{"id":4966,"date":"2024-01-24T10:30:35","date_gmt":"2024-01-24T10:30:35","guid":{"rendered":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/?p=4966"},"modified":"2024-01-24T10:42:21","modified_gmt":"2024-01-24T10:42:21","slug":"vivre-ici-chroniques-de-larriere-pays-un-monde-paysan-en-sursis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/vivre-ici-chroniques-de-larriere-pays-un-monde-paysan-en-sursis\/","title":{"rendered":"Vivre ici (chroniques de l&rsquo;arri\u00e8re-pays) : Un monde paysan en sursis"},"content":{"rendered":"<p>Je propose ici une copie d&rsquo;un chapitre d&rsquo;un livre que j&rsquo;ai publi\u00e9 en 2016, compos\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 je vivais dans le Cantal (Vivre Ici. Chroniques de l&rsquo;arri\u00e8re-pays)<\/p>\n<p>Il s\u2019intitule : \u201cUn monde paysan en sursis\u201d. C\u2019est un petit morceau d\u2019ethnographie rurale autour de l\u2019\u00e9levage \u00e0 l\u2019herbe sur les hauts-plateaux du Cantal. 10 ann\u00e9es ont pass\u00e9 depuis la r\u00e9daction de ces r\u00e9flexions, et si j\u2019avais la force de reprendre le texte aujourd\u2019hui, je changerais sans doute pas mal de choses, en faisant usage notamment d\u2019une conceptualit\u00e9 plus rigoureuse. Ce qui reste vrai c\u2019est que la situation a empir\u00e9 pour les \u00e9leveurs les plus modestes. Et que ce monde que je consid\u00e9rais comme \u201cen sursis\u201d (j\u2019\u00e9tais \u00e9videmment loin d\u2019\u00eatre le seul \u00e0 le qualifier de la sorte), l\u2019est toujours, au bord de l\u2019effondrement, pourrait-on dire (mais ce serait oublier ces quelques-uns qui ne sont plus en sursis du tout et se sont d\u00e9j\u00e0 bel et bien effondr\u00e9s. Les taux de suicide dans la profession suffisent \u00e0 s\u2019en convaincre)<\/p>\n<p>Dans mon roman d&rsquo;anticipation, compos\u00e9 en 2023, soit quelques ann\u00e9es plus tard, <em><a href=\"https:\/\/outsiderland.com\/outsiderland\/perturbations.html\">Perturbations sur les hauts-plateaux<\/a><\/em>, j&rsquo;\u00e9voque en passant, d&rsquo;une mani\u00e8re sans doute trop pessimiste, mais c&rsquo;est la loi du genre, l&rsquo;avenir de ces territoires d&rsquo;\u00e9levage et des hauts-plateaux.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote44\">\n<h2 align=\"right\"><\/h2>\n<figure id=\"attachment_4968\" aria-describedby=\"caption-attachment-4968\" style=\"width: 788px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-4968\" src=\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/Capture-decran_2024-01-24_11-13-46.png\" alt=\"\" width=\"788\" height=\"645\" srcset=\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/Capture-decran_2024-01-24_11-13-46.png 788w, https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/Capture-decran_2024-01-24_11-13-46-300x246.png 300w, https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/Capture-decran_2024-01-24_11-13-46-768x629.png 768w\" sizes=\"(max-width: 788px) 100vw, 788px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-4968\" class=\"wp-caption-text\">Buron de Raveyrol, Cantal photo : Dana Hilliot<\/figcaption><\/figure>\n<h1 class=\"western\" style=\"text-align: center;\" align=\"right\"><span style=\"font-size: 18pt;\">Un Monde paysan en sursis<\/span><\/h1>\n<h3 class=\"western\">Un mode d\u2019\u00e9levage menac\u00e9<\/h3>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Minion Pro;\">Tous les dix ans, 25\u00a0% de paysans disparaissent de la population active. Selon l\u2019INSEE, les agriculteurs exploitants ne repr\u00e9sentent plus qu\u20191,8\u00a0% des actifs en 2015. Un demi-si\u00e8cle auparavant, 31\u00a0% de fran\u00e7ais travaillaient dans le secteur, et on comptait 2,3 millions d\u2019exploitations\u00a0: ce dernier chiffre a \u00e9t\u00e9 divis\u00e9 par 4 durant cette p\u00e9riode. Pourtant, les agriculteurs fa\u00e7onnent encore plus de la moiti\u00e9 de la surface du pays, bien que la for\u00eat regagne du terrain, mais aussi, on ne s\u2019en \u00e9tonnera gu\u00e8re, les agglom\u00e9rations urbaines. M\u00eame si les petites fermes de moins de 5 hectares, qui constituaient la norme en 1955, repr\u00e9sentent encore 30\u00a0% du nombre total d\u2019exploitations au d\u00e9but de notre si\u00e8cle, elles n\u2019occupent qu\u20191,5\u00a0% de la Surface Agricole Utile (SAU) totale. Notons que ces petites fermes sont en g\u00e9n\u00e9ral exploit\u00e9es par des retrait\u00e9s, ou bien par des plus jeunes int\u00e9ress\u00e9s par techniques agricoles alternatives, l\u2019agro\u00e9cologie par exemple. La baisse du nombre d\u2019exploitations et d\u2019agriculteurs, loin d\u2019entra\u00eener une r\u00e9duction de la production globale, l\u2019a au contraire boost\u00e9e au point qu\u2019entre 1960 et 2004 le volume produit a doubl\u00e9. L\u2019autosuffisance alimentaire du pays, objectif de la feuille de route dress\u00e9e par les politiques agricoles \u00e0 la fin des ann\u00e9es 50, fut atteinte d\u00e8s le milieu des ann\u00e9es 60, gr\u00e2ce aux premi\u00e8res lois d\u2019orientation agricole promulgu\u00e9es au niveau europ\u00e9en, les anc\u00eatres de la PAC. Quelques ann\u00e9es plus tard, Val\u00e9ry Giscard d\u2019Estaing pouvait d\u00e9clarer\u00a0: L\u2019agriculture est le p\u00e9trole vert de la France, soulignant ainsi l\u2019entr\u00e9e du monde agricole dans l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9. D\u00e8s lors, il ne s\u2019agissait plus seulement d\u2019assurer l\u2019autonomie du pays, mais aussi de peser favorablement sur sa balance commerciale, en cr\u00e9ant des devises et en se lan\u00e7ant dans l\u2019exportation. La si mal qualifi\u00e9e r\u00e9volution verte \u00e9tait en marche, entra\u00eenant des bouleversements inou\u00efs\u00a0: sp\u00e9cialisation \u00e0 outrance, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle d\u2019un territoire parfois<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\"><sup>1<\/sup><\/a>, concentration des terres<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\"><sup>2<\/sup><\/a>, remembrement et abattage des haies<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\"><sup>3<\/sup><\/a>, m\u00e9canisation du travail, puis technologisation et informatisation, gestion scientifique des rendements, mise en concurrence des producteurs orchestr\u00e9e par l\u2019industrie agroalimentaire et les grandes surfaces, sans oublier l\u2019usage syst\u00e9matique d\u2019intrants (engrais et produits phytosanitaires), la France obtenant le titre, peu envi\u00e9 de nos jours, d\u2019\u00eatre le second utilisateur de pesticides au monde, apr\u00e8s les \u00c9tats-Unis. L\u2019agriculture du futur, du moins dans les pays d\u00e9velopp\u00e9s, tend \u00e0 l\u2019automatisation radicale\u00a0: alimentation animale robotis\u00e9e, tracteurs sans chauffeur, drones semenciers, <i>monitoring<\/i> et <i>datamaping<\/i> g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote4sym\" name=\"sdfootnote4anc\"><sup>4<\/sup><\/a>. L\u2019agriculteur de demain pourrait passer bien plus de temps devant des \u00e9crans de contr\u00f4le que dans ses champs.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Minion Pro;\">Cette r\u00e9volution, qui d\u00e9passe largement la simple conversion industrielle, marque l\u2019entr\u00e9e des agriculteurs fran\u00e7ais dans le capitalisme contemporain, et, si quelques-uns s\u2019enrichirent \u00e0 l\u2019occasion, comme il est d\u2019usage dans l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9, la plupart furent condamn\u00e9s \u00e0 la ruine et \u00e0 la disparition. La pression exerc\u00e9e par les march\u00e9s vers une lib\u00e9ralisation totale de l\u2019activit\u00e9 agricole mondiale, constitue la seconde lame qui vient s\u2019abattre aujourd\u2019hui sur le monde paysan, ou ce qu\u2019il en reste\u00a0: car jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, les subventions et les r\u00e9gulations europ\u00e9ennes avaient att\u00e9nu\u00e9 la baisse des prix induite par le d\u00e9s\u00e9quilibre entre l\u2019offre et la demande au niveau international. Or, m\u00eame sous ce r\u00e9gime o\u00f9 l\u2019activit\u00e9 est soutenue, notamment \u00e0 travers l\u2019\u00e9tablissement de prix ou de quota, par les puissances publiques, les exploitants ont vu leurs revenus r\u00e9els diminuer de mani\u00e8re spectaculaire. Pour satisfaire aux injonctions du mod\u00e8le de d\u00e9veloppement pr\u00e9conis\u00e9 par les politiques agricoles, l\u2019endettement est venu plomber le budget des exploitants\u00a0: je connais des paysans sur la Plan\u00e8ze qui ont fait construire une grange <i>high tech<\/i> dont le co\u00fbt s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 plusieurs centaines de milliers d\u2019euros, mais qui, dans le m\u00eame temps, tentent de survivre avec 500\u00a0euros par mois, la somme qu\u2019il leur reste une fois leurs charges pay\u00e9es et le montant mensuel de leur dette acquitt\u00e9<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote5sym\" name=\"sdfootnote5anc\"><sup>5<\/sup><\/a>. On a lanc\u00e9 les paysans dans le grand bain de la mondialisation, en organisant la modernisation de l\u2019agriculture et en favorisant par le biais des subventions \u00e0 l\u2019hectare les grandes exploitations au d\u00e9triment des plus modestes. Ce faisant on a d\u00e9truit sciemment non seulement des centaines de milliers d\u2019exploitations, mais aussi des hommes et des femmes qui esp\u00e9raient en vivre, et, pire encore, toute une culture. Aujourd\u2019hui, tout se passe comme si les organismes en charge du commerce international visaient \u00e0 achever en toute h\u00e2te ce processus de lib\u00e9ralisation de l\u2019agriculture\u00a0: la course \u00e0 l\u2019hectare bat son plein, on voit des consortium \u00e9trangers lanc\u00e9s dans l\u2019acquisition de terres un peu partout dans le monde, et m\u00eame en Europe de l\u2019Ouest, les aides nationales aux agriculteurs sont revues \u00e0 la baisse, toutes les productions, d\u2019o\u00f9 qu\u2019elles viennent, sont mises en concurrence, une guerre \u00e9conomique sans merci s\u2019ach\u00e8ve, et rares sont les agriculteurs fran\u00e7ais qui survivront au massacre \u2013 ceux-l\u00e0, qui resteront debout apr\u00e8s la bataille, on n\u2019osera plus les appeler des agriculteurs, encore moins des paysans, et d\u2019ailleurs ils se gaussent d\u2019\u00eatre des entrepreneurs avant tout. Le mod\u00e8le assum\u00e9 de la production agricole future, c\u2019est l\u2019usine \u00e0 viande, les batteries industrielles ou le <i>feed lot<\/i> \u00e0 l\u2019am\u00e9ricaine, et les champs de Colza \u00e0 perte de vue des plaines c\u00e9r\u00e9ali\u00e8res am\u00e9ricaines.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Minion Pro;\">L\u2019\u00e9levage \u00e0 l\u2019herbe, sp\u00e9cialit\u00e9 incontestable du Cantal<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote6sym\" name=\"sdfootnote6anc\"><sup>6<\/sup><\/a>, constitue, dans cette perspective hyper-productiviste, une sorte d\u2019incongruit\u00e9. L\u2019herbe est pour ainsi dire la seule richesse de nos moyenne-montagnes, mais elle doit supporter les assauts de l\u2019hiver durant de longs mois. Si la plupart des exploitations se sont converties \u00e0 la modernisation, si certaines stabulations sont d\u00e9sormais enti\u00e8rement robotis\u00e9es et informatis\u00e9es si bien qu\u2019il suffit d\u2019un smartphone pour les g\u00e9rer, si la taille des troupeaux et les hectares d\u2019herbe ont augment\u00e9 comme partout ailleurs, le travail de l\u2019\u00e9leveur n\u2019en demeure pas moins soumis \u00e0 bien des contraintes, \u00e0 commencer par les al\u00e9as climatiques, mais \u00e9galement naturels, ainsi, r\u00e9cemment, la prolif\u00e9ration des campagnols terrestres. L\u2019\u00e9levage \u00e0 l\u2019herbe para\u00eet d\u00e9pass\u00e9 \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 triomphe le mod\u00e8le de la ferme usine, ou celui des <i>feed lots<\/i>, lesquels optimisent le rapport espace\/production \u2013 un espace r\u00e9duit dans lequel les rendements sont maximis\u00e9s, pouvant accueillir des milliers de t\u00eates de b\u00e9tail, \u00e0 proximit\u00e9 des immenses plaines c\u00e9r\u00e9ali\u00e8res \u2013, type d\u2019\u00e9levage qu\u2019on trouvera chez les plus grands exportateurs de viande, les \u00c9tats-Unis, l\u2019Argentine, l\u2019Australie, l\u2019Afrique du sud ou encore le Br\u00e9sil. Gardons \u00e0 l\u2019esprit que certains acteurs \u00e9conomiques parmi les plus influents, tel le commissaire europ\u00e9en \u00e0 l\u2019agriculture, l\u2019Irlandais Phil Hogan, tiennent la diminution du nombre de paysans pour un indice positif de d\u00e9veloppement. L\u2019adoption partout dans le monde de ce type de production, dite intensive, menace l\u2019existence m\u00eame de nos \u00e9levages extensifs, dont la survie dans le cadre d\u2019un march\u00e9 globalis\u00e9 est suspendue \u00e0 l\u2019aide financi\u00e8re des dispositifs publics nationaux et europ\u00e9ens. En l\u2019absence de r\u00e9gulations du commerce international des produits animaux, et si les \u00c9tats cessaient de soutenir ce type d\u2019agriculture, il s\u2019en faudrait de quelques ann\u00e9es pour que l\u2019immense majorit\u00e9 des exploitations de nos montagnes mettent la cl\u00e9 sous la porte, avec des cons\u00e9quences paysag\u00e8res et culturelles qu\u2019on peine \u00e0 imaginer. Les projets de lib\u00e9ralisation du commerce international concernant l\u2019agriculture assument sans sourciller la disparition de la majeure partie des exploitants, et l\u2019hyper-concentration de la production. D\u00e9sormais, une d\u00e9cision prise dans les couloirs de Bruxelles ou \u00e0 New York peut d\u2019un coup d\u2019un seul faire dispara\u00eetre des milliers d\u2019exploitations et m\u00eame raser de la carte de l\u2019\u00e9levage mondial un territoire entier.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Minion Pro;\">J\u2019ai pris la peine de peindre en deux coups de pinceaux aux couleurs sombres ce tableau de l\u2019histoire r\u00e9cente de l\u2019agriculture en France, parce qu\u2019il est d\u00e9terminant non seulement pour comprendre la place qu\u2019occupent les paysans aujourd\u2019hui dans nos arri\u00e8re-pays mais aussi, plus g\u00e9n\u00e9ralement, pour \u00e9valuer ce qui reste de la culture rurale. Il me faut maintenant changer \u00e0 nouveau d\u2019\u00e9chelle et revenir \u00e0 la terre, si je puis dire, au plus pr\u00e8s de l\u2019exp\u00e9rience des habitants.<\/span><\/p>\n<h3 class=\"western\">L\u2019agriculture objet de fantasme par excellence<\/h3>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Minion Pro;\">Les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations ne savent plus grand-chose de la vie rurale, et moins encore du travail paysan. Autrefois, la plupart des fran\u00e7ais ou bien grandissaient \u00e0 la campagne, ou bien y retrouvait, chaque week-end, de la famille, au minimum des grands-parents, lesquels cultivaient un jardin potager, voire exploitaient une petite ferme. Le transfert massif des populations des campagnes vers les villes dans les ann\u00e9es 70 fait qu\u2019aujourd\u2019hui la plupart des habitants des m\u00e9tropoles, dont le poids d\u00e9mographique et l\u2019influence \u00e9conomique vont croissant, ne conna\u00eet plus de la vie rurale que ce que les documentaires ou les reportages t\u00e9l\u00e9visuels leur apprennent. On aper\u00e7oit les vaches par la fen\u00eatre de l\u2019automobile sur la route des vacances, la ferme n\u2019est plus un milieu familier \u2013 on se moque par chez nous de ces n\u00e9o-r\u00e9sidents qui se plaignent des odeurs, du bruit des mugissements, des moteurs, des aboiements, des cloches de l\u2019\u00e9glise qui sonnent toutes les demi-heures, des troupeaux qui vont tranquillement sur la route et qu\u2019on doit se contenter de suivre avec patience jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019ils aient regagn\u00e9 leur \u00e9table, de la bouse dans laquelle on marche apr\u00e8s leur passage. L\u2019autre jour, des touristes se plaignaient des mouches, me raconte l\u2019\u00e9pici\u00e8re du village\u00a0: On n\u2019a jamais vu autant de mouches de notre vie, r\u00e2laient les estivants, comment faites-vous pour supporter une telle absence d\u2019hygi\u00e8ne\u00a0? On traitait nagu\u00e8re les paysans de ploucs, on les consid\u00e9rait comme vaguement arri\u00e9r\u00e9s, r\u00e9sistants par atavisme \u00e0 l\u2019irr\u00e9sistible \u00e9lan de la modernit\u00e9, et c\u2019est sans doute l\u2019un des effets de la modernisation agricole d\u2019avoir modifi\u00e9 le regard port\u00e9 sur eux, mais il me semble que la condescendance est \u00e0 nouveau de mise, et que la respectabilit\u00e9 des paysans a subi r\u00e9cemment des atteintes s\u00e9v\u00e8res. Les manifestations des agriculteurs en col\u00e8re, devenues r\u00e9currentes et souvent spectaculaires, ne font pas l\u2019unanimit\u00e9, surtout depuis qu\u2019on croit savoir que les r\u00e2leurs seraient abreuv\u00e9s de g\u00e9n\u00e9reuses subventions et que les responsables des exactions b\u00e9n\u00e9ficieraient d\u2019une certaine impunit\u00e9<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote7sym\" name=\"sdfootnote7anc\"><sup>7<\/sup><\/a>. Les agriculteurs polluent et ruinent les sols, r\u00e9duisent la biodiversit\u00e9 et les flatulences de leurs vaches sont responsables du trou dans la couche d\u2019ozone. Sans compter qu\u2019ils maltraitent et tuent les animaux qu\u2019ils \u00e9l\u00e8vent, et que la viande, en tant qu\u2019aliment, n\u2019a plus aussi bonne presse. Bref, on n\u2019osera peut-\u00eatre plus les traiter de ploucs, mais on ne peut pas dire que nos ruraux aient gagn\u00e9 au change en passant pour des barbares sans scrupules et des businessmen insensibles \u00e0 l\u2019environnement. Et pourtant, tous les jours \u00e0 midi, le journal de TF1 nous rappelle qu\u2019au contraire, ils sont des anges, qui sacrifient la totalit\u00e9 de leur temps libre pour nourrir les t\u00e9l\u00e9spectateurs des bons produits du terroir, tout en prenant soin de nos chers paysages. Par ailleurs, les f\u00eates villageoises les mettent \u00e0 l\u2019honneur, comme la <i>Fiesta del Pa\u00ffs<\/i> organis\u00e9e tous les \u00e9t\u00e9s \u00e0 Saint Flour, c\u00e9l\u00e9bration d\u2019une ruralit\u00e9 fantasm\u00e9e bien plus que r\u00e9elle, avec d\u00e9fil\u00e9 de vieux tracteurs, d\u00e9gustation de sp\u00e9cialit\u00e9s locales, et exposition de vaches estampill\u00e9es de pays. Mais encore, \u00e0 la fin du printemps, on invite les touristes et les urbains \u00e0 se joindre \u00e0 la grande transhumance, la mont\u00e9e des troupeaux depuis l\u2019\u00e9table jusque dans les montagnes, \u00e0 pied bien entendu \u2013 pratique qui n\u2019a plus rien d\u2019une tradition depuis longtemps\u00a0: montez donc \u00e0 Prat-de-Bouc un matin de printemps et voyez les camions d\u00e9charger, aussi discr\u00e8tement qu\u2019il est possible, les animaux \u00e0 l\u2019entr\u00e9e m\u00eame des prairies. Bref, l\u2019agriculture n\u2019\u00e9chappe pas aux mises en sc\u00e8ne orchestr\u00e9es par la soci\u00e9t\u00e9 du spectacle, mais ces \u00e9v\u00e8nements ponctuels ne sont rien \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la ribambelle de messages publicitaires dont les responsables marketings de l\u2019industrie agro-alimentaire et de la grande distribution nous accablent. Le consommateur, noy\u00e9 dans ce d\u00e9luge de mensonges, est tenu dans la plus grande ignorance de la r\u00e9alit\u00e9 du monde agricole. C\u2019est la raison pour laquelle les tenants du retour \u00e0 une agriculture paysanne privil\u00e9gient au contraire la relation directe entre le (petit) producteur et le consommateur, \u00e0 travers la vente directe, avec un minimum d\u2019interm\u00e9diaires, par les circuits courts par exemple.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Minion Pro;\">Par essence, le fantasme se nourrit de ce qu\u2019il ignore, et ne s\u2019embarrasse ni de nuance ni d\u2019ambivalence. Les campagnes et les villes n\u2019ont cess\u00e9 d\u2019\u00eatre l\u2019une pour l\u2019autre un objet de fantasme, mais aujourd\u2019hui, puisque les purs ruraux n\u2019existent plus et, que tout un chacun, o\u00f9 qu\u2019il vive, a en partage, pour le meilleur et pour le pire, certains \u00e9l\u00e9ments de culture urbaine, on est assez bien inform\u00e9 de ce qui se passe en ville, et beaucoup moins du genre de vie que m\u00e8nent les derniers habitants de l\u2019hyper-ruralit\u00e9. Et je n\u2019ai pas le sentiment que le sujet int\u00e9resse tellement les gens. On se contente en r\u00e9alit\u00e9 de clich\u00e9s, d\u2019images d\u2019\u00c9pinal, ou bien d\u2019anecdotes horrifiques\u00a0: selon l\u2019inspiration et l\u2019intention du moment, on dresse le portrait du paysan en po\u00e8te bucolique, digne d\u2019un berger virgilien, ou bien on le d\u00e9crit en brute d\u00e9nu\u00e9e de sentiment qui massacre la nature au volant de son 4\u00a0\u00d7\u00a04. On me r\u00e9torquera qu\u2019au contraire de nombreuses initiatives un peu partout sur le territoire manifestent un int\u00e9r\u00eat pour la restauration d\u2019une agriculture paysanne, que le souci d\u2019une alimentation saine n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi flagrant. Mais quel pourcentage de la population totale s\u2019engage r\u00e9ellement sur ce terrain\u00a0? La consommation de produits bio a augment\u00e9, certes, mais surtout parce que les grandes surfaces ont ouvert de larges rayons estampill\u00e9s bio<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote8sym\" name=\"sdfootnote8anc\"><sup>8<\/sup><\/a>. Et entre consommer bio, souvent de mani\u00e8re tr\u00e8s intermittente, et choisir d\u2019adopter un mode de vie d\u00e9croissant, il existe quelques degr\u00e9s d\u2019\u00e9cart dans l\u2019engagement. Combien de Fran\u00e7ais se sentent r\u00e9ellement concern\u00e9s par ces questions et combien prennent la peine de d\u00e9couvrir la r\u00e9alit\u00e9 telle qu\u2019elle est\u00a0? Contrairement \u00e0 ce que pourrait laisser croire la prolif\u00e9ration d\u2019articles sur les questions agricoles et agro-alimentaires dans les m\u00e9dias (articles qui touchent probablement en priorit\u00e9 une classe sociale partageant plus ou moins d\u2019embl\u00e9e un m\u00eame capital culturel et \u00e9conomique), je reste assez sceptique sur l\u2019ampleur r\u00e9elle du mouvement inspir\u00e9 par la critique du syst\u00e8me de production et de commercialisation des aliments que nous consommons, et je crains que le sort des \u00e9leveurs cantaliens ne soul\u00e8ve pas l\u2019empathie des foules.<\/span><\/p>\n<h3 class=\"western\">Perte d\u2019autonomie, sentiment d\u2019humiliation et absurdit\u00e9s<\/h3>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Minion Pro;\">Il est rare qu\u2019on prenne la peine de mesurer les effets psychologiques de la modernisation agricole sur l\u2019esprit des paysans. Si la d\u00e9tresse de cette partie de population fait d\u00e9sormais l\u2019objet d\u2019analyses pouss\u00e9es, ces derni\u00e8res se limitent souvent \u00e0 ass\u00e9ner des statistiques montrant la d\u00e9t\u00e9rioration \u00e9conomique de l\u2019activit\u00e9 dans le but d\u2019alarmer les pouvoirs publics en rappelant notamment le taux de suicide sp\u00e9cifique chez les exploitants agricoles. Je crois qu\u2019il existe une cause plus profonde du d\u00e9sarroi ressenti par nombre de paysans, lequel d\u00e9sarroi s\u2019exprime sans doute plus ais\u00e9ment chez cette g\u00e9n\u00e9ration qui travaillait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la ferme dans les ann\u00e9es 60 et qui a donc v\u00e9cu la transition entre deux mondes\u00a0: celui qui n\u2019avait gu\u00e8re chang\u00e9 depuis des si\u00e8cles, fond\u00e9 sur de petites exploitations largement autonomes, souvent d\u00e9di\u00e9es \u00e0 la polyculture, peu m\u00e9canis\u00e9es, inscrites dans un r\u00e9seau de solidarit\u00e9s locales \u2013 dans nombre de villages, on partageait la batteuse et la main d\u2019\u0153uvre, et si, d\u2019une certaine mani\u00e8re ces services rendus au voisin entra\u00eenait une interd\u00e9pendance de fait, elle demeurait circonscrite \u00e0 une \u00e9chelle localis\u00e9e, celle du champ social proche\u00a0; et ce nouveau monde que j\u2019ai d\u00e9crit plus haut, qui prend exactement le contre-pied de l\u2019ancien. Rares sont les agriculteurs qui ont pu \u00e9chapper \u00e0 cette emprise du march\u00e9 global et au syst\u00e8me de subventions qui le soutient<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote9sym\" name=\"sdfootnote9anc\"><sup>9<\/sup><\/a>. Et quand bien m\u00eame ils parviennent \u00e0 conserver un minimum d\u2019autonomie, un cort\u00e8ge de contraintes environnementales et hygi\u00e9niques les poussent \u00e0 rentrer dans le rang, \u00e0 investir et s\u2019endetter \u00e0 leur tour pour respecter les normes.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Minion Pro;\">Jean-Pierre Lombard est \u00e9leveur retrait\u00e9. Sa ferme \u00e9tait situ\u00e9e non loin de Saint Flour, sur la commune de Saint-George, dans le Cantal. Dans son livre <i>Les Derni\u00e8res Herbes<\/i><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote10sym\" name=\"sdfootnote10anc\"><sup>10<\/sup><\/a>, il tire un bilan sans fard de sa vie de paysan. Son enfance dans la petite ferme familiale, une exp\u00e9rience de facteur \u00e0 Paris, la reprise compliqu\u00e9e de la ferme \u00e0 son retour au pays, en pleine r\u00e9volution verte, la g\u00e9n\u00e9ralisation du machinisme, l\u2019industrialisation croissante du m\u00e9tier, une administration toujours plus pressante, la sp\u00e9cialisation \u00e0 outrance, l\u2019emprise des zoo-technologies, la course \u00e0 la productivit\u00e9, l\u2019arriv\u00e9e de la biotechnologie, voil\u00e0 les \u00e9pisodes qui scandent cette histoire, laquelle s\u2019ach\u00e8ve avec la revente des terres et des b\u00eates, \u00e9pisode dont il tire dans son livre des pages bouleversantes. Il documente explicitement ce sentiment d\u2019humiliation\u00a0:<\/span><\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Nous ne produisons que des mati\u00e8res premi\u00e8res dont les prix sont tributaires des sp\u00e9culateurs et des prix mondiaux. C\u2019est triste, nous revenons au point de d\u00e9part. Au Moyen \u00c2ge nous \u00e9tions les serfs et les valets des familles seigneuriales, puis fermiers et m\u00e9tayers de riches propri\u00e9taires, et aujourd\u2019hui, les pions des multinationales. Pourtant le progr\u00e8s est pass\u00e9 par l\u00e0. Il a soulag\u00e9 la peine, redonn\u00e9 une nouvelle image de cette soci\u00e9t\u00e9 paysanne, mais il aurait du soutenir davantage une innovation utile et adapt\u00e9e \u00e0 notre milieu o\u00f9 chacun peut se prendre en main afin que l\u2019on ne soit pas toujours en train d\u2019attendre les aides sous toutes leurs formes, parfois humiliantes, qui arrivent d\u2019en haut. On nous a enlev\u00e9 notre amour-propre, notre go\u00fbt du travail bien fait pour devenir des serviteurs d\u2019une politique banani\u00e8re.<\/p><\/blockquote>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Minion Pro;\">Un matin au caf\u00e9 du village, je m\u2019installe \u00e0 la table de deux \u00e9leveurs du village. C\u2019est jour de march\u00e9, et sous la halle on vend et ach\u00e8te de jeunes veaux. Les deux hommes partagent leurs soucis de sant\u00e9. Mon plus proche voisin est inquiet. Il doit faire des examens \u00e0 l\u2019h\u00f4pital et craint que son tour ne soit venu, dit-il, de payer pour toutes les saloperies qu\u2019il a vers\u00e9es dans ses champs durant ces trente derni\u00e8res ann\u00e9es. Son ami parle d\u2019une t\u00e2che que les m\u00e9decins ont rep\u00e9r\u00e9 sur le lobe d\u2019un poumon, peut-\u00eatre une cicatrice ancienne de la coqueluche. Ils m\u2019ont ouvert le buffet, ont tritur\u00e9 l\u00e0-dedans. T\u2019inqui\u00e8te pas, fait son ami, ils t\u2019ouvrent et remettent tout en place.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Minion Pro;\">Puis, un long silence. Mon voisin ne dit rien, lui d\u2019habitude si disert. Le copain finit par dire\u00a0: J\u2019aimerais avoir \u00e0 nouveau 20 ans, et recommencer avec tout ce que je sais maintenant.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Minion Pro;\">Ces deux hommes ont d\u00e9but\u00e9 l\u2019agriculture \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la r\u00e9volution verte, la si mal-nomm\u00e9e. Ils ont appris leur m\u00e9tier sous l\u2019empire des zootechniciens. On leur a notamment expliqu\u00e9 qu\u2019il fallait am\u00e9liorer la productivit\u00e9, qu\u2019il y avait des produits pour cela (ces saloperies \u00e0 cause desquelles ils pensent aujourd\u2019hui \u00eatre malades), on leur a appris \u00e0 traiter leurs b\u00eates comme de la viande sur pattes. Ils sont ce matin perclus de douleur, de ranc\u0153ur et de ressentiment \u2013 il n\u2019en va pas ainsi tous les jours et parfois, l\u2019humeur est bien plus enjou\u00e9e. Ils ont fait comme on leur disait de faire, ils ont suivi les consignes avec z\u00e8le, se sont endett\u00e9s aupr\u00e8s des banques, avec plus ou moins de conviction, selon les saisons. Ils ont emprunt\u00e9 surtout. Certains plus que d\u2019autres. Si mon voisin continue, par esprit de provocation, \u00e0 traverser le village sur son vieux tracteur achet\u00e9 dans les ann\u00e9es 60, beaucoup se sont entich\u00e9s de mat\u00e9riel <i>hightech<\/i>. Les granges sont devenues des b\u00e2timents vastes et dot\u00e9s de stabulations souvent robotis\u00e9es\u00a0: contrairement \u00e0 ce que les gens qui n\u2019ont pas mis les pieds dans une exploitation agricole depuis des lustres croient, bien des paysans (et les animaux qui vivent avec eux) sont d\u00e9j\u00e0 familiers des conduites informatis\u00e9es et de la robotique. L\u2019automate de traite par exemple, a chang\u00e9 la donne\u00a0: il permet d\u2019\u00e9conomiser de la sueur, et sans doute il fait gagner du temps, et le temps, c\u2019est de l\u2019argent para\u00eet-il \u2013 sauf qu\u2019en achetant ces robots, on s\u2019endette, on s\u2019isole, car le robot remplace un ouvrier, et on se voit oblig\u00e9 d\u2019agrandir le troupeau pour rentabiliser l\u2019investissement en machines. Pas certain qu\u2019au final, le gain financier soit si important. On ne manque jamais d\u2019att\u00e9nuer ce constat en admettant que, tout de m\u00eame, la m\u00e9canisation a du bon, qu\u2019on ne se tue pas \u00e0 la t\u00e2che autant qu\u2019autrefois, et qu\u2019il est m\u00eame d\u00e9sormais possible de prendre quelques jours de vacances dans l\u2019ann\u00e9e. \u00c0 cela pr\u00e8s que l\u2019achat de ces machines les a d\u2019un m\u00eame \u00e9lan endett\u00e9s et condamn\u00e9s \u00e0 se plier aux r\u00e8gles de la nouvelle agriculture<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote11sym\" name=\"sdfootnote11anc\"><sup>11<\/sup><\/a>. Le pi\u00e8ge s\u2019est ainsi referm\u00e9.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Minion Pro;\">Ils ont d\u00e9fendu l\u2019enseignement qu\u2019ils avaient re\u00e7u et se sont moqu\u00e9s des nouveaux paysans, en les qualifiant d\u2019\u00e9cologistes, de bobos, de n\u00e9oruraux, avec leurs m\u00e9thodes naturelles. Les r\u00e9sistants, les vieux qui s\u2019obstinaient \u00e0 travailler \u00e0 l\u2019ancienne, passaient pour des originaux, des marginaux. Et maintenant, on leur explique, et ils entendent partout, que cet enseignement \u00e9tait une erreur. Dans l\u2019esprit des gens, surtout les gens des villes, ils figurent en t\u00eate de liste des pollueurs et des empoisonneurs. Autrefois, on les portait au pinacle, parce qu\u2019ils \u00e9taient cens\u00e9s nourrir la plan\u00e8te enti\u00e8re, r\u00e9gler le probl\u00e8me de la faim dans le monde. Sur la fin de leur vie, ils commencent \u00e0 comprendre qu\u2019ils se sont fait berner, qu\u2019ils ont cru \u00e0 une th\u00e9orie erron\u00e9e, qui les a rendus malades, au sens litt\u00e9ral. Avec la r\u00e9volution verte, ils \u00e9taient cens\u00e9s devenir les nouveaux entrepreneurs, \u00eatre des acteurs du changement et non pas des tra\u00eenes savates anachroniques, il leur incombait de sortir l\u2019agriculture du Moyen \u00c2ge, il leur fallait embrasser pleinement la modernit\u00e9, se situer \u00e0 l\u2019avant-garde du productivisme. La v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est qu\u2019ils sont pieds et mains li\u00e9s \u00e0 des d\u00e9cideurs, les yeux riv\u00e9s \u00e0 des indicateurs \u00e9conomiques, agents du march\u00e9 dont les raisons leur \u00e9chappent et qui sont susceptibles de les an\u00e9antir par un simple caprice.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Minion Pro;\">Avant, ajoute le voisin, nous \u00e9tions plus libres. Les agriculteurs contemporains sont soumis de nos jours \u00e0 un contr\u00f4le radical. L\u2019informatisation, cens\u00e9e faciliter la vie quotidienne \u00e0 la ferme, s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e \u00eatre un outil de surveillance impitoyable\u00a0: on pense au pu\u00e7age \u00e9lectronique par exemple, qui tend \u00e0 accomplir le cauchemar industriel d\u2019une v\u00e9ritable num\u00e9risation du vivant. Les agriculteurs ont \u00e9t\u00e9 parmi les premiers \u00e0 utiliser, sans qu\u2019on leur donne le choix d\u2019ailleurs, les transmissions d\u00e9mat\u00e9rialis\u00e9es\u00a0: la plupart des d\u00e9clarations obligatoires sont num\u00e9ris\u00e9es et doivent \u00eatre envoy\u00e9es par internet, toute la production \u00e9tant ainsi de mani\u00e8re quasi imm\u00e9diate convertie en donn\u00e9es num\u00e9riques, afin d\u2019en faciliter le comptage statistique et le contr\u00f4le. L\u2019animal, de la naissance \u00e0 la mort, et la terre, jusqu\u2019au moindre m\u00e8tre carr\u00e9, font l\u2019objet de donn\u00e9es statistiques, si bien qu\u2019en d\u00e9finitive, le travail du paysan est en permanence \u00e9valu\u00e9, comptabilis\u00e9, et v\u00e9rifi\u00e9. La libert\u00e9 dont parle mon voisin n\u2019implique pas la licence de faire n\u2019importe quoi, et d\u2019ailleurs, l\u2019immense majorit\u00e9 des exploitants est consciente des exc\u00e8s pass\u00e9s de la profession. Cette plainte vient rappeler \u00e0 quel point le paysan d\u2019aujourd\u2019hui subit quotidiennement les effets d\u2019une gestion bureaucratique de son activit\u00e9, \u00e9manation \u00e9clatante bien que discr\u00e8te de ce qu\u2019on a appel\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9 du contr\u00f4le<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote12sym\" name=\"sdfootnote12anc\"><sup>12<\/sup><\/a>.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Minion Pro;\">Le processus psychologique dont ils ont \u00e9t\u00e9 victimes est d\u2019autant plus vicieux et fourbe qu\u2019il touche au narcissisme, et \u00e0 la reconnaissance. En \u00e9change d\u2019une conversion \u00e0 marche forc\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9, on promettait aux agriculteurs une fiert\u00e9 retrouv\u00e9e\u00a0: tel \u00e9tait le programme de la r\u00e9volution des ann\u00e9es 70. Il s\u2019av\u00e8re au final que cette modernisation impliquait la destruction syst\u00e9matique de la culture paysanne, c\u2019est-\u00e0-dire la remise en cause des pratiques et des savoir faire transmis par les g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9c\u00e9dentes. On nous a appris \u00e0 avoir honte de notre pass\u00e9, me confiait un agriculteur de la commune. Tandis que les fondations m\u00eames de la paysannerie \u00e9taient foul\u00e9es au pied, la libert\u00e9 promise se traduisait en r\u00e9alit\u00e9 par une d\u00e9pendance accrue. Les agriculteurs, autrefois si fiers de leur autonomie, ceux-l\u00e0 m\u00eame vers lesquels en temps de guerre et de p\u00e9nurie on se tournait, car il y avait toujours de quoi manger chez eux quand la famine mena\u00e7ait les villes, d\u00e9pendent aujourd\u2019hui de tout \u2013 un d\u00e9fi \u00e0 cette morale sto\u00efcienne quasi spontan\u00e9e, prenant \u00e0 c\u0153ur ce qui d\u00e9pend de nous, et ne se souciant que mod\u00e9r\u00e9ment de ce qui n\u2019en d\u00e9pend pas.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Minion Pro;\">La transmission de l\u2019exploitation, \u00e9v\u00e8nement majeur de la biographie professionnelle autrefois, a perdu le sens qu\u2019elle avait autrefois\u00a0: autour d\u2019elle s\u2019articulait l\u2019histoire des communaut\u00e9s rurales, la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019un village ou d\u2019un hameau se trouvait confirm\u00e9e ou boulevers\u00e9e, selon qu\u2019on fasse appel aux ressources humaines locales ou \u00e0 un nouveau venu. D\u00e9sormais, l\u2019exploitant y regarde \u00e0 deux fois avant de confier les cl\u00e9s de la ferme \u00e0 ses enfants, et la plupart du temps, il s\u2019emploie \u00e0 les d\u00e9courager de poursuivre l\u2019aventure\u00a0: quand on conna\u00eet la force du sentiment d\u2019attachement \u00e0 la terre qui saisit immanquablement tous ceux qui ont pass\u00e9 une existence enti\u00e8re \u00e0 la travailler, sans parler des efforts accomplis par ceux qui les ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s, on comprend la douleur ressentie par celui qui doit renoncer \u00e0 transmettre l\u2019\u0153uvre de toute une vie. Les jeunes peinent \u00e0 s\u2019installer, \u00e9tant donn\u00e9 le prix du foncier. Par d\u00e9pit sans doute, on c\u00e9dera au plus offrant, \u00e0 un inconnu parfois, dont le projet para\u00eet pour le moins opaque<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote13sym\" name=\"sdfootnote13anc\"><sup>13<\/sup><\/a>\u00a0: fin d\u2019une histoire qui impliquait souvent de nombreuses g\u00e9n\u00e9rations.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Minion Pro;\">Chez les \u00e9leveurs, le sort des animaux avec lesquels ils vivent quotidiennement n\u2019est pas indiff\u00e9rent, et constitue un autre motif qui vient accro\u00eetre le sentiment d\u2019absurdit\u00e9. Jean-Pierre Lombard en fournit un tableau saisissant\u00a0:<\/span><\/p>\n<blockquote><p>Ces nouvelles pratiques, inverses du bon sens agricole et de la logique, se d\u00e9veloppent \u00e0 la m\u00eame cadence. Ainsi ces veaux laitiers \u00e9lev\u00e9s en batterie, achet\u00e9s sur les march\u00e9s ou aux coop\u00e9ratives par des int\u00e9grateurs, ballott\u00e9s, transport\u00e9s 24 heures et plus (sans boire) jusqu\u2019\u00e0 700 ou 800 kilom\u00e8tres, mis en atelier pendant cinq mois sur 3 m2, retransport\u00e9s vers le centre d\u2019abattage \u00e0 300 ou 400 kilom\u00e8tres\u00a0! L\u2019agriculteur, qu\u2019est-il devenu dans cet engrenage\u00a0? Un maillon sans identit\u00e9 (..) Quant \u00e0 nous \u00e9leveurs, qui avons pass\u00e9 des nuits \u00e0 les faire na\u00eetre, \u00e0 leur apporter toute attention, quand la porte du camion se referme, il y a d\u2019un c\u00f4t\u00e9 la recette, mais de l\u2019autre un certain malaise, car cette organisation n\u2019a aucune logique et bafoue les bases m\u00eames de notre m\u00e9tier. L\u2019engouement pour le progr\u00e8s a \u00e9touff\u00e9 tout sentiment et toute conduite d\u2019\u00e9levage peu performant. Il en est de m\u00eame pour d\u2019autres animaux qui pourraient \u00eatre abattus dans leur r\u00e9gion de production, dans des d\u00e9lais acceptables, alors qu\u2019il n\u2019en est rien.<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote14sym\" name=\"sdfootnote14anc\"><sup>14<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Minion Pro;\">Je reviens une nouvelle fois sur la question des animaux d\u2019\u00e9levage, source comme on l\u2019a dit d\u2019un malentendu croissant entre les habitants des villes et les \u00e9leveurs. L\u2019attachement aux animaux domestiques fait pendant \u00e0 l\u2019attachement \u00e0 la terre pour bien des paysans. Une \u00e9leveuse de Saint-Paul-de-Salers en t\u00e9moignait \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un article paru r\u00e9cemment dans <i>La Montagne\u00a0:<\/i> Je les ai toutes \u00e9lev\u00e9es, avoue l\u2019\u00e9leveuse, et je n\u2019ai pas honte de le dire, je pleure quand mes vaches meurent.<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote15sym\" name=\"sdfootnote15anc\"><sup>15<\/sup><\/a> Quand l\u2019activit\u00e9 doit cesser, \u00e0 cause de la retraite, et faute de transmission, la s\u00e9paration avec le troupeau n\u2019est pas moins douloureuse que l\u2019abandon des terres. Jean-Pierre Lombard consacre \u00e0 ces derniers moments de sa vie de paysan des pages d\u00e9chirantes\u00a0:<\/span><\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Ce fut une des p\u00e9riodes les plus difficiles de ma carri\u00e8re. Il y a des jours qui marquent une vie. C\u2019\u00e9tait une matin\u00e9e d\u2019automne, vers la fin novembre. Le ciel \u00e9tait bas et rempli de gros nuages noirs qui annon\u00e7aient la pluie. Le vent du Sud avait souffl\u00e9 depuis plusieurs jours et j\u2019\u00e9tais venu avec ma femme rassembler des animaux qui \u00e9taient sur une parcelle d\u2019estive. Ils broutaient les derni\u00e8res herbes car la venue de l\u2019hiver \u00e9tait imminente. Arriv\u00e9es dans la p\u00e2ture, les b\u00eates lev\u00e8rent la t\u00eate pour nous saluer, puis continu\u00e8rent \u00e0 pa\u00eetre. On les appela\u00a0: elles se rassembl\u00e8rent et vinrent vers nous tranquillement. Elles comprenaient que c\u2019\u00e9tait la fin de la saison et qu\u2019il fallait rentrer \u00e0 l\u2019\u00e9table. J\u2019observais les vaches une \u00e0 une. Le vent caressait leurs poils d\u2019automne ample et volumineux qui les rendait encore plus belles. Je savais que les adieux allaient bient\u00f4t commencer. La derni\u00e8re page de ma passion allait se tourner. Je continuais \u00e0 leur parler et \u00e0 les caresser. Je crois que l\u2019on se comprenait. Puis ce fut le dernier convoi. (\u2026) Le plus gros lot d\u2019animaux partit par un froid matin de d\u00e9cembre. Ce d\u00e9part avait \u00e9t\u00e9 retard\u00e9 par les intemp\u00e9ries des jours pr\u00e9c\u00e9dents. Ce sursis m\u2019avait permis de leur parler\u00a0; mais les mots n\u2019\u00e9taient plus les m\u00eames et eux-m\u00eames en \u00e9taient surpris. La nuit avant fut longue et le chargement difficile. Le camion charg\u00e9, certaines b\u00eates me regardaient avec intensit\u00e9. Elles auraient voulu comprendre. Je baissais les yeux, j\u2019\u00e9tais \u00e0 la limite de pleurer. C\u2019est par leur haleine, condens\u00e9e par le froid et sortie de leurs naseaux vers le haut du camion, que mes animaux me dirent \u201cadieu\u201d.\u00a0\u00bb<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote16sym\" name=\"sdfootnote16anc\"><sup>16<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Minion Pro;\">Le sommet de l\u2019absurde est sans doute atteint par l\u2019usage des pesticides et des engrais chimiques dont la novlangue a tent\u00e9 d\u2019\u00e9dulcorer les effets en les nommant\u00a0: produits phyto-sanitaires. Usage qui s\u2019est av\u00e9r\u00e9 d\u00e9lirant quand a commenc\u00e9 la r\u00e9volution verte dans les ann\u00e9es 70, et qui ne manquera pas de susciter un de ces jours un scandale sanitaire de grande ampleur, lequel scandale permettra sans doute de mettre \u00e0 mal l\u2019assurance de ces entrepreneurs de la terre et de briser le couvercle du d\u00e9ni qui p\u00e8se sur le monde paysan. Une amie me rapportait l\u2019autre jour l\u2019histoire \u00e9difiante et somme toute assez commune d\u2019un de ses voisins\u00a0:<\/span><\/p>\n<blockquote><p>La quarantaine, il a perdu son p\u00e8re, d\u2019abord, sa m\u00e8re, un an plus tard, ils avaient soixante-et-un ans, le fils a avou\u00e9 l\u2019autre jour, en larmes\u00a0: je crois que c\u2019est \u00e0 cause des saloperies qu\u2019on met dans les champs. Il n\u2019y a pas si longtemps, ses parents prenaient les engrais \u00e0 pleine main, sans gant, sans masque, et les chargeaient sur l\u2019\u00e9pandeur\u00a0: ils le faisaient avec le sourire, car c\u2019\u00e9tait la promesse d\u2019une bonne r\u00e9colte, d\u2019une productivit\u00e9 am\u00e9lior\u00e9e. Plus tard, on leur a expliqu\u00e9 qu\u2019il valait mieux mettre des gants et m\u00eame un masque, afin d\u2019\u00e9viter le contact des produits avec la peau. Plus tard encore, on sugg\u00e9rait l\u2019emploi d\u2019une combinaison int\u00e9grale, en mode apiculteur, pour certaines pulv\u00e9risations. Au d\u00e9but r\u00e9gnait l\u2019enthousiasme. Il dit qu\u2019il continue de verser les m\u00eames saloperies \u2013 ou d\u2019autres, para\u00eet-il, moins toxiques. Il se plaint d\u2019\u00eatre seul, sans femme ni enfant. Il a peur.<\/p><\/blockquote>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Minion Pro;\">Le pire, si l\u2019on peut dire, c\u2019est qu\u2019on nous assure que les substances d\u2019aujourd\u2019hui sont infiniment moins nocives, bien qu\u2019elles soient produites par les m\u00eames compagnies. Mais alors que faisions-nous autrefois avec des produits plus toxiques qu\u2019on maniait sans protection\u00a0? Une personne sur cinq qui pulv\u00e9rise ou applique un produit phytosanitaire affirme avoir d\u00e9velopp\u00e9 des sympt\u00f4mes\u00a0: maux de t\u00eate, naus\u00e9es, irritations\u2026 indique la page web de Phyt\u2019attitude, le service ouvert par la Mutualit\u00e9 Sociale Agricole \u00e0 destination des usagers qui s\u2019inqui\u00e8tent<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote17sym\" name=\"sdfootnote17anc\"><sup>17<\/sup><\/a>. L\u2019association Phyto-victimes, initi\u00e9e par l\u2019excellent Paul Fran\u00e7ois, affirme que la nocivit\u00e9 des pesticides ne se limite pas \u00e0 ces d\u00e9sagr\u00e9ments, et parle, sous la foi d\u2019\u00e9tudes men\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9tranger<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote18sym\" name=\"sdfootnote18anc\"><sup>18<\/sup><\/a>, de cancers, de leuc\u00e9mie, et de maladies de Parkinson.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Minion Pro;\">L\u2019autre jour, j\u2019ai entendu dans l\u2019excellente \u00e9mission de radio de Ruth St\u00e9gassy, <i>Terre \u00e0 Terre<\/i><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote19sym\" name=\"sdfootnote19anc\"><sup>19<\/sup><\/a>, un paysan dire en substance\u00a0: J\u2019aimerais bien changer, changer de mani\u00e8re de produire, mais je ne peux pas, je n\u2019ai pas appris le m\u00e9tier comme \u00e7a, l\u2019agriculture biologique, c\u2019est un autre m\u00e9tier, ce qu\u2019on a appris ne sert \u00e0 rien, si je change, j\u2019aurais l\u2019impression d\u2019avoir perdu tout ce temps en me fourvoyant. Ce paysan \u00e9tait malade des pesticides qu\u2019il avait r\u00e9pandus dans ses champs. Mais il continuait d\u2019en r\u00e9pandre. Il dit, honteux\u00a0: je ne peux plus les r\u00e9pandre moi-m\u00eame apr\u00e8s ce que j\u2019ai subi, mais j\u2019ai embauch\u00e9 un jeune gars pour le faire \u00e0 ma place. Comment peut-on \u00e0 la fois revendiquer de proposer des produits d\u2019une qualit\u00e9 sup\u00e9rieur, de se poser comme les garants d\u2019une alimentation saine \u00e0 la fran\u00e7aise, et d\u00e9verser des produits hautement toxiques dans les pr\u00e9s\u00a0? C\u2019est avec ce paradoxe que les agriculteurs engag\u00e9s dans la r\u00e9volution verte ont d\u00fb composer, et il n\u2019est pas pour rien dans le sentiment de mal-\u00eatre qui les accable aujourd\u2019hui.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Minion Pro;\">Pire encore, la valeur travail, motif de fiert\u00e9 des mentalit\u00e9s rurales, rend dor\u00e9navant un son absurde. La difficult\u00e9 de sa t\u00e2che justifiait d\u2019une certaine mani\u00e8re que le paysan ait pu incarner par le pass\u00e9 cette fameuse valeur \u2013 on ne sait jamais tr\u00e8s bien ce qu\u2019on entend par l\u00e0, mais elle soul\u00e8ve en g\u00e9n\u00e9ral un nuage d\u2019associations d\u2019id\u00e9es relatives au m\u00e9rite, \u00e0 la r\u00e9alisation de soi dans l\u2019effort, au sacrifice m\u00eame<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote20sym\" name=\"sdfootnote20anc\"><sup>20<\/sup><\/a>\u00a0. Cette justification ne tient plus la route dans la mesure o\u00f9 le revenu des exploitations a \u00e9t\u00e9 en grande partie d\u00e9connect\u00e9 du travail lui-m\u00eame\u00a0: l\u2019agriculteur se tue toujours \u00e0 la t\u00e2che et ne conna\u00eet pas les horaires de bureau, mais, comme me l\u2019expliquait un responsable syndical, la rentabilit\u00e9 de la ferme ne d\u00e9pend plus de ce travail effectif, mais des aides accord\u00e9es dans le cadre de la PAC. L\u2019ann\u00e9e, d\u2019un point de vue \u00e9conomique, se joue d\u00e8s le printemps dans le bureau du banquier, lequel vous accorde ou pas une avance sur les aides. L\u2019image du gestionnaire prudent et avis\u00e9 en a pris un sacr\u00e9 coup, et d\u2019une certaine mani\u00e8re, m\u00eame le plus modeste pr\u00e9tendant \u00e0 la PAC est devenu, souvent \u00e0 son corps d\u00e9fendant, un sp\u00e9culateur sur un march\u00e9 dont les r\u00e8gles changent comme la direction du vent. On en viendrait presque \u00e0 dire que la prime \u00e0 l\u2019hectare est devenue le crit\u00e8re d\u00e9cisif du projet d\u2019installation. L\u2019\u00e9quilibre financier des exploitations, souvent lourdement endett\u00e9es, est en r\u00e9alit\u00e9 un d\u00e9s\u00e9quilibre savamment compens\u00e9, toujours sous la menace d\u2019un effondrement possible. Cette pr\u00e9carit\u00e9 extraordinaire et ce manque d\u2019autonomie rongent l\u2019\u00e2me de l\u2019agriculteur, qui, malgr\u00e9 l\u2019absurdit\u00e9 de sa situation, doit continuer vaille que vaille \u00e0 nourrir ses vaches, entretenir son mat\u00e9riel, r\u00e9parer les cl\u00f4tures, car il a affaire au vivant, et parce que la nature n\u2019attend pas.<\/span><\/p>\n<h3 class=\"western\">Un Espace sous tension<\/h3>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Minion Pro;\">Aux abords des villes, on sait combien l\u2019espace est model\u00e9 par une formidable pression fonci\u00e8re. Le d\u00e9veloppement m\u00e9tropolitain est de plus en plus fr\u00e9quemment sujet \u00e0 conflits, au d\u00e9sespoir de biens des \u00e9lus dont les projets font rarement l\u2019unanimit\u00e9. La construction d\u2019un terrain de golf, d\u2019une nouvelle zone commerciale, d\u2019une route \u00e0 quatre voies, d\u2019un ensemble immobilier, d\u2019un a\u00e9roport, suscitent d\u00e9sormais syst\u00e9matiquement l\u2019opposition non seulement des riverains, mais \u00e9galement de militants \u00e9cologistes et de tous ceux qui aspirent \u00e0 une autre forme d\u2019am\u00e9nagement du territoire p\u00e9ri-urbain, car c\u2019est souvent \u00e0 cet endroit qu\u2019on trouve encore, pas trop loin des villes, des parcelles constructibles. Le pr\u00e9sent est d\u00e9j\u00e0 riche de conflits de ce genre, et il n\u2019est pas besoin d\u2019\u00eatre proph\u00e8te pour imaginer qu\u2019\u00e0 l\u2019avenir, les enjeux pour l\u2019usage de ces espaces libres et rares constituera un sujet de tension politique crucial<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote21sym\" name=\"sdfootnote21anc\"><sup>21<\/sup><\/a>.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Minion Pro;\">On pourrait imaginer qu\u2019il n\u2019en va pas de m\u00eame dans les territoires hyper-ruraux marqu\u00e9s par ce qu\u2019on appelle la d\u00e9prise agricole\u00a0: certes, par manque d\u2019habitants, et donc de pr\u00e9tendants au foncier, nos montagnes d\u00e9di\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9levage bovin, <i>a fortiori<\/i> dans la mesure o\u00f9 elles ne semblent pas, jusqu\u2019\u00e0 preuve du contraire, receler de ressources en sous-sols susceptibles d\u2019\u00eatre exploit\u00e9es \u00e0 br\u00e8ve \u00e9ch\u00e9ance, ne suscitent pas un engouement massif chez les industriels. Pour le dire plus brutalement, il n\u2019y pas de gaz de schiste chez nous, et les projets de d\u00e9veloppement d\u2019infrastructures, du moins sur la Plan\u00e8ze, dans les montagnes ou autour de Saint Flour, sont proches du n\u00e9ant, ou relativement modestes<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote22sym\" name=\"sdfootnote22anc\"><sup>22<\/sup><\/a>.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Minion Pro;\">On aurait tort cependant de croire que notre espace hyper-rural s\u2019\u00e9tale harmonieusement et paisiblement dans une atmosph\u00e8re consensuelle, et qu\u2019il en sera ainsi de toute \u00e9ternit\u00e9. Si la r\u00e9volution agricole a apport\u00e9 un changement majeur dans le rapport des paysans \u00e0 la terre, c\u2019est bien dans le domaine de la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re. On peut facilement imaginer que les conflits relatifs \u00e0 l\u2019acquisition des terres sont en quelque sorte encourag\u00e9s par le mode de calcul de la PAC, et notamment cette trop fameuse prime \u00e0 l\u2019hectare, mais en r\u00e9alit\u00e9 la tentation d\u2019acqu\u00e9rir les terres du voisin vient de plus loin. On peut la mettre sur le compte de plusieurs bouleversements engendr\u00e9s par la modernisation\u00a0: la tendance \u00e0 l\u2019augmentation de la taille des troupeaux \u2013 la surface augmente dans l\u2019\u00e9levage \u00e0 l\u2019herbe \u00e0 proportion des b\u00eates \u2013, la diminution progressive des terres communales partag\u00e9es \u2013 les fameux communaux<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote23sym\" name=\"sdfootnote23anc\"><sup>23<\/sup><\/a> d\u2019autrefois, aujourd\u2019hui les sectionaux, et les op\u00e9rations de remembrement administratifs, lesquels ont produit de nouveaux plans cadastraux, outils particuli\u00e8rement efficients de la privatisation de l\u2019espace rural agricole. Le symbole \u00e9clatant de cette transformation de l\u2019espace, c\u2019est l\u2019apparition des barbel\u00e9s, et ce n\u2019est pas sans amertume que les plus anciens se souviennent de l\u2019\u00e9poque o\u00f9 sur les terres d\u2019estives communales, on pouvait laisser les troupeaux p\u00e2turer librement et qu\u2019il \u00e9tait possible, comme je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 rapport\u00e9, de descendre \u00e0 ski depuis Valu\u00e9jols jusqu\u2019\u00e0 Murat sans rencontrer aucun obstacle \u00e0 travers la prairie. Ces terres partag\u00e9es contribuaient sans doute \u00e0 favoriser l\u2019esprit de collaboration et d\u2019entraide\u00a0: lui r\u00e9pondait l\u2019usage collectif des engins les plus co\u00fbteux, par exemple la batteuse qu\u2019on faisait venir de Saint Flour, dont l\u2019usage requ\u00e9rait les bras vigoureux d\u2019une bonne partie du village, et qu\u2019on d\u00e9pla\u00e7ait de ferme en ferme, entra\u00eenant avec elle tout le cort\u00e8ge des habitants, et suscitant une socialisation qui se prolongeait bien apr\u00e8s les travaux. L\u2019incitation \u00e0 la privatisation de l\u2019espace s\u2019est accompagn\u00e9 de l\u2019acquisition par chacun de machines autrefois largement partag\u00e9es, et, cons\u00e9quemment, de l\u2019appauvrissement des liens sociaux.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Minion Pro;\">Les barbel\u00e9s, puis les fils \u00e9lectriques, ont remplac\u00e9 les murets en pierre s\u00e8che<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote24sym\" name=\"sdfootnote24anc\"><sup>24<\/sup><\/a>, bien qu\u2019on en trouve encore, de ces murets, souvent fortement d\u00e9t\u00e9rior\u00e9s, dans la plupart des pr\u00e9s, mais aussi et surtout la haie bocag\u00e8re, dont on a n\u00e9glig\u00e9 la richesse (animaux, arbres fruitiers) en la rasant il y a quelques d\u00e9cennies, notamment sur les plateaux, mais qu\u2019on replante aujourd\u2019hui pour des motifs environnementaux. Il faut le rappeler ici\u00a0: les barbel\u00e9s<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote25sym\" name=\"sdfootnote25anc\"><sup>25<\/sup><\/a>, et plus g\u00e9n\u00e9ralement les cl\u00f4tures<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote26sym\" name=\"sdfootnote26anc\"><sup>26<\/sup><\/a>, n\u2019avait pas au d\u00e9part pour objet de parquer les animaux afin de les prot\u00e9ger des pr\u00e9dateurs, lesquels de toutes fa\u00e7ons furent en partie \u00e9radiqu\u00e9s, mais ont servi premi\u00e8rement \u00e0 procurer, par l\u2019expropriation, un patrimoine foncier aux classes les plus ais\u00e9es, secondement \u00e0 compenser l\u2019absence de cadastre, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019un l\u2019outil avec lequel l\u2019\u00c9tat pouvait exercer un contr\u00f4le sur les terres et, cons\u00e9quemment, en tirer plus efficacement un imp\u00f4t, et, troisi\u00e8mement, \u00e0 favoriser l\u2019entr\u00e9e de l\u2019agriculture dans le monde merveilleux de l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Minion Pro;\">Certes, tout l\u2019espace n\u2019a pas encore \u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement privatis\u00e9, et on peut m\u00eame s\u2019\u00e9tonner qu\u2019il demeure par exemple dans le Massif central un peu plus de 10\u00a0% de terres qualifi\u00e9es de biens sectionaux, lesquels font d\u2019ailleurs le cauchemar de bien des \u00e9lus locaux, tant la l\u00e9gislation les concernant s\u2019av\u00e8re complexe. Notons qu\u2019il s\u2019agit en g\u00e9n\u00e9ral de parcelles morcel\u00e9es, difficilement int\u00e9grables \u00e0 d\u2019autres parcelles plus homog\u00e8nes, parfois sans valeur agronomique, des travers o\u00f9 poussent des gen\u00eats, des zones rocailleuses, des pentes trop raides. Un tiers de ces biens sont soumis au r\u00e9gime forestier\u00a0: c\u2019est par exemple le cas, sur la commune o\u00f9 j\u2019habite, du bois des Fraux dont j\u2019ai parl\u00e9 plus haut. La moiti\u00e9 environ sont tout de m\u00eame soumises \u00e0 la PAC, et donc sont entretenus par ceux qui en ont la jouissance. Et 20\u00a0% de ces espaces demeurent en quelque sorte vacants, sans usage particulier. On observe d\u2019ailleurs un abandon progressif de larges parties des estives\u00a0: les endroits les plus escarp\u00e9s, auquel on acc\u00e8de difficilement avec des engins motoris\u00e9s<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote27sym\" name=\"sdfootnote27anc\"><sup>27<\/sup><\/a>, sont laiss\u00e9s aux gen\u00eats \u2013 il faudrait y amener des brebis, des ch\u00e8vres, des \u00e2nes, et pourquoi pas des lamas comme me le sugg\u00e9rait mon ami Manu, de Paulhac. Les lamas sont en effet les rois du d\u00e9broussaillage, leur r\u00e9gime alimentaire comprenant aussi bien les ronces, les feuilles piquantes du ch\u00eane-kerm\u00e8s, les aiguilles du cade, le gen\u00eat scorpion, les petites branches d\u2019acacia robinier, les pousses du prunellier, le noisetier et j\u2019en passe.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Minion Pro;\">Malheureusement, on doit bien convenir que l\u2019organisation de la politique agricole contribue \u00e0 entretenir un climat peu amical dans les campagnes, suscitant la convoitise pour les terres, \u00e0 commencer par celles du voisin. Pour illustrer ce th\u00e8me, je raconterai maintenant une anecdote prise sur le vif, les faits datant de l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier. Nous sommes dans ce qu\u2019on appelle ici une \u00ab\u00a0montagne\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire, au sein du grand massif cantalien, une estive d\u2019altitude, le genre d\u2019endroit o\u00f9 j\u2019aime me balader, \u00e9t\u00e9 comme hiver, \u00e0 skis ou \u00e0 pied. Apr\u00e8s une bonne heure et demie de grimpette avec les chiens, voici la vaste prairie d\u2019alpage, sise \u00e0 plus de 1500 m\u00e8tres. Je croise deux jeunes gens qui ont gar\u00e9 leur voiture en contrebas, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e d\u2019un \u00e9troit chemin peu carrossable. On discute un peu, quand un autre bruit de moteur se fait entendre. Un 4\u00a0\u00d7\u00a04 d\u00e9boule \u00e0 son tour dans la prairie, et je m\u2019\u00e9tonne qu\u2019il ait r\u00e9ussi \u00e0 passer par ce chemin de montagne si escarp\u00e9, d\u00e9j\u00e0 obstru\u00e9 par la voiture de mes interlocuteurs. Je laisse l\u00e0 cette nouvelle assembl\u00e9e pour aller me reposer un peu sur un caillou et offrir un go\u00fbter fort m\u00e9rit\u00e9 aux chiens.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Minion Pro;\">Soudain, une voix forte se fait entendre. L\u2019homme qui sort du 4 x 4, dans lequel se tient son \u00e9pouse, est manifestement furieux et fait de grands gestes \u00e0 l\u2019attention des jeunes gens\u00a0: il a pris des risques pour grimper jusqu\u2019ici, empruntant le bas-c\u00f4t\u00e9, parce que leur voiture \u00e9tait gar\u00e9e en plein milieu du chemin. C\u2019est pas croyable de voir des jeunes aussi paresseux, moi je travaille, on ne se gare pas en plein milieu d\u2019un chemin pareil, il faut penser aux gens qui travaillent, etc, etc. C\u2019est \u00e0 l\u2019\u00e9vidence le paysan qui poss\u00e8de le troupeau p\u00e2turant, tranquille, un peu plus haut. Le jeune homme se d\u00e9fend comme il peut, puis contre-attaque \u2013 et l\u00e0 je tends l\u2019oreille\u00a0! \u2013\u00a0: d\u2019abord, le vieux, tout paysan qu\u2019il est, n\u2019est pas d\u2019ici, pas du village, alors que lui, le jeune homme, son grand-p\u00e8re y menait les vaches dans ce pr\u00e9, et que les aveyronnais, on les conna\u00eet, ils nous ont tout pris, ils ont pris la montagne, et ainsi de suite. J\u2019ai rien contre les cantalous, r\u00e9torque le plus \u00e2g\u00e9, et \u00e7a fait vingt-neuf ans que je travaille ici, t\u2019\u00e9tais m\u00eame pas n\u00e9 que j\u2019y conduisais d\u00e9j\u00e0 mes vaches, etc. Les argumentaires sont entrecoup\u00e9s d\u2019insultes en bonne et due forme, et bient\u00f4t, on en vient aux mains. C\u2019est un combat d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9, le paysan est assez \u00e2g\u00e9, le jeune homme plut\u00f4t costaud, les deux femmes commencent \u00e0 crier, le ton monte et \u00e7a s\u2019agrippe. Je quitte mon rocher, laissant les chiens \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, et fonce dans le tas en gueulant un bon coup (Chacun rentre chez soi et si vous avez des comptes \u00e0 r\u00e9gler, r\u00e9glez-les au village \u2013 mais pas ici, ici, c\u2019est la montagne, et j\u2019ai pour principe qu\u2019on ne se bat pas en montagne). Les deux bellig\u00e9rants obtemp\u00e8rent, n\u2019\u00e9tant manifestement pas si dispos\u00e9s que \u00e7a \u00e0 la bagarre. Le jeune couple regagne la for\u00eat et le couple plus \u00e2g\u00e9 monte dans l\u2019estive prendre soin du troupeau. Les principales concern\u00e9es dans l\u2019histoire, les vaches, n\u2019ont pas daign\u00e9 mugir une seule fois, et depuis leur poste d\u2019observation, je suppose qu\u2019elles portent un jugement non d\u00e9nu\u00e9 d\u2019ironie sur la sc\u00e8ne qui vient de se d\u00e9rouler sous leurs yeux. Capou, le petit Spitz, est rest\u00e9 \u00e0 l\u2019abri du rocher et Iris, ma ch\u00e8re \u00e9pagneule accourt vers les lieux du litige avec l\u2019air \u00e9tonn\u00e9 parce que j\u2019ai fait ma grosse voix \u2013 ce qui m\u2019arrive, mais rarement tout de m\u00eame. Apr\u00e8s cela, la montagne retrouve sa douceur et son calme habituel et nous allons, les cabots et moi, explorer les hauteurs de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la rivi\u00e8re (et de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du troupeau surtout, car en d\u00e9but de saison, quand les vaches ont leurs veaux, elles ne sont pas toujours commodes).<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Minion Pro;\">Plus tard, redescendu au village, je croise le restaurateur qui sort les poubelles \u2013 son restaurant est excellent, mais je ne peux en donner l\u2019adresse ici car il est pr\u00e9f\u00e9rable d\u2019anonymiser cette histoire, afin que nul, parmi mes lecteurs, ne puissent identifier les lieux et les protagonistes. Je m\u2019arr\u00eate pour le saluer et m\u2019empresse de lui raconter l\u2019esclandre de tout \u00e0 l\u2019heure. Cet homme est un fin observateur de la vie du village, il pourra m\u2019apprendre beaucoup sur les raisons de cette col\u00e8re. Et \u00e7a ne l\u2019\u00e9tonne gu\u00e8re\u00a0: Les gens du village n\u2019aiment pas les Aveyronnais. Na\u00efvement, je r\u00e9p\u00e8te ce que j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 entendu\u00a0: Parce qu\u2019ils rach\u00e8tent toutes les estives que les Cantalous n\u2019ont pas les moyens d\u2019acheter\u00a0?. C\u2019est plus compliqu\u00e9 que cela, me dit-il. La v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est qu\u2019autrefois, jusque dans les ann\u00e9es 60, les montagnes \u00e9taient pour ainsi dire abandonn\u00e9es \u2013 on avait cess\u00e9 d\u2019y mener les b\u00eates. Le prix des terres \u00e9tait peu \u00e9lev\u00e9, et des \u00e9leveurs de l\u2019Aubrac ont commenc\u00e9 \u00e0 acheter ou louer ces prairies d\u2019altitude qui n\u2019int\u00e9ressaient personne. Quasiment toute la montagne est devenue aveyronnaise. Mais aujourd\u2019hui, les plus jeunes, encourag\u00e9s en secret par les vieux du village, voudraient r\u00e9cup\u00e9rer ces r\u00e9serves d\u2019herbage si pris\u00e9es (\u00e0 l\u2019heure o\u00f9 des primes sont accord\u00e9es pour l\u2019entretien des prairies). La mairie a m\u00eame essay\u00e9 de d\u00e9noncer les contrats d\u2019exploitation poss\u00e9d\u00e9s par leurs voisins sudistes, mais la justice ne l\u2019a pas entendu de cette oreille. Bref\u00a0: les ranc\u0153urs sont tenaces, l\u2019ambiance est tendue au village, ce qui est dommage, ajoute mon restaurateur, parce que les aveyronnais sont des clients sympathiques, avec lesquels on n\u2019a jamais eu de probl\u00e8me. Certes, ils ne font que passer, mais tout bien consid\u00e9r\u00e9, les plus jeunes ayant tendance \u00e0 snober les caf\u00e9s et les lieux de convivialit\u00e9 du village, on croise ces derniers moins souvent que les aveyronnais. De retour chez moi, je m\u2019empresse d\u2019aller \u00e0 la recherche d\u2019informations suppl\u00e9mentaires. Je tombe sur l\u2019ouvrage d\u2019un professeur de l\u2019Universit\u00e9 de Clermont-Ferrand, \u00c9ric Bordessoul<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote28sym\" name=\"sdfootnote28anc\"><sup>28<\/sup><\/a>, dans lequel je trouve ce passage qui confirme le r\u00e9cit du restaurateur\u00a0: De 1965 \u00e0 1972 (ces montagnes du Cantal) se n\u00e9gocient \u00e0 bas prix, entre mille et deux mille francs l\u2019hectare, soient dix fois moins que dans l\u2019Aubrac. Avec l\u2019appui du Cr\u00e9dit Agricole local, qui propose des pr\u00eats plus avantageux que son homologue cantalien, les aveyronnais vont effectivement faire main basse sur ces montagnes \u2013 ils ont eu le nez fin, peut-on dire r\u00e9trospectivement, car d\u00e9sormais leur valeur est infiniment plus \u00e9lev\u00e9e qu\u2019elle ne l\u2019\u00e9tait alors. Les acquisitions de nos voisins n\u2019ont pas cess\u00e9 depuis, et on doit bien constater que les transhumances des troupeaux venus des d\u00e9partements limitrophes (transhumances qui se font bien entendu par camions) constituent le gros des mont\u00e9es aux estives dans le d\u00e9partement. Le nombre de vaches par exploitation en Aveyron, si on excepte les \u00e9levages bio (plus modestes), est en moyenne bien sup\u00e9rieur \u00e0 celui des \u00e9leveurs cantaliens. On trouve m\u00eame, m\u2019a expliqu\u00e9 avec admiration un jeune homme qui travaille en Aubrac pour plusieurs exploitants, des fermes d\u2019environ mille vaches. On peut deviner d\u2019o\u00f9 vient le ressentiment d\u2019une partie des jeunes paysans cantaliens.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Minion Pro;\">La lutte pour les terres exploitables est devenue un enjeu majeur. Et l\u00e0 il n\u2019est plus seulement question de voisinage plus ou moins bien intentionn\u00e9. La revue <i>Reporterre<\/i> titrait il y a quelques jours\u00a0: Des Chinois ach\u00e8tent en France des centaines d\u2019hectares de terres agricoles. De fait, l\u2019accaparement des terres, pas forc\u00e9ment d\u2019ailleurs \u00e0 des fins agricoles, constitue une des menaces qui p\u00e8sent sur nos territoires\u00a0: il suffit d\u2019observer la situation dans plusieurs pays d\u2019Afrique, o\u00f9 les terres sont c\u00e9d\u00e9es \u00e0 bas prix, ou bien \u00e0 des \u00c9tats \u00e9trangers, ou \u00e0 des multinationales, ou bien encore \u00e0 des fonds sp\u00e9culatifs <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote29sym\" name=\"sdfootnote29anc\"><sup>29<\/sup><\/a>. En Europe de l\u2019Est, le processus d\u2019accaparement des terres a commenc\u00e9 depuis longtemps \u2013 je me souviens avoir discut\u00e9 dans les ann\u00e9es 90 avec un jeune agriculteur c\u00e9r\u00e9alier de mon village du Poitou qui me montrait avec fiert\u00e9 comment il g\u00e9rait, gr\u00e2ce \u00e0 son ordinateur, des terres qu\u2019il avait acquises en Roumanie. L\u2019Europe de l\u2019Ouest n\u2019\u00e9chappe plus \u00e0 ce processus de sp\u00e9culation sur les terres, et viendra un jour o\u00f9 notre conflit interd\u00e9partemental suscitera presque de la nostalgie compar\u00e9 aux batailles \u00e0 venir.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Minion Pro;\">Le pr\u00e9sident de la Chambre d\u2019Agriculture de l\u2019Indre commente ainsi le rachat de 1700 hectares de terre dans sa r\u00e9gion\u00a0:<\/span><\/p>\n<blockquote><p>C\u2019est probablement un investissement, ce qui a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 fait depuis des ann\u00e9es par d\u2019autres \u00e9trangers, comme les Hollandais, les Danois ou les Allemands. En g\u00e9n\u00e9ral ils ach\u00e8tent des terres agricoles plus cher que le prix du march\u00e9, ce qui fait monter ensuite les prix. Ils exploitent un peu, mais pas toujours tr\u00e8s bien, puis revendent, avec une plus-value. Je pense que c\u2019est une sorte de placement pour des actionnaires, comme on le fait avec l\u2019or\u00a0: l\u2019Europe est protectrice avec sa PAC (Politique agricole commune) et dans le contexte de la mondialisation, c\u2019est rassurant d\u2019investir dans le domaine agricole, dans un pays comme la France. En fin de compte, ce sont peut-\u00eatre avant tout des op\u00e9rations de placements sp\u00e9culatifs de fonds chinois<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote30sym\" name=\"sdfootnote30anc\"><sup>30<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Minion Pro;\">Les terres constituent une nouvelle manne pour les sp\u00e9culateurs, et le mouvement prend des proportions extraordinaires. L\u2019ONG Grain, et le site web <i>farmlandgrab.org<\/i>, chiffrent \u00e0 491 les projets d\u2019accaparements de terres \u00e0 grande \u00e9chelle engag\u00e9s au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie. Ces transactions portent sur plus de 30 millions d\u2019hectares dans 78 pays.<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote31sym\" name=\"sdfootnote31anc\"><sup>31<\/sup><\/a> Soit la surface d\u2019un pays vaste comme la Finlande\u00a0!<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Minion Pro;\">En France, Emmanuel Hyest, le pr\u00e9sident de la Fnsafer<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote32sym\" name=\"sdfootnote32anc\"><sup>32<\/sup><\/a> sonne l\u2019alarme\u00a0:<\/span><\/p>\n<blockquote><p>La loi a malheureusement laiss\u00e9 une faille ouverte dans le contr\u00f4le du foncier. La loi permet aux Safer d\u2019intervenir uniquement sur les op\u00e9rations de transfert de 100\u00a0% des parts de soci\u00e9t\u00e9s. Or, je peux d\u00e9j\u00e0 le dire, nous savons d\u00e9j\u00e0 que des transferts de parts de soci\u00e9t\u00e9s, \u00e0 hauteur de 99\u00a0%, s\u2019op\u00e8rent d\u00e9j\u00e0 pour contourner les r\u00e8gles de la loi d\u2019avenir. Depuis quatre ans environ, de plus en plus d\u2019hectares partent dans les mains de soci\u00e9t\u00e9s. Parmi elles, il y a tr\u00e8s certainement des fonds financiers et notamment des fonds \u00e9trangers. C\u2019est un vrai d\u00e9but d\u2019accaparement d\u2019un certain nombre d\u2019exploitations par un nombre tr\u00e8s r\u00e9duit d\u2019intervenants. Ce qui est grave, c\u2019est qu\u2019on ne conna\u00eet rien de l\u2019identit\u00e9 des dirigeants. Il y a une d\u00e9rive compl\u00e8te au principe de transparence. La gestion du foncier doit rester transparente alors qu\u2019elle est en train de devenir opaque.<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote33sym\" name=\"sdfootnote33anc\"><sup>33<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Minion Pro;\">Demain, il se pourrait que les terres agricoles soient aux mains de soci\u00e9t\u00e9s financi\u00e8res qui se contentent d\u2019employer des ouvriers du cru, ou, pourquoi pas, de pays tiers. Le ph\u00e9nom\u00e8ne est d\u00e9j\u00e0 patent en ce qui concerne la viticulture et les cultures c\u00e9r\u00e9ali\u00e8res, mais on s\u2019attend \u00e0 ce qu\u2019il touche \u00e9galement l\u2019\u00e9levage. Ironie de l\u2019histoire\u00a0: la modernisation de l\u2019agriculture cens\u00e9e garantir \u00e0 la France son autonomie alimentaire aboutirait <i>in fine<\/i>, un demi-si\u00e8cle plus tard, \u00e0 la disparition des exploitants nationaux. La lib\u00e9ralisation du march\u00e9 agricole, et l\u2019incitation faite aux paysans de s\u2019adapter encore et toujours aux r\u00e8gles du jeu capitaliste, apr\u00e8s avoir ruin\u00e9 la culture rurale et fait chuter le nombre d\u2019exploitants de mani\u00e8re drastique, pourrait bien aboutir \u00e0 sa disparition pure et simple.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Minion Pro;\">On pourrait alors s\u2019attendre \u00e0 ce que, dans ce contexte \u00f4 combien dramatique, les agriculteurs, menac\u00e9s de toutes parts, se serrent les coudes \u00e0 nouveau et s\u2019emploient \u00e0 r\u00e9tablir des liens de solidarit\u00e9, voire entrent explicitement en r\u00e9sistance contre ce syst\u00e8me qui les a non seulement bern\u00e9s mais vise \u00e0 leur perte. De fait, ces m\u00e9canismes de solidarit\u00e9 existent, et, surtout dans les milieux agricoles alternatifs, de v\u00e9ritables r\u00e9seaux d\u2019entraide se sont constitu\u00e9s. Malheureusement, on ne peut pas dire que tous les exploitants voient les choses sous cet angle-l\u00e0.<\/span><\/p>\n<h3 class=\"western\">Portrait de l\u2019agriculteur en entrepreneur<\/h3>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Minion Pro;\">\u00c0 Riom-es-Montagnes, une association qui soutient les paysans en d\u00e9tresse organise la projection du documentaire d\u2019\u00c9douard Bergeon, <i>Les fils de la terre.<\/i> La salle est comble et dans le public on compte une majorit\u00e9 d\u2019agriculteurs. Le film est terrible, \u00e9voque le suicide du p\u00e8re de l\u2019auteur par ingestion de pesticides, et suit les traces d\u2019un jeune \u00e9leveur en proie aux doutes. Quelques larmes glissent sur les joues de certains spectateurs. Je n\u2019en m\u00e8ne pas large non plus. Une discussion s\u2019ensuit\u00a0: quelques \u00e9colos-gauchistes (dont je fais partie, cela va sans dire) ass\u00e8nent une critique en r\u00e8gle du syst\u00e8me agricole moderne, laquelle contraint les exploitants \u00e0 se plier \u00e0 des r\u00e8gles dict\u00e9es par l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9 la plus sauvage, les r\u00e9duit \u00e0 la d\u00e9pendance la plus extr\u00eame vis-\u00e0-vis de la grande distribution et des pouvoirs publics, les conduit \u00e0 la mis\u00e8re et parfois, saisis par une honte atroce, \u00e0 mettre fin \u00e0 leurs jours \u2013 un instant, on croirait assister \u00e0 une r\u00e9union de la Conf\u00e9d\u00e9ration Paysanne. La r\u00e9action ne se fait pas attendre\u00a0: un exploitant, jeune et fort et bien mis, se l\u00e8ve et, serrant le poing pour contenir sa col\u00e8re, se lance dans une d\u00e9fense du syst\u00e8me, non sans lyrisme \u2013 on bascule d\u2019un coup d\u2019un seul dans un autre monde, un meeting du syndicat majoritaire comme on dit ici pour parler de la FNSEA (syndicat pas si majoritaire que \u00e7a, mais qui, de fait et par tradition, accapare le pouvoir dans les institutions agricoles)\u00a0: On en a marre, d\u00e9clare-t-il en substance, de ces discours mis\u00e9rabilistes qui donnent une image d\u00e9sastreuse et mensong\u00e8re de la profession. Nous, fait-il en d\u00e9signant une partie de l\u2019assembl\u00e9e qui semble lui \u00eatre acquise, nous sommes fiers d\u2019\u00eatre agriculteurs, et nous n\u2019avons pas honte de r\u00e9ussir. Il faut le dire\u00a0!, ass\u00e8ne-t-il avec toute la vigueur d\u2019un homme qui sait (lui) ce que travailler signifie (contrairement \u00e0 d\u2019autres, etc.), la r\u00e9ussite passe par le travail, et c\u2019est bien le probl\u00e8me de certains\u00a0: ils ne travaillent pas assez, ils ne sont pas faits pour ce m\u00e9tier\u00a0! \u2013 j\u2019entends parfaitement l\u2019\u00e9cho de cette vulgate manag\u00e9riale qui consid\u00e8re que la d\u00e9pression qui s\u2019abat sur le salari\u00e9 \u00e0 son travail n\u2019est en rien li\u00e9e \u00e0 la brutalit\u00e9 de l\u2019organisation des entreprises, mais \u00e0 un d\u00e9faut d\u2019adaptation, une faiblesse de la volont\u00e9, et, probablement, un manque de conviction <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote34sym\" name=\"sdfootnote34anc\"><sup>34<\/sup><\/a>. J\u2019entends aussi r\u00e9sonner cette accusation de fain\u00e9antise qui plane comme un soup\u00e7on sur tout un chacun, et constitue le crit\u00e8re ultime de la moralit\u00e9\u00a0: ce soup\u00e7on plombe nos campagnes, \u00e9puise les solidarit\u00e9s, et r\u00e9jouit les dirigeants des grandes entreprises, car apr\u00e8s tout, il y a de quoi se r\u00e9jouir quand on entend les exploit\u00e9s montrer autant de z\u00e8le \u00e0 d\u00e9fendre le syst\u00e8me qui les exploite. Et j\u2019entends surtout le lourd silence des morts\u00a0: un suicide tous les deux jours chez les agriculteurs conc\u00e8de d\u00e9sormais la Mutualit\u00e9 Sociale Agricole, apr\u00e8s s\u2019\u00eatre montr\u00e9e durant des ann\u00e9es fort discr\u00e8tes \u00e0 ce sujet, et le silence des empoisonn\u00e9s, intoxiqu\u00e9s par les produits phytosanitaires. Bref, n\u2019y tenant plus, ma neutralit\u00e9 d\u2019anthropologue amateur trouvant ici comme ailleurs assez rapidement sa limite, je quitte la salle au plus vite. Sur le parking, je croise un n\u00e9gociant de mat\u00e9riel agricole qui s\u2019est \u00e9clips\u00e9 pour les m\u00eames raisons que moi, et nous discutons dans la fra\u00eecheur du soir\u00a0: il conna\u00eet \u00e0 peu pr\u00e8s toute l\u2019assembl\u00e9e r\u00e9unie dans la salle de cin\u00e9ma, et m\u2019apprend qu\u2019ici, en C\u00e9zallier et dans l\u2019Artense, il y a des durs, qu\u2019un voisin y est souvent d\u2019abord consid\u00e9r\u00e9 comme un concurrent, on lorgne sur ses terres, on ira jusqu\u2019\u00e0 se r\u00e9jouir de sa faillite plut\u00f4t que de le plaindre, bref, ces r\u00e9actions ne l\u2019\u00e9tonnent pas, car ils sont les rois ici, et, constatant sans doute mon \u00e9tat g\u00e9n\u00e9ral de f\u00e9brilit\u00e9, il ajoute\u00a0: Rentre chez toi, ne va pas t\u2019y frotter.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Minion Pro;\">Si la r\u00e9action de cet exploitant devant le suicide et la souffrance de ses pairs choque par son amoralit\u00e9, elle ne devrait pas nous surprendre tant que \u00e7a. D\u2019abord parce qu\u2019elle exprime en clair si je puis dire, une logique implicite \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans le management de bien des grandes entreprises actuellement. Et secondement dans la mesure o\u00f9 cet exploitant incarne jusqu\u2019\u00e0 la caricature cette figure de l\u2019agriculteur converti \u00e0 l\u2019entrepreneuriat, qui r\u00e9cite le <i>mantra<\/i> bien connu de la vulgate ultralib\u00e9rale\u00a0: dans un monde livr\u00e9 \u00e0 la concurrence sans limite, seuls les meilleurs, les plus talentueux et les plus travailleurs, seront r\u00e9compens\u00e9s \u2013 l\u2019homme est un loup pour l\u2019homme, la seule loi l\u00e9gitime est celle qu\u2019exerce le plus fort, et il n\u2019y aura pas de place pour tout le monde. L\u2019agriculteur qui d\u00e9faille, comme l\u2019agent des Postes qui fait un <i>burn out<\/i>, le jeune m\u00e9decin des urgences qui craque ou le cadre sup\u00e9rieur qui sombre dans la toxicomanie, tous sont responsables de leur sort\u00a0: leur volont\u00e9 est en d\u00e9faut, en s\u2019effondrant, ils prouvent leur faiblesse, leur sensibilit\u00e9 les handicape, les traits dysfonctionnels de leur caract\u00e8re ne leur permettent pas de s\u2019adapter au rythme et aux objectifs du travail, bref, ils doivent aller de toute urgence consulter un psy (plut\u00f4t qu\u2019un responsable syndical). L\u2019organisation du travail, la pression des objectifs, l\u2019absurdit\u00e9 des injonctions, la violence des rapports professionnels, et, dans le cas des agriculteurs, la pr\u00e9carit\u00e9 de l\u2019activit\u00e9, ne peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme des motifs s\u00e9rieux de la d\u00e9tresse \u00e9prouv\u00e9e par le travailleur devenu malade. La critique de l\u2019organisation du travail s\u2019est effac\u00e9e devant la psychologisation du \u00ab\u00a0mal-\u00eatre au travail. C\u2019est le monde dans lequel nous vivons d\u00e9sormais, un monde dont la violence s\u2019exerce la plupart du temps dans la plus grande discr\u00e9tion, dans les cabinets des responsables des ressources humaines, ou, chez les paysans, dans les granges ou au fond du pr\u00e9.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Minion Pro;\">Il ne faut cependant pas g\u00e9n\u00e9raliser \u00e0 partir de cet \u00e9pisode. L\u2019immense majorit\u00e9 des agriculteurs que je connais, quel que soit le syndicat auquel ils sont affili\u00e9s <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote35sym\" name=\"sdfootnote35anc\"><sup>35<\/sup><\/a>, sont sinc\u00e8rement affect\u00e9s quand parvient la nouvelle du suicide d\u2019un de leurs pairs. Certes, la mise en concurrence pour l\u2019acquisition des terres a produit des histoires tiss\u00e9es parfois d\u2019inimiti\u00e9 entre certains voisins, mais, la situation se d\u00e9gradant pour tous, la d\u00e9tresse manifeste des uns ne r\u00e9jouit certainement pas les autres. On sait bien, quelles que soient les in\u00e9galit\u00e9s entre exploitants, que c\u2019est l\u2019ensemble de l\u2019activit\u00e9 d\u2019\u00e9levage qui se voit menac\u00e9e et que les modalit\u00e9s de son organisation affectent directement la sant\u00e9 de ses acteurs.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Minion Pro;\">\u00c0 Chaudes-Aigues, un autre documentaire<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote36sym\" name=\"sdfootnote36anc\"><sup>36<\/sup><\/a> consacr\u00e9 \u00e0 la transmission d\u2019une ferme aux fronti\u00e8res du Cantal, fait \u00e9galement l\u2019objet d\u2019un d\u00e9bat \u2013 moins virulent toutefois. \u00c0 la fin de la projection, un jeune \u00e9leveur prend la parole pour regretter l\u2019image que donne le film de l\u2019agriculture\u00a0: Vous montrez une ferme \u00e0 l\u2019ancienne, mal entretenue, environn\u00e9e de boue, avec des \u00e9tables sombres et sales, des fermes d\u2019avant la modernisation. Et il n\u2019a pas tort\u00a0: aujourd\u2019hui, la grande majorit\u00e9 des \u00e9tables, m\u00eame les plus modestes, sont tir\u00e9es \u00e0 quatre \u00e9pingles, autant qu\u2019elles puissent l\u2019\u00eatre quand les animaux y passent une partie de l\u2019hiver, les abords des b\u00e2timents sont soumis \u00e0 des r\u00e9glementations strictes notamment concernant l\u2019hygi\u00e8ne, et bien des t\u00e2ches quotidiennes sont m\u00e9canis\u00e9es, voire, pour les plus exploitants les plus fortun\u00e9s, robotis\u00e9es. C\u2019est un argument souvent entendu\u00a0: la modernisation a sans conteste permis de diminuer la p\u00e9nibilit\u00e9 du travail, et d\u2019am\u00e9liorer le confort g\u00e9n\u00e9ral aussi bien des animaux que des hommes. Mais, dans le m\u00eame temps, la m\u00e9canisation croissante, et bient\u00f4t l\u2019automatisation, ont contribu\u00e9 \u00e0 transformer le paysan d\u2019autrefois en agriculteur entrepreneur. Il a d\u00e9sormais les moyens techniques, sinon psychiques, de r\u00e9agir quasi imm\u00e9diatement aux modifications du march\u00e9, d\u2019accro\u00eetre la vitesse d\u2019ex\u00e9cution des t\u00e2ches, de r\u00e9pondre aux exigences des entreprises dont il d\u00e9pend, en terme de quantit\u00e9 et de qualit\u00e9. Ces possibilit\u00e9s nouvelles offertes par la technique deviennent autant d\u2019imp\u00e9ratifs qui rel\u00e8vent de sa responsabilit\u00e9 individuelle\u00a0: il n\u2019a plus d\u2019excuse, pour ainsi dire, s\u2019il \u00e9choue dans la r\u00e9alisation des objectifs qu\u2019il s\u2019est fix\u00e9 (ou qu\u2019on a fix\u00e9 pour lui) et, comme tous les autres travailleurs du monde contemporain, l\u2019exigence de performance constitue l\u2019horizon unique et ind\u00e9passable de son activit\u00e9. Les valeurs paysannes d\u2019autrefois, la patience, l\u2019amour du travail bien-fait, et surtout cette forme de sagesse dans la gestion du temps sp\u00e9cifique de celui qui travaillait avant tout avec la nature, tout cela para\u00eet d\u00e9sormais d\u00e9pass\u00e9 au profit d\u2019un autre jeu de valeurs, la vitesse, l\u2019opportunisme, la recherche du profit, la prise de risque. Ce n\u2019est plus en partenariat avec la nature que le paysan tisse la temporalit\u00e9 propre \u00e0 son art, mais en suivant le rythme \u00e9touffant et saccad\u00e9 et les scansions impr\u00e9visibles impos\u00e9s par l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9 et la bureaucratie.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Minion Pro;\">Cette adh\u00e9sion somme toute relative des agriculteurs au <i>credo<\/i> lib\u00e9ral-productiviste a toutefois de quoi surprendre. Tant de promesses en effet ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9\u00e7ues\u00a0: si la production a augment\u00e9 de mani\u00e8re spectaculaire, la valeur r\u00e9elle de ces productions n\u2019a cess\u00e9 de baisser au gr\u00e9 de la fluctuation des prix du march\u00e9 et de l\u2019augmentation des co\u00fbts de production. Le revenu net par exploitation continue de stagner voire diminue malgr\u00e9 les compensations financi\u00e8res accord\u00e9es dans le cadre des politiques agricoles. Comme le nombre de personnes qui tirent un salaire de l\u2019activit\u00e9 a lui aussi diminu\u00e9 (la plupart du temps, une seule personne est suppos\u00e9e travailler \u00e0 la ferme, en l\u2019occurrence, l\u2019exploitant lui-m\u00eame), le revenu par actif a eu tendance \u00e0 l\u00e9g\u00e8rement augmenter. On est toutefois tr\u00e8s loin des espoirs qu\u2019avait suscit\u00e9s la r\u00e9volution verte. Du coup, cette politique cens\u00e9e compenser la baisse des prix aboutit \u00e0 la situation que l\u2019on conna\u00eet\u00a0: la part des subventions dans le revenu peut monter dans certains cas et certaines ann\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 80\u00a0%.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Minion Pro;\">Un des facteurs qui, selon moi, conduit encore une majorit\u00e9 d\u2019exploitants \u00e0 suivre, avec plus ou moins d\u2019esprit critique, le credo lib\u00e9ral <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote37sym\" name=\"sdfootnote37anc\"><sup>37<\/sup><\/a>, c\u2019est l\u2019impr\u00e9gnation id\u00e9ologique exerc\u00e9e sur les esprits par la figure de l\u2019entrepreneur. Cette figure a accompagn\u00e9, comme un <i>leitmotiv<\/i> latent, la r\u00e9volution verte, et a redonn\u00e9 une forme de noblesse et de fiert\u00e9 aux habitants des campagnes, stigmatis\u00e9s par la culture contemporaine \u2013 on l\u2019a sans doute oubli\u00e9, mais il n\u2019\u00e9tait pas rare qu\u2019en plein essor urbain et industriel, il y a quelques d\u00e9cennies, les paysans soient consid\u00e9r\u00e9s comme des arri\u00e9r\u00e9s. Le paysan devenu entrepreneur a pu reprendre place en tant que sujet \u00e9conomique<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote38sym\" name=\"sdfootnote38anc\"><sup>38<\/sup><\/a> dans le monde contemporain. On pourrait dire des agriculteurs ce que Pierre-Michel Menger a \u00e9crit \u00e0 propos des artistes \u00e0 la fin des ann\u00e9es 90\u00a0: Loin des repr\u00e9sentations romantiques, contestataires ou subversives de l\u2019artiste, il faudrait d\u00e9sormais regarder le cr\u00e9ateur comme une figure exemplaire du nouveau travailleur.<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote39sym\" name=\"sdfootnote39anc\"><sup>39<\/sup><\/a> L\u2019agriculteur, \u0153uvrant seul sur son exploitation <i>high tech<\/i>, a pr\u00e9figur\u00e9 en quelque sorte l\u2019av\u00e8nement du travailleur comme auto-entrepreneur (de soi-m\u00eame). Livr\u00e9 \u00e0 une concurrence d\u00e9sormais mondiale, il combattrait avec ses propres comp\u00e9tences, ses capacit\u00e9s d\u2019adaptation aux nouvelles technologies, son intuition entrepreneuriale, sa facult\u00e9 d\u2019anticipation, dans un march\u00e9 totalement lib\u00e9r\u00e9.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Minion Pro;\">Mais cette repr\u00e9sentation de l\u2019agriculteur cens\u00e9 se tenir \u00e0 l\u2019avant-garde des formes contemporaines du travail <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote40sym\" name=\"sdfootnote40anc\"><sup>40<\/sup><\/a> a fait long feu. Elle n\u2019est qu\u2019un mythe, une repr\u00e9sentation symbolique qu\u2019invoquent de temps en temps les responsables du syndicat majoritaire ou les repr\u00e9sentants politiques d\u00e9sireux de s\u2019attirer les bonnes gr\u00e2ces dudit syndicat. Certes, il s\u2019en trouve quelques-uns qui r\u00e9ussissent, et dont on vantera \u00e0 l\u2019occasion le m\u00e9rite, en les comparant \u00e0 tel ou tel capitaine d\u2019industrie consid\u00e9r\u00e9 comme un h\u00e9ros par les instances patronales, mais, pour bon nombre de paysans, le costume s\u2019est av\u00e9r\u00e9 mal adapt\u00e9 \u00e0 leur caract\u00e8re, \u00e0 leur psychologie et, tout bonnement, \u00e0 leur mani\u00e8re de voir le monde et le travail lui-m\u00eame. Et, bien entendu, la mise en concurrence soudaine de millions de petits paysans engag\u00e9s dans une course au profit ne pouvait qu\u2019aboutir \u00e0 la disparition de ceux qui ne poss\u00e9daient pas cette culture de la comp\u00e9tition. Le malaise des exploitants, s\u2019il ne date pas d\u2019aujourd\u2019hui, prend des proportions extraordinaires\u00a0: plus de 30\u00a0% des exploitants ont d\u00e9clar\u00e9 des revenus inf\u00e9rieurs \u00e0 350\u00a0euros par mois en 2015, et on s\u2019attend \u00e0 ce que 60\u00a0% des agriculteurs passent sous ce seuil en 2016. La r\u00e9volution verte a surtout eu comme effet de laisser sur le carreau des millions de paysans \u00e0 travers le monde, et de condamner bon nombre de ceux qui ont surv\u00e9cu \u00e0 la mis\u00e8re et au surendettement, et, plus souvent encore, au d\u00e9go\u00fbt et au d\u00e9couragement. Ce qui est vrai de bien des travailleurs soumis aux pressions id\u00e9ologiques qu\u2019a fort bien d\u00e9crites un auteur comme Alain Ehrenberg <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote41sym\" name=\"sdfootnote41anc\"><sup>41<\/sup><\/a>, l\u2019est a <i>fortiori<\/i> de l\u2019immense majorit\u00e9 des exploitants agricoles, dont la vocation initiale les pr\u00e9disposait \u00e0 l\u2019acceptation d\u2019une certaine solitude au sein d\u2019un environnement naturel, la fameuse vie au grand air qui faisait la fiert\u00e9 des paysans d\u2019autrefois, plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 adopter l\u2019existence d\u2019un comptable devant rendre des comptes \u00e0 la bureaucratie dans un grand march\u00e9 mondialis\u00e9. \u00c9coutez les motivations des jeunes en formation dans les \u00e9coles d\u2019agriculture, notamment en BTS\u00a0: m\u00eame si la moiti\u00e9 des cours sont consacr\u00e9s \u00e0 la compr\u00e9hension des m\u00e9canismes \u00e9conomiques et des r\u00e9glementations de la PAC, leur vocation demeure largement inspir\u00e9e par l\u2019exp\u00e9rience de cette vie au grand air, et, dans le cas des \u00e9leveurs, par une v\u00e9ritable passion envers les animaux. Je doute fort qu\u2019on y croise beaucoup de <i>businessmen<\/i> dans l\u2019\u00e2me.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Minion Pro;\">L\u2019argumentaire de la FNSEA et des gouvernements qui ont initi\u00e9 et accompagn\u00e9 cette modernisation de l\u2019agriculture dont on ne peut plus ignorer les effets ravageurs, s\u2019efforce malgr\u00e9 tout de persuader nombre de paysans qu\u2019il n\u2019est pas d\u2019autre choix que de poursuivre dans cette voie. Si bien qu\u2019on se contente de lutter pour sauver ce qui peut l\u2019\u00eatre dans un contexte de d\u00e9sastre annonc\u00e9, manifestant pour perdre un peu moins et limiter la casse. La strat\u00e9gie de la FNSEA n\u2019a gu\u00e8re chang\u00e9\u00a0: elle instrumentalise la d\u00e9tresse des petits exploitants en les embauchant pour d\u00e9fendre les int\u00e9r\u00eats de ceux-l\u00e0 m\u00eames qui les exploitent, les fili\u00e8res agro-industrielles<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote42sym\" name=\"sdfootnote42anc\"><sup>42<\/sup><\/a>.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Minion Pro;\">D\u00e8s qu\u2019une objection se fait entendre, on d\u00e9gaine l\u2019imp\u00e9ratif et le devoir d\u2019assurer l\u2019alimentation des populations. 8 milliards de bouches \u00e0 nourrir, dit-on, comme si le monde ne pouvait se passer de l\u2019\u00e9leveur du Cantal ou du c\u00e9r\u00e9alier de la Beauce. Cette rengaine date de l\u2019\u00e9poque o\u00f9, effectivement, l\u2019Europe cherchait \u00e0 assurer son autonomie alimentaire, entreprise couronn\u00e9e de succ\u00e8s au point que d\u00e8s la fin des ann\u00e9es 70 le march\u00e9 europ\u00e9en se r\u00e9v\u00e9lait en situation de surproduction. Lanc\u00e9e dans le grand bain de la concurrence mondialis\u00e9e, l\u2019agriculture fran\u00e7aise n\u2019a cess\u00e9 de se trouver confront\u00e9e \u00e0 de nouveaux acteurs, notamment les producteurs nord-am\u00e9ricains et australiens, mais \u00e9galement aujourd\u2019hui, sud-am\u00e9ricains, notamment pour l\u2019\u00e9levage. Les parts de march\u00e9 qu\u2019elle accapare dans le commerce mondial diminuent d\u00e9sormais r\u00e9guli\u00e8rement, la vigne \u00e9tant l\u2019arbuste qui cache la for\u00eat. Ce devoir ou cette mission qui consisterait \u00e0 assurer l\u2019alimentation de 8 milliards d\u2019habitants repose sur une version volontairement trop simpliste de la situation\u00a0: pr\u00e8s d\u2019un milliard de personnes dans le monde souffre de malnutrition alors m\u00eame que la production agricole mondiale demeure largement exc\u00e9dentaire. La persistance de la faim dans le monde s\u2019explique par de multiples facteurs directement issus de l\u2019organisation de l\u2019\u00e9conomie agricole mondialis\u00e9e\u00a0: bien souvent, les stocks de nourriture existent, mais les populations n\u2019y ont pas acc\u00e8s, par manque de ressources. Et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment parce que ces populations, majoritairement rurales, ont \u00e9t\u00e9 contraintes de renoncer \u00e0 un mode d\u2019agriculture vivri\u00e8re, et de se plier au diktat de l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9, en se convertissant \u00e0 la monoculture, en achetant semences, engrais et pesticides aupr\u00e8s des compagnies \u00e9trang\u00e8res, qu\u2019elles sont d\u00e9sormais incapables d\u2019assurer leur subsistance de mani\u00e8re autonome\u00a0: il leur faut acheter ce qu\u2019elles produisaient auparavant. L\u2019industrialisation et l\u2019agriculture de firme sur lesquelles se fonde le syst\u00e8me agricole aux quatre coins de la plan\u00e8te, loin d\u2019assurer des revenus suffisants aux populations locales, ne garantissent m\u00eame pas leur s\u00e9curit\u00e9 alimentaire. Si l\u2019on voulait r\u00e9ellement vaincre la faim, il faudrait au contraire s\u2019engager \u00e0 redonner une autonomie alimentaire aux r\u00e9gions du monde qui d\u00e9pendent uniquement de l\u2019importation, et restaurer la petite production locale qu\u2019on a bris\u00e9e. Mieux encore, et j\u2019en reparlerai dans ma derni\u00e8re partie, cette restauration de l\u2019agriculture vivri\u00e8re et des petites producteurs locaux dans les pays du sud devrait \u00e9galement servir de mod\u00e8le pour le d\u00e9veloppement et l\u2019avenir de nos territoires hyper-ruraux.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Minion Pro;\">Les adh\u00e9rents de la FNSEA d\u00e9fendent malgr\u00e9 tout, au nom du r\u00e9alisme, leur mod\u00e8le contre les alternatives propos\u00e9es par les syndicats concurrents. Sur un forum d\u2019agriculteurs, on se moquait l\u2019autre jour d\u2019une jeune \u00e9leveuse dont la Conf\u00e9d\u00e9ration Paysanne avait recueilli le t\u00e9moignage\u00a0:<\/span><\/p>\n<blockquote><p>Isabelle, \u00e9leveuse avec 25 vaches laiti\u00e8res sur 32\u00a0ha est install\u00e9e avec son conjoint depuis neuf ans dans le Morbihan\u00a0: Je ne comprends pas cette fuite en avant. Certaines exploitations laiti\u00e8res avec 500\u00a0000 litres pour un couple se trouvent en grandes difficult\u00e9s. Elles peuvent \u00eatre d\u2019origines diverses\u00a0: trop de contraintes\u00a0: trop de surcharge physique, trop d\u2019engagements financiers\u2026 Ces difficult\u00e9s sont g\u00e9n\u00e9ralement li\u00e9es \u00e0 un manque d\u2019autonomie d\u00e9cisionnelle et entra\u00eenent souvent des difficult\u00e9s financi\u00e8res, un ras-le-bol des vaches laiti\u00e8res, une d\u00e9gradation morale et sociale, alors que le potentiel de ces fermes permettrait \u00e0 plusieurs couples de bien vivre. Nos voisins agriculteurs croulent sous le boulot mais veulent encore s\u2019agrandir, je n\u2019y comprends rien. Avec 120\u00a0000 litres de lait produit, nous vivons BIEN sur notre ferme sans transformation et sans volont\u00e9 d\u2019agrandissement. Notre secret, c\u2019est la simplicit\u00e9 et le p\u00e2turage.<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote43sym\" name=\"sdfootnote43anc\"><sup>43<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Minion Pro;\"><span lang=\"fr-FR\">Les commentaires des internautes vont de la moquerie \u00e0 l\u2019indignation\u00a0: comment laisser croire qu\u2019on peu<\/span><span lang=\"fr-FR\">t<\/span><span lang=\"fr-FR\"> s\u2019en sortir avec 32 hectares et 25 vaches\u00a0? C\u2019est le retour \u00e0 la pr\u00e9histoire\u00a0! Les faits pourtant sont tenaces, et les exemples se multiplient ici et l\u00e0, de petites fermes en polyculture, souvent en bio, qui vivent manifestement fort bien en se tenant en dessous des crit\u00e8res donnant droit \u00e0 la PAC, et se contentent de vendre leurs productions dans les circuits locaux, voire de bouche-\u00e0-oreille. Deux agriculteurs de ma commune se sont convertis \u00e0 l\u2019agriculture biologique cette ann\u00e9e, et quand j\u2019\u00e9voque l\u2019exemple de ces petites exploitations relativement autonomes, on ne se moque plus d\u00e9sormais. Je ne serais pas \u00e9tonn\u00e9 que les mentalit\u00e9s, comme on dit, changent de mani\u00e8re spectaculaire dans les ann\u00e9es \u00e0 venir, m\u00eame dans le Cantal r\u00e9put\u00e9 si conservateur. De plus en plus souvent, des conflits \u00e0 ce sujet naissent au sein m\u00eame du syndicat agricole majoritaire\u00a0: les jeunes, adh\u00e9rents de la JDA, se montrent sans doute moins dogmatiques que leurs a\u00een\u00e9s. L\u2019agriculture biologique, par exemple, a d\u00e9sormais droit de cit\u00e9 l\u00e0 m\u00eame o\u00f9, il y a quelques ann\u00e9es \u00e0 peine, elle suscitait le m\u00e9pris<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote44sym\" name=\"sdfootnote44anc\"><sup>44<\/sup><\/a>. Dans les lyc\u00e9es agricoles, il n\u2019est pas rare de trouver des enseignants forts critiques envers le syst\u00e8me hyper-productiviste, l\u2019INRA accueille d\u00e9sormais des chercheurs dans les domaines de productions non-conventionnels, et les chambres d\u2019agriculture commencent \u00e0 s\u2019infl\u00e9chir. On finira peut-\u00eatre par se rendre compte que d\u00e9fendre le syst\u00e8me hyper-productiviste \u00e9quivaut \u00e0 se tirer une balle dans le pied, voire dans la t\u00eate. La perspective d\u2019une agriculture sans paysan ou concentr\u00e9e entre les mains d\u2019une poign\u00e9e de super-entrepreneurs n\u2019est pas irr\u00e9m\u00e9diable, particuli\u00e8rement dans nos territoires d\u2019\u00e9levage, mais il faudra une v\u00e9ritable volont\u00e9 politique pour esp\u00e9rer la conjurer.<\/span><\/span><\/p>\n<p><strong>Notes :<\/strong><\/p>\n<div id=\"sdfootnote1\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a>D\u2019o\u00f9 l\u2019extr\u00eame pr\u00e9carit\u00e9, dans le contexte actuel d\u2019une mise en concurrence mondialis\u00e9e et de la baisse des garde-fous qui visaient \u00e0 att\u00e9nuer ses effets, de territoires entiers\u00a0: ainsi notre Cantal dont 99\u00a0% de l\u2019activit\u00e9 agricole d\u00e9pend de l\u2019\u00e9levage bovin.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote2\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a>Aux \u00c9tats-Unis, la taille moyenne des exploitations tourne autour de 175 hectares, alors qu\u2019elle est en Roumanie de moins de 10 hectares, cas exceptionnel en Europe. En France\u00a0: En dix ans, la superficie moyenne des exploitations gagne 13\u00a0hectares. Elle atteint 55\u00a0hectares et m\u00eame 80\u00a0hectares pour les moyennes et grandes. Leur agrandissement r\u00e9sulte de la baisse de leur nombre. Bien que la diminution ralentisse par rapport \u00e0 la d\u00e9cennie pr\u00e9c\u00e9dente, une exploitation sur quatre a disparu. Le nombre de petites et de moyennes exploitations diminue fortement. Celui des grandes unit\u00e9s se maintient et progresse m\u00eame pour les tr\u00e8s grandes exploitations. La baisse touche surtout l\u2019\u00e9levage et la polyculture-\u00e9levage. Les exploitations de grandes cultures r\u00e9sistent mieux. Moins nombreuses, les petites ne constituent plus que le tiers des exploitations, d\u2019une taille moyenne de 10\u00a0hectares et au statut principalement individuel. Voir la synth\u00e8se de l\u2019INSEE (2012)\u00a0: [insee.fr\/fr\/themes\/document.asp?ref_id=T12F172]<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote3\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote3anc\" name=\"sdfootnote3sym\">3<\/a>Ces m\u00eames haies qu\u2019on incite \u00e0 replanter aujourd\u2019hui.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote4\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote4anc\" name=\"sdfootnote4sym\">4<\/a>Voir par exemple l\u2019article du <i>Guardian<\/i> (en anglais) du 18 f\u00e9vrier 2016\u00a0: <i>Automated farming\u00a0: good news for food security, bad news for job security\u00a0?\u00a0<\/i>\u00bb<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote5\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote5anc\" name=\"sdfootnote5sym\">5<\/a>En 2010, le montant de l\u2019endettement moyen des agriculteurs fran\u00e7ais s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 159\u00a0700 euros. Ce chiffre cache \u00e9videmment de grandes disparit\u00e9s\u00a0: certains secteurs d\u2019activit\u00e9s impliquent des endettements plus importants, et les jeunes sont plus endett\u00e9s de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale compte-tenu des d\u00e9penses li\u00e9es \u00e0 l\u2019installation. L\u2019augmentation du niveau d\u2019endettement ces trente derni\u00e8res ann\u00e9es a suivi, comme on pouvait s\u2019y attendre, l\u2019agrandissement de la taille des exploitations. Voir le site Agreste\u00a0: [agreste.agriculture.gouv.fr])<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote6\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote6anc\" name=\"sdfootnote6sym\">6<\/a>99\u00a0% de l\u2019activit\u00e9 agricole du d\u00e9partement est consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9levage, principalement l\u2019\u00e9levage bovin.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote7\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote7anc\" name=\"sdfootnote7sym\">7<\/a>Impunit\u00e9 dont ne b\u00e9n\u00e9ficient pas en tous cas les groupes militants \u00e9cologistes par exemple, ou les membres de la Conf\u00e9d\u00e9ration Paysanne. Cela dit, concernant les subventions, les consommateurs sont mal avis\u00e9s d\u2019accabler les agriculteurs qui les touchent\u00a0: car en d\u00e9finitive, si nous pouvons encore acheter des produits issus de l\u2019agriculture fran\u00e7aise, c\u2019est bien parce que nous les subventionnons \u2013 sans ces aides, il n\u2019y aurait plus aucune limite au d\u00e9ferlement de produits venus d\u2019autres contr\u00e9es, et nos campagnes seraient depuis longtemps parfaitement vid\u00e9es de leurs paysans. Favoriser la production nationale n\u2019est pas seulement une mesure patriotique (argument qui ne m\u2019\u00e9meut gu\u00e8re), mais aussi, tant que la production sur notre sol est r\u00e9glement\u00e9e, le moyen de s\u2019assurer que parviennent dans nos assiettes des aliments satisfaisant \u00e0 des crit\u00e8res de qualit\u00e9 \u2013 lesquels restent toujours \u00e0 d\u00e9finir et \u00e0 d\u00e9fendre. Pour le dire autrement, plut\u00f4t que d\u2019accuser les agriculteurs de profiter d\u2019un syst\u00e8me de subventions, il vaudrait mieux au contraire assumer en citoyen le fait de les d\u00e9fendre, et de les encourager, par nos modes de consommation, \u00e0 adopter des modes de production plus respectueux de l\u2019environnement et \u00e0 am\u00e9liorer la qualit\u00e9 nutritive des aliments. Bref, l\u2019avenir de l\u2019agriculture au niveau national pourrait bien reposer sur une alliance consciente et concert\u00e9e entre les consommateurs et les producteurs. Ce n\u2019est certes pas le cas aujourd\u2019hui\u00a0: l\u2019organisation du monde agricole, notamment celui des plus gros producteurs, et la nature m\u00eame de la PAC, sont d\u2019une opacit\u00e9 effrayante.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote8\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote8anc\" name=\"sdfootnote8sym\">8<\/a>..et autres labels plus ou moins culturellement valoris\u00e9s\u00a0: local, \u00e9quitable, etc. Logiquement, dans la mesure o\u00f9 la grande distribution est demandeuse, on produit d\u00e9sormais du bio de mani\u00e8re industrielle. Les productions fran\u00e7aises, en concurrence directe avec les produits des serres bio d\u2019Italie, des Pays-Bas, du Maroc et d\u2019Isra\u00ebl, ne suffisent d\u2019ailleurs pas \u00e0 satisfaire la demande que les importations compl\u00e8tent \u00e0 50\u00a0%. Sans oublier le fait que de nombreux consommateurs souhaitent des tomates toute l\u2019ann\u00e9e, m\u00eame au c\u0153ur de l\u2019hiver\u00a0: bio, \u00e9quitable, ou conventionnelle, ces tomates seront produites dans les pays du sud, et import\u00e9es par avion ou par bateau, ce qui para\u00eet peu compatible avec une vision \u00e9cologique coh\u00e9rente.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote9\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote9anc\" name=\"sdfootnote9sym\">9<\/a>On trouve encore ici et l\u00e0, quelques fermes modestes tenues par des personnes tr\u00e8s \u00e2g\u00e9es, qui ont r\u00e9ussi \u00e0 se tenir \u00e0 l\u2019\u00e9cart de la <i>modernit\u00e9<\/i>. Mais les agents en charge de l\u2019application des normes veillent, et quand bien m\u00eame ces paysans refusent d\u2019entrer dans le syst\u00e8me mondialisation\/subventions, ils ne sauraient \u00e9chapper \u00e0 l\u2019empire des r\u00e9glementations d\u00e9cr\u00e9t\u00e9es en haut-lieu. On lira par exemple l\u2019article de Beno\u00eet Dutertre, \u00c9loge de la fermi\u00e8re, publi\u00e9 dans le num\u00e9ro d\u2019Ao\u00fbt 2016 du <i>Monde Diplomatique<\/i>\u00a0: s\u00e9paration des b\u00e2timents agricoles et des b\u00e2timents d\u2019habitation, \u00e9levage des b\u00eates hors-sol, sur des surfaces en b\u00e9ton, injection de puces qui permettent de reconstituer le parcours de chaque animal, alimentation par des marques labellis\u00e9es, st\u00e9rilisation des produits de la ferme, utilisation obligatoire par les agriculteurs de gants de plastique et de bonnets destin\u00e9 \u00e0 prot\u00e9ger les aliments de toute contamination, voil\u00e0 les normes auxquelles Josette Antoine, \u00e9leveuse \u00e0 l\u2019ancienne dans les Vosges, devrait en th\u00e9orie se soumettre.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote10\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote10anc\" name=\"sdfootnote10sym\">10<\/a> Jean-Pierre Lombard, <i>Les Derni\u00e8res herbes<\/i>, \u00c9ditions de la Haute-Auvergne, 2012,<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote11\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote11anc\" name=\"sdfootnote11sym\">11<\/a> Il aurait \u00e9t\u00e9 imaginable de faire des achats group\u00e9s, de partager les machines, de mettre en commun les comp\u00e9tences, et certaines structures avaient \u00e9t\u00e9 mises en place \u00e0 cette fin un peu partout. Mais cette collectivisation des moyens de production, pour parler comme les marxistes, va totalement \u00e0 l\u2019encontre de la logique de la comp\u00e9tition pr\u00f4n\u00e9e par les politiques commerciales internationales\u00a0: dans la <i>vulgate<\/i> ultralib\u00e9rale, la concurrence doit \u00eatre lib\u00e9r\u00e9e afin de favoriser l\u2019\u00e9mergence des plus productifs, au d\u00e9triment des plus faibles. Le collectif doit s\u2019effacer devant l\u2019individu, seul r\u00e9ellement libre.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote12\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote12anc\" name=\"sdfootnote12sym\">12<\/a> Je fais r\u00e9f\u00e9rence aux th\u00e8ses de Gilles Deleuze, inspir\u00e9es de l\u2019\u0153uvre de Michel Foucault, reprises par exemple chez Michael Hardt et Antonio Negri (<i>Empire<\/i>, Exils, 2000). Concernant les d\u00e9bats autour du pu\u00e7age RFID, notamment chez les ovins, voir par exemple l\u2019article de Bernard Gilet, Pu\u00e7age, identification, tra\u00e7abilit\u00e9 et contr\u00f4le social, [contrelepucage.free.fr\/spip.php?article18].<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote13\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote13anc\" name=\"sdfootnote13sym\">13<\/a> Commencent \u00e0 r\u00f4der en France quelques investisseurs repr\u00e9sentant des int\u00e9r\u00eats lointains, venus de Chine par exemple, comme dans le Berry. Nous reviendrons plus loin sur cette lib\u00e9ralisation implicite du march\u00e9 foncier en France et ses cons\u00e9quences pour l\u2019avenir.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote14\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote14anc\" name=\"sdfootnote14sym\">14<\/a> p.57-8.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote15\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote15anc\" name=\"sdfootnote15sym\">15<\/a><i> La Montagne<\/i>, \u00e9dition Cantal, 28 ao\u00fbt 2016.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote16\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote16anc\" name=\"sdfootnote16sym\">16<\/a> p. 111-112.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote17\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote17anc\" name=\"sdfootnote17sym\">17<\/a> La Mutualit\u00e9 Sociale Agricole a mis du temps \u00e0 s\u2019inqui\u00e9ter \u00e0 ce sujet, comme elle a mis du temps \u00e0 communiquer au sujet de la d\u00e9tresse paysanne, manifeste \u00e0 travers les taux de suicide. Mieux vaut tard que jamais.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote18\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote18anc\" name=\"sdfootnote18sym\">18<\/a> En France, les pouvoirs publics semblent avoir beaucoup de du mal \u00e0 r\u00e9sister aux op\u00e9rations de s\u00e9duction des lobbys phytosanitaires (et aux lobbys en g\u00e9n\u00e9ral).<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote19\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote19anc\" name=\"sdfootnote19sym\">19<\/a> La derni\u00e8re refonte des programmes de France Culture a conduit \u00e0 la disparition de cette \u00e9mission tout \u00e0 fait exceptionnelle, qui prenait la peine de donner la parole aux acteurs de terrain, et pas seulement aux experts ou aux communicants professionnels. L\u2019\u00e9cologie a perdu une voix pr\u00e9cieuse, militante, mais on pourra se consoler en visitant les archives de l\u2019\u00e9mission \u00e0 cette adresse\u00a0: [terreaterre.ww7.be\/]<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote20\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote20anc\" name=\"sdfootnote20sym\">20<\/a> Une page internet avait adopt\u00e9 pour slogan\u00a0: les agriculteurs ne comptent pas leurs heures, et on ne s\u2019y montrait gu\u00e8re bienveillant envers les ch\u00f4meurs et les b\u00e9n\u00e9ficiaires d\u2019allocations sociales.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote21\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote21anc\" name=\"sdfootnote21sym\">21<\/a> J\u2019ai \u00e9voqu\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises ce th\u00e8me sur mon blog <i>Dehors<\/i>. On pourra consulter par exemple une liste de grands projets (Inutiles) sur cette page\u00a0: [outsiderland.com\/dehors\/?pageid=1708] ou une r\u00e9flexion sur les mobilisations collectives autour des projets d\u2019extraction du gaz de schiste ici\u00a0: Gaz de schiste et conflits sociaux\u00a0: un cas de justice environnementale\u00a0[outsiderland.com\/dehors\/?p=1192]. D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, le type de mobilisation au nom de ce qu\u2019on appelle aux \u00c9tats-Unis la Justice environnementale, qui d\u00e9borde largement le registre de l\u2019\u00e9cologie, risque fort de se g\u00e9n\u00e9raliser en Europe \u00e9galement dans les ann\u00e9es \u00e0 venir.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote22\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote22anc\" name=\"sdfootnote22sym\">22<\/a> J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9 quelques projets routiers li\u00e9s essentiellement au d\u00e9senclavement.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote23\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote23anc\" name=\"sdfootnote23sym\">23<\/a> Lire par exemple \u00e0 ce sujet\u00a0: Nadine Vivier, <i>Propri\u00e9t\u00e9 collective et identit\u00e9 communale. Les biens communaux en France, 1750-1914<\/i>, Paris, Publications de la Sorbonne, 1998.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote24\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote24anc\" name=\"sdfootnote24sym\">24<\/a> L\u2019ancien maire de ma commune, Monsieur Charbonnel, se souvient qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque du remembrement, dans les ann\u00e9es 70, on a mis \u00e0 bas 240 kilom\u00e8tres de murets en pierre pour les remplacer par des cl\u00f4tures, et ouvert 42 kilom\u00e8tres de chemins agricoles. On imagine l\u2019ampleur de la t\u00e2che qui attendait le g\u00e9om\u00e8tre venu de N\u00eemes pour mener \u00e0 bien la r\u00e9organisation spatiale et administrative de nos pr\u00e9s et estives. Ce faisant, c\u2019est tout un paysage qui s\u2019en trouv\u00e9 transform\u00e9.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote25\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote25anc\" name=\"sdfootnote25sym\">25<\/a> Pour un retour critique et percutant sur le symbolisme du barbel\u00e9, et son usage dans le cadre des soci\u00e9t\u00e9s de contr\u00f4le, on peut lire l\u2019ouvrage r\u00e9cent d\u2019Olivier Razac, <i>Histoire politique du barbel\u00e9<\/i> ()\u00a0: Les meilleurs dispositifs de pouvoir sont ceux qui d\u00e9pensent la plus petite quantit\u00e9 d\u2019\u00e9nergie possible (mat\u00e9riellement et politiquement) pour produire le plus d\u2019effets de contr\u00f4le ou de domination possibles. Or, cette efficience peut tout \u00e0 fait \u00eatre obtenue avec des objets tr\u00e8s simples et tr\u00e8s sobres tels que le barbel\u00e9, car ce d\u00e9nuement technique en fait pr\u00e9cis\u00e9ment un outil \u00e9conomique, souple, discret et adaptable \u00e0 toutes sortes de dispositifs (p.25)<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote26\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote26anc\" name=\"sdfootnote26sym\">26<\/a> La mise en place d\u2019un espace rural privatis\u00e9 ne date \u00e9videmment pas d\u2019aujourd\u2019hui. La politique de l\u2019<i>enclosure<\/i>, apparue en Grande-Bretagne au XV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, et qui a pris une ampleur consid\u00e9rable lors de la r\u00e9volution industrielle, y compris en France, est un outil fondamental du d\u00e9veloppement du capitalisme. Il s\u2019agit toujours de s\u2019approprier des terres autrefois livr\u00e9es \u00e0 la jouissance publique \u2013 la noblesse anglaise a b\u00e2ti une partie de sa fortune ainsi, puis la bourgeoisie \u00e9mergente et les paysans les plus riches. Ce faisant, les petits fermiers qui vivaient de l\u2019usage de ces terres en sont d\u00e9sormais exclus et condamn\u00e9s ou bien \u00e0 l\u2019exode dans les villes, ou bien \u00e0 devenir ouvrier agricole au service des nouveaux propri\u00e9taires. Toute l\u2019agriculture moderne repose sur cet acte d\u2019accaparement des terres par quelques uns au d\u00e9triment de tous les autres, et sur un processus d\u2019exclusion, ou, pour parler comme Saskia Sassen (), d\u2019expulsion. La plupart des notables qui font encore aujourd\u2019hui dans les campagnes la pluie et le beau temps, ont constitu\u00e9 leur fortune non pas tant, comme on voudrait le faire croire, en raison de leur travail acharn\u00e9, mais le plus souvent gr\u00e2ce \u00e0 un patrimoine foncier au sujet duquel on pr\u00e9f\u00e8re rester discret. Sous cette question apparemment purement spatiale des enclosures se joue en r\u00e9alit\u00e9 une des origines patentes des in\u00e9galit\u00e9s.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote27\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote27anc\" name=\"sdfootnote27sym\">27<\/a> Puisqu\u2019il n\u2019est plus question de monter \u00e0 pied\u00a0!<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote28\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote28anc\" name=\"sdfootnote28sym\">28<\/a><i> Les montagnes du Massif central,<\/i> Presses universitaires Blaise Pascal (Clermont-Ferrand), collection CERAMAC, 2001<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote29\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote29anc\" name=\"sdfootnote29sym\">29<\/a> On lira \u00e0 ce sujet le deuxi\u00e8me chapitre du livre r\u00e9cent de Saskia Sassen <i>Expulsions<\/i>, intitul\u00e9\u00a0: Le nouveau march\u00e9 global des terres.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote30\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote30anc\" name=\"sdfootnote30sym\">30<\/a> [information.tv5monde.com\/info\/pourquoi-des-investisseurs-chinois-achetent-ils-des-terres-en-france-104576].<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote31\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote31anc\" name=\"sdfootnote31sym\">31<\/a>Voir le rapport de 2016, Accaparement mondial des terres agricoles en 2016\u00a0: ampleur et impact\u00a0: [grain.org\/article\/entries\/5508-accaparement-mondial-des-terres-agricoles-en-2016-ampleur-et-impact] et le site [farmlandgrab.org\/]. Le site <i>Basta\u00a0!<\/i> a publi\u00e9 plusieurs articles de fond sur cette question, ce qui leur a valu d\u2019ailleurs les foudres du groupe Bollor\u00e9 accus\u00e9 d\u2019avoir constitu\u00e9 un v\u00e9ritable empire autour de l\u2019huile de palme et de l\u2019h\u00e9v\u00e9as, notamment en Afrique et en Asie\u00a0: [bastamag.net\/spip.php?page=recherche&amp;recherche=accaparement]<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote32\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote32anc\" name=\"sdfootnote32sym\">32<\/a> Les SAFER, Soci\u00e9t\u00e9s d\u2019am\u00e9nagement foncier et d\u2019\u00e9tablissement rural, permettent \u00e0 tout porteur de projet viable \u2013 qu\u2019il soit agricole, artisanal, de service, r\u00e9sidentiel ou environnemental \u2013 de s\u2019installer en milieu rural. Les projets doivent \u00eatre en coh\u00e9rence avec les politiques locales et r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. Elles constituent, du moins en th\u00e9orie, un garde fou contre les projets purement sp\u00e9culatifs ou ceux qui seraient motiv\u00e9s essentiellement par une jouissance priv\u00e9e des espaces acquis.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote33\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote33anc\" name=\"sdfootnote33sym\">33<\/a> Interview r\u00e9alis\u00e9e par le magazine terre.net.fr lors du congr\u00e8s national des SAFER de 2015\u00a0: [terre-net.fr\/actualite-agricole\/politique-syndicalisme\/article\/e-hyest-attention-l-accaparement-des-terres-francaises-se-developpe-205-114890.html]<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote34\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote34anc\" name=\"sdfootnote34sym\">34<\/a> Lire \u00e0 ce sujet par exemple\u00a0: Yves Clot, <i>Le travail \u00e0 c\u0153ur. Pour en finir avec les risques psychosociaux<\/i>, Paris, La D\u00e9couverte, 2010 ()<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote35\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote35anc\" name=\"sdfootnote35sym\">35<\/a> Quand ils sont affili\u00e9s quelque part, ce qui n\u2019est pas si fr\u00e9quent chez nous en tous cas. \u00c0 la Chambre d\u2019agriculture, si on prend juste les chiffres des \u00e9lections de 2013 \u00e0 la Chambre d\u2019Agriculture, le taux de participation ne d\u00e9passe pas 55\u00a0% des inscrits. La FDSEA et la JDA, formant le syndicat majoritaire comme on dit dans les campagnes, obtient 61,54\u00a0% des voix, le reste des bulletins se partageant entre deux syndicats contestataires, la Conf\u00e9d\u00e9ration Paysanne et le Syndicat des m\u00e9contents du syst\u00e8me agricole. En Loz\u00e8re, la FNSEA n\u2019atteint que 46,8\u00a0%, et 51,6\u00a0% dans l\u2019Allier, 39\u00a0% en Corr\u00e8ze, 55,5\u00a0% en Haute-Loire, ou encore 56\u00a0% en Aveyron, mais, dans le le Puy-de-D\u00f4me, c\u2019est l\u2019alliance entre la Conf\u00e9d\u00e9ration Paysanne et le MODEF qui remporte le scrutin. Le Cantal se distingue par une forte adh\u00e9sion au syndicat majoritaire, lequel d\u00e9fend l\u2019h\u00e9ritage de la r\u00e9volution verte, m\u00eame si, sur certains points, les positions \u00e9voluent. Toutefois les taux d\u2019abstention lors de ces \u00e9lections laissent dubitatifs sur l\u2019avis de ceux qui pr\u00e9f\u00e8rent ne pas voter. Un agriculteur voisin me disait qu\u2019il ne votait plus pour la FNSEA, \u00e9prouvant un sentiment de trahison \u00e0 leur \u00e9gard, mais, qu\u2019il s\u2019abstenait d\u2019adh\u00e9rer \u00e0 un syndicat minoritaire, par peur de subir des cons\u00e9quences n\u00e9gatives dans le traitement de ses dossiers. On peut le comprendre. Comme le rappelait un article du Figaro\u00a0: En 2009, le premier syndicat agricole pr\u00e9side en effet 90 des 94 chambres d\u2019agriculture fran\u00e7aises, est majoritaire \u00e0 la Mutualit\u00e9 sociale agricole (MSA, la S\u00e9cu des agriculteurs), et poss\u00e8de des si\u00e8ges d\u2019administrateurs dans les caisses du Cr\u00e9dit agricole et de l\u2019assureur Groupama. Sans oublier sa pr\u00e9sence dans les organismes d\u2019emploi et de formation telles l\u2019Anefa (Agence nationale pour l\u2019emploi et la formation agricole) ou l\u2019Apecita (Agence pour l\u2019emploi des cadres des ing\u00e9nieurs et techniciens agricoles). La FNSEA contr\u00f4le aussi 38 associations sp\u00e9cialis\u00e9es, dans le lait, les bovins, le porc, la volaille, les fruits et l\u00e9gumes\u2026 Et elle a cr\u00e9\u00e9 des passerelles avec les industries de transformation au sein des interprofessions (Interveb pour la viande, le Cniel pour le lait\u2026). Sans oublier un groupe de presse dans lequel elle relaye toute la vie de ses fili\u00e8res. <i>Le Figaro, 30 mars 2009)<\/i><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote36\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote36anc\" name=\"sdfootnote36sym\">36<\/a><i> Combalimon, Derni\u00e8re Saison<\/i>, de Rapha\u00ebl Mathi\u00e9, France, 2007.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote37\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote37anc\" name=\"sdfootnote37sym\">37<\/a> Ce qui constitue d\u00e9j\u00e0 en soi un paradoxe, car le vote conservateur dans les campagnes n\u2019est certainement pas d\u2019inspiration lib\u00e9rale, au sens d\u2019une diminution des r\u00e8gles et des cadres de l\u2019activit\u00e9 pour favoriser l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9. En r\u00e9alit\u00e9, on nage en pleine contradiction\u00a0: on se bat pour conserver les aides et les soutiens publics, rendre la PAC plus avantageuse, bien que, d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, les conditions requises pour en b\u00e9n\u00e9ficier soient per\u00e7ues comme des contraintes iniques et des freins au d\u00e9veloppement. On se m\u00e9fie de l\u2019Europe et on invective Bruxelles, alors que sans les aides europ\u00e9ennes, non seulement l\u2019agriculture, mais les r\u00e9gions rurales toutes enti\u00e8res, auraient probablement sombr\u00e9 avec la mondialisation.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote38\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote38anc\" name=\"sdfootnote38sym\">38<\/a> Mais il a perdu dans le m\u00eame temps son aura culturelle pour ainsi dire.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote39\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote39anc\" name=\"sdfootnote39sym\">39<\/a> P.M. Menger, <i>Portrait de l\u2019artiste en travailleur, M\u00e9tamorphoses du capitalisme<\/i>, La r\u00e9publiques des id\u00e9es, Seuil 2002<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote40\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote40anc\" name=\"sdfootnote40sym\">40<\/a>.. aujourd\u2019hui r\u00e9alis\u00e9es, du moins dans les discours, dans la mesure o\u00f9 chaque travailleur est tenu de se consid\u00e9rer lui-m\u00eame comme un entrepreneur, commercialisant et n\u00e9gociant soi-disant librement sur le march\u00e9 sa force de travail, ses comp\u00e9tences, etc. Par un tour de passe-passe de la propagande ultralib\u00e9rale, le salari\u00e9 comme le ch\u00f4meur, est somm\u00e9 d\u2019assumer sa responsabilit\u00e9, seul, priv\u00e9 de tout recours collectif, quand bien m\u00eame il est manifestement exploit\u00e9. Cette nouvelle identit\u00e9, cens\u00e9e lui redonner de la dignit\u00e9, n\u2019est en r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019un vernis pseudo-psychologique recouvrant la destruction du droit du travail. Dans le cas des agriculteurs engag\u00e9s dans la modernisation, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la libert\u00e9 entrepreneuriale n\u2019est qu\u2019une chim\u00e8re\u00a0: non seulement l\u2019exploitant voit sa d\u00e9pendance aux al\u00e9as des politiques publiques s\u2019aggraver, mais il est de surcro\u00eet, et paradoxalement, pieds et mains li\u00e9s au bon vouloir de nombreuses entreprises dont la puissance \u00e9conomique est sans commune mesure avec celle d\u2019un simple paysan\u00a0: les multinationales semenci\u00e8res, agro-chimiques et agro-technologiques, sans oublier les investisseurs terriens et les distributeurs, ont pris le pouvoir depuis longtemps, certes, mais d\u00e9sormais ce pouvoir para\u00eet sans limite.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote41\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote41anc\" name=\"sdfootnote41sym\">41<\/a> Alain Ehrenberg, <i>La Fatigue d\u2019\u00eatre soi. D\u00e9pression et soci\u00e9t\u00e9<\/i>, Paris, Odile Jacob, 1998, () et plus r\u00e9cemment, <i>La Soci\u00e9t\u00e9 du malaise<\/i>, Paris, Odile Jacob, 2010 ().<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote42\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote42anc\" name=\"sdfootnote42sym\">42<\/a> C\u2019est vrai notamment dans le domaine des c\u00e9r\u00e9ales et des ol\u00e9agineux.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote43\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote43anc\" name=\"sdfootnote43sym\">43<\/a><i> Campagnes Solidaires<\/i>, mars 2014\u00a0: Demain, une mar\u00e9e blanche en Bretagne\u00a0?<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote44\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"file:\/\/\/home\/danah\/Documents\/LIVRES-DANA-HILLIOT\/VIVRE%20ICI\/vivre-ici--unmondepaysanensusris.html#sdfootnote44anc\" name=\"sdfootnote44sym\">44<\/a> La machine capitaliste fait preuve en cela d\u2019une capacit\u00e9 d\u2019accaparement extraordinaire, et c\u2019est exactement ce qui en train de se produire pour le bio\u00a0: ce mode de production inspir\u00e9 d\u2019une philosophie profond\u00e9ment oppos\u00e9e aux exc\u00e8s de l\u2019agriculture dite conventionnelle, \u00e0 partir du moment o\u00f9 sa rentabilit\u00e9 devient patente, ou que le march\u00e9, \u00e0 travers les pr\u00e9f\u00e9rences des consommateurs, lui devient favorable, fait l\u2019objet d\u2019une r\u00e9cup\u00e9ration sans vergogne. On pourrait s\u2019en r\u00e9jouir si l\u2019on est sensible \u00e0 la qualit\u00e9 des produits, \u00e0 la sant\u00e9 des consommateurs ou \u00e0 celle de l\u2019environnement, mais il y a tout \u00e0 craindre que cette r\u00e9cup\u00e9ration fasse abstraction de la philosophie qui sous-tendait le mouvement bio \u00e0 l\u2019origine\u00a0: on parle d\u00e9j\u00e0 d\u2019agriculture bio industrielle \u2013 on produit des tomates bio sous serres en plein hiver, et rien n\u2019emp\u00eache d\u2019\u00e9lever des animaux dans des usines \u00e0 viande certifi\u00e9es bio. Les petits producteurs bio, autrefois marginalis\u00e9s par les tenants de l\u2019agriculture conventionnelle, sont d\u00e9sormais soumis \u00e0 la rude concurrence de v\u00e9ritables industriels du bio, lesquels inondent les \u00e9tals des grandes surfaces de leurs produits. On observe \u00e9galement des tentatives de r\u00e9cup\u00e9ration (et donc de d\u00e9tournement philosophique) de la distribution en circuits courts, d\u00e9naturant totalement le contrat de soutien qui lie le consommateur-citoyen au producteur. Lire la tribune de Jocelyn Parot, de l\u2019ONG Urgenci publi\u00e9e dans Basta\u00a0!\u00a0: [bastamag.net\/Pour-que-vive-la-Declaration-europeenne-de-l-Agriculture-soutenue-par-les]<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je propose ici une copie d&rsquo;un chapitre d&rsquo;un livre que j&rsquo;ai publi\u00e9 en 2016, compos\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 je vivais dans le Cantal (Vivre Ici. Chroniques de l&rsquo;arri\u00e8re-pays) Il s\u2019intitule : \u201cUn monde paysan en sursis\u201d. 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