{"id":2423,"date":"2014-08-07T13:16:00","date_gmt":"2014-08-07T12:16:00","guid":{"rendered":"https:\/\/outsiderland.com\/dehors\/?p=137"},"modified":"2014-08-07T13:16:00","modified_gmt":"2014-08-07T12:16:00","slug":"du-temps-ou-le-village-comptait-six-cafes-dont-3-restaurants","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/du-temps-ou-le-village-comptait-six-cafes-dont-3-restaurants\/","title":{"rendered":"Du temps o\u00f9 le village comptait six caf\u00e9s dont 3 restaurants"},"content":{"rendered":"<p>Jour d&rsquo;\u00e9lection, jour de neige. Pas grand monde dans les rues du village. \u00c0 L. qui fait le service au \u00a0caf\u00e9 (notre caf\u00e9, celui du village, on y tient, il a r\u00e9-ouvert miraculeusement il y a deux ans) : \u00ab y&rsquo;a personne ce matin ? \u00bb Elle pense que c&rsquo;est \u00e0 cause du mauvais temps. Je fais un gros c\u00e2lin \u00e0 Capi, le border-collie de L., et Capou, mon compagnon Spitz grimpe sur mes genoux pour lire le journal avec moi et grignoter un pain aux raisins. Ambiance m\u00e9lancolique. Je songe \u00e0 l&rsquo;avenir de ce village, \u00e0 l&rsquo;avenir de tous les\u00a0villages. Ici \u00e7a ne va pas trop mal \u00e0 bien y penser. Mais les choses peuvent mal tourner dans les ann\u00e9es qui viennent. Le pays se meurt, et \u00e7a date pas d&rsquo;hier. Un vieil homme que j&rsquo;ai crois\u00e9 au sommet de la Sagne du Porc l&rsquo;autre jour, tandis qu&rsquo;on admirait la Plan\u00e8ze de l\u00e0-haut, m&rsquo;a dit que dans les ann\u00e9es 60, on trouvait \u00e0 Valu\u00e9jols, 6 caf\u00e9s dont 3 faisaient aussi restaurant. Le caf\u00e9 qui reste aujourd&rsquo;hui, il n&rsquo;a donc r\u00e9-ouvert qu&rsquo;il y a deux ans, avec la boulangerie. Avant notre arriv\u00e9e donc, il n&rsquo;y avait plus rien. Le lotissement dans lequel nous habitons a permis une l\u00e9g\u00e8re augmentation de la population, le maintien de trois classes dans l&rsquo;\u00e9cole \u2014 mais d\u00e9j\u00e0, les choses se g\u00e2tent. Comme ce jeune couple qui se s\u00e9pare \u00e0 peine install\u00e9. Est-ce que quelqu&rsquo;un va racheter leur maison neuve ? Le maire du village me faisait remarquer que la partie n&rsquo;\u00e9tait pas gagn\u00e9e, des gens s&rsquo;installent, mais la plupart sont des retrait\u00e9s. Et, mon amie, qui a fait du porte \u00e0 porte pour les \u00e9lections, a vu toutes ces personnes \u00e2g\u00e9es, et m\u00eame tr\u00e8s \u00e2g\u00e9es, calfeutr\u00e9es dans leur maison, des gens qu&rsquo;on ne voit pas dehors, des gens qui ne vont pas tarder \u00e0 nous quitter. C&rsquo;est difficile d&rsquo;imaginer l&rsquo;avenir de ce pays et de ce village. On est pour ainsi dire en sursis. Mais d&rsquo;autres, dans des coins plus recul\u00e9s, ils ne sont m\u00eame plus en sursis : ils sont d\u00e9j\u00e0 morts. Il n&rsquo;y a plus rien. Quelques dizaines d&rsquo;habitants et voil\u00e0.<\/p>\n<p><strong>Remarques d\u00e9mographiques<\/strong><\/p>\n<p>Le dernier document de synth\u00e8se de l&rsquo;INSEE est sans appel : d\u00e9sormais, nous ne comptons plus pour rien \u2014 ou presque. Presque rien. Jacques L\u00e9vy, g\u00e9ographe et cartographe, dans son dernier livre, <em>R\u00e9inventer la France<\/em>, nous range, nous, les habitants de cette partie du Cantal, dans les zones qu\u2019il appelle \u00abinterstitielles\u00bb, zones qui se glissent entre les aires urbaines, au-del\u00e0 m\u00eame des zones p\u00e9ri-urbaines. Ces aires d&rsquo;influence urbaine sont immenses, sur les cartes que le g\u00e9ographe dessine. Bien que l\u2019espace dans lequel nous habitons, dans nos minuscules villages, s\u2019\u00e9tende \u00ab\u00e0 perte de vue\u00bb, notre importance, tant d\u00e9mographique qu\u2019\u00e9conomique, tend au n\u00e9ant, si on la met en balance avec l\u2019importance de n\u2019importe quelle aire urbaine digne de ce nom. Jacques L\u00e9vy a raison. Nos pays sont menac\u00e9s de disparition, tout bonnement et simplement. Il ne faudrait pas grand chose, un changement des politiques publiques men\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent et\u00a0qui sont,\u00a0quoi qu\u2019on en pense (et je suis d\u2019accord avec Jacques L\u00e9vy sur ce point), favorables \u00e0 ces territoires interstitiels, pour que le coup de gr\u00e2ce nous soit donn\u00e9 (supposons ne serait-ce qu\u2019un instant que la manne europ\u00e9enne qui maintient des pays comme le Cantal sous perfusion se tarisse, ou, ce qui revient quasiment au m\u00eame, que les\u00a0politiques agricoles cessent de soutenir les territoires de montagne).<\/p>\n<p>Sur le territoire de la commune o\u00f9 je vis, habitent 547 personnes, occupant un espace dont la superficie s\u2019\u00e9tend sur 38 km2. La densit\u00e9 de population humaine, (car, on compterait les vaches, il en irait tout autrement), s\u2019\u00e9l\u00e8ve p\u00e9niblement \u00e0 14 habitants au km2. Par la fen\u00eatre de la maison que j&rsquo;habite, je vois surtout des chiens, des chats, des vaches, des lapins \u2014 et m\u00eame, de plus en plus fr\u00e9quemment, un renard, des chevreuils, et des belettes. Les seuls moteur que j&rsquo;entends sont ceux des tracteurs des paysans voisins qui\u00a0sont \u00e0 leu travail. Nous ne sommes pas les plus mal lotis. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, un lotissement a \u00e9merg\u00e9 d\u2019un pr\u00e9 \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du village, j\u2019occupe un des maisons de ce lotissement et j\u2019ai pour voisin une dizaine de r\u00e9sidents, dont plusieurs jeunes couples avec enfants. L\u2019\u00e9cole, par cons\u00e9quent, a \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9e \u00e0 ouvrir une troisi\u00e8me classe. Sur le plateau du C\u00e9zallier, par contre, non loin d\u2019ici, certains villages disparaissent. Le village de Montgreleix, situ\u00e9 \u00e0 1250 m\u00e8tres d\u2019altitude, comptait encore 67 habitants \u00e0 la fin du si\u00e8cle dernier. Au dernier recensement, qui date de 2011, ils ne seraient plus qu\u2019une quarantaine. Au d\u00e9but du vingti\u00e8me si\u00e8cle, le village a compt\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 557 \u00e2mes. Le tableau ci-dessous, emprunt\u00e9 \u00e0 l\u2019<a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Montgreleix\" target=\"_blank\">article de Wikipedia<\/a> au sujet de ce village, rend compte de cette \u00e9volution d\u00e9mographique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table class=\"wikitable\" style=\"table-layout: fixed; width: 100%; text-align: center; margin-top: 1px; line-height: 110%; margin-bottom: 0; font-size: 95%;\">\n<caption style=\"margin-bottom: 10px;\"><b>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00c9volution de la population \u00a0<small>[<a title=\"Mod\u00e8le:Donn\u00e9es\/Montgreleix\/\u00e9volution population\" href=\"\/wiki\/Mod%C3%A8le:Donn%C3%A9es\/Montgreleix\/%C3%A9volution_population\">modifier<\/a>]<\/small><\/b><\/caption>\n<tbody>\n<tr>\n<th style=\"background-color: #ddffdd;\" scope=\"col\">1793<\/th>\n<th style=\"background-color: #ddffdd;\" scope=\"col\">1800<\/th>\n<th style=\"background-color: #ddffdd;\" scope=\"col\">1806<\/th>\n<th style=\"background-color: #ddffdd;\" scope=\"col\">1821<\/th>\n<th style=\"background-color: #ddffdd;\" scope=\"col\">1831<\/th>\n<th style=\"background-color: #ddffdd;\" scope=\"col\">1836<\/th>\n<th style=\"background-color: #ddffdd;\" scope=\"col\">1841<\/th>\n<th style=\"background-color: #ddffdd;\" scope=\"col\">1846<\/th>\n<th style=\"background-color: #ddffdd;\" scope=\"col\">1851<\/th>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"background: #F9F9F9;\">408<\/td>\n<td style=\"background: #F9F9F9;\">418<\/td>\n<td style=\"background: #F9F9F9;\">511<\/td>\n<td style=\"background: #F9F9F9;\">455<\/td>\n<td style=\"background: #F9F9F9;\">460<\/td>\n<td style=\"background: #F9F9F9;\">480<\/td>\n<td style=\"background: #F9F9F9;\">533<\/td>\n<td style=\"background: #F9F9F9;\">526<\/td>\n<td style=\"background: #F9F9F9;\">518<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<table class=\"wikitable\" style=\"table-layout: fixed; width: 100%; text-align: center; margin-top: 10px; line-height: 110%; margin-bottom: 0; font-size: 95%;\">\n<caption class=\"hidden\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00c9volution de la population \u00a0<small>[<a title=\"Mod\u00e8le:Donn\u00e9es\/Montgreleix\/\u00e9volution population\" href=\"\/wiki\/Mod%C3%A8le:Donn%C3%A9es\/Montgreleix\/%C3%A9volution_population\">modifier<\/a>]<\/small>, suite (1)<\/caption>\n<tbody>\n<tr>\n<th style=\"background-color: #ddffdd;\" scope=\"col\">1856<\/th>\n<th style=\"background-color: #ddffdd;\" scope=\"col\">1861<\/th>\n<th style=\"background-color: #ddffdd;\" scope=\"col\">1866<\/th>\n<th style=\"background-color: #ddffdd;\" scope=\"col\">1872<\/th>\n<th style=\"background-color: #ddffdd;\" scope=\"col\">1876<\/th>\n<th style=\"background-color: #ddffdd;\" scope=\"col\">1881<\/th>\n<th style=\"background-color: #ddffdd;\" scope=\"col\">1886<\/th>\n<th style=\"background-color: #ddffdd;\" scope=\"col\">1891<\/th>\n<th style=\"background-color: #ddffdd;\" scope=\"col\">1896<\/th>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"background: #F9F9F9;\">511<\/td>\n<td style=\"background: #F9F9F9;\">511<\/td>\n<td style=\"background: #F9F9F9;\">482<\/td>\n<td style=\"background: #F9F9F9;\">539<\/td>\n<td style=\"background: #F9F9F9;\">553<\/td>\n<td style=\"background: #F9F9F9;\">531<\/td>\n<td style=\"background: #F9F9F9;\">603<\/td>\n<td style=\"background: #F9F9F9;\">503<\/td>\n<td style=\"background: #F9F9F9;\">513<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<table class=\"wikitable\" style=\"table-layout: fixed; width: 100%; text-align: center; margin-top: 10px; line-height: 110%; margin-bottom: 0; font-size: 95%;\">\n<caption class=\"hidden\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00c9volution de la population \u00a0<small>[<a title=\"Mod\u00e8le:Donn\u00e9es\/Montgreleix\/\u00e9volution population\" href=\"\/wiki\/Mod%C3%A8le:Donn%C3%A9es\/Montgreleix\/%C3%A9volution_population\">modifier<\/a>]<\/small>, suite (2)<\/caption>\n<tbody>\n<tr>\n<th style=\"background-color: #ddffdd;\" scope=\"col\">1901<\/th>\n<th style=\"background-color: #ddffdd;\" scope=\"col\">1906<\/th>\n<th style=\"background-color: #ddffdd;\" scope=\"col\">1911<\/th>\n<th style=\"background-color: #ddffdd;\" scope=\"col\">1921<\/th>\n<th style=\"background-color: #ddffdd;\" scope=\"col\">1926<\/th>\n<th style=\"background-color: #ddffdd;\" scope=\"col\">1931<\/th>\n<th style=\"background-color: #ddffdd;\" scope=\"col\">1936<\/th>\n<th style=\"background-color: #ddffdd;\" scope=\"col\">1946<\/th>\n<th style=\"background-color: #ddffdd;\" scope=\"col\">1954<\/th>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"background: #F9F9F9;\">527<\/td>\n<td style=\"background: #F9F9F9;\">535<\/td>\n<td style=\"background: #F9F9F9;\">559<\/td>\n<td style=\"background: #F9F9F9;\">317<\/td>\n<td style=\"background: #F9F9F9;\">293<\/td>\n<td style=\"background: #F9F9F9;\">293<\/td>\n<td style=\"background: #F9F9F9;\">248<\/td>\n<td style=\"background: #F9F9F9;\">201<\/td>\n<td style=\"background: #F9F9F9;\">167<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<table class=\"wikitable\" style=\"table-layout: fixed; width: 100%; text-align: center; margin-top: 10px; line-height: 110%; margin-bottom: 0; font-size: 95%;\">\n<caption class=\"hidden\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00c9volution de la population \u00a0<small>[<a title=\"Mod\u00e8le:Donn\u00e9es\/Montgreleix\/\u00e9volution population\" href=\"\/wiki\/Mod%C3%A8le:Donn%C3%A9es\/Montgreleix\/%C3%A9volution_population\">modifier<\/a>]<\/small>, suite (3)<\/caption>\n<tbody>\n<tr>\n<th style=\"background-color: #ddffdd;\" scope=\"col\">1962<\/th>\n<th style=\"background-color: #ddffdd;\" scope=\"col\">1968<\/th>\n<th style=\"background-color: #ddffdd;\" scope=\"col\">1975<\/th>\n<th style=\"background-color: #ddffdd;\" scope=\"col\">1982<\/th>\n<th style=\"background-color: #ddffdd;\" scope=\"col\">1990<\/th>\n<th style=\"background-color: #ddffdd;\" scope=\"col\">1999<\/th>\n<th style=\"background-color: #ddffdd;\" scope=\"col\">2006<\/th>\n<th style=\"background-color: #ddffdd;\" scope=\"col\">2011<\/th>\n<th style=\"background-color: #ddffdd;\" scope=\"col\">&#8211;<\/th>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"background: #F9F9F9;\">128<\/td>\n<td style=\"background: #F9F9F9;\">116<\/td>\n<td style=\"background: #F9F9F9;\">113<\/td>\n<td style=\"background: #F9F9F9;\">91<\/td>\n<td style=\"background: #F9F9F9;\">57<\/td>\n<td style=\"background: #F9F9F9;\">67<\/td>\n<td style=\"background: #F9F9F9;\">56<\/td>\n<td style=\"background: #F9F9F9;\">40<\/td>\n<td style=\"background: #F9F9F9;\">&#8211;<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>(<a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Montgreleix\" target=\"_blank\">source : Wikipedia<\/a>)<\/p>\n<p>Le destin d\u00e9mographique du village de Montgreleix est li\u00e9 \u00e0 sa situation g\u00e9ographique \u2014 la commune est extraordinairement enclav\u00e9e, les routes qui en permettent l\u2019acc\u00e8s sont \u00e9troites et sinueuses \u2014, et \u00e0 la rudesse de l\u2019hiver, lequel dure longtemps, parfois de novembre \u00e0 la fin du mois de mai, et bien souvent il faut attendre le passage des engins de d\u00e9neigement avant d\u2019esp\u00e9rer grimper au village ou en sortir. Le maire du village, croisant quelques ouvriers en b\u00e2timent itin\u00e9rants travaillant dans une commune voisine, des gars venus de Roumanie, le genre de gars qui n\u2019ont pas bonne presse en ce moment, les a approch\u00e9s, leur a demand\u00e9s si par hasard, \u00e7a leur disait un emploi au village. Une des derni\u00e8res\u00a0entreprises du village\u00a0a pour objet\u00a0la restauration de\u00a0b\u00e2timents anciens, s\u2019occupe de travaux publics, et manque cruellement de personnel. Les roumains ont dit oui, se sont install\u00e9s \u00e0 Montgreleix, et comme la vie sur les hauteurs leur convenait manifestement, ils ont rapatri\u00e9 femmes et enfants, si bien qu\u2019aujourd\u2019hui, le village compte des familles roumaines. J\u2019ignore si les habitants voient cette arriv\u00e9e d\u2019un bon \u0153il ou pas. Il est fr\u00e9quent dans nos campagnes qu\u2019on s\u2019efforce de faire venir un m\u00e9decin \u00e9tranger, parce que les m\u00e9decins fran\u00e7ais n\u2019ont pas envie de s\u2019installer ici, ou bien parce qu&rsquo;ils ont peur, ce qui revient au m\u00eame. Pour en avoir discut\u00e9 assez vaguement avec quelques clients du bar de mon village, je n\u2019ai pas l\u2019impression que \u00e7a d\u00e9range outre mesure, l\u2019arriv\u00e9e de ces \u00e9trangers. On dit : \u00ab Ces \u00e9trangers, \u00e7a ne les d\u00e9range pas non plus de venir travailler chez nous, alors que les fran\u00e7ais qualifi\u00e9s, les ouvriers, les m\u00e9decins, \u00e7a ne leur fait pas envie. Que voulez-vous ? D\u00e9j\u00e0 que les m\u00e9decins fran\u00e7ais, on leur fait un pont en or pour combler le vide des d\u00e9serts m\u00e9dicaux, comme ils disent, comme ils disent dans les villes bien entendu, d\u00e9j\u00e0 qu\u2019on les re\u00e7oit, quand il y a un jeune qui condescend \u00e0 venir travailler chez nous, comme des h\u00e9ros, comme s\u2019il faisait l\u00e0 un sacrifice extraordinaire, non vraiment, des gens comme \u00e7a, s\u2019ils nous m\u00e9prisent \u00e0 ce point, qu\u2019ils restent chez eux, et on accueillera avec plaisir ceux qui ne font pas tant les difficiles. \u00bb Je retranscris \u00e0 la vol\u00e9e et de m\u00e9moire ce que j\u2019ai entendu au comptoir du bar de mon village, mais je dois admettre que cette t\u00e2che n\u2019est pas difficile dans la mesure o\u00f9\u00a0je pense comme eux. Car je pense comme eux. Et sur bien des points, parce que je vis ici depuis maintenant dix ans, j\u2019ai appris \u00e0 penser comme et avec eux, partageant, partiellement mais tout de m\u00eame, une\u00a0m\u00eame exp\u00e9rience, localis\u00e9e et quotidienne.<\/p>\n<p>Toutefois, mon village, compar\u00e9 au village de Mongreleix, n\u2019es pas dans une si mauvaise passe. La population se stabilise, voire, s\u2019accro\u00eet un peu. Il faut toutefois se m\u00e9fier des chiffres et ne pas trop s\u2019enthousiasmer quand le d\u00e9clin de la population semble se ralentir. Je n\u2019oublie pas, en premier lieu, que la commune comptait encore, en 1968,\u00a0\u00a0833 habitants. La grande exode rurale a boulevers\u00e9 la d\u00e9mographie de mani\u00e8re brutale au d\u00e9but des ann\u00e9es 70, si bien que, sept ann\u00e9es apr\u00e8s, le chiffre n\u2019atteignaient m\u00eame pas 700 habitants. La diminution n\u2019a pas cess\u00e9 jusqu\u2019en l\u2019an 2000, apr\u00e8s quoi le nombre d\u2019habitants s\u2019est certes stabilis\u00e9. Mais il faut \u00e9galement observer, quand on s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la dynamique d\u00e9mographique,\u00a0la pyramide des \u00e2ges. On compte 38 jeunes pour 100 adultes en 2007 dans le Cantal, rapport sup\u00e9rieur \u00e0 celui observ\u00e9 en France, et le taux de natalit\u00e9 ne compense pas le taux de mortalit\u00e9. Les projections r\u00e9alis\u00e9es par l\u2019INSEE sur la d\u00e9cennie \u00e0 venir sont nettement orient\u00e9es \u00e0 la baisse \u00e0 moins d\u2019un \u00e9v\u00e9nement migratoire d\u2019envergure (mais on ne le voit pas venir). Il peut para\u00eetre alors \u00e9tonnant, compte tenu de la pyramide des \u00e2ges que la population se stabilise dans le d\u00e9partement depuis dix ans \u00a0: on s\u2019attendrait \u00e0 ce qu\u2019elle diminue. Mais, comme le rel\u00e8ve le\u00a0rapport de l\u2019INSEE, il existe un mouvement migratoire favorable qui vient compenser les d\u00e9parts. Le probl\u00e8me, c\u2019est que ce mouvement migratoire favorable concerne principalement des populations retrait\u00e9s, alors que, dans le m\u00eame temps, les d\u00e9parts touchent d\u2019abord les jeunes adultes. Donc, paradoxalement, \u00e9nonce L\u2019INSEE, \u00ab (\u2026) \u00a0les\u00a0mouvements migratoires tendent \u00e0 accentuer le vieillissement de la\u00a0population et donc \u00e0 terme le\u00a0d\u00e9ficit naturel \u00bb. Selon le sc\u00e9nario central de l\u2019institut d\u2019analyse d\u00e9mographique, la situation devrait empirer : De 2005 \u00e0 2030, selon les\u00a0m\u00eames hypoth\u00e8ses d\u00e9mographiques (sc\u00e9nario central), la\u00a0population fran\u00e7aise m\u00e9tropolitaine augmenterait de 11\u00a0% et celle de l\u2019Auvergne resterait stable (\u2212\u00a00,2\u00a0%). Par rapport au\u00a0sc\u00e9nario central, la\u00a0situation d\u00e9mographique cantalienne serait bien plus d\u00e9favorable dans les\u00a0cas o\u00f9 la\u00a0f\u00e9condit\u00e9 et les\u00a0apports migratoires se r\u00e9duiraient. La\u00a0baisse de population pourrait alors atteindre 13\u00a0%.\u00a0Le vieillissement de la population, dans les projections les plus radicales, conduirait le Cantal \u00e0 pr\u00e9senter en 2030 un bilan propre \u00e0 glacer le sang de tous ceux qui \u0153uvrent pour le d\u00e9veloppement \u00e9conomique du territoire :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab De 2005 \u00e0 2030, suivant le\u00a0sc\u00e9nario central, le nombre d\u2019habitants du\u00a0Cantal ayant plus de 60\u00a0ans augmenterait de plus de 35\u00a0%. Le\u00a0nombre d\u2019habitants \u00e2g\u00e9s de 60\u00a0ans ou plus pour 100\u00a0jeunes de moins de 20\u00a0ans progresserait de 148 en 2005 \u00e0 275 en 2030. Ce ratio serait le\u00a0plus important des\u00a0d\u00e9partements fran\u00e7ais. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Logiquement, la baisse des actifs se poursuivrait, les perspectives de d\u00e9veloppement \u00e9conomique s\u2019av\u00e9reraient\u00a0d\u00e8s lors extr\u00eamement sombres, \u00e0 moins que de nouveaux d\u00e9bouch\u00e9s professionnels propres au territoire \u00e9mergent. Et, parmi ces activit\u00e9s, on imagine bien qu\u2019elles devraient \u00eatre tourn\u00e9es en premier lieu vers un public de personnes non seulement \u00e2g\u00e9es, mais aussi tr\u00e8s \u00e2g\u00e9es. Se pourrait-il qu\u2019\u00e0 l\u2019avenir le pays soit divis\u00e9 entre d\u2019une part une majorit\u00e9 de personnes \u00e2g\u00e9es, et d\u2019autre part, une minorit\u00e9 d\u2019actifs s\u2019adonnant d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre \u00e0 faciliter et accompagner la vie des premi\u00e8res\u00a0? Quel avenir donc pour nos campagnes et pour ce plateau sur lequel je vis d\u00e9sormais \u2014 et que peut-\u00eatre bient\u00f4t j\u2019habiterai en tant que personne \u00e2g\u00e9e \u00e0 mon tour ?<\/p>\n<p><strong>Un Pays sans paysan<\/strong><\/p>\n<p>M\u00eame si les paysans ne repr\u00e9sentent plus que 7% des actifs dans le d\u00e9partement, alors que le chiffre ne d\u00e9passe plus gu\u00e8re 4% en France, on peut supposer que ce pourcentage grimpe si on ne prend en compte que les arrondissements de Saint-Flour ou Mauriac, largement moins urbanis\u00e9s que celui d\u2019Aurillac. La survie de l\u2019activit\u00e9 agricole dans ce pays d\u2019\u00e9levage est menac\u00e9e si on consid\u00e8re qu\u2019actuellement, en Auvergne, seuls deux d\u00e9parts sur trois sont compens\u00e9s par des n\u00e9o-installations ou des reprises. Avec les difficult\u00e9s sp\u00e9cifiques \u00e0 l\u2019agriculture de montagne, essentiellement de l\u2019\u00e9levage bovin, laitier ou allaitant, il est \u00e0 craindre qu\u2019\u00e0 l\u2019avenir nombre d\u2019exploitations soient tout bonnement abandonn\u00e9es. Sur un territoire o\u00f9 l\u2019on compte bien plus d\u2019animaux d\u2019\u00e9levage que d\u2019habitants, un territoire litt\u00e9ralement dessin\u00e9 par les prairies d\u2019herbage et d\u2019estives \u2014 et en moyenne montagne, les troupeaux grimpent\u00a0jusque sur les cr\u00eates les plus \u00e9lev\u00e9es \u2014, il est \u00e9vident que la perspective d\u2019une rar\u00e9faction de l\u2019\u00e9levage entra\u00eenera une modification visible du paysage que nous connaissons. On s\u2019en inqui\u00e8te. Souvent de la mani\u00e8re suivante : \u00ab Sans les paysans, la montagne et les for\u00eats seront livr\u00e9es \u00e0 elle-m\u00eame\u00bb. Jean-Claude Gu\u00e9not, dans son livre\u00a0<em>Quelle \u00e9thique pour la nature ?\u00a0<\/em>paru aux Editions EDISUD, cite un extrait d\u2019une carte de voeux d\u2019un institut agricole pyr\u00e9n\u00e9en, exprimant la m\u00eame inqui\u00e9tude :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Une montagne sans paysans n\u2019est plus qu\u2019une friche hirsute, un jardin \u00e0 l\u2019abandon, un squelette d\u00e9charn\u00e9, sans \u00e2me, sans pass\u00e9 ni avenir. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Je ne ferai (pas maintenant) l\u2019\u00e9loge paradoxal de ces friches hirsutes \u2014 Jean-Claude Gu\u00e9not et d\u2019autres le font avec talent et comp\u00e9tences \u2014, je voudrais juste essayer d\u2019imaginer ce qui se joue dans nos imaginaires et ce qui gouverne nos logiques quand nous exprimons la crainte d\u2019une \u00ab nature laiss\u00e9e \u00e0 l\u2019abandon \u00bb.<\/p>\n<p><strong>Un paysage forc\u00e9ment anthropis\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Les repr\u00e9sentations de la nature qui sous-tendent ce genre de plaintes concernant la d\u00e9sertification des campagnes appartiennent en r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 plusieurs registres, parfois intimement m\u00eal\u00e9s. L\u2019horreur de la friche (le paysage abandonn\u00e9 par les hommes) et l\u2019id\u00e9al d\u2019une nature d\u00e9shumanis\u00e9e (le <em>wilderness <\/em>\u00e0 l&rsquo;am\u00e9ricaine) marquent les deux limites des conceptions (et des politiques)\u00a0contemporaines de la nature.\u00a0\u00a0Il est tout \u00e0 fait banal de relever que la nature dont nous parlons est un milieu fortement anthropis\u00e9, am\u00e9nag\u00e9 de mani\u00e8re plus ou moins manifeste par l\u2019homme en fonction de ses besoins et aspirations.<\/p>\n<p>Les hauts-plateaux (au-dessus de 1000 m) qui s\u2019\u00e9tendent tout autour de chez nous pr\u00e9sentent une succession infinie de prairies d\u00e9limit\u00e9es en parcelles. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, des haies dites champ\u00eatres ont pouss\u00e9 autour de ces parcelles, transformant en peu de temps la steppe en une \u00e9bauche de bocage (pas encore aussi dense qu\u2019ailleurs, mais la tendance est \u00e9vidente). Les milieux humides qui pars\u00e8ment ces vastes espaces sont d\u00e9sormais d\u00e9limit\u00e9s eux aussi, des sentiers ont \u00e9t\u00e9 trac\u00e9s ou restaur\u00e9s qui permettent de les visiter, souvent agr\u00e9ment\u00e9s de panneaux p\u00e9dagogiques. L\u2019esprit de l\u2019homme et son activit\u00e9 sont \u00e9videmment \u00e0 l\u2019origine de ces prairies, ce bocage renaissant et de ces sentiers de visite des milieux humides. Le paysage tel qu\u2019il se pr\u00e9sente \u00e0 nos yeux est en grande partie dessin\u00e9 par la volont\u00e9 humaine. Le d\u00e9ploiement de haies champ\u00eatres fait l\u2019objet d\u2019un plan d\u00e9partemental\u00a0: les arbres hors for\u00eat jouent un r\u00f4le de brise vent, fort appr\u00e9ciable dans un pays de neige, elles prot\u00e8gent les troupeaux, servent de r\u00e9serve d\u2019eau, fonctionnant comme des \u00e9ponges, sont source de biodiversit\u00e9, les oiseaux et les petits mammif\u00e8res appr\u00e9ciant d\u2019y trouver refuge, elles fournissent m\u00eame du bois (il m\u2019arrive souvent d\u2019aller y ramasser des branches s\u00e8ches pour nourrir mon po\u00eale), luttent contre l\u2019\u00e9rosion des sols et absorbent les produits, nitrates et pesticides, utilis\u00e9s par les cultures adjacentes (quand bien m\u00eame cette utilisation est d\u00e9sormais extr\u00eamement r\u00e9duite chez nous). Enfin, explique le d\u00e9pliant du Conseil G\u00e9n\u00e9ral du Cantal\u00a0: \u00ab Elles contribuent \u00e0 l\u2019identit\u00e9 de paysages ruraux vari\u00e9s \u00bb. La brochure note aussi qu\u2019il n\u2019est pas facile de changer les mentalit\u00e9s des agriculteurs locaux, \u00e0 qui l\u2019on demandait autrefois d\u2019arracher les haies sauvages. Des compensations financi\u00e8res, nerf de la guerre des politiques d\u2019am\u00e9nagement du territoire, aident grandement \u00e0 faire \u00e9voluer les mentalit\u00e9s. La mise en valeur des milieux humides entre dans le cadre d\u2019une politique de protection environnementale, les fameuses <em>zones natura 2000<\/em> qui ponctuent d\u00e9sormais la carte du pays. Sur les plateaux de la Plan\u00e8ze, l\u2019\u00e9crevisse \u00e0 pattes blanches, le triton et le buzards des marais suscitent les contraintes qui p\u00e8sent d\u00e9sormais sur les usagers des prairies travers\u00e9es par des ruisseaux ou bordant ce que nous appelons ici des narses.<\/p>\n<p>Ce territoire a beau \u00eatre, comme je l\u2019indiquais dans un premier moment de mon expos\u00e9, un des moins peupl\u00e9 du pays, il est n\u00e9anmoins \u00e0 cet endroit marqu\u00e9 de part en part d\u2019une intentionnalit\u00e9 humaine. Les paysans exploitent la terre, les environnementalistes prot\u00e8gent les esp\u00e8ces menac\u00e9es, quelques villages et quelques fermes diss\u00e9min\u00e9s sur le plateau sont li\u00e9s par des routes ou des chemins gravillon\u00e9s. \u00c0 la belle saison, les vaches principalement, occupent tout l\u2019espace, \u00e0 l\u2019automne, chasseurs et cueilleurs de champignons arpentent la prairie et les bois, et l\u2019hiver, la neige recouvre tout. Il est difficile d\u2019imaginer \u00e0 quoi ressembleraient ces plateaux herbeux en cas de d\u00e9prise agricole massive. La connaissance du pass\u00e9 ne nous aide que mod\u00e9r\u00e9ment. Les effets de l\u2019occupation humaine modifient le paysage depuis des si\u00e8cles, et pour ce qui est de ce coin du Cantal, probablement depuis le n\u00e9olithique. Le climat, les \u00e9v\u00e9nements naturels, du type temp\u00eate, constituent des facteurs de changement extraordinairement puissants. Sans l\u2019intervention de l\u2019homme, verrait-on l\u2019extension des tourbi\u00e8res, et, malgr\u00e9 le vent, l\u2019accroissement progressive de zones bois\u00e9es\u00a0? Sans les troupeaux, la faune sauvage investirait probablement les lieux. Les chasseurs sont vieillissants par chez nous, imaginons qu\u2019il n\u2019y en ait plus, jusqu\u2019o\u00f9 irait l\u2019augmentation des populations d\u2019animaux sauvages\u00a0? Cette augmentation favoriserait-elle le retour de grands pr\u00e9dateurs\u00a0?<\/p>\n<p><strong>L\u2019Esth\u00e9tique pour les touristes<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab Une montagne sans paysans n\u2019est plus qu\u2019une friche hirsute, un jardin \u00e0 l\u2019abandon, un squelette d\u00e9charn\u00e9, sans \u00e2me, sans pass\u00e9 ni avenir \u00bb. Avec moins de lyrisme, un paysan de Margeride m\u2019a tenu \u00e0 peu pr\u00e8s ce propos. En ajoutant, sans trop de conviction\u00a0: \u00ab Comment faire venir des touristes si rien n\u2019est am\u00e9nag\u00e9 pour les recevoir\u00a0? \u00bb. Le tourisme, et le d\u00e9sir suppos\u00e9 des touristes, fournit en r\u00e9alit\u00e9 la cl\u00e9 de l\u2019argument esth\u00e9tique qui condamne les zones \u00ab abandonn\u00e9es \u00bb au profit des zones \u00ab am\u00e9nag\u00e9es\u00bb. L\u2019activit\u00e9 d\u2019accueil des touristes est devenu depuis quelques d\u00e9cennies un atout \u00e9conomique majeur des pays ruraux. Le territoire se pr\u00e9sente d\u00e9sormais au monde qui l\u2019entoure avec la langue, la grammaire et l\u2019imagerie des brochures touristiques. M\u00eame les habitants les plus indiff\u00e9rents \u00e0 la \u00ab beaut\u00e9 des paysages \u00bb ont int\u00e9gr\u00e9 l\u2019id\u00e9e, avec plus ou moins de sinc\u00e9rit\u00e9, selon laquelle\u00a0\u00abon vit dans un beau pays tout de m\u00eame\u00bb. Les \u00e9v\u00e9nements marquants du calendrier sont organis\u00e9s en fonction des p\u00e9riodes touristiques, et notamment des vacances scolaires\u00a0: les offices du tourisme, relay\u00e9s par les m\u00e9dias locaux et les acteurs eux-m\u00eames, s\u2019efforcent de r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019attente de ces visiteurs toujours incertains, mais qu\u2019il s\u2019agit d\u2019attirer et d\u2019inciter \u00e0 demeurer le plus longtemps possible. Le paysage est beau au sens o\u00f9 le touriste est susceptible d\u2019en \u00e9prouver la beaut\u00e9. Le parc naturel r\u00e9gional des volcans d\u2019Auvergne occupe le c\u0153ur du d\u00e9partement. La nature par ici est r\u00e9put\u00e9e sauvage, pr\u00e9serv\u00e9e, prot\u00e9g\u00e9e. C\u2019est un argument central des brochures touristiques. Mais dans le m\u00eame temps, on pr\u00e9sente le massif comme une terre d\u2019aventure sportive, notamment autour de la station du Lioran \u2014 on devine les d\u00e9gats sur l\u2019environnement que repr\u00e9sente le d\u00e9ploiement d\u2019une station de sports d\u2019hiver par exemple. Mais il y a pire\u00a0: dans certains coins, on organise des \u00ab\u00a0randonn\u00e9es\u00a0\u00bb en 4\u00d74, dont on peut difficilement minimiser l\u2019impact \u2014 et on vante des lieux remarquables, tel le fameux Puy Mary, qui fait l\u2019objet de r\u00e9am\u00e9nagements constants depuis plusieurs ann\u00e9es, et qui, est assez logiquement victime de son succ\u00e8s\u00a0: les routes qui conduisent au pied du sommet sont totalement engorg\u00e9es l\u2019\u00e9t\u00e9, des embouteillages de plusieurs kilom\u00e8tres en rendent l&rsquo;acc\u00e8s tout bonnement impossible. Des embouteillages interminables au c\u0153ur d\u2019une nature pr\u00e9serv\u00e9e. On doute du plaisir esth\u00e9tique procur\u00e9 par cet indigeste p\u00e9riple. En dehors de la saison touristique, toutefois, force est de reconna\u00eetre qu\u2019on ne croise pas grand monde aux abords des montagnes et sur les sommets, except\u00e9s les paysans qui travaillent pr\u00e8s des troupeaux au printemps et en \u00e9t\u00e9, les chasseurs et les cueilleurs de champignons en automne, de rares skieurs sauvages sur le massif en hiver, et quelques promeneurs dont je suis. Du coup, les grands espaces vierges, si on veut signifier par l\u00e0 une certaine raret\u00e9 des humains, c\u2019est hors saison qu\u2019on les d\u00e9couvre. Le tourisme, dans nos r\u00e9gions est essentiellement estival, et, de d\u00e9cembre \u00e0 f\u00e9vrier, centr\u00e9 sur la station de sport d\u2019hiver. Les gens qui s\u2019installent en \u00e9t\u00e9, quand le pays est en pleine effervescence touristique \u2014 on plaisante \u00e0 ce sujet en disant que la p\u00e9riode touristique commence le 15 juillet et se finit le 15 ao\u00fbt \u2014\u00a0d\u00e9couvrent \u00e0 l\u2019approche de l\u2019hiver une morne saison, une saison creuse en comparaison de l\u2019\u00e9t\u00e9. On pr\u00e9dit souvent \u00e0 propos des nouveaux venus\u00a0: ceux-l\u00e0 ne tiendront pas l\u2019hiver, comme une sorte de d\u00e9fi lanc\u00e9 aux imp\u00e9trants. Les amoureux de la nature \u00ab\u00a0sauvage\u00a0\u00bb, dont je suis, vous diront qu\u2019ils pr\u00e9f\u00e8rent le Cantal de septembre \u00e0 mai, et des montagnes qu\u2019on ne pr\u00e9sente pas dans les catalogues touristiques.<\/p>\n<p><strong>La question du sauvage est politique<\/strong><\/p>\n<p>Ces lieux o\u00f9 l\u2019homme est rare, sinon absent, qu\u2019alors on dira \u00ab sauvage \u00bb, il n\u2019en manque pourtant pas. Il arrive d\u2019ailleurs qu\u2019on s\u2019y perde voire qu\u2019on y meurt, car la montagne et ses abords peuvent se transformer en terrains\u00a0tout \u00e0 fait inhospitaliers\u00a0: il suffit que la tourmente se l\u00e8ve, que le froid transforme la neige en glace, ou que le brouillard s\u2019\u00e9tende sur les plateaux. Chaque ann\u00e9e, on d\u00e9plore la disparition d\u2019un p\u00eacheur en eaux vives tomb\u00e9 dans un ravin, d\u2019un cueilleur de champignons \u00e9gar\u00e9 dans les bois : \u00e0 la saison froide, se retrouver coinc\u00e9 avec une cheville en vrac ou une blessure plus cons\u00e9quente, sans t\u00e9l\u00e9phone portable, si tant est qu\u2019une connexion soit possible, au milieu de nulle part, \u00e7a ne pardonne pas. D\u2019une certaine mani\u00e8re, les al\u00e9as du climat montagnard peuvent rendre le territoire, tout am\u00e9nag\u00e9 qu\u2019il soit, soudainement \u00absauvage\u00bb. Certains vallons encaiss\u00e9s n\u2019ont sans doute pas \u00e9t\u00e9 foul\u00e9s par le pied de l\u2019homme depuis des ann\u00e9es, les cerfs et les chevreuils investissent les lieux et font pression sur les espaces bois\u00e9s alentours, au d\u00e9sespoir des exploitants forestiers. Sur certaines communes, avec la d\u00e9prise agricole, le nombre d\u00e9croissant de chasseurs en activit\u00e9,\u00a0 la population qui diminue, et les propri\u00e9taires forestiers qui laissent leurs parcelles \u00e0 l\u2019abandon, les interactions entre l\u2019homme et les milieux naturels sont devenues quasiment nulles. Et le promeneur qui s\u2019aventure dans ces endroits d\u00e9sert\u00e9s par l\u2019homme se sent facilement l\u2019\u00e2me d\u2019un explorateur. \u00c0 l\u2019\u00e9vidence, ces lieux ne sont pas attirants pour le touriste\u00a0: les sentiers d\u2019autrefois sont recouverts de broussaille, la for\u00eat, dense et sauvage, n\u2019a rien du taillis clair des bois am\u00e9nag\u00e9s, on y trouve une masse de bois mort consid\u00e9rable, elle a tous les aspects de ce que les adversaires du sauvage qualifient de \u00abfriche\u00bb.<\/p>\n<p>Le sentiment que procurent de tels espaces varie \u00e9videmment en fonction de celui qui les d\u00e9couvre\u00a0: le naturaliste explorateur se r\u00e9jouit, y trouve de la beaut\u00e9, l\u00e0 o\u00f9 le paysan, fort de ses souvenirs d\u2019enfance, \u00e9prouve peut-\u00eatre la nostalgie du temps o\u00f9 ces espaces \u00e9taient investis par le travail de l\u2019homme, l\u2019agent touristique cherche \u00e0 \u00e9valuer si les qualit\u00e9s du paysage valent la peine qu\u2019on proc\u00e8de \u00e0 des am\u00e9nagements, tandis que l\u2019\u00e9cologiste se demande s\u2019il se trouve des esp\u00e8ces dont la protection justifierait un classement en zone natura 2000. Je caricature \u00e9videmment. Mais le d\u00e9bat autour de ces espaces redevenus sauvages, dont la part globable\u00a0risque d\u2019augmenter dans les ann\u00e9es \u00e0 venir, se d\u00e9cline autour de positions de ce genre, difficiles \u00e0 concilier. La question du sauvage est\u00a0une question essentiellement politique. Et elle est intimement li\u00e9e, en ce d\u00e9but de mill\u00e9naire \u00e0 deux enjeux qui d\u00e9pendent \u00e9galement de la volont\u00e9 politique\u00a0: la survie du monde agricole et l\u2019am\u00e9nagement touristique. Ces trois th\u00e9matiques, le sauvage, l\u2019agriculture et le tourisme, peuvent \u00eatre li\u00e9s dans une probl\u00e9matique plus globale, que les d\u00e9cideurs politiques pr\u00e9sentent souvent sous la forme d\u2019une question angoiss\u00e9e\u00a0: quel avenir pour nos territoires ruraux\u00a0? La survie du territoire constitue en effet un <em>leitmotiv<\/em> r\u00e9current, et m\u00eame le\u00a0<em>terminus ante quem<\/em>\u00a0de toute r\u00e9flexion concernant l\u2019environnement. Comment pourrait-il en \u00eatre autrement\u00a0? La mission des acteurs en charge du territoire, \u00e9lus locaux et fonctionnaires territoriaux au premier chef, ne consiste pas \u00e0 favoriser la d\u00e9sertification du pays, mais \u00e0 contribuer \u00e0 renforcer son attractivit\u00e9, laquelle se traduirait dans l\u2019id\u00e9al par l\u2019arriv\u00e9e de nouveaux habitants, l\u2019installation de nouvelles entreprises, et, \u00e0 d\u00e9faut d\u2019id\u00e9al, par la p\u00e9rennisation des activit\u00e9s existantes et le maintien d\u2019une d\u00e9mographie acceptable.<\/p>\n<p>Cette mission d\u00e9pend essentiellement de la volont\u00e9 politique. Pour deux raisons\u00a0: premi\u00e8rement, les citoyens ruraux sont de moins ne moins nombreux et par cons\u00e9quent le poids qu\u2019il p\u00e8se \u00e9lectoralement s\u2019amenuise d\u2019autant, et, deuxi\u00e8mement, la conservation d\u2019une activit\u00e9 m\u00eame minimale dans les campagnes co\u00fbte cher, d\u2019autant plus si ces campagnes sont \u00e9loign\u00e9es de communaut\u00e9s urbaines importantes. Du coup, Jacques L\u00e9vy a raison de souligner le prix que co\u00fbte \u00ab l\u2019entretien des campagnes \u00bb, ainsi que le poids politique d\u00e9mesur\u00e9, d\u2019un point de vue d\u00e9mographique, des multiples potentats locaux qui subsistent et contribuent \u00e0 aggraver la complexit\u00e9 absurde du mille-feuille territorial.\u00a0\u00a0La v\u00e9rit\u00e9 c\u2019est que nos\u00a0\u00e9leveurs de moyenne montagne, qui font la fiert\u00e9 du pays si l\u2019on en croit les brochures touristiques et les discours des politiques locaux, vivent pour la plupart sous perfusion \u00e9conomique\u00a0: le montant des aides europ\u00e9ennes conditionne la survie des paysans, bien plus que les al\u00e9as climatiques. Sans volont\u00e9 politique, l\u2019agriculture de march\u00e9 dispara\u00eetrait purement et simplement. Maintenir des services acceptables et des r\u00e9seaux de transports publics dans les zones rurales n\u2019est possible qu\u2019en faisant jouer la solidarit\u00e9 inter-territoriale. On sent bien que cette derni\u00e8re, qui est contrainte par des lois de compensation, c\u2019est-\u00e0-dire par une volont\u00e9 politique, ne va pas de soi. Mais d\u00e9sormais, ce plan pour les paysans se double d\u2019un plan pour les touristes, et, plus g\u00e9n\u00e9ralement, des amateurs de la vie \u00e0 la campagne. Les paysans deviennent bon an mal an, \u00e0 titre de compensation pour l\u2019aide qu\u2019on leur octroie, des acteurs du tourisme. Certains en tirent profit, d\u2019autres moins, voire aucunement. Les contraintes qui p\u00e8sent sur l\u2019activit\u00e9 agricole, contraintes encore plus ou moins\u00a0accept\u00e9es par les paysans eux-m\u00eames (mais, dans le cas des producteurs en agriculture biologique, revendiqu\u00e9es), contribuent en retour \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration de l\u2019image des pays ruraux. Dans nos montagnes, les troupeaux d\u2019estives constituent sans nul doute un aspect valorisant pour les visiteurs urbains\u00a0: les animaux \u00e9lev\u00e9s en plein air semblent en meilleur sant\u00e9 et plus \u00ab\u00e9panouis\u00bb (<em>sic<\/em>) que les animaux confin\u00e9s dans des usines \u00e0 b\u00e9tail (c\u2019est vrai dans la mesure o\u00f9 ces animaux b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019un confort de vie incomparable vis-\u00e0-vis de ces morts-vivants livr\u00e9s \u00e0 la folie de l\u2019industrie de la viande, mais on cache soigneusement le fait que nombre de ces broutards\u00a0aper\u00e7us dans la montagne sont vou\u00e9s \u00e0 \u00eatre\u00a0engraiss\u00e9s\u00a0en Italie par exemple).\u00a0<span style=\"font-family: inherit; font-size: inherit; font-style: inherit; font-variant: inherit; font-weight: inherit; line-height: inherit;\">Les responsables\u00a0touristiques apprennent aux habitants\u00a0\u00e0 vanter la beaut\u00e9 des territoires d\u2019\u00e9levage. Les\u00a0march\u00e9s de pays et les visites de ferme, ponctu\u00e9es de d\u00e9gustation gastronomique, font partie des \u00e9tapes oblig\u00e9es de la\u00a0d\u00e9couverte du pays : mais il n\u2019est pas si facile de transformer les habitants en agents touristiques. <\/span><\/p>\n<p>Et on peut s\u2019inqui\u00e9ter d\u2019une politique de la ruralit\u00e9\u00a0centr\u00e9e exclusivement sur le tourisme : les touristes viennent parfois, et\u00a0parfois, ils ne viennent pas \u2014 leur pr\u00e9sence \u00a0et leur contribution \u00e0 l\u2019\u00e9conomie du pays qu\u2019ils visitent d\u00e9pendent des conditions m\u00e9t\u00e9orologiques, de l\u2019\u00e9tat de leur porte-monnaie, de la concurrence des autres r\u00e9gions touristiques, d\u2019une mode construite en partie par les campagnes publicitaires. Les commer\u00e7ants s\u2019en plaignent : il y a des ann\u00e9es avec et des ann\u00e9es sans. Les touristes, j\u2019en ai entendu, se plaignent de leur c\u00f4t\u00e9 parfois des conditions d\u2019accueil pas forc\u00e9ment adapt\u00e9es aux exigences contemporaines \u2014 pour de petits communes souvent endett\u00e9es, disposant de ressources extr\u00eamement limit\u00e9es, il n\u2019est d\u00e9j\u00e0 pas facile de fournir des services corrects \u00e0 la population r\u00e9sidant \u00e0 l\u2019ann\u00e9e, alors, quand il s\u2019agit d\u2019investir pour l\u2019am\u00e9lioration de l\u2019accueil d\u2019\u00e9ventuels touristes, on y regarde \u00e0 deux fois. M\u00eame les randonneurs, d\u00e9sormais, r\u00e9clament un niveau de confort que peu de communes peuvent offrir. J\u2019ai vu passer un \u00e9t\u00e9 sur le GR4 qui traverse mon village deux randonneurs d\u2019une soixantaine d\u2019ann\u00e9es. En proie \u00e0 l\u2019indignation, ils m\u2019ont expos\u00e9 leurs griefs : le village ne compte pas d\u2019h\u00e9bergement correct \u00e0 leurs yeux, au caf\u00e9, on ne leur a servi qu\u2019un maigre sandwich en guise de d\u00e9jeuner, en d\u00e9but d\u2019apr\u00e8s-midi, les rares commerces \u00e9taient ferm\u00e9s, et le sentier autour du village \u00e9tait tellement mal entretenu, \u00e0 cause de l\u2019activit\u00e9 agricole (sic), qu\u2019ils s\u2019\u00e9taient perdus. \u00ab Une honte ! \u00bb, et d\u2019ajouter, je cite : \u00ab On est retrait\u00e9, on a de l\u2019argent, on est pr\u00eat \u00e0 le d\u00e9penser dans vos villages, et vous \u00eates incapables de profiter de notre argent ! Faudra pas vous plaindre ensuite de vivre dans la mis\u00e8re ! \u00bb Cette petite sc\u00e8ne t\u00e9moigne \u00e0 la fois d\u2019un arrogance des populations urbaines ais\u00e9es vis-\u00e0-vis des campagnes, arrogance qui insupporte les habitants d\u2019ici, mais \u00e9galement de l\u2019\u00e9cart parfois d\u00e9lirant entre la communication publicitaire touristique et la r\u00e9alit\u00e9 du terrain. J\u2019ai r\u00e9pondu en substance, et en col\u00e8re : \u00ab Des touristes comme vous, j\u2019en vois passer \u00e0 tout casser deux par semaine. Nous, nous vivons ici toute l\u2019ann\u00e9e. On ne va pas transformer le village en station de tourisme pour quelques retrait\u00e9s fortun\u00e9s. Et si \u00e7a peut vous rassurer, non, nous n\u2019avons pas besoin de vous, on se d\u00e9brouille tr\u00e8s bien sans votre argent. \u00bb Ce qui est vrai d\u2019ailleurs, on ne se d\u00e9brouille sans doute pas si bien que \u00e7a, mais on se d\u00e9brouille. <strong> L\u2019injustice spatiale selon Jacques L\u00e9vy<\/strong> Jacques L\u00e9vy, dans son livre\u00a0<em>R\u00e9inventer la France<\/em>, part du principe que le pays\u00a0est d\u00e9sormais quasiment totalement urbanis\u00e9, d\u00e9nonce le caract\u00e8re obsol\u00e8te des\u00a0politiques de la\u00a0ruralit\u00e9: elles sont en effet porteuses d\u2019injustice spatiale (car les villes, et notamment les classes moyennes des villes payent en d\u00e9finitive pour les campagnes), et ce fait le conduit \u00e0 militer assez explicitement pour un renforcement de l\u2019organisation spatiale et \u00e9conomique assum\u00e9e des territoires autour de quelques grands centres urbains. Ce recentrage sur les villes aurait des avantages \u00e0 tous les niveaux, non seulement au niveau \u00e9conomique (car on concentre les infrastructures productives, les transports, les commerces, les services, etc) mais \u00e9galement, et par voie de cons\u00e9quence, au niveau environnemental.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Si tous les habitants de la France m\u00e9tropolitaine vivaient dans une seule ville ayant la densit\u00e9 de Paris <em>i<\/em>ntra muros\u00a0ils n\u2019auraient besoin que de 3000 km 2 soit \u00e0 peine plus de la moiti\u00e9 de la surface d\u2019un d\u00e9partement moyen. Les 94 % restants seraient vides d\u2019hommes et pourraient \u00eatre consacr\u00e9s \u00e0 une agriculture respectueuse de l\u2019environnement ou \u00e0 des parcs naturels \u00bb (p.85)<\/p><\/blockquote>\n<p>En effet, le maintien d\u2019une population \u00e9parse et restreinte sur de vastes territoires oblige \u00e0\u00a0l\u2019entretien d\u2019infrastructures lourdes, notamment en mati\u00e8re de transports, et le maintien de services publics et d\u2019une activit\u00e9 \u00e9conomique minimale suppose des aides\u00a0\u00e0 l\u2019installation et au maintien de l\u2019activit\u00e9, et\u00a0donc une d\u00e9pense\u00a0par usager importante. Dans les villes, l\u2019investissement profite \u00e0 beaucoup, et dans les campagnes, un investissement comparable profite \u00e0 peu de gens. Logique apparemment imparable. La redistribution de la richesse produite dans le pays, principalement par les villes, profite aux campagnes, en suivant\u00a0une r\u00e8gle in\u00e9quitable selon Jacques L\u00e9vy. D\u00e8s lors, une certaine logique, pouss\u00e9e \u00e0 bout, et propos\u00e9e par Levy \u00e0 titre de fiction\u00a0(une\u00a0proposition provocatrice), conclurait au bien fond\u00e9 d\u2019une conversion totale des campagnes en territoire agricole (le grenier de la France \u00e9tendu \u00e0 toutes les zones peu habit\u00e9es) et en r\u00e9serves de biodiversit\u00e9 (en parcs naturels). Du point de vue qu\u2019adopte Jacques L\u00e9vy,\u00a0respectueux des \u00e9quilibres g\u00e9ographiques et sociologiques r\u00e9els du pays, ce raisonnement et ces conclusions sont imparables. Ce point de vue est non seulement celui de la justice spatiale, mais il est \u00e9galement, et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019on peut tout de m\u00eame \u00e9mettre quelques objections, un point de vue urbain, c\u2019est-\u00e0-dire\u00a0<em>a priori<\/em>\u00a0favorable au d\u00e9ploiement d\u2019un mode de vie sp\u00e9cifiquement\u00a0urbain. La faiblesse du raisonnement, c\u2019est qu\u2019il semble ignorer la complexit\u00e9 des questions agricoles et environnementales. Autrement dit, la mani\u00e8re dont il r\u00e8gle le sort des 94 % du territoire qui manifestement l&rsquo;int\u00e9resse assez peu, est extr\u00eamement discutable.<\/p>\n<p>Les territoires \u00abruraux\u00bb, en effet, sont d\u00e9j\u00e0 en grande partie, m\u00eame si le ph\u00e9nom\u00e8ne de d\u00e9prise agricole est manifeste dans les zones les\u00a0moins favorables et les plus isol\u00e9es, occup\u00e9s et model\u00e9s par l\u2019activit\u00e9 agricole. Faire que cette activit\u00e9 devienne majoritairement \u00abrespectueuse de l\u2019environnement\u00bb exigerait\u00a0non seulement une r\u00e9volution \u00a0des politiques agricoles europ\u00e9enne et fran\u00e7aise mais une reconversion de la quasi-totalit\u00e9 des exploitants qui travaillent actuellement. Quand on \u00e9coute les discours du principal syndicat agricole du pays, quand on conna\u00eet la pression des lobbys en vue de radicaliser l\u2019industrialisation de l\u2019\u00e9levage ou leurs efforts incessants pour inonder l\u2019Europe des semences OGM et de biotechnologies, le combat n\u2019est pas gagn\u00e9 d\u2019avance. L\u2019id\u00e9al de concentration capitaliste laisse plut\u00f4t craindre le d\u00e9veloppement de m\u00e9ga-structures de production, des usines d\u2019engraissement animal r\u00e9unissant des milliers de b\u00eates confin\u00e9es sur des surfaces minimes \u2014 l\u2019industrialisation de l\u2019agriculture fran\u00e7aise n\u2019est pas achev\u00e9e,\u00a0disent les tenants du productivisme forcen\u00e9. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, la tendance \u00e0 la multiplication de petites exploitations aux activit\u00e9s vari\u00e9es, d\u00e9di\u00e9es \u00e0 la transformation sur place et\u00a0\u00e0 la commercialisation des produits\u00a0en circuit court, et pr\u00f4nant des pratiques \u00ab respectueuses de l\u2019environnement\u00bb est bien r\u00e9elle et constitue le projet explicite de nombreux n\u00e9o-paysans, tout en s\u00e9duisant les consommateurs et une partie de l\u2019opinion publique. N\u00e9anmoins, la diminution du nombre d\u2019exploitations, l\u2019accroissement des surfaces agricoles utilis\u00e9es, la disparition des petites exploitations au profit des plus grosses, l&rsquo;accaparement des terres pour des projets qui n&rsquo;ont souvent aucun rapport avec l&rsquo;agriculture, et ont pour effet de monter les prix d&rsquo;achat et d&rsquo;interdire toute reprise agricole dans certains endroits, ces tendances constituent\u00a0un\u00a0mouvement encore largement majoritaire.\u00a0Ces deux mod\u00e8les d\u2019agriculture se traduisent dans des occupations de l\u2019espace diam\u00e9tralement oppos\u00e9es et dessinent donc des paysages tout \u00e0 fait diff\u00e9rents.\u00a0La petite exploitation en polyculture pr\u00e9sente, dans des espaces restreints, une\u00a0grande vari\u00e9t\u00e9 paysag\u00e8re : une petite ferme biologique en Margeride que j\u2019ai eu l\u2019occasion de visiter, situ\u00e9e sur les contreforts nord de la montagne,\u00a0dispose, autour d\u2019un b\u00e2timent moderne et fonctionnel (recouvert de panneaux solaires) et d\u2019un petit atelier de transformation et de vente, des pr\u00e9s pour les bovins, des sous-bois pour les ch\u00e8vres et les cochons, des parcelles r\u00e9serv\u00e9es \u00e0 la culture de c\u00e9r\u00e9ales fourrag\u00e8res et de l\u00e9gumes (\u00e0 destination domestique), un petit \u00e9tang o\u00f9 l\u2019on peut p\u00eacher \u00e0 l\u2019occasion. Toute une famille vit des activit\u00e9s de cette ferme qui commercialise tous ces produits en circuit court. Parfois, ces petites exploitations exercent \u00e9galement une activit\u00e9 d\u2019accueil et d\u2019h\u00e9bergement de visiteurs\u00a0ou de classes vertes.\u00a0Le second mod\u00e8le, que Jocelyne Porcher appelle l&rsquo;\u00abusine \u00e0 viande\u00bb, dans lequel \u00ab\u00a0On extrait le \u00ab minerai \u00bb de porc du corps des truies comme on extrait le charbon de la mine \u00bb, l&rsquo;exploitation est concentr\u00e9e dans un b\u00e2timent high tech,\u00a0les p\u00e2tures sont r\u00e9duites ou bien inexistantes (les animaux peuvent \u00eatre nourris exclusivement avec des produits produits industriellement), et, comme dans le cas de la d\u00e9j\u00e0 fameuse (et si mal nomm\u00e9e) \u00ab ferme des mille vaches \u00bb, on maximise la rentabilit\u00e9 (et le profit) en fabriquant, en plus du lait, de l&rsquo;\u00e9nergie \u00e0 partir du m\u00e9thane (voir<a href=\"http:\/\/enviedepaysans.fr\/blog\/2013\/10\/tout-comprendre-aux-1000-vaches\/\" target=\"_blank\"> l&rsquo;infographie<\/a> \u00e9clairante de\u00a0la Conf\u00e9d\u00e9ration Paysanne, syndicat fortement oppos\u00e9 au projet). Au niveau spatial, ce genre d&rsquo;usine implique un usage particulier des terres\u00a0: on pourra faire tenir ces vaches et leurs veaux dans 8500 m2, et leurs d\u00e9jections seront r\u00e9parties sur 3000 hectares de terrain agricole. Au niveau social, les promoteurs de ce projet vante les 18 emplois qui seront cr\u00e9\u00e9s dans l&rsquo;usine \u2014 mais on aura t\u00f4t fait de r\u00e9torquer que 1000 vaches et leurs veaux \u00e9lev\u00e9s dans des fermes traditionnelles occuperaient facilement une quarantaine de paysans. Et je doute qu&rsquo;on puisse comparer l&rsquo;activit\u00e9 des futurs salari\u00e9s de la ferme des mille vaches avec celui d&rsquo;un \u00e9leveur \u00e0 son compte. Ce n&rsquo;est certes pas le m\u00eame m\u00e9tier, et cela ne cr\u00e9e par autant de liens sociaux qu&rsquo;en cr\u00e9e une ferme situ\u00e9e aux alentours d&rsquo;un village. Sans parler des conditions de vie des animaux exploit\u00e9s dans cette usine (certainement \u00e0 grand renfort de r\u00e9glementation sur le \u00ab bien-\u00eatre \u00bb animal, mais qui ne changeront rien au fait que la taille d&rsquo;un box n&rsquo;atteindra jamais la superficie d&rsquo;un pr\u00e9). Les animaux seront invisibles \u2014 mais y&rsquo;aura-t-il encore des habitants pour (ne pas) les voir ?<\/p>\n<p>L&rsquo;autre faiblesse de la vision qu&rsquo;a jacques L\u00e9vy du futur des zones \u00ab\u00a0interstitielles\u00a0\u00bb, tient \u00e0 sa conception d&rsquo;un environnement sain. Cette id\u00e9e selon laquelle un territoire\u00a0\u00abvide d\u2019hommes\u00bb\u00a0constituerait le destin le plus d\u00e9sirable \u00ab\u00e9cologiquement\u00bb pour les espaces \u00e0 la d\u00e9mographie d\u00e9croissante, a \u00e9t\u00e9 battue en br\u00e8che depuis fort longtemps par la plupart des scientifiques et rel\u00e8ve\u00a0du\u00a0fantasme pur et simple. C&rsquo;est notamment vrai en Europe, o\u00f9 les espaces naturels ont toujours \u00e9t\u00e9 fortement anthropis\u00e9s (ce qui est en r\u00e9alit\u00e9 le cas sur la quasi-totalit\u00e9 de la plan\u00e8te, et \u00e7a ne date pas d&rsquo;hier) : la biodiversit\u00e9 que nous connaissons\u00a0et que nous souhaitons d\u00e9fendre n&rsquo;est pas le r\u00e9sultat d&rsquo;une nature pr\u00e9serv\u00e9e de la pr\u00e9sence humaine. La plupart des zones pr\u00e9serv\u00e9es en France (les parcs r\u00e9gionaux et nationaux, les zones natura 2000), int\u00e8grent les activit\u00e9s humaines existantes en instaurant des r\u00e8gles pour pr\u00e9venir la surexploitation des ressources. Dans la zone \u00ab interstitielle \u00bb o\u00f9 je vis, situ\u00e9e sur le parc r\u00e9gional des Volcans d&rsquo;Auvergne, la faune et la flore sauvages se portent ma foi fort bien, nombreux sont les naturalistes qui s&rsquo;extasient de la richesse de notre r\u00e9gion, et rien n&rsquo;assure que les choses iraient mieux pour la diversit\u00e9 si les hommes s&rsquo;en absentaient soudainement. Si ces territoires perdaient leurs villages et leur habitants, je crains plut\u00f4t que la situation n&#8217;empire\u00a0: ce qui freine les investisseurs et les compagnies p\u00e9troli\u00e8res pour le moment, c&rsquo;est la l\u00e9gislation fran\u00e7aise et la r\u00e9sistance de ceux qui vivent aux abords des zones riches en hydrocarbures (non-conventionnelles comme on dit). La l\u00e9gislation peut changer, les lobbys font pression en ce sens, mais les populations ne se laisseront pas faire.<\/p>\n<p>Je suis d&rsquo;accord avec jacques L\u00e9vy\u00a0quand il s&rsquo;agit de d\u00e9noncer les potentats locaux et les d\u00e9penses parfois absurdes que font des communes modestes : quel int\u00e9r\u00eat y&rsquo;a-t-il \u00e0 ce que chaque village ait sa salle des f\u00eates, son gymnase, et j&rsquo;en passe. Les intercommunalit\u00e9s, m\u00eame dans les zones \u00ab\u00a0interstitielles\u00a0\u00bb peuvent fonctionner\u00a0en regroupant les services publics, et vu l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;endettement de la plupart des communes rurales, c&rsquo;est de toutes fa\u00e7ons ce qui est d\u00e9j\u00e0 en train de se passer : on f\u00e9d\u00e9ralise les investissements, on partage les espaces publics. Il n&#8217;emp\u00eache, le maintien d&rsquo;une population rurale a bien un co\u00fbt, que ses habitants ne peuvent assumer seuls. C&rsquo;est un fait. Chez nous, par exemple, l&rsquo;entretien des routes, des r\u00e9seaux d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et d&rsquo;eau, sans parler du\u00a0d\u00e9neigement occupent une part \u00e9norme dans le budget des d\u00e9partements et des communes. Les transports en commun sont quasiment inexistants (voir totalement comme dans la commune o\u00f9 j&rsquo;habite). Du point de vue \u00e9conomique nous sommes, nous les habitants de ces villages, une aberration, nous ne produisons qu&rsquo;extr\u00eamement peu de richesses, et au contraire, nous sommes en dette permanente vis-\u00e0-vis des villes. Du point de vue d\u00e9mographique, nous comptons pour rien ou presque, mais nous fournissons tout de m\u00eame des \u00e9lus, dont la voix compte autant que celle des \u00e9lus des grandes communaut\u00e9s urbaines : notre poids politique est donc disproportionn\u00e9. Si l&rsquo;on croise ces deux perspectives, alors le co\u00fbt du maintien (sous perfusion) de la ruralit\u00e9 constitue typiquement une injustice spatiale. Mais\u00a0un projet politique ne saurait \u00eatre dict\u00e9 uniquement par des consid\u00e9rations \u00e9conomiques. On peut certes attendre que les campagnes se d\u00e9peuplent enti\u00e8rement et retournent \u00ab \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat sauvage \u00bb. Mais en attendant on y trouve encore des gens, aussi \u00e9tonnant que \u00e7a puisse para\u00eetre, qui ont choisi d&rsquo;y vivre, et qui ne supporteraient pas d&rsquo;habiter les espaces urbanis\u00e9s, malgr\u00e9 leur confort et la richesse de leurs services.<\/p>\n<p><strong>Pour ne pas conclure (un extrait de mon journal) :<\/strong><\/p>\n<p>24 novembre Au village ce matin\u00a0: Crois\u00e9 l\u2019\u00e9pici\u00e8re du village \u2013 c\u2019est dur ces derniers jours tout de m\u00eame, je lui fais. C\u2019est l\u2019hiver, elle r\u00e9pond. Sourire en coin. Elle a toujours v\u00e9cu au village. Nous, on est arriv\u00e9 l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, en d\u00e9cembre \u2013 on a donc d\u00e9j\u00e0 tenu tout une saison, et l\u2019hiver, l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, a dur\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la fin mai. C\u2019est juste, dis-je \u00e0 L\u00e6titia, qui tient le bar\/boulangerie, les routes, je n\u2019aime pas conduire sur ces routes, je ne suis vraiment pas \u00e0 l\u2019aise en conduisant, hier, je me suis vautr\u00e9 dans les cong\u00e8res sur la route de Luc, deux costauds m\u2019ont d\u00e9pann\u00e9, et j\u2019ai eu toutes les peines du monde \u00e0 remonter jusqu\u2019\u00e0 chez moi. Trois jours qu\u2019on n\u2019a pas boug\u00e9 d\u2019ici. On a de quoi manger dans le r\u00e9frig\u00e9rateur, et du bois pour tout l\u2019hiver. De quoi tenir un si\u00e8ge. Plus de connexion internet. Plus de t\u00e9l\u00e9phone. Hier, au salon de coiffure du village, une dame a d\u00e9barqu\u00e9 du village voisin. Elle est venue \u00e0 pied. Trois kilom\u00e8tres dans la neige. \u00c7a ne me fait pas peur, dit-elle. Par la fen\u00eatre j\u2019observe les maisons voisines. Le lotissement\u00a0: d\u2019un calme olympien. C\u2019est dimanche et tous font preuve de sagesse\u00a0: les voitures sont gar\u00e9es, les habitants restent au chaud entre les murs de leur maison, les chemin\u00e9es fument. L\u2019hiver. Les services techniques se sont r\u00e9solus \u00e0 fermer une des deux routes qui m\u00e8nent \u00e0 la d\u00e9partementale. C\u2019est un \u00e9v\u00e9nement assez rare, me dit-on. C\u2019est une route \u00e0 cong\u00e8res, et le vent qui souffle sans discontinuer depuis trois jours ram\u00e8ne la neige accumul\u00e9e dans les pr\u00e9s sur la couche de glace qui noircit la route. Avec les temp\u00e9ratures glaciales, le r\u00e9sultat est imparable\u00a0: le chasse neige a beau s\u2019escrimer, le vent s\u2019empresse de recouvrir la trou\u00e9e qu\u2019il vient juste de percer dans l\u2019amas de neige. Les habitants viennent prendre une photographie du panneau Route Barr\u00e9e. Nos amis de Carpentras, dit le mari de la coiffeuse, vont en faire une t\u00eate. Les habitants se s\u00e9parent en deux castes\u00a0: ceux que les conditions climatiques n\u2019effraient en rien, et ceux que \u00e7a paralyse. Je fais partie du second groupe. J\u2019aime la neige, j\u2019aime l\u2019hiver, mais je crains la conduite sur ces routes verglac\u00e9es et pi\u00e9geuses. Les gens qui vivent ici ne se plaignent pas. On trouve bien\u00a0quelques r\u00e2leurs, mais ils sont rares. On aurait envie de leur dire : si \u00e7a ne vous pla\u00eet pas, l&rsquo;\u00e9tat des routes, le d\u00e9neigement qui se fait moins bien qu&rsquo;avant (parce que le Conseil G\u00e9n\u00e9ral n&rsquo;a plus assez de moyens), le manque d&rsquo;activit\u00e9s culturelles, les vaches qui s&rsquo;\u00e9chappent de leur pr\u00e9 et vont dans les jardins, les chiens qui divaguent dans le village, les odeurs de fumier quand le vent est au sud, si \u00e7a ne vous convient pas, h\u00e9 bien\u00a0pourquoi n&rsquo;allez vous pas vivre en ville ? \u2014 ceux qui ne se plaignent pas, qui constituent\u00a0l&rsquo;immense majorit\u00e9, n&rsquo;envisageraient pas de vivre ailleurs qu&rsquo;ici. Beaucoup ont go\u00fbt\u00e9 aux plaisirs de la vie tr\u00e9pidante des villes, certains y sont n\u00e9s, les n\u00e9o-ruraux sont de plus en plus nombreux, et parmi ceux qui sont n\u00e9s au pays, beaucoup sont partis\u00a0travailler dans leur jeunesse \u00e0 Clermont-Ferrand ou \u00e0 Paris (c&rsquo;est l\u00e0 une tradition auvergnate), puis ils sont revenus.\u00a0Pourquoi r\u00e9siste-t-il au pouvoir d&rsquo;attraction des villes ? Et pourquoi, les touristes quittent-ils les villes pour\u00a0visiter nos\u00a0pays d\u00e8s qu&rsquo;ils en ont l&rsquo;occasion ? Peut-\u00eatre faudrait-il aussi se poser ce genre de question : comment les gens veulent vivre ? Quels paysages souhaitent-ils habiter\u00a0? Pourquoi ici plut\u00f4t qu&rsquo;ailleurs ? Il me semble qu&rsquo;on pourrait m\u00eame commencer, si l&rsquo;on entreprend\u00a0d&rsquo;imaginer l&rsquo;avenir des mondes ruraux, par poser ce genre de questions.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jour d&rsquo;\u00e9lection, jour de neige. 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