em>Plain Counsels for Freedmen<\/em> de Clinton Bowen Fisk) dont Saidya Hartman fait appara\u00eetre les articulations id\u00e9ologiques (parfaitement racistes).<\/p>\n<p>Le premier extrait, \u00ab\u00a0La dette de l&rsquo;\u00e9mancipation\u00a0\u00bb, souligne comment cette \u00e9criture de l&rsquo;Histoire enseign\u00e9e aux esclaves (et parfaitement int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 la l&rsquo;imaginaire des blancs, abolitionnistes ou non) fait porter le poids de la guerre de s\u00e9cession aux esclaves \u00e9mancip\u00e9s : ce dont l&rsquo;esclave doit \u00eatre conscient, c&rsquo;est que sa libert\u00e9 a \u00e9t\u00e9 pay\u00e9e du prix d&rsquo;une guerre co\u00fbteuse en \u00ab\u00a0or\u00a0\u00bb et en \u00ab\u00a0sang\u00a0\u00bb, sous entendu des blancs qui se sont entre-tu\u00e9s (qu&rsquo;ils soient d&rsquo;ailleurs du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;Union ou des Conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s) comme si au fond, ce traumatisme de la nation am\u00e9ricaine nationale (et blanche) devait \u00eatre mis au d\u00e9bit des esclaves, \u00ab\u00a0par la faute desquels\u00a0\u00bb tous ces massacres se sont produits. Comme le signale Hartman, le sang qui compte, c&rsquo;est, dans une acception raciale \u00e9vidente, le sang des blancs, des soldats et de leurs familles (les m\u00e8res endeuill\u00e9es), et certainement pas le sang des noirs, dont l&rsquo;histoire de l&rsquo;oppression est enti\u00e8rement effac\u00e9e de l&rsquo;histoire de l&rsquo;abolition : \u00ab\u00a0le sang r\u00e9guli\u00e8rement vers\u00e9 au poteau de fouet ou tir\u00e9 par le chat \u00e0 neuf queues (<em>cat-o\u2019-nine tails<\/em>) dans les champs, les 200 000 soldats noirs qui ont combattu pour l\u2019Union, ou la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale, les centaines de milliers d\u2019esclaves qui ont contribu\u00e9 \u00e0 la d\u00e9faite de la Conf\u00e9d\u00e9ration en fuyant la plantation et en se rassemblant derri\u00e8re les lignes de l\u2019Union ne sont pas inclus dans ces r\u00e9cits de la fin de l\u2019esclavage\u00a0\u00bb. Il faudra du temps, explique d&rsquo;\u00e9ducateur, pour racheter le sang des blancs vers\u00e9s pour votre lib\u00e9ration (un temps qui est aussi celui de la r\u00e9demption chr\u00e9tienne). De la patience.<\/p>\n<p>Ce qui nous am\u00e8ne au second extrait, \u00ab\u00a0Courber le dos\u00a0\u00bb (<em>bend your back<\/em>). \u00c0 cette libert\u00e9 soi-disant conquise, r\u00e9pond imm\u00e9diatement un ensemble de contraintes et de devoirs extraordinaires, qu&rsquo;on pourrait r\u00e9sumer (pour dite vite) dans l&rsquo;injonction \u00e0 embrasser (avec z\u00e8le et joie) le mode de vie asc\u00e9tique du producteur\/consommateur en r\u00e9gime capitaliste. \u00catre un affranchi, \u00eatre libre, se m\u00e9rite (quand on est noir de peau). Acc\u00e9der au privil\u00e8ge du sujet blanc passe par une p\u00e9riode de soumission \u00e0 la dur\u00e9e ind\u00e9finie : le ma\u00eetre mot ici est \u00ab\u00a0patience\u00a0\u00bb. Cette m\u00eame \u00ab\u00a0patience\u00a0\u00bb que les lib\u00e9raux, aussi bien que les communistes ou les socialistes du reste, requi\u00e8rent des pauvres et du prol\u00e9tariat, assign\u00e9s au statut de \u00ab\u00a0travailleur libre\u00a0\u00bb. Vous aussi finirez, sinon en ce bas monde, peut-\u00eatre dans l\u2019au-del\u00e0, par jouir des fruits de votre labeur, mais il faudra accepter une vie de soumission, et adopter les postures de l\u2019humilit\u00e9 qui sont tr\u00e8s exactement celles qu\u2019on requ\u00e9rait des esclaves dans les plantations\u00a0: Courber le dos (mais avec joie!), baisser les yeux devant le ma\u00eetre (ou le patron),ob\u00e9ir, se prosterner, faire acte de d\u00e9f\u00e9rence. Autant de postures qui rappellent aussi celles du repentir \u00ab\u00a0 comme si les p\u00e9ch\u00e9s de l\u2019esclavage devaient \u00eatre rembours\u00e9s par les labeurs de l\u2019affranchi\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3 class=\"western\" align=\"justify\">La dette de l\u2019\u00e9mancipation<\/h3>\n<p class=\"western\" align=\"justify\">\u00ab\u00a0Mon ami, tu as \u00e9t\u00e9 un esclave. Tu es maintenant un affranchi. <i>Advice to Freedmen<\/i> s\u2019ouvre sur ce effusion, comme si, par la seule force de sa d\u00e9claration, il lib\u00e9rait les esclaves, ou comme si la libert\u00e9 \u00e9tait un cadeau dispens\u00e9 par un bienfaiteur aimable aux moins fortun\u00e9s ou aux moins m\u00e9ritants. Les gestes bienveillants inaugurent les histoires de libert\u00e9 noire racont\u00e9es dans ces textes et \u00e9tablissent du m\u00eame \u00e9lan l\u2019obligation et la dette des affranchis envers leurs amis et bienfaiteurs. Le fardeau de la dette, du devoir et de la gratitude impos\u00e9 aux nouveaux \u00e9mancip\u00e9s en \u00e9change ou en remboursement de leur libert\u00e9 est \u00e9tabli dans les r\u00e9cits d\u2019origine qui ouvrent ces manuels. Dans la section \u00ab\u00a0Comment vous \u00eates devenus libres\u00a0\u00bb de l\u2019ouvrage <i>Advice to Freedmen<\/i>, les affranchis sont inform\u00e9s que leur libert\u00e9 a \u00e9t\u00e9 achet\u00e9e par des tr\u00e9sors, des millions de dollars du gouvernement et d\u2019innombrables vies\u00a0: \u00ab\u00a0Votre libert\u00e9 a \u00e9t\u00e9 achet\u00e9e au prix d\u2019un tr\u00e9sor et d\u2019un sang pr\u00e9cieux. Que ces souffrances et ces sacrifices ne soient jamais oubli\u00e9s lorsque vous vous souvenez que vous n\u2019\u00eates plus un esclave mais un affranchi\u00a0\u00bb. De m\u00eame, les <i>Plain Counsels<\/i> conseillaient aux affranchis de ne pas prendre \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re le don de la libert\u00e9, mais plut\u00f4t de \u00ab\u00a0faire passer votre libert\u00e9 avant l\u2019or, car elle a co\u00fbt\u00e9 des rivi\u00e8res de sang\u00a0\u00bb. Le sang des fr\u00e8res de guerre et des fils de m\u00e8re qui a tach\u00e9 le paysage d\u00e9chir\u00e9 par les batailles des \u00c9tats-Unis a accord\u00e9 la libert\u00e9 aux esclaves, mais le sang r\u00e9guli\u00e8rement vers\u00e9 au poteau de fouet ou tir\u00e9 par le chat \u00e0 neuf queues (cat-o\u2019-nine tails) dans les champs, les 200\u00a0000 soldats noirs qui ont combattu pour l\u2019Union, ou la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale, les centaines de milliers d\u2019esclaves qui ont contribu\u00e9 \u00e0 la d\u00e9faite de la Conf\u00e9d\u00e9ration en fuyant la plantation et en se rassemblant derri\u00e8re les lignes de l\u2019Union ne sont pas inclus dans ces r\u00e9cits de la fin de l\u2019esclavage. Le sang, symbole de la r\u00e9demption chr\u00e9tienne, de la r\u00e9union nationale et des diff\u00e9rences raciales immuables et in\u00e9luctables, est r\u00e9guli\u00e8rement juxtapos\u00e9 \u00e0 l\u2019or et aux autres tr\u00e9sors d\u00e9pens\u00e9s au nom de la libert\u00e9 des Noirs et qui, vraisemblablement, rend les affranchis redevables \u00e0 la nation. Le langage du sang ne figure pas seulement les d\u00e9penses co\u00fbteuses de la guerre, mais d\u00e9crit d\u00e9j\u00e0 les difficult\u00e9s de la libert\u00e9. Comme le fait remarquer Jared Bell Waterbury dans <i>Southern Planters and Freedmen<\/i>, \u00ab\u00a0les difficult\u00e9s sociales de longue date ne peuvent \u00eatre surmont\u00e9es soudainement ou violemment. Elles sont comme des blessures qui doivent saigner un certain temps avant de gu\u00e9rir, et le processus de gu\u00e9rison, bien que lent et exigeant beaucoup de patience, est n\u00e9anmoins certain\u00a0\u00bb. Le corps bless\u00e9 repr\u00e9sente la nation et les blessures de la guerre doivent \u00eatre r\u00e9par\u00e9es non seulement par le passage du temps, mais aussi par l\u2019\u00e9change obligatoire et les remises morales des \u00e9mancip\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\" align=\"justify\">***<\/p>\n<h3 class=\"western\" align=\"justify\">Courber le dos<\/h3>\n<p class=\"western\" align=\"justify\">Les images du corps laborieux repr\u00e9sent\u00e9es dans ces textes montrent clairement que les devoirs de l\u2019affranchi associent les exigences de la servitude aux responsabilit\u00e9s de l\u2019ind\u00e9pendance. Reprenons le passage suivant de Advice to Freedmen (Conseils aux affranchis)\u00a0: \u00ab\u00a0La jouissance des privil\u00e8ges d\u2019un affranchi s\u2019accompagne \u00e9galement des devoirs d\u2019un affranchi. Ceux-ci sont lourds. Vous ne pouvez pas vous en d\u00e9barrasser. Il faut les assumer. Et si vous n\u2019\u00eates pas pr\u00eat \u00e0 les assumer avec l\u2019esprit qui convient et \u00e0 remplir patiemment et joyeusement ces obligations, vous n\u2019\u00eates pas digne d\u2019\u00eatre un affranchi. Il se peut que vous trembliez \u00e0 l\u2019id\u00e9e de ces devoirs et de ces responsabilit\u00e9s. Mais ne craignez rien. Mettez votre confiance en Dieu, et courbez le dos avec joie et esp\u00e9rance pour supporter le fardeau\u00a0\u00bb. Le fait de courber joyeusement le dos modifie le r\u00e9gime \u00ab\u00a0\u00e9reintant\u00a0\u00bb du travail des esclaves et invite aux g\u00e9nuflexions devant les b\u00e9n\u00e9dictions et les privil\u00e8ges de la libert\u00e9. Le dos joyeusement courb\u00e9 vers les fardeaux qui lui sont impos\u00e9s transforme l\u2019individualit\u00e9 pesante et les encombrements de la libert\u00e9 en un exercice propice au libre arbitre et \u00e0 la construction de soi. Cette description troublante fait de la servilit\u00e9 et de la soumission des conditions pr\u00e9alables \u00e0 la jouissance des privil\u00e8ges de la libert\u00e9. Le fait de courber joyeusement le dos aux fardeaux existants et anticip\u00e9s unit l\u2019\u00e9thique sentimentale de la soumission aux id\u00e9aux rationnels et asc\u00e9tiques du march\u00e9. La libert\u00e9, bien que lib\u00e9rant de l\u2019esclavage, impose indubitablement des charges d\u2019un autre ordre. Le corps qui n\u2019est plus encha\u00een\u00e9 ou gouvern\u00e9 par le fouet est d\u00e9sormais li\u00e9 par le poids de la conscience, du devoir et de l\u2019obligation. Dans ce sc\u00e9nario, la dette institu\u00e9e par le don de la libert\u00e9 s\u2019av\u00e8re indubitable. Elle exige un retour digne \u2013 un dos courb\u00e9, des mains agiles, des yeux d\u00e9tourn\u00e9s et des attentes r\u00e9duites. Le non-respect de cette obligation risque d\u2019entra\u00eener la perte de l\u2019honneur, du statut et de la virilit\u00e9, voire de la libert\u00e9 ou de la vie. Seules l\u2019industrie, la diligence et la volont\u00e9 de travailler, m\u00eame pour un salaire n\u00e9gligeable, prouvent que l\u2019on m\u00e9rite la libert\u00e9.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\">Le dos joyeusement courb\u00e9 du travailleur \u00e9voque un r\u00e9pertoire d\u2019images famili\u00e8res qui traversent le foss\u00e9 entre l\u2019esclavage et la libert\u00e9. Si cette figure symbolise la libert\u00e9, elle le fait en rendant difficile, voire impossible, la distinction entre l\u2019assujettissement \u00e0 l\u2019esclavage et l\u2019int\u00e9r\u00eat personnel satisfait du travailleur libre. Le dos courb\u00e9 offre une image de libert\u00e9 qui nous emp\u00eache de discerner si le travailleur dans le champ est pouss\u00e9 par le fouet ou par l\u2019\u00e9lan int\u00e9rieur du devoir et de l\u2019obligation. La figure du labeur, le dos courb\u00e9 et la b\u00eate de somme, convoqu\u00e9s par cette cha\u00eene d\u2019association, \u00e9ludent la distinction si souvent faite entre la volont\u00e9 et l\u2019absence de volont\u00e9. Il s\u2019av\u00e8re que l\u2019anatomie de la libert\u00e9 expos\u00e9e dans ces textes s\u2019int\u00e9resse au corps en tant qu\u2019objet et instrument, effa\u00e7ant les distinctions entre esclave et travailleur, car, comme nous le dit le livre <i>John Freeman <\/i><i>and his family<\/i>, le corps \u00ab\u00a0destin\u00e9 \u00e0 travailler\u00a0\u00bb renvoie \u00e0 la division raciale du travail dans laquelle \u00ab\u00a0certains doivent travailler avec les mains, tandis que d\u2019autres travaillent avec la t\u00eate\u2026 Chacun doit \u00eatre pr\u00eat \u00e0 faire sa part, l\u00e0 o\u00f9 on a le plus besoin de lui\u00a0\u00bb. Pourtant, le dos courb\u00e9 \u00e9voque volontiers la d\u00e9f\u00e9rence, l\u2019ob\u00e9issance, la prosternation et l\u2019humilit\u00e9 et t\u00e9moigne de l\u2019utilisation du corps comme machine de travail. Tout comme les yeux baiss\u00e9s, les \u00e9paules vo\u00fbt\u00e9es et les pieds tra\u00eenants \u00e9taient le langage gestuel de l\u2019esclavage, le dos courb\u00e9 exprimait de la m\u00eame mani\u00e8re la servilit\u00e9 et l\u2019exploitation de l\u2019\u00e9conomie de l\u2019apr\u00e8s-guerre (de s\u00e9cession).<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\">Le devoir impose \u00e9galement des fardeaux \u00e0 l\u2019\u00e2me. Pour le travailleur libre, accabl\u00e9 par le poids de ses responsabilit\u00e9s, plein d\u2019espoir et ob\u00e9issant, le travail doit \u00eatre sa propre r\u00e9compense, car les efforts du travail manuel sont aussi des d\u00e9monstrations de foi. Le dos courb\u00e9 t\u00e9moigne de la confiance en Dieu. Le dos courb\u00e9 t\u00e9moignait de la confiance en Dieu. John Freeman informe ses fr\u00e8res\u00a0: \u00ab\u00a0Si vous ne travaillez pas, vous ne pouvez pas prier\u00a0; car le Seigneur J\u00e9hovah ne dit-il pas que si nous avons le p\u00e9ch\u00e9 dans le c\u0153ur, il ne nous entendra pas\u00a0? L\u2019oisivet\u00e9 est le \u00ab\u00a0terrain de jeu du diable\u00a0\u00bb. Le c\u0153ur bris\u00e9 reproduit le corps soumis et suppliant et transforme les r\u00e8gles de conduite en articles de foi. Comme le d\u00e9clare Waterbury, \u00ab\u00a0vous devez avoir le c\u0153ur bris\u00e9, le chagrin du p\u00e9ch\u00e9, le chagrin devant Dieu, parce que vous avez enfreint ses lois\u00a0\u00bb. De m\u00eame que le c\u0153ur bris\u00e9 \u00e9tait la reconnaissance de sa culpabilit\u00e9 et de son p\u00e9ch\u00e9 devant Dieu, de m\u00eame le dos courb\u00e9 prenait la posture du repentir, comme si les p\u00e9ch\u00e9s de l\u2019esclavage devaient \u00eatre rembours\u00e9s par les labeurs de l\u2019affranchi.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Saidiya Hartman, Scenes of Subjection: Terror, Slavery, and Self-Making in Nineteenth-Century America (W. W. Norton &amp; Company, 1997) La r\u00e9\u00e9dition du grand livre de S. Hartman sur l&rsquo;esclavage, 25 ans apr\u00e8s sa publication (augment\u00e9e en 2022 d&rsquo;une nouvelle pr\u00e9face de l&rsquo;auteur, un avant-propos de Keeanga-Yamahtta Taylor, une postface de Marisa J. 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