{"id":86,"date":"2018-10-05T11:37:33","date_gmt":"2018-10-05T11:37:33","guid":{"rendered":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/?page_id=86"},"modified":"2018-10-05T11:37:33","modified_gmt":"2018-10-05T11:37:33","slug":"le-trou","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/le-trou\/","title":{"rendered":"Le Trou"},"content":{"rendered":"<p class=\"western\">Je vais mourir. Aron Ralston, quand il a pens\u00e9 qu&rsquo;il allait mourir, a sans doute dit quelque chose comme : \u00ab quelle absurde fa\u00e7on de mourir ! \u00bb. C&rsquo;est aussi la pens\u00e9e qui me vient. Mais \u00e0 la diff\u00e9rence d&rsquo;Aron Ralston, qui agonisait \u00e0 l&rsquo;endroit o\u00f9 il avait toujours souhait\u00e9 vivre, au fond d&rsquo;un canyon en crue dans le d\u00e9sert du Nevada, moi, je r\u00e2lerais mes derniers souffles sous une bouche d\u2019\u00e9gout. Aron Ralstron se pr\u00e9parait \u00e0 mourir en h\u00e9ros, je me pr\u00e9parais \u00e0 tr\u00e9passer comme un rat.<\/p>\n<p class=\"western\">Si l&rsquo;exemple d&rsquo;Aron Ralstron s&rsquo;impose \u00e0 moi dans ces circonstances, c&rsquo;est parce que j&rsquo;ai vu le film qu&rsquo;un cin\u00e9aste am\u00e9ricain lui a consacr\u00e9 la semaine derni\u00e8re. Ce film m&rsquo;a boulevers\u00e9 comme si l&rsquo;histoire me concernait d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre. Je sais maintenant que l&rsquo;angoisse que j&rsquo;\u00e9prouvais durant la projection, en m&rsquo;accrochant f\u00e9brilement au fauteuil, \u00e9tait pr\u00e9monitoire. C&rsquo;est l&rsquo;histoire d&rsquo;un type qui se balade au fond d&rsquo;un canyon, son bras se retrouve coinc\u00e9 par accident sous un rocher d&rsquo;une tonne, il est seul, au milieu du d\u00e9sert, il lui est impossible de se d\u00e9gager du pi\u00e8ge qui s&rsquo;est referm\u00e9 sur lui, \u00e0 moins de s&rsquo;arracher litt\u00e9ralement l&rsquo;avant-bras. Ce qu&rsquo;il fait. Son calvaire dure cent-vingt-sept heures, c&rsquo;est le titre du film.<\/p>\n<p class=\"western\">Moi aussi, \u00e0 ma mani\u00e8re, je suis coinc\u00e9. Litt\u00e9ralement. Je pr\u00e9f\u00e9rerais \u00eatre coinc\u00e9 m\u00e9taphoriquement. Au fond d&rsquo;une ruelle obscure dans une bouche d\u2019\u00e9gout, \u00e0 environ cinquante m\u00e8tres de chez moi. Il m&rsquo;est difficile de raconter ce qui m&rsquo;est arriv\u00e9, comment je m&rsquo;y suis pris pour me foutre dans un p\u00e9trin pareil. Mon histoire se pr\u00eate difficilement au romanesque. Si je n&rsquo;\u00e9tais pas encore tellement en col\u00e8re, si ne me sentais pas aussi d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, je pourrais \u00e0 la limite en tirer une histoire burlesque, parodique. Mais je n&rsquo;en suis pas encore arriv\u00e9 au stade o\u00f9 je pourrais rire de mon aventure, je ne poss\u00e8de \u00e0 aucun degr\u00e9 cette facult\u00e9 dont d&rsquo;autres jouissent \u00e0 rire d&rsquo;eux-m\u00eames, l&rsquo;auto-d\u00e9rision n&rsquo;est pas mon fort, on m&rsquo;a assez reproch\u00e9, elle m&rsquo;a assez reproch\u00e9, de manquer d&rsquo;humour, je ne vois pas comment, apr\u00e8s une telle catastrophe, l&rsquo;humour dont je suis habituellement d\u00e9pourvu me viendrait \u00e0 l&rsquo;esprit, pour le moment, j&rsquo;ai beau retourner la chose en tout sens, je n&rsquo;y vois rien d&rsquo;autre qu&rsquo;une fichue trag\u00e9die, une farce path\u00e9tique, un emmerdement maximum, un merdier inimaginable.<\/p>\n<p class=\"western\">Il m&rsquo;est impossible de m&rsquo;arracher \u00e0 ce pi\u00e8ge \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;Aron Ralstrom : il faudrait pour cela me couper en deux, litt\u00e9ralement, m&rsquo;amputer de la moiti\u00e9 du corps. Je me suis demand\u00e9 quelle serait la partie dont la perte serait la moins p\u00e9nible \u00e0 tol\u00e9rer : le bassin et les jambes, la partie actuellement \u00e9merg\u00e9e, qui se d\u00e9bat path\u00e9tiquement sur la chauss\u00e9e ? Ou bien le thorax et la t\u00eate, la partie immerg\u00e9e pour ainsi dire  ? Au point o\u00f9 j&rsquo;en suis, je pr\u00e9f\u00e9rerais largement me d\u00e9barrasser de cette fichue t\u00eate.<\/p>\n<p class=\"western\">\u00c0 la diff\u00e9rence d&rsquo;Aron Ralstrom, je n&rsquo;ai \u00e0 ma disposition aucun objet tranchant, pas le moindre canif. Ces consid\u00e9rations, aussi absurdes soient-elles, m&rsquo;ont travers\u00e9 l&rsquo;esprit : \u00e0 situation absurde, pens\u00e9es absurdes.<\/p>\n<p class=\"western\">Bizarrement, je n&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 crier pour alerter d&rsquo;\u00e9ventuels passants, tr\u00e8s \u00e9ventuels, \u00e7a n&rsquo;est pas pour rien que j&rsquo;ai choisi une ruelle aussi d\u00e9serte, une impasse \u00e0 vrai dire, le genre de rue que personne n&rsquo;a l&rsquo;id\u00e9e saugrenue d&#8217;emprunter, parce qu&rsquo;elle ne m\u00e8ne nulle part, \u00e0 moins d&rsquo;y habiter, et, si cette ruelle en particulier m&rsquo;a convenu, c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment parce que personne ou presque n&rsquo;y habite, except\u00e9s : Fernand B., veuf et retrait\u00e9, ex-contr\u00f4leur \u00e0 la Compagnie des chemins de fer, probablement \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de la locomotive \u00e0 vapeur, d\u00e9sormais sourd comme un pot, et, les deux jumelles, Clara et Sylvie, deux beaux brins de filles qu&rsquo;un strabisme certainement cong\u00e9nital semble pour le moment destiner au c\u00e9libat partag\u00e9, et vu qu&rsquo;elles vont lentement mais s\u00fbrement vers leurs quarante ann\u00e9es, le spectre d&rsquo;une conjugalit\u00e9 sororale se dessine chaque jour plus nettement \u00e0 l&rsquo;horizon, et enfin Johnny C., manouche s\u00e9dentaris\u00e9 depuis peu, qu&rsquo;on a s\u00e9dentaris\u00e9 pour tout dire, lui et sa petite famille, au d\u00e9but de la ruelle, dans un immeuble b\u00e2ti dans les ann\u00e9es cinquante et qu&rsquo;on n&rsquo;a pas jug\u00e9 utile de r\u00e9nover depuis, le reste de l&rsquo;impasse est soit \u00e0 vendre, soit \u00e0 louer, soit laiss\u00e9 \u00e0 l&rsquo;abandon, moi je vis deux rues plus loin, avec ma femme et ma fille Sandra, je peux crier aussi fort que mes cordes vocales me le permettent, elles n&rsquo;entendront rien, et je doute que quiconque entende quelque chose, pour la raison qu&rsquo;il est minuit et demie, que les rares habitants de l&rsquo;impasse dorment, mais la chose la plus d\u00e9mente en v\u00e9rit\u00e9, c&rsquo;est que j&rsquo;ai mis environ une demi-heure \u00e0 me d\u00e9cider \u00e0 crier quand m\u00eame, j&rsquo;ai d&rsquo;abord prononc\u00e9 d&rsquo;une voix basse les mots : \u00ab s&rsquo;il vous pla\u00eet \u00bb, j&rsquo;ai entendu ces mots r\u00e9sonner sur les parois humides de mon cachot, \u00e7a ressemblait beaucoup plus \u00e0 un g\u00e9missement qu&rsquo;\u00e0 un cri, puis j&rsquo;ai dit un peu plus fort : \u00ab Y&rsquo;a quelqu&rsquo;un ? \u00bb, puis, d&rsquo;une voix bizarrement aigu\u00eb :  \u00ab Au secours ! Je suis coinc\u00e9 ! \u00bb, et enfin, je me suis content\u00e9 de hurler comme un damn\u00e9 durant de longues minutes des sortes d&rsquo;onomatop\u00e9es, entrecoup\u00e9es de r\u00e2les et de borborygmes, et j&rsquo;ai pens\u00e9 \u00e0 ce film de science-fiction, quand l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne est coinc\u00e9e, elle aussi, dans la cabine d&rsquo;une navette spatiale en compagnie d&rsquo;un monstre verd\u00e2tre et reptilien, et \u00e0 la phrase sur laquelle s&rsquo;ouvrait le film : \u00ab Dans l&rsquo;espace, personne ne vous entend crier \u00bb. Je me suis calm\u00e9 en revoyant les images du film, notamment celle o\u00f9 l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne entreprend de se d\u00e9shabiller tandis qu&rsquo;on entend le souffle rauque du monstre cach\u00e9 derri\u00e8re la porte. Elle aussi, comme Aron Ralstrom a trouv\u00e9 les moyens de se sortir de cette gal\u00e8re. Lui au milieu du d\u00e9sert, elle au fin fond de l&rsquo;espace intersid\u00e9ral, et moi, il faudrait que je cr\u00e8ve \u00e0 cinquante m\u00e8tres de chez moi ?<\/p>\n<p class=\"western\">Donc, il faut que j&rsquo;explique pourquoi je n&rsquo;ai pas cri\u00e9 tout de suite. Je me rends bien compte que je suis en train de tourner autour du pot. Je sais bien que je retarde le r\u00e9cit du comment et du pourquoi. Disons le tout net une bonne fois pour toute, d\u00e9barrassons-nous du comment et du pourquoi. Je n&rsquo;ai pas cri\u00e9 tout de suite, parce que j&rsquo;ai d&rsquo;abord pens\u00e9 qu&rsquo;il fallait \u00e0 tout prix \u00e9viter d&rsquo;alerter la police.<\/p>\n<p class=\"western\">J&rsquo;aurais pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 avoir commis un crime, un vrai de vrai, genre, c&rsquo;est l&rsquo;id\u00e9e qui me vient en premier, avoir assassin\u00e9 ma femme, malheureusement, je ne suis pas assez courageux, pas assez h\u00e9ro\u00efque pour commettre un crime de ce genre, quoiqu&rsquo;en y songeant maintenant, je me vois assez bien r\u00e9fugi\u00e9 sur les montagnes qui surplombent la ville, dissimul\u00e9 dans une cabane abandonn\u00e9e en lisi\u00e8re de la for\u00eat, attendant, le fusil sur l&rsquo;\u00e9paule, que les gendarmes me retrouvent, j&rsquo;ai dans la t\u00eate des images assez pr\u00e9cises de la cabane et du fusil, je peux pr\u00e9voir assez facilement la fin de l&rsquo;histoire, je la devine tragique, je pr\u00e9f\u00e9rerais avoir pris le maquis apr\u00e8s avoir assassin\u00e9 ma femme, \u00e7a ne fait aucun doute.<\/p>\n<p class=\"western\">Au lieu de \u00e7a, plut\u00f4t que d&rsquo;assassiner ma femme, j&rsquo;ai vid\u00e9 deux seaux d&rsquo;huile de vidange usag\u00e9e par la bouche d\u2019\u00e9gout dans laquelle je suis \u00e0 moiti\u00e9 plong\u00e9 pr\u00e9sentement. C&rsquo;est interdit. Ce n&rsquo;est certes pas \u00e0 proprement parler un crime, c&rsquo;est assur\u00e9ment moins grave que d&rsquo;assassiner sa femme, mais c&rsquo;est ill\u00e9gal, je cherche le mot, pas un crime non, voyons, un d\u00e9lit, et encore, un larcin ?, pas tout \u00e0 fait, une connerie, oui, une connerie, ce mot semble pertinent, je ne suis pas un assassin, pas un h\u00e9ros, pas un voleur, juste un con, un con fait, par d\u00e9finition, des conneries, c&rsquo;est tout moi, je suis juste un con.<\/p>\n<p class=\"western\">J&rsquo;ai tra\u00een\u00e9 avec peine, apr\u00e8s avoir attendu que l&rsquo;obscurit\u00e9 ait envahi les rues, apr\u00e8s avoir v\u00e9rifi\u00e9 que plus aucun passant n&rsquo;\u00e9tait susceptible de fouler les trottoirs, depuis chez moi jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;impasse, les deux seaux remplis d&rsquo;huile. Bien \u00e9videmment, j&rsquo;en ai renvers\u00e9 quelques lamp\u00e9es au passage, si bien qu&rsquo;on ne manquera pas de suivre ma trace si tant est qu&rsquo;on s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 mon cas un des ces jours. J&rsquo;ai ouvert la bouche d\u2019\u00e9gout avec une barre \u00e0 mine, puis, pr\u00e9cautionneusement, tout en surveillant les alentours, aucune lueur aux fen\u00eatres des chambres de Fernand, des deux jumelles ou de la famille de Johnny, vers\u00e9 le contenu des seaux dans les tr\u00e9fonds de la terre.<\/p>\n<p class=\"western\">Apr\u00e8s quoi, inexplicablement, je me suis pench\u00e9 pour voir. Je me suis pench\u00e9 pour regarder dans le trou. J&rsquo;ignore ce que j&rsquo;esp\u00e9rais voir dans ce trou. L\u00e0 d&rsquo;o\u00f9 je pense maintenant, je suis bien plac\u00e9 pour savoir qu&rsquo;il n&rsquo;y a dans ce trou rien d&rsquo;autre \u00e0 voir qu&rsquo;une eau sombre et des parois humides, que \u00e7a pue, \u00e7a pue l&rsquo;huile de vidange \u00e9videmment, mais aussi d&rsquo;autres odeurs dont la nature m&rsquo;\u00e9chappe, qu&rsquo;importe d&rsquo;ailleurs, je ne m&rsquo;attendais pas \u00e0 autre chose, les \u00e9gouts puent, tout le monde s&rsquo;en doute, mais peu de gens ont l&rsquo;occasion d&rsquo;y passer une nuit enti\u00e8re, aux premi\u00e8res loges, le nez dedans, pour ainsi dire.<\/p>\n<p class=\"western\">Je me suis pench\u00e9, peut-\u00eatre m\u00fb par une sorte de curiosit\u00e9 scatologique, peut-\u00eatre me sentais-je attir\u00e9 par la salet\u00e9, l&rsquo;odeur putride, les d\u00e9chets, la saloperie humaine. Ma veste s&rsquo;est pench\u00e9 en m\u00eame temps que mon corps, mon portefeuille a gliss\u00e9 de la poche int\u00e9rieur, j&rsquo;ai entrevu une chose sombre, un \u00e9clair de simili cuir, filer vers les profondeurs et j&rsquo;ai entendu un petit plouf, assez discret. J&rsquo;ai prononc\u00e9 un certain nombre de grossi\u00e8ret\u00e9s tout en m&rsquo;effor\u00e7ant de ne pas \u00e9lever le ton de ma voix, pour pas alerter le voisinage. Je me suis insult\u00e9 copieusement, mais discr\u00e8tement. Puis je me suis pench\u00e9 \u00e0 nouveau pour \u00e9valuer l&rsquo;ampleur de la catastrophe. On n&rsquo;y voyait rien l\u00e0-dedans. Il est d&rsquo;ailleurs fascinant de constater, je le note en passant, j&rsquo;aurais au moins appris quelque chose si je m&rsquo;en tire, qu&rsquo;au bout de quelques temps pass\u00e9s dans l&rsquo;obscurit\u00e9 on finit par s&rsquo;accoutumer et par voir quelque chose, l\u00e0 o\u00f9 d&rsquo;abord on ne voyait rien : maintenant, je distingue avec une certaine nettet\u00e9 mon portefeuille flottant \u00e0 la surface des eaux putrides. Il ne coule pas, probablement \u00e0 cause de l&rsquo;huile.<\/p>\n<p class=\"western\">Spontan\u00e9ment, je me suis agenouill\u00e9 aupr\u00e8s du trou et j&rsquo;ai tendu le bras en esp\u00e9rant r\u00e9cup\u00e9rer, \u00e0 l&rsquo;aveuglette, l&rsquo;objet qui contient les preuves indubitables de mon existence terrestre et administrative. Bizarrement, alors m\u00eame que pas un jour de ma vie ne se passe sans que la perspective d&rsquo;y mettre fin ne me traverse l&rsquo;esprit \u2013 j&rsquo;ai pr\u00e9par\u00e9 la corde pour me pendre, le fusil dont j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9, le fusil de chasse, h\u00e9rit\u00e9 de mon p\u00e8re, d\u00e9core le mur du vestibule d&rsquo;entr\u00e9e de la maison, et j&rsquo;ai rep\u00e9r\u00e9 sur une carte un certain nombre de pr\u00e9cipices et de ravins au d\u00e9nivel\u00e9 suffisamment abrupt pour m&rsquo;y pr\u00e9cipiter un de ces jours \u2013, je me suis jet\u00e9 sans r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la recherche de ces papiers d&rsquo;identit\u00e9, comme s&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait agi de la chose la plus importante au monde.<\/p>\n<p class=\"western\">Le bras tendu, il me manquait \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence, du moins c&rsquo;est ce que j&rsquo;ai cru, pas loin d&rsquo;un bon m\u00e8tre pour atteindre le fond. En v\u00e9rit\u00e9, il manquait deux m\u00e8tres mais je l&rsquo;ignorais. J&rsquo;ai entrepris de me faufiler dans le trou. Ai-je dit qu&rsquo;avec l&rsquo;\u00e2ge j&rsquo;ai pris un peu d\u2019embonpoint ? Non, je ne l&rsquo;ai pas encore dit. Ma femme me le dit souvent. Elle dit : \u00ab  Arr\u00eate de t&#8217;empiffrer \u00bb, elle dit : \u00ab Tu n&rsquo;es vraiment qu&rsquo;un gros tas de merde, qu&rsquo;est-ce qui m&rsquo;a pris d&rsquo;\u00e9pouser un gros tas de merde comme toi \u00bb, quand nous nous sommes mari\u00e9s, je n&rsquo;\u00e9tais pas si gros, et d&rsquo;ailleurs, je ne suis pas si gros, mes pantalons taillent du 48, il y a pire, son tour de taille \u00e0 elle s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 44, je pourrais lui faire remarquer qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas pr\u00e9cis\u00e9ment fine non plus, \u00e7a non, elle ne fait pas dans la finesse, mais je ne lui ai jamais fait remarquer, et d&rsquo;ailleurs je ne lui ai jamais rien fait remarquer du tout. Elle a travers\u00e9 vingt ann\u00e9es de vie conjugale sans aucune remarque d\u00e9sobligeante de ma part. De son c\u00f4t\u00e9, au contraire, elle ne s&rsquo;en est jamais priv\u00e9. Depuis vingt ans, j&rsquo;ai eu le temps de r\u00e9fl\u00e9chir aux raisons qui la poussait, elle, \u00e0 m&rsquo;humilier \u00e0 tout propos, et moi, \u00e0 me laisser humilier. Je ne me souviens pas avoir commis des actes particuli\u00e8rement r\u00e9pr\u00e9hensibles, jusqu&rsquo;\u00e0 aujourd&rsquo;hui du moins. La plupart du temps, je me tiens \u00e0 carreau. Je ne suis pas idiot, juste un peu m\u00e9diocre. Le probl\u00e8me \u00e0 mon avis, ce qu&rsquo;elle me reproche, c&rsquo;est d&rsquo;\u00eatre un homme, je veux dire, un m\u00e2le, dot\u00e9 d&rsquo;un p\u00e9nis. Un gros tas de merde paresseux dot\u00e9 d&rsquo;un p\u00e9nis, je crois vraiment que c&rsquo;est ainsi que ma femme me voit. Ce soir, elle s&rsquo;\u00e9tait lanc\u00e9 dans les comptes, v\u00e9rifiait les factures, moi je regardais un match de football en buvant deux trois bi\u00e8res, ou plut\u00f4t, j&rsquo;avais entrepris de regarder un match de football \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, un seizi\u00e8me de finale de coupe de France entre deux patelins de quatri\u00e8me division, et, forc\u00e9ment, je m&rsquo;\u00e9tais endormi bien avant la mi-temps, elle a dit s\u00e8chement : \u00ab Et la vidange. \u00c7a fait des mois que tu dois faire la vidange. Tu comptes demander au garage de faire la vidange \u00e0 ta place ? Je n&rsquo;arrive pas \u00e0 croire que j&rsquo;ai \u00e9pous\u00e9 un type m\u00eame pas capable de faire une vidange ! \u00bb J&rsquo;\u00e9tais en train de r\u00eaver d&rsquo;une autre femme probablement. \u00c7a m&rsquo;a r\u00e9veill\u00e9 d&rsquo;un coup sec, et j&rsquo;ai juste grommel\u00e9 : \u00ab J&rsquo;y vais. \u00bb Et j&rsquo;y suis all\u00e9.<\/p>\n<p class=\"western\">Le torse est pass\u00e9 sans probl\u00e8me par l&rsquo;ouverture. \u00c7a coin\u00e7ait l\u00e9g\u00e8rement au niveau du bassin. J&rsquo;ai expir\u00e9 un bon coup, en rentrant mon ventre, tout en m&rsquo;appuyant avec les mains sur les parois du trou. J&rsquo;ai essay\u00e9 de glisser le bassin. En vain. Puis j&rsquo;ai inspir\u00e9 \u00e0 nouveau : mon ventre s&rsquo;est gonfl\u00e9. Et l\u00e0, j&rsquo;ai tout de suite compris qu&rsquo;il y avait un probl\u00e8me. J&rsquo;ai pens\u00e9, silencieusement : \u00ab merde \u00bb. Le portefeuille \u00e9tait toujours aussi inaccessible mais je n&rsquo;en avais cure. J&rsquo;\u00e9tais coinc\u00e9 au niveau de la taille, le bassin et les jambes demeurant \u00e0 l&rsquo;air libre, le torse, les bras, la t\u00eate, pendouillant dans le vide obscur, infini et sans forme. Ma femme me reproche souvent mon absence de r\u00e9action, quand ils se pr\u00e9sentent, j&rsquo;\u00e9vite les probl\u00e8mes, je fuis plut\u00f4t que de m&rsquo;y confronter, elle dit : \u00ab Tu fais l&rsquo;autruche \u00bb. Si elle me voyait l\u00e0 maintenant, la t\u00eate plong\u00e9e dans un trou, elle en aurait la confirmation.<\/p>\n<p class=\"western\">Comme je l&rsquo;ai expliqu\u00e9 longuement tout \u00e0 l&rsquo;heure, je n&rsquo;ai pas cri\u00e9 tout de suite. Il y e\u00fbt un bref instant de panique, puis un bref moment durant lequel j&rsquo;essayais, en retenant ma respiration, de faire le chemin en sens inverse, en poussant sur les parois du trou. Ensuite, un long moment occup\u00e9 \u00e0 faire le point sur ma situation, en m&rsquo;effor\u00e7ant de garder la t\u00eate froide, mais, et c&rsquo;est l\u00e0 que je me suis mis \u00e0 penser \u00e0 l&rsquo;accident d&rsquo;Aron Ralstron, et \u00e0 me comparer avec Aron Ralstron, je n&rsquo;ai pas pu m&#8217;emp\u00eacher de faire le bilan de ma vie en g\u00e9n\u00e9ral. J&rsquo;ai pens\u00e9 que cette fois j&rsquo;avais vraiment fait une connerie, la connerie, celle qu&rsquo;elle me soup\u00e7onnait d&rsquo;\u00eatre capable de faire sans que jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 assez con pour la faire, j&rsquo;ai pens\u00e9 que cette connerie justifierait en quelque sorte <i>a posteriori<\/i> tous les reproches et toutes les humiliations dont j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 gratifi\u00e9s depuis mon mariage, et m\u00eame ceux d&rsquo;avant mon mariage, ai-je dit que ma m\u00e8re elle aussi, comme ma femme, etc ? Non, je ne l&rsquo;ai pas dit. \u00ab Une m\u00e8re a toujours raison \u00bb, disait ma m\u00e8re, \u00ab Une m\u00e8re sait toujours ce que son fils a dans la t\u00eate, un fils ne peut rien cacher \u00e0 sa m\u00e8re. \u00bb Et le genre de pens\u00e9e qu&rsquo;un fils est susceptible de cacher \u00e0 sa m\u00e8re, ou un mari \u00e0 sa femme, je suppose qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de quoi en \u00eatre fier. La pens\u00e9e m&rsquo;est aussi venue que, \u00e0 moiti\u00e9 coinc\u00e9 dans cette bouche d\u2019\u00e9gout, j&rsquo;\u00e9tais tr\u00e8s exactement l\u00e0 o\u00f9 je devais \u00eatre, qu&rsquo;enfin, \u00e0 cet endroit et dans cette position, je co\u00efncidais en quelque sorte avec moi-m\u00eame, qu&rsquo;ici et maintenant se rassemblaient les lambeaux \u00e9pars de mon existence flottante et sans but, qu&rsquo;un sens m&rsquo;\u00e9tait donn\u00e9, un point final peut-\u00eatre, une conclusion, un peu comme ces voyageurs qui, errant de part le monde \u00e0 la recherche d&rsquo;un endroit o\u00f9 se poser, d\u00e9couvre par hasard le havre de paix qu&rsquo;ils recherchaient, et, saisis par l&rsquo;\u00e9vidence, combl\u00e9s par cette r\u00e9v\u00e9lation, n&rsquo;en d\u00e9colleront plus jamais.<\/p>\n<p class=\"western\">Apr\u00e8s avoir fait le bilan de ma vie, apr\u00e8s avoir cri\u00e9 quelques minutes et m&rsquo;\u00eatre abruti de ma propre voix r\u00e9sonnant entre les parois humides de mon caveau, j&rsquo;ai pens\u00e9 que, \u00e9ventuellement, mon t\u00e9l\u00e9phone portable se trouvait encore dans une des poches de ma veste. Par miracle, il s&rsquo;y trouvait encore. La lueur verd\u00e2tre de l&rsquo;\u00e9cran m&rsquo;a r\u00e9confort\u00e9 quelques secondes. J&rsquo;ai pens\u00e9 que peut-\u00eatre, si j&rsquo;appelais les pompiers, on me sortirait de l\u00e0 sans faire trop de cas de l&rsquo;histoire avec l&rsquo;huile de vidange, on s&rsquo;abstiendrait d&rsquo;alerter la police, et il me serait possible de rentrer \u00e0 la maison sans \u00eatre oblig\u00e9 de prononcer un seul mot au sujet de cette fichue histoire, je trouverais bien une excuse pour m&rsquo;\u00eatre absent\u00e9 aussi longtemps, elle ignorait que j&rsquo;avais entrepris de me d\u00e9barrasser de l&rsquo;huile de vidange ce soir-l\u00e0, j&rsquo;avais juste dit : \u00ab Je vais me d\u00e9rouiller les pattes \u00bb, ce qu&rsquo;apr\u00e8s tout je fais chaque soir avant d&rsquo;aller dormir, j&rsquo;ai besoin de respirer un bon coup dehors avant d&rsquo;aller dormir, je fais toujours \u00e7a, je trouverais bien un mensonge \u00e0 raconter, je marchais pr\u00e8s du parc et une bande de jeunes s&rsquo;est approch\u00e9, ils en voulaient \u00e0 mon argent, ils m&rsquo;ont pris le portefeuille, je me suis d\u00e9fendu, j&rsquo;ai couru derri\u00e8re eux, voil\u00e0 pourquoi je ne rentre que si tard, au milieu de la nuit, j&rsquo;ai pass\u00e9 tout une partie de la nuit \u00e0 leur courir apr\u00e8s, pour rendre mon r\u00e9cit plus cr\u00e9dible, je pourrais m&rsquo;infliger une ou deux blessures au visage, voil\u00e0, voil\u00e0 une histoire qui passerait sans doute, et j&rsquo;y gagnerais d&rsquo;appara\u00eetre pour une fois sous un jour favorable, me connaissant, je finirais certainement par y croire \u00e0 cette histoire, et c&rsquo;est \u00e0 cet instant-m\u00eame o\u00f9 l&rsquo;insondable d\u00e9tresse laissait place \u00e0 l&rsquo;esp\u00e9rance, que j&rsquo;\u00e9ternuais, et, par r\u00e9flexe, l\u00e2chait le t\u00e9l\u00e9phone portable pour m&#8217;emparer de mon mouchoir. Le t\u00e9l\u00e9phone a fait plouf en s&rsquo;\u00e9crasant \u00e0 la surface des eaux noir\u00e2tres, une petite fluorescence verd\u00e2tre a dans\u00e9 quelques minutes sous mes yeux accabl\u00e9s avant de dispara\u00eetre dans le n\u00e9ant, et je me suis rendu compte que le mouchoir \u00e9tait roul\u00e9 en boule au fond de la poche arri\u00e8re de mon pantalon, poche inaccessible \u00e9tant donn\u00e9 que j&rsquo;avais le post\u00e9rieur \u00e0 l&rsquo;air libre.<\/p>\n<p class=\"western\">Apr\u00e8s quoi j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9primer vraiment. Au bout d&rsquo;une heure dans ce trou \u00e0 rats, je n&rsquo;avais pas encore aper\u00e7u de rats, mais je n&rsquo;avais aucun doute sur le fait qu&rsquo;il y e\u00fbt des rats quelque part en dessous, et qu&rsquo;ils n&rsquo;allaient pas tarder \u00e0 remonter de l&rsquo;ab\u00eeme pour me grignoter extr\u00eamement lentement le nez, la bouche, le menton, ou bien qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;inverse, si j&rsquo;ose dire, un chien errant dans la ruelle au-dessus s&rsquo;avise des deux cuisseaux de lard offerts \u00e0 la d\u00e9gustation, et, apr\u00e8s les avoir renifl\u00e9 consciencieusement, entreprenne d&rsquo;y planter ses crocs, au bout d&rsquo;une heure donc, non seulement je d\u00e9primais, mais aussi, j&rsquo;avais mal, le sang me montait au cerveau, la bouche qui m&rsquo;avait \u00e0 moiti\u00e9 aval\u00e9 me serrait le ventre, compressant les os du bassin, je respirais avec peine, et surtout, j&rsquo;avais une formidable envie de pisser, rapport aux bi\u00e8res que j&rsquo;avais bues dans la soir\u00e9e. Je me souviens tr\u00e8s bien avoir pens\u00e9 en tra\u00eenant les seaux d&rsquo;huile de vidange sur le trottoir : \u00ab Est-ce que je pisse maintenant, ou apr\u00e8s ? \u00bb, et bien s\u00fbr il m&rsquo;a sembl\u00e9 raisonnable de me d\u00e9barrasser d&rsquo;abord de mon chargement, pisser pouvait attendre, j&rsquo;y prendrais certainement plus de plaisir apr\u00e8s, je serais doublement soulag\u00e9, de mon fardeau d&rsquo;une part, de ma vessie d&rsquo;autre part, je ferais en quelque sorte une pierre deux coups, n&rsquo;importe quel type dans mon genre aurait raisonn\u00e9 ainsi.<\/p>\n<p class=\"western\">Ma vessie mena\u00e7ait d&rsquo;exploser, et, en pensant \u00e0 Aron Ralstron, qui, lui aussi, dut se coltiner des probl\u00e8mes de ce genre, je d\u00e9cidai de pisser quand m\u00eame, malgr\u00e9 la honte \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e que ceux qui me sortiraient d&rsquo;affaire seraient forc\u00e9s de constater qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;odeur d&rsquo;huile et l&rsquo;odeur des \u00e9gout s&rsquo;ajoutait un soup\u00e7on de parfum \u00e2cre d&rsquo;urine et de bi\u00e8re. Si tant est que je sois encore en vie au moment o\u00f9 on m&rsquo;extirperait enfin de mon trou, et tout en pissant, tout en sentant le liquide chaud extrait de mes entrailles se frayer un chemin jusque sur mon ventre et bient\u00f4t, sur mon poitrail, et, probablement, je n&rsquo;y couperais pas, avec la chance que j&rsquo;ai, sous le menton, bref, j&rsquo;\u00e9tais en train de me pisser dessus pour parler cr\u00fbment, tout en m&rsquo;inondant de la sorte, je songeais qu&rsquo;il vaudrait mieux \u00eatre mort plut\u00f4t que de subir cette humiliation suppl\u00e9mentaire, puis une pens\u00e9e bizarre a surgi, selon laquelle j&rsquo;aurais pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 na\u00eetre sans organe, que la vie organique constituait d\u00e9cid\u00e9ment une v\u00e9ritable plaie, que non content de nous coltiner un esprit, nous devions aussi \u00eatre embarrass\u00e9 d&rsquo;un corps, d&rsquo;une femme, d&rsquo;huile de vidange, et de tout un tas d&rsquo;autres choses conspirant \u00e0 vous rendre l&rsquo;existence impossible. Il y avait l\u00e0 de quoi pleurer, et d&rsquo;ailleurs, les larmes sont venues toutes seules, moi qui ne pleure jamais, je n&rsquo;ai pas cess\u00e9 de pleurer jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;on vienne me sortir de l\u00e0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je vais mourir. Aron Ralston, quand il a pens\u00e9 qu&rsquo;il allait mourir, a sans doute dit quelque chose comme : \u00ab quelle absurde fa\u00e7on de mourir ! \u00bb. C&rsquo;est aussi la pens\u00e9e qui me vient. Mais \u00e0 la diff\u00e9rence d&rsquo;Aron Ralston, qui agonisait \u00e0 l&rsquo;endroit o\u00f9 il avait toujours souhait\u00e9 vivre, au fond d&rsquo;un canyon&hellip;<\/p>\n <a href=\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/le-trou\/\" title=\"Le Trou\" class=\"entry-more-link\"><span>Read More<\/span> <span class=\"screen-reader-text\">Le Trou<\/span><\/a>","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"Layout":"","footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["entry","author-danah","post-86","page","type-page","status-publish"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.0 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Le Trou - Outside Dana Hilliot<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/le-trou\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Le Trou - Outside Dana Hilliot\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Je vais mourir. Aron Ralston, quand il a pens\u00e9 qu&rsquo;il allait mourir, a sans doute dit quelque chose comme : \u00ab quelle absurde fa\u00e7on de mourir ! \u00bb. C&rsquo;est aussi la pens\u00e9e qui me vient. Mais \u00e0 la diff\u00e9rence d&rsquo;Aron Ralston, qui agonisait \u00e0 l&rsquo;endroit o\u00f9 il avait toujours souhait\u00e9 vivre, au fond d&rsquo;un canyon&hellip;\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/le-trou\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Outside Dana Hilliot\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"19 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\/\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/le-trou\/\",\"url\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/le-trou\/\",\"name\":\"Le Trou - Outside Dana Hilliot\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#website\"},\"datePublished\":\"2018-10-05T11:37:33+00:00\",\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/le-trou\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/le-trou\/\"]}]},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/le-trou\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Accueil\",\"item\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"Le Trou\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#website\",\"url\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/\",\"name\":\"Outside Dana Hilliot\",\"description\":\". Archives . Activit\u00e9s . Projets .\",\"publisher\":{\"@id\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#\/schema\/person\/201a1fef0f5c2897bd65e98bcf6b1179\"},\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":[\"Person\",\"Organization\"],\"@id\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#\/schema\/person\/201a1fef0f5c2897bd65e98bcf6b1179\",\"name\":\"danahilliot\",\"image\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#\/schema\/person\/image\/\",\"url\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/50801449407_a909f2c1ad_k.jpg\",\"contentUrl\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/50801449407_a909f2c1ad_k.jpg\",\"width\":2048,\"height\":1536,\"caption\":\"danahilliot\"},\"logo\":{\"@id\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#\/schema\/person\/image\/\"}}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"Le Trou - Outside Dana Hilliot","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/le-trou\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"Le Trou - Outside Dana Hilliot","og_description":"Je vais mourir. Aron Ralston, quand il a pens\u00e9 qu&rsquo;il allait mourir, a sans doute dit quelque chose comme : \u00ab quelle absurde fa\u00e7on de mourir ! \u00bb. C&rsquo;est aussi la pens\u00e9e qui me vient. Mais \u00e0 la diff\u00e9rence d&rsquo;Aron Ralston, qui agonisait \u00e0 l&rsquo;endroit o\u00f9 il avait toujours souhait\u00e9 vivre, au fond d&rsquo;un canyon&hellip;","og_url":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/le-trou\/","og_site_name":"Outside Dana Hilliot","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"19 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/le-trou\/","url":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/le-trou\/","name":"Le Trou - Outside Dana Hilliot","isPartOf":{"@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#website"},"datePublished":"2018-10-05T11:37:33+00:00","breadcrumb":{"@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/le-trou\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/le-trou\/"]}]},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/le-trou\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Accueil","item":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"Le Trou"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#website","url":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/","name":"Outside Dana Hilliot","description":". Archives . Activit\u00e9s . Projets .","publisher":{"@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#\/schema\/person\/201a1fef0f5c2897bd65e98bcf6b1179"},"potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":["Person","Organization"],"@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#\/schema\/person\/201a1fef0f5c2897bd65e98bcf6b1179","name":"danahilliot","image":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#\/schema\/person\/image\/","url":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/50801449407_a909f2c1ad_k.jpg","contentUrl":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/50801449407_a909f2c1ad_k.jpg","width":2048,"height":1536,"caption":"danahilliot"},"logo":{"@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#\/schema\/person\/image\/"}}]}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/86","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=86"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/86\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":87,"href":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/86\/revisions\/87"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=86"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=86"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=86"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}