{"id":3672,"date":"2020-08-05T13:02:33","date_gmt":"2020-08-05T13:02:33","guid":{"rendered":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/?p=3672"},"modified":"2020-08-05T13:30:10","modified_gmt":"2020-08-05T13:30:10","slug":"carmen-buran-after-twenty-years-reflections-on-exile-and-language","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/carmen-buran-after-twenty-years-reflections-on-exile-and-language\/","title":{"rendered":"Carmen Bugan : After Twenty Years :  Reflections on Exile and Language"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-3670\" src=\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/174dd5fbe6391d4e118bb8967b12e570-d.jpg\" alt=\"\" width=\"333\" height=\"500\" srcset=\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/174dd5fbe6391d4e118bb8967b12e570-d.jpg 333w, https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/174dd5fbe6391d4e118bb8967b12e570-d-200x300.jpg 200w\" sizes=\"(max-width: 333px) 100vw, 333px\" \/>La po\u00e8tesse Carmen Bugan est n\u00e9e en Roumanie en 1970 et a \u00e9migr\u00e9 aux \u00c9tats-Unis en 1989, quelques mois avant la chute de Ceaucescu. L&rsquo;\u0153uvre de Bugan tient compte de l&rsquo;h\u00e9ritage du totalitarisme, notamment des effets d\u00e9vastateurs de la culture de surveillance qui existait sous le dictateur roumain Nicolae Ceausescu. Elle est l&rsquo;auteur des recueils de po\u00e9sie <em>Crossing the Carpathians<\/em> (2004),<em> The House of Straw<\/em> (2015) et <em>Releasing the Porcelain Birds<\/em> (2016). Lys d&rsquo;Am\u00e9rique : <em>New and Selected Poems<\/em> (2019) a re\u00e7u la Poetry Society Special Commendation ; le livre d&rsquo;essais de Bugan, <em>Poetry and the Language of Oppression<\/em>, est \u00e0 para\u00eetre (Oxford University Press, mars 2021). <span data-offset-key=\"eb3rs-0-0\">Ses \u00ab\u00a0m\u00e9moires\u00a0\u00bb, <em>Burying the Typewriter: Childhood Under the Eye of the Secret Police<\/em> (2012), constituent un texte d&rsquo;une grande profondeur sur ce que c&rsquo;est que grandir avec des parents dissidents sous un r\u00e9gime totalitaire.<\/span><\/p>\n<p>Je traduis ici, tr\u00e8s rapidement et \u00e0 partir d&rsquo;une version produite par Deepl, un article qu&rsquo;elle a publi\u00e9 en 2009. Ce n&rsquo;est en rien une traduction litt\u00e9raire, et par piti\u00e9, si vous avez la chance de lire l&rsquo;anglais, il faut se reporter absolument \u00e0 la version originale qu&rsquo;on trouvera dans un num\u00e9ro pass\u00e9 de\u00a0 <em><span class=\"copyright\">The International Literary Quarterly dont voici l&rsquo;adresse :<\/span><\/em><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/interlitq.org\/issue10\/carmen_bugan\/job.php\">http:\/\/interlitq.org\/issue10\/carmen_bugan\/job.php<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Vingt ans apr\u00e8s : r\u00e9flexions sur l&rsquo;exil et la langue<\/p>\n<p>Le 29 octobre 2009, ma famille et moi avons f\u00eat\u00e9 les vingt ans qui se sont \u00e9coul\u00e9s depuis que nous avons quitt\u00e9 la Roumanie, menac\u00e9s de mort si nous avions os\u00e9 osions parl\u00e9 de ce qui nous \u00e9tait arriv\u00e9 sous le r\u00e9gime de Ceausescu. Le 17 novembre 1989, nous avons \u00e9t\u00e9 accueillis \u00e0 l&rsquo;a\u00e9roport de Grand Rapids, dans le Michigan, par des membres d&rsquo;une \u00e9glise protestante ayant brav\u00e9 \u00e0 l\u2019occasion la premi\u00e8re temp\u00eate de neige de l&rsquo;ann\u00e9e. Le 14 d\u00e9cembre 1989, la r\u00e9volution roumaine a d\u00e9but\u00e9 et s&rsquo;est termin\u00e9e juste avant No\u00ebl, quand Ceausescu et sa femme ont \u00e9t\u00e9 sommairement abattus contre un mur. Nous avons assist\u00e9 \u00e0 leur ex\u00e9cution, agap\u00e9, sur une t\u00e9l\u00e9vision que nous ont donn\u00e9e nos parrains. Nous avons pass\u00e9 les premi\u00e8res ann\u00e9es \u00e0 apprendre l&rsquo;anglais et \u00e0 assister aux offices dans un gymnase d&rsquo;\u00e9cole, loin de nos racines orthodoxes. Avec le temps, les Roumains de Grand Rapids nous ont identifi\u00e9s et nous avons trouv\u00e9 parmi eux un foyer, en construisant ensemble une petite \u00e9glise \u00e0 nous. Mes parents y vivent toujours, toutefois mes fr\u00e8res et s\u0153urs et moi avons adopt\u00e9 une existence plus p\u00e9ripat\u00e9tique, si bien que j&rsquo;\u00e9cris maintenant ce texte depuis la fronti\u00e8re franco-suisse, apr\u00e8s \u00eatre pass\u00e9 par l&rsquo;Angleterre et l&rsquo;Irlande. Ma m\u00e8re et mon p\u00e8re \u00e9taient des dissidents politiques en Roumanie. Ils \u00e9crivaient de la propagande anticommuniste sur une machine \u00e0 \u00e9crire d\u00e9tenue ill\u00e9galement. Mon p\u00e8re, qui avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 emprisonn\u00e9 pour des activit\u00e9s politiques dans les ann\u00e9es 60 et qui avait pass\u00e9 sept ans en prison \u00e0 cette \u00e9poque, avait organis\u00e9 une manifestation publique contre le r\u00e9gime de Ceausescu dans le centre de Bucarest le 10 mars 1983. Il a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 \u00e0 huis clos et condamn\u00e9 \u00e0 dix ans de prison pour propagande contre le r\u00e9gime socialiste, apr\u00e8s quoi il a \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Aiud, l&rsquo;institution la plus s\u00e9v\u00e8re d\u00e9di\u00e9e aux dissidents politiques. Il a l\u00e0-bas subi des tortures indicibles et des p\u00e9riodes d&rsquo;isolement jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;amnistie g\u00e9n\u00e9rale de 1988, quand il a \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9. De 1983 \u00e0 1988, ma m\u00e8re, ma s\u0153ur, mon fr\u00e8re et moi avons v\u00e9cu sous la surveillance quotidienne de la <i>Securitate<\/i> (la police secr\u00e8te de Ceausescu) : nous devions toujours les tenir inform\u00e9s si nous allions plus loin que notre ville natale, ils pos\u00e9daient leurs propres cl\u00e9s de notre maison, y entraient et la quittaient \u00e0 leur guise, de jour comme de nuit. Apr\u00e8s le retour de mon p\u00e8re, nous avons v\u00e9cu en r\u00e9sidence surveill\u00e9e pendant un an, apr\u00e8s quoi nous avons \u00e9t\u00e9 exil\u00e9s et avons obtenu l&rsquo;asile politique aux \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<p>Si je peux me permettre une blague jouant sur un clich\u00e9 am\u00e9ricain, je dirais de notre exil aux \u00c9tats-Unis qu\u2019il revenait \u00e0 mourir et aller directement au ciel. Il ne s&rsquo;agit pas de r\u00e9duire l&rsquo;exp\u00e9rience de notre d\u00e9racinement ou sa signification, mais de rappeler que la d\u00e9finition de l&rsquo;exil s&rsquo;est compliqu\u00e9e avec la migration de masse de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre froide. Ce que je veux dire, c&rsquo;est que je ne suis pas certaine de me consid\u00e9rer comme une \u00ab\u00a0exil\u00e9e\u00a0\u00bb au sens traditionnel du terme. Pas en ce qui concerne ma relation avec ma langue maternelle et pas en ce qui concerne ma relation avec ma terre natale. Aujourd&rsquo;hui, vingt ans plus tard et presque autant depuis que j&rsquo;ai \u00e9crit le po\u00e8me \u00ab\u00a0En exil\u00a0\u00bb qui dit \u00ab\u00a0Et je cherche un foyer\/ depuis que le train a siffl\u00e9 dans l&rsquo;obscurit\u00e9\u00a0\u00bb (Travers\u00e9e des Carpates), il me semblle qu\u2019un v\u00e9ritable exil\u00e9 est quelqu&rsquo;un qui continue \u00e0 parler sa langue maternelle, qui aspire \u00e0 la terre natale et dont la perspective de vie (ou la perspective litt\u00e9raire si l&rsquo;on parle des \u00e9crivains) est toujours guid\u00e9e par un besoin profond de retourner \u00e0 cette terre natale. C\u2019est l\u00e0 une tradition tr\u00e8s ancienne. Nous nous souvenons de la tristesse de Dante lorsqu&rsquo;il montait les escaliers de quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre, de la fa\u00e7on dont il d\u00e9finissait l&rsquo;exp\u00e9rience de l&rsquo;exil comme une perte. \u00c0 l&rsquo;\u00e9poque contemporaine, nous comprenons l&rsquo;exil \u00e0 travers Milosz, qui, \u00e0 l&rsquo;exception de son po\u00e8me \u00ab\u00a0To Raja Rao\u00a0\u00bb, a toujours \u00e9crit dans sa langue maternelle, le polonais, et a traduit son \u0153uvre en anglais. Nabokov, qui a \u00e9crit en anglais et en russe, sa langue maternelle, a pass\u00e9 la majeure partie de sa vie \u00e0 traduire ses propres \u0153uvres d&rsquo;une langue \u00e0 l&rsquo;autre. Pourtant, j&rsquo;ai choisi d&rsquo;\u00e9crire mes po\u00e8mes uniquement en anglais, bannissant \u00e0 jamais le son du roumain de ma vie cr\u00e9ative. Je me demande si j&rsquo;ai jamais vraiment eu le choix en la mati\u00e8re et si le fait d&rsquo;\u00e9crire de la po\u00e9sie en anglais n&rsquo;investit pas l'\u00a0\u00bbexil\u00a0\u00bb d&rsquo;un autre sens &#8211; l&rsquo;abandon complet du pass\u00e9. Cependant, le sens m\u00eame de l'\u00a0\u00bbexil\u00a0\u00bb n&rsquo;est-il pas bas\u00e9 sur l&rsquo;exp\u00e9rience d&rsquo;un nouveau \u00ab\u00a0chez-soi\u00a0\u00bb \u00e0 travers l&rsquo;aspiration \u00e0 la langue et \u00e0 la terre natales ?<\/p>\n<p>Je voudrais m&rsquo;expliquer et soulever la question de l&rsquo;importance de la notion de \u00ab\u00a0Ma fid\u00e8le langue maternelle\u00a0\u00bb, \u2018My faithful mother tongue\u2019, (pour revenir au profond po\u00e8me de Milosz) en ce qui concerne la conception de la libert\u00e9 et qui complique le sentiment qu\u2019on peut avoir de son identit\u00e9 en tant qu\u2019exil\u00e9. Qui suis-je, sinon une exil\u00e9e, au vu des circonstances \u00ab\u00a0exilantes\u00a0\u00bb classiques de mon existence physique, spirituelle et cr\u00e9ative\u00a0? Je suis incapable de le dire. Peut-\u00eatre la d\u00e9finition de l'\u00a0\u00bbexil litt\u00e9raire\u00a0\u00bb doit-elle \u00eatre \u00e9largiee pour inclure des personnes comme moi qui repr\u00e9sentent une r\u00e9percussion particuli\u00e8re de la politique entre l&rsquo;Europe de l&rsquo;Est et l&rsquo;Ouest, pendant la p\u00e9riode communiste. Peut-\u00eatre l&rsquo;exil devrait-il \u00eatre compris \u00e0 travers la m\u00e9taphore de l&rsquo;adoption : nous avons \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0adopt\u00e9s\u00a0\u00bb et nous avons \u00e9t\u00e9 rapidement assimil\u00e9s \u00e0 notre tour. Dois-je donc me consid\u00e9rer comme un citoyen adopt\u00e9 ? On peut dire que les enfants adopt\u00e9s, bien qu\u2019\u00e9tant toujours porteur de leur patrimoine g\u00e9n\u00e9tique, tendent \u00e0 ressembler davantage \u00e0 leur famille adoptive. En g\u00e9n\u00e9ral, ils acceptent leur nouvelle situation et s&rsquo;identifient surtout \u00e0 la famille adoptive. Dans le cas des exil\u00e9s, des r\u00e9fugi\u00e9s, c&rsquo;est peut-\u00eatre ce que l&rsquo;on pensait en Am\u00e9rique : si les r\u00e9fugi\u00e9s sont plac\u00e9s dans des familles am\u00e9ricaines (comme nous l&rsquo;avons \u00e9t\u00e9 dans une communaut\u00e9 religieuse) et si on les laisse se d\u00e9velopper au sein de la culture adoptive, ils manifesteront plus de loyaut\u00e9 envers le syst\u00e8me de valeurs local, rompant ainsi leurs liens avec leur pays d\u2019origine. Dans le contexte de la guerre froide, cela implique que les r\u00e9fugi\u00e9s politiques, comme nous, tout en b\u00e9n\u00e9ficiant d&rsquo;un geste profond\u00e9ment humanitaire, font entendre leur voix contre les r\u00e9gimes politiques de leur pays natal, contribuant ainsi indirectement \u00e0 la lutte pour les valeurs occidentales. Cela fait-il de moi un \u00e9crivain am\u00e9ricain, et non roumain\u00a0? Non. Mais cela signifie que je ne peux pas me qualifier d&rsquo;exil\u00e9 traditionnel. Je suis \u00e0 proprement parler un citoyen am\u00e9ricain, c&rsquo;est l\u00e0 le choix que j\u2019ai fait. Comme la plupart des gens, je suis une cons\u00e9quence de politiques qui me d\u00e9passent largement, de politiques entre l&rsquo;Europe de l&rsquo;Est et de l&rsquo;Ouest, qui sont encore tr\u00e8s difficiles \u00e0 d\u00e9m\u00ealer et qui rendent quasiment impossible pour nombre de gens la ta\u0109he de se faire une place dans le monde. Mais parce qu&rsquo;on me consid\u00e8re, \u00e0 juste titre, comme l&rsquo;une de ces personnes sans \u00ab\u00a0home\u00a0\u00bb (a \u00ab\u00a0hearth\u00a0\u00bb, un foyer), j&rsquo;ai le sentiment que je dois me d\u00e9finir comme \u00ab\u00a0quelque chose\u00a0\u00bb (But because I am seen, correctly, as one of those people without a home (a \u2018hearth\u2019) I feel that I must define myself as something.).<\/p>\n<div class=\"\" data-block=\"true\" data-editor=\"5mptj\" data-offset-key=\"61f01-0-0\">\n<div class=\"_1mf _1mj\" data-offset-key=\"61f01-0-0\"><span data-offset-key=\"61f01-0-0\">La po\u00e9sie \u00e9merge de la vie. L\u2019exp\u00e9rience esth\u00e9tique, aussi imaginative et fictive soit-elle, s\u2019accroche au c\u0153ur de la vie v\u00e9cue. Mon processus cr\u00e9atif est directement influenc\u00e9 par mon exp\u00e9rience de ma langue maternelle. Les effets de la r\u00e9pression linguistique se manifestent de fa\u00e7on cr\u00e9ative : je n\u2019\u00e9cris pas en roumain et je ne cherche pas le moyen de traduire mon travail \u00e9crit en anglais car il n\u2019y a rien que je veuille dire en retour \u00e0 ma langue dans ma langue (to my language in my language). J\u2019ai subi de nombreux interrogatoires dans mon enfance, des interrogatoires qui ont d\u00e9natur\u00e9 la langue par leur brutalit\u00e9. Toutes les paroles que nous avons prononc\u00e9es \u00e0 la maison ont \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9es sur cassette par la Securitate de mani\u00e8re si fid\u00e8le que j\u2019ai (et que nous avons, familialement) cr\u00e9\u00e9 des versions de nous-m\u00eames susceptibles de ne pas offenser les oppresseurs par peur pour notre propre vie. Non seulement nous n\u2019avons pas parl\u00e9 de la disparition de mon p\u00e8re et des choses terribles que nous entendions et voyions autour de nous, ou des centaines et centaines d\u2019interrogatoires que ma m\u00e8re a subis, des craintes qu\u2019elle ne soit pas autoris\u00e9e \u00e0 rentrer chez elle ou que la Securitate puisse nous blesser ou nous tuer. Nous sommes devenus tr\u00e8s silencieux tous ensemble, nous contenant de conversations tournant autour des t\u00e2ches domestiques : As-tu coup\u00e9 le bois ? Peux-tu aller apporter de l\u2019eau ? Dois-je a\u00e9rer les tapis ? Nous avons m\u00eame essay\u00e9 de mentir sur l\u2019heure \u00e0 laquelle nous nous r\u00e9veillerions le matin et prendrions le bus afin de ne pas donner aux gardes post\u00e9s \u00e0 la fen\u00eatre le temps de se pr\u00e9parer pour nous suivre. Ce n\u2019est pas une langue avec laquelle on doit grandir. On peut dire beaucoup de choses \u00e0 ce sujet, une \u00e9tude linguistique de l\u2019oppression doit avoir lieu si l\u2019on veut comprendre cette relation d\u2019oppression politique et le d\u00e9veloppement de son sens de l\u2019identit\u00e9 par la narration de soi. Qui \u00e9tais-je \u00e0 15, 16, 19 ans ? \u00c9tais-je une fille silencieuse, le mensonge d\u2019une personne, un \u00eatre humain terrifi\u00e9, un enfant brillant et survivant ? Peut-\u00eatre que le dossier de ma famille \u00e9tabli par la Securitate, aussi falsifi\u00e9 soit-il, pourrait donner une id\u00e9e de l\u2019\u00e9tendue du contr\u00f4le auquel nous avons \u00e9t\u00e9 soumis. Le langage est le produit de la culture, il repr\u00e9sente le plus intimement ce que les gens ressentent et comment ils vivent leur vie : le langage des oppresseurs et le langage des opprim\u00e9s sont le produit d\u2019activit\u00e9s \u00e0 grande \u00e9chelle, et non d\u2019incidents et d\u2019abus isol\u00e9s. La Securitate a d\u00e9velopp\u00e9 un langage sp\u00e9cialis\u00e9 pour traiter des types de surveillance qu\u2019elle exerce sur les gens. Le nombre de personnes suivies et surveill\u00e9es et le nombre de personnes qui ont suivi et surveill\u00e9 sont si importants qu\u2019il ne reste pratiquement plus de population \u201cinnocente\u201d dans le pays.<\/span><\/div>\n<\/div>\n<div class=\"\" data-block=\"true\" data-editor=\"5mptj\" data-offset-key=\"2ljar-0-0\">\n<div class=\"_1mf _1mj\" data-offset-key=\"2ljar-0-0\"><span data-offset-key=\"2ljar-0-0\">\u00a0<\/span><\/div>\n<\/div>\n<div class=\"\" data-block=\"true\" data-editor=\"5mptj\" data-offset-key=\"5nlve-0-0\">\n<div class=\"_1mf _1mj\" data-offset-key=\"5nlve-0-0\"><span data-offset-key=\"5nlve-0-0\">C\u2019est pourquoi j\u2019en suis venu \u00e0 d\u00e9tester la langue dans laquelle je suis n\u00e9e. <\/span>Ce n&rsquo;est pas un jugement, c&rsquo;est une \u00e9motion qui dure depuis vingt ans ; je suis absolument certaine de ne pas \u00eatre seule \u00e0 partager cette exp\u00e9rience. Mais ce ph\u00e9nom\u00e8ne est aussi un symbole tr\u00e8s fort de survie : comme l&rsquo;eau, si les mots sont arr\u00eat\u00e9s \u00e0 un barrage, ils vont circuler et \u00e9clater \u00e0 un autre endroit &#8211; dans une autre langue. En anglais, j&rsquo;ai eu la langue bien pendue pendant un certain temps, mais une fois que j&rsquo;ai appris la langue, je pouvais parler honn\u00eatement de ce qui nous \u00e9tait arriv\u00e9, \u00e0 nous et \u00e0 moi. Une fois que cela a commenc\u00e9, j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 me poss\u00e9der, \u00e0 avoir mes propres opinions et \u00e0 les exprimer, \u00e0 \u00e9crire de la po\u00e9sie sans en craindre les cons\u00e9quences. Je suis devenu libre et j&rsquo;ai d\u00e9clar\u00e9 mon \u00ab\u00a0Salut au monde\u00a0\u00bb aussi intens\u00e9ment que Walt Whitman l&rsquo;a d\u00e9clar\u00e9 dans son po\u00e8me, qui nous enseigne que chacun de nous est invincible, avec ses propres droits sur cette terre. Je me suis donc jet\u00e9 dans la langue anglaise et dans la vie avec fureur : j&rsquo;ai dans\u00e9 dans les rues au milieu de la nuit sans craindre l&rsquo;obscurit\u00e9, j&rsquo;ai scotch\u00e9 mes po\u00e8mes aux arbres du campus universitaire d&rsquo;Ann Arbor quand j&rsquo;\u00e9tais \u00e9tudiante, j&rsquo;ai trouv\u00e9 les dossiers de mon p\u00e8re \u00e0 la biblioth\u00e8que de l&rsquo;universit\u00e9 et je suis devenu fi\u00e8re que d&rsquo;autres personnes sachent que mes parents n&rsquo;ont pas baiss\u00e9 la t\u00eate, ne se sont pas vendus \u00e0 une dictature et que nous avons surv\u00e9cu \u00e0 tout en conservant notre c\u0153ur et notre esprit intacts. Finalement, c&rsquo;est moi qui ai banni la langue roumaine de ma po\u00e9sie. Elle n&rsquo;avait pas sa place dans cette lumi\u00e8re, dans la v\u00e9rit\u00e9, dans l&rsquo;\u00e9norme effort pour vivre comme un \u00eatre humain heureux de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la terre. Je ne suis jamais revenu en Roumanie, sauf pour une visite d&rsquo;une semaine en 1995, lorsque j&rsquo;ai pris cong\u00e9 de ma grand-m\u00e8re qui se mourait d&rsquo;un cancer, car lorsque mon p\u00e8re a mis sa vie et la n\u00f4tre en danger pour faire tomber le r\u00e9gime de Ceausescu, pas une seule \u00e2me ne l&rsquo;a rejoint. Les gens ont couru pour la voir, l&rsquo;ont vu et se sont ensuite cach\u00e9s, terrifi\u00e9s partout o\u00f9 ils le pouvaient.<\/div>\n<\/div>\n<p>L&rsquo;\u00e9criture dans une langue non maternelle pose ses propres probl\u00e8mes. D&rsquo;une part, je parle d&rsquo;une vie et d&rsquo;exp\u00e9riences \u00e9trang\u00e8res \u00e0 la culture dans laquelle j&rsquo;\u00e9cris. Dans les mains d&rsquo;un locuteur natif, cela peut avoir un effet splendide, fascinant, \u00e9trange, tandis que dans les mains d&rsquo;une personne dont la ma\u00eetrise de l&rsquo;anglais est imparfaite, cela peut donner l\u2019impression d\u2019une \u00e9criture emprunt\u00e9e et embarrass\u00e9e. Mais je suis convaincu que je vais grandir dans la langue anglaise, en m\u00eame temps qu\u2019elle grandit elle-m\u00eame pour assimiler les histoires et la langue des migrations si courantes aujourd&rsquo;hui. Il vaut mieux \u00e9crire en anglais que de compter sur la traduction, car la po\u00e9sie en traduction est un genre \u00e0 part auquel est associ\u00e9 un ensemble d&rsquo;attentes compl\u00e8tement diff\u00e9rent. Il y a aussi la question de la r\u00e9ception de la po\u00e9sie est-europ\u00e9enne traduite, d&rsquo;autant plus qu&rsquo;elle refl\u00e8te la politique de la traduction, qui favorise le contenu par rapport \u00e0 la r\u00e9alisation du langage po\u00e9tique, ce qui conduit finalement \u00e0 la marginalisation de la po\u00e9sie m\u00eame lorsqu&rsquo;elle est mise en lumi\u00e8re. Cette situation paradoxale qui consiste \u00e0 \u00e9lever des po\u00e8tes au rang de h\u00e9ros uniquement pour obscurcir leur po\u00e9sie est peut-\u00eatre involontaire, mais c&rsquo;est une condition qui place des po\u00e8tes tels que Z. Herbert, Akhmatova, Tsevetaeva, Mandelstam et Brodsky sur un mauvais pi\u00e9destal malgr\u00e9 les efforts de toute une vie pour \u00e9crire une po\u00e9sie immortelle.<\/p>\n<p>Il y a des contradictions dans ce que je dis. R\u00e9cemment, j&rsquo;ai \u00e9crit mes m\u00e9moires sur cette p\u00e9riode allant jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9migration. En \u00e9crivant ce livre, <i>Burying the Typewriter<\/i> , j&rsquo;ai ressenti l&rsquo;appel profond de ma terre natale et j&rsquo;ai ressenti l&rsquo;appel m\u00e9lancolique de ma jeunesse assassin\u00e9e. Je suis une graine qui a germ\u00e9 de cette terre. Il y a des mots roumains que je r\u00e9p\u00e8te dans mes po\u00e8mes anglais, il y a des chansons et des pri\u00e8res que je chante et r\u00e9cite \u00e0 mon fils quand il s&rsquo;endort le soir, et qui ouvrent en moi ce grand foss\u00e9 entre ce que je pense \u00eatre devenu et ce que j&rsquo;aurais pu \u00eatre si j&rsquo;avais choisi d&#8217;emporter ma langue maternelle avec moi \u00e0 travers les diff\u00e9rents pays o\u00f9 j&rsquo;ai v\u00e9cu. C&rsquo;est pourquoi je pense que la m\u00e9taphore de l&rsquo;adoption fonctionne pour mon type d&rsquo;exil. Les enfants adopt\u00e9s peuvent grandir aussi fortement et avoir une vie aussi enrichissante que celle des enfants naturels. Ma m\u00e8re a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e. Elle s&rsquo;est cr\u00e9\u00e9 une vie riche en comptant tous ses chagrins comme des b\u00e9n\u00e9dictions. Il n&rsquo;est pas mauvais de vivre du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;oubli. Mais je voudrais maintenant ajouter : c&rsquo;est plus compliqu\u00e9 que cela. C&rsquo;est au milieu de ces contradictions qu&rsquo;\u00e9merge la compr\u00e9hension de sa propre condition.<\/p>\n<p>En tant qu&rsquo;\u00e9crivains, nous devons chercher \u00e0 comprendre notre relation \u00e0 notre langue et savoir pourquoi nous la ch\u00e9rissons, pourquoi nous voulons y imaginer un monde meilleur, plus pacifique. Ceux d&rsquo;entre nous qui sont ballott\u00e9s par les diff\u00e9rentes mar\u00e9es de l&rsquo;histoire doivent se battre pour trouver une place pour eux-m\u00eames dans le monde et dans les langues du monde, car c&rsquo;est notre droit. Il est vrai que beaucoup d&rsquo;entre nous atteindront la vieillesse et mourront sans avoir un lopin de terre que nous pouvons appeler \u00ab\u00a0notre maison\u00a0\u00bb. Mais j&rsquo;esp\u00e8re que nous trouverons tous la bonne langue, quelle qu&rsquo;elle soit, pour exprimer la v\u00e9rit\u00e9 et la beaut\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La po\u00e8tesse Carmen Bugan est n\u00e9e en Roumanie en 1970 et a \u00e9migr\u00e9 aux \u00c9tats-Unis en 1989, quelques mois avant la chute de Ceaucescu. L&rsquo;\u0153uvre de Bugan tient compte de l&rsquo;h\u00e9ritage du totalitarisme, notamment des effets d\u00e9vastateurs de la culture de surveillance qui existait sous le dictateur roumain Nicolae Ceausescu. Elle est l&rsquo;auteur des recueils&hellip;<\/p>\n <a href=\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/carmen-buran-after-twenty-years-reflections-on-exile-and-language\/\" title=\"Carmen Bugan : After Twenty Years :  Reflections on Exile and Language\" class=\"entry-more-link\"><span>Read More<\/span> <span class=\"screen-reader-text\">Carmen Bugan : After Twenty Years :  Reflections on Exile and Language<\/span><\/a>","protected":false},"author":1,"featured_media":3675,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"Layout":"","footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[65,26],"tags":[],"class_list":["entry","author-danah","post-3672","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-bloc-de-lest","category-litt"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.0 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Carmen Bugan : After Twenty Years : Reflections on Exile and Language - Outside Dana Hilliot<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/carmen-buran-after-twenty-years-reflections-on-exile-and-language\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Carmen Bugan : After Twenty Years : Reflections on Exile and Language - Outside Dana Hilliot\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"La po\u00e8tesse Carmen Bugan est n\u00e9e en Roumanie en 1970 et a \u00e9migr\u00e9 aux \u00c9tats-Unis en 1989, quelques mois avant la chute de Ceaucescu. L&rsquo;\u0153uvre de Bugan tient compte de l&rsquo;h\u00e9ritage du totalitarisme, notamment des effets d\u00e9vastateurs de la culture de surveillance qui existait sous le dictateur roumain Nicolae Ceausescu. Elle est l&rsquo;auteur des recueils&hellip;\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/carmen-buran-after-twenty-years-reflections-on-exile-and-language\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Outside Dana Hilliot\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2020-08-05T13:02:33+00:00\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2020-08-05T13:30:10+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/BZEX3DXBUAI6DBMNMJJ45TYFD4.jpg\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"1024\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"768\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/jpeg\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"danah\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"danah\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"15 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\/\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"Article\",\"@id\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/carmen-buran-after-twenty-years-reflections-on-exile-and-language\/#article\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/carmen-buran-after-twenty-years-reflections-on-exile-and-language\/\"},\"author\":{\"name\":\"danah\",\"@id\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#\/schema\/person\/2f9b92e9fff19bccc36638b10510d5ae\"},\"headline\":\"Carmen Bugan : After Twenty Years : Reflections on Exile and Language\",\"datePublished\":\"2020-08-05T13:02:33+00:00\",\"dateModified\":\"2020-08-05T13:30:10+00:00\",\"mainEntityOfPage\":{\"@id\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/carmen-buran-after-twenty-years-reflections-on-exile-and-language\/\"},\"wordCount\":3205,\"publisher\":{\"@id\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#\/schema\/person\/201a1fef0f5c2897bd65e98bcf6b1179\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/carmen-buran-after-twenty-years-reflections-on-exile-and-language\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/BZEX3DXBUAI6DBMNMJJ45TYFD4.jpg\",\"articleSection\":[\"Bloc de l'est\",\"Litt\u00e9rature\"],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/carmen-buran-after-twenty-years-reflections-on-exile-and-language\/\",\"url\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/carmen-buran-after-twenty-years-reflections-on-exile-and-language\/\",\"name\":\"Carmen Bugan : After Twenty Years : Reflections on Exile and Language - Outside Dana Hilliot\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#website\"},\"primaryImageOfPage\":{\"@id\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/carmen-buran-after-twenty-years-reflections-on-exile-and-language\/#primaryimage\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/carmen-buran-after-twenty-years-reflections-on-exile-and-language\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/BZEX3DXBUAI6DBMNMJJ45TYFD4.jpg\",\"datePublished\":\"2020-08-05T13:02:33+00:00\",\"dateModified\":\"2020-08-05T13:30:10+00:00\",\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/carmen-buran-after-twenty-years-reflections-on-exile-and-language\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/carmen-buran-after-twenty-years-reflections-on-exile-and-language\/\"]}]},{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/carmen-buran-after-twenty-years-reflections-on-exile-and-language\/#primaryimage\",\"url\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/BZEX3DXBUAI6DBMNMJJ45TYFD4.jpg\",\"contentUrl\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/BZEX3DXBUAI6DBMNMJJ45TYFD4.jpg\",\"width\":1024,\"height\":768},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/carmen-buran-after-twenty-years-reflections-on-exile-and-language\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Accueil\",\"item\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"Carmen Bugan : After Twenty Years : Reflections on Exile and Language\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#website\",\"url\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/\",\"name\":\"Outside Dana Hilliot\",\"description\":\". Archives . Activit\u00e9s . Projets .\",\"publisher\":{\"@id\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#\/schema\/person\/201a1fef0f5c2897bd65e98bcf6b1179\"},\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":[\"Person\",\"Organization\"],\"@id\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#\/schema\/person\/201a1fef0f5c2897bd65e98bcf6b1179\",\"name\":\"danahilliot\",\"image\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#\/schema\/person\/image\/\",\"url\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/50801449407_a909f2c1ad_k.jpg\",\"contentUrl\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/50801449407_a909f2c1ad_k.jpg\",\"width\":2048,\"height\":1536,\"caption\":\"danahilliot\"},\"logo\":{\"@id\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#\/schema\/person\/image\/\"}},{\"@type\":\"Person\",\"@id\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#\/schema\/person\/2f9b92e9fff19bccc36638b10510d5ae\",\"name\":\"danah\",\"image\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#\/schema\/person\/image\/\",\"url\":\"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/ed6349755e1d97f204277de3d09fc6ac31abd856835c8ea3c3a30d0aa84b0ddd?s=96&d=mm&r=g\",\"contentUrl\":\"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/ed6349755e1d97f204277de3d09fc6ac31abd856835c8ea3c3a30d0aa84b0ddd?s=96&d=mm&r=g\",\"caption\":\"danah\"},\"url\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/author\/danah\/\"}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"Carmen Bugan : After Twenty Years : Reflections on Exile and Language - Outside Dana Hilliot","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/carmen-buran-after-twenty-years-reflections-on-exile-and-language\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"Carmen Bugan : After Twenty Years : Reflections on Exile and Language - Outside Dana Hilliot","og_description":"La po\u00e8tesse Carmen Bugan est n\u00e9e en Roumanie en 1970 et a \u00e9migr\u00e9 aux \u00c9tats-Unis en 1989, quelques mois avant la chute de Ceaucescu. L&rsquo;\u0153uvre de Bugan tient compte de l&rsquo;h\u00e9ritage du totalitarisme, notamment des effets d\u00e9vastateurs de la culture de surveillance qui existait sous le dictateur roumain Nicolae Ceausescu. Elle est l&rsquo;auteur des recueils&hellip;","og_url":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/carmen-buran-after-twenty-years-reflections-on-exile-and-language\/","og_site_name":"Outside Dana Hilliot","article_published_time":"2020-08-05T13:02:33+00:00","article_modified_time":"2020-08-05T13:30:10+00:00","og_image":[{"width":1024,"height":768,"url":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/BZEX3DXBUAI6DBMNMJJ45TYFD4.jpg","type":"image\/jpeg"}],"author":"danah","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"danah","Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"15 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"Article","@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/carmen-buran-after-twenty-years-reflections-on-exile-and-language\/#article","isPartOf":{"@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/carmen-buran-after-twenty-years-reflections-on-exile-and-language\/"},"author":{"name":"danah","@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#\/schema\/person\/2f9b92e9fff19bccc36638b10510d5ae"},"headline":"Carmen Bugan : After Twenty Years : Reflections on Exile and Language","datePublished":"2020-08-05T13:02:33+00:00","dateModified":"2020-08-05T13:30:10+00:00","mainEntityOfPage":{"@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/carmen-buran-after-twenty-years-reflections-on-exile-and-language\/"},"wordCount":3205,"publisher":{"@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#\/schema\/person\/201a1fef0f5c2897bd65e98bcf6b1179"},"image":{"@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/carmen-buran-after-twenty-years-reflections-on-exile-and-language\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/BZEX3DXBUAI6DBMNMJJ45TYFD4.jpg","articleSection":["Bloc de l'est","Litt\u00e9rature"],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/carmen-buran-after-twenty-years-reflections-on-exile-and-language\/","url":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/carmen-buran-after-twenty-years-reflections-on-exile-and-language\/","name":"Carmen Bugan : After Twenty Years : Reflections on Exile and Language - Outside Dana Hilliot","isPartOf":{"@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#website"},"primaryImageOfPage":{"@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/carmen-buran-after-twenty-years-reflections-on-exile-and-language\/#primaryimage"},"image":{"@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/carmen-buran-after-twenty-years-reflections-on-exile-and-language\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/BZEX3DXBUAI6DBMNMJJ45TYFD4.jpg","datePublished":"2020-08-05T13:02:33+00:00","dateModified":"2020-08-05T13:30:10+00:00","breadcrumb":{"@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/carmen-buran-after-twenty-years-reflections-on-exile-and-language\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/carmen-buran-after-twenty-years-reflections-on-exile-and-language\/"]}]},{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/carmen-buran-after-twenty-years-reflections-on-exile-and-language\/#primaryimage","url":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/BZEX3DXBUAI6DBMNMJJ45TYFD4.jpg","contentUrl":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/BZEX3DXBUAI6DBMNMJJ45TYFD4.jpg","width":1024,"height":768},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/carmen-buran-after-twenty-years-reflections-on-exile-and-language\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Accueil","item":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"Carmen Bugan : After Twenty Years : Reflections on Exile and Language"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#website","url":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/","name":"Outside Dana Hilliot","description":". Archives . Activit\u00e9s . Projets .","publisher":{"@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#\/schema\/person\/201a1fef0f5c2897bd65e98bcf6b1179"},"potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":["Person","Organization"],"@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#\/schema\/person\/201a1fef0f5c2897bd65e98bcf6b1179","name":"danahilliot","image":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#\/schema\/person\/image\/","url":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/50801449407_a909f2c1ad_k.jpg","contentUrl":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/50801449407_a909f2c1ad_k.jpg","width":2048,"height":1536,"caption":"danahilliot"},"logo":{"@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#\/schema\/person\/image\/"}},{"@type":"Person","@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#\/schema\/person\/2f9b92e9fff19bccc36638b10510d5ae","name":"danah","image":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#\/schema\/person\/image\/","url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/ed6349755e1d97f204277de3d09fc6ac31abd856835c8ea3c3a30d0aa84b0ddd?s=96&d=mm&r=g","contentUrl":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/ed6349755e1d97f204277de3d09fc6ac31abd856835c8ea3c3a30d0aa84b0ddd?s=96&d=mm&r=g","caption":"danah"},"url":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/author\/danah\/"}]}},"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3672","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3672"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3672\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3678,"href":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3672\/revisions\/3678"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3675"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3672"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3672"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3672"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}