{"id":82,"date":"2018-10-05T11:35:58","date_gmt":"2018-10-05T11:35:58","guid":{"rendered":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/?page_id=82"},"modified":"2018-10-05T11:35:58","modified_gmt":"2018-10-05T11:35:58","slug":"chambre-152","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/chambre-152\/","title":{"rendered":"Chambre 152"},"content":{"rendered":"<p>\u00e0 la chambre 152 il y avait une fille, je l\u2019avais aper\u00e7ue le matin pendant le bref rituel du petit-d\u00e9jeuner quand j\u2019avais encore la pr\u00e9sence d\u2019esprit suffisante pour penser \u00e0 un petit d\u00e9jeuner et me pr\u00e9parer \u00e0 l\u2019avance, compter environ dix minutes si le caf\u00e9 est d\u00e9j\u00e0 chaud, g\u00e9n\u00e9ralement il l\u2019est car je ne quitte ma chambre qu\u2019au dernier moment, car si j\u2019avais le choix \u00e9videmment je ne quitterais pas ma chambre, je pr\u00e9f\u00e9rerais y demeurer le plus longtemps possible jusqu\u2019\u00e0 ce que le personnel de service passe changer les draps et les serviettes un peu avant midi, s\u2019il n\u2019y avait que moi et si \u00e9videmment je n\u2019\u00e9tais pas forc\u00e9 de gagner un peu d\u2019argent de quoi payer la chambre et de temps \u00e0 autre un petit d\u00e9jeuner, heureusement on ne me demande rien, on ne me pose aucune question, et d\u2019ailleurs je me d\u00e9brouille pour ne pas avoir \u00e0 demander quoi que ce soit, si tant est qu\u2019il y ait grand chose dont il faudrait s\u2019enqu\u00e9rir tout \u00e9tant d\u00e9j\u00e0 fort bien expliqu\u00e9 dans les panneaux sur la porte de la chambre, ainsi que sur le petit guide de douze pages qu\u2019on vous remet \u00e0 l\u2019entr\u00e9e, le genre de chose qu\u2019on finit par lire quand on n\u2019a d\u00e9cid\u00e9ment plus rien \u00e0 lire, mais ce sont tout de m\u00eame des textes, qui, en tant que tels, m\u00e9ritent un certain respect, et s\u2019av\u00e8rent souvent, \u00e0 bien y penser, sinon plus int\u00e9ressants, du moins assur\u00e9ment plus utiles, que la plupart des textes qu\u2019on est amen\u00e9 \u00e0 lire dans une journ\u00e9e, que bien des romans par exemple, car il va de soi que je lis des romans, des romans que j\u2019emprunte \u00e0 la biblioth\u00e8que municipale en centre ville, parce que d\u2019une part, j\u2019ai le temps de lire, d\u2019autre part, je suis cens\u00e9 lire puisque c\u2019est mon m\u00e9tier et que j\u2019ai toujours pris le temps de lire, except\u00e9 ici, malgr\u00e9 le temps libre dont je dispose, depuis que j\u2019ai pris un chambre dans cet h\u00f4tel, je ne suis pas certain que le mot h\u00f4tel convienne, motel serait plus appropri\u00e9 sans doute, mais ils pr\u00e9f\u00e8rent, je veux dire, les gens \u00e0 l\u2019accueil pr\u00e9f\u00e8rent, parler de l\u2019h\u00f4tel, ici donc je ne lis quasiment plus, j\u2019essaie, je fais des tentatives, j\u2019ouvre une page au hasard ou je commence un roman, mais bien vite les lignes se m\u00ealent les unes avec les autres et les mots se superposent les uns aux autres, alors je renonce \u00e0 nouveau et rallume la t\u00e9l\u00e9vision, moi qui ne poss\u00e9dait plus de t\u00e9l\u00e9vision depuis plus d\u2019une d\u00e9cennie, c\u2019est comme si aujourd\u2019hui je rattrapais toutes ces ann\u00e9es perdues, agripp\u00e9 \u00e0 la t\u00e9l\u00e9commande, passant d\u2019une cha\u00eene \u00e0 l\u2019autre, il n\u2019y en a pas tant que \u00e7a car l\u2019h\u00f4tel, comme ils disent, ne proposent que des prestations limit\u00e9es, c\u2019est comme pour les douches et les sanitaires sur le palier, il faut se tra\u00eener pieds nus ou en chaussettes dans le couloir, envelopp\u00e9 dans une serviette ou dans un peignoir, mais je n\u2019ai pas de peignoir et \u00e0 vrai dire je n\u2019ai pas amen\u00e9 grand chose, bien qu\u2019actuellement je sois bien forc\u00e9 d\u2019admettre que je vis ici, et plus \u00e7a va plus j\u2019y vis, plus je m\u2019installe et plus j\u2019y passe de temps, pas seulement les nuits mais une grande partie du jour aussi, quand je ne suis pas oblig\u00e9 d\u2019aller sortir pour mon emploi, perspective qui me peine toujours, et d\u2019ailleurs, quand je rentre chez moi, c\u2019est-\u00e0-dire ici, j\u2019\u00e9prouve un immense soulagement, je gravis l\u2019escalier qui m\u00e8ne au premier \u00e9tage, tourne \u00e0 droite apr\u00e8s les ascenseurs, et tape le code de ma chambre, la 148, le code je le connais pas c\u0153ur, parmi le peu de choses qui comptent pour moi, qui valent la peine d\u2019\u00eatre retenues, ces deux chiffres, 2 et 7, et ces deux lettres, V et S, sont pr\u00e9cieux par dessus tout, et, quand je ne me trompe pas \u00e0 cause de ma pr\u00e9cipitation, j\u2019entends ce fameux clic qui m\u2019autorise \u00e0 pousser vers le bas la poign\u00e9e de la porte, et je suis enfin chez moi, je quitte mes chaussures puis me d\u00e9shabille enti\u00e8rement, je m\u2019allonge dans le grand lit et ferme les yeux un instant, puis j\u2019allume la t\u00e9l\u00e9vision<\/p>\n<p>\u00e0 la chambre 152 il y a cette fille, et je me demande ce qu\u2019elle fait l\u00e0 car la plupart des gens ne font que passer pour une nuit ou deux, rarement plus, car il n\u2019y a pas grand chose \u00e0 faire ici, rien \u00e0 visiter, c\u2019est une pauvre ville triste qui s\u2019ennuie, seuls ceux qui ont quelque chose \u00e0 y faire, du travail sans doute, du commerce probablement, passent la nuit aux abords de cette ville, comme cet homme que j\u2019ai vu la premi\u00e8re fois quand il sortait de la douche dans son peignoir gris, moi j\u2019entrais dans le hall des sanitaires, drap\u00e9 dans ma serviette orange, et il m\u2019a souri et dit bonjour, et la seconde fois au grill qui se trouve au bord de l\u2019autoroute pas tr\u00e8s loin de l\u2019h\u00f4tel, on peut y aller \u00e0 pied m\u00eame si la plupart des gens prennent leur voiture, il \u00e9tait attabl\u00e9 seul et la serveuse m\u2019a propos\u00e9 une table juste en face de la sienne, et nous avons mang\u00e9 sans nous parler, et je crois qu\u2019il ne m\u2019a pas reconnu, mais moi si<\/p>\n<p>je vis la plupart du temps dans la chambre 148 et ses alentours, c\u2019est-\u00e0-dire environ dans un rayon de trois cent m\u00e8tres autour de l\u2019h\u00f4tel, sauf quand je sors pour travailler, mais je pr\u00e9f\u00e8re \u00e9viter de parler de ce travail pour le moment, et sans doute je n\u2019en dirais rien except\u00e9, premi\u00e8rement, qu\u2019il m\u2019est p\u00e9nible comme peut l\u2019\u00eatre tout emploi destin\u00e9 \u00e0 des fins strictement alimentaires, deuxi\u00e8mement, qu\u2019il exige plus de moi que je ne suis en mesure de donner, un sens de la responsabilit\u00e9 et du bien commun, une autorit\u00e9, une disposition \u00e0 ob\u00e9ir et \u00e0 \u00eatre ob\u00e9i, qui me d\u00e9passent tout \u00e0 fait, ce n\u2019est pas nouveau mais c\u2019est pire, et, troisi\u00e8mement, qu\u2019il me suffit juste \u00e0 payer cette chambre d\u2019h\u00f4tel, mes repas, et les quelques rares extra que je m\u2019autorise, trois s\u00e9ances de cin\u00e9ma par semaine, auxquels je dois tout de m\u00eame ajouter les frais d\u2019une consommation franchement excessive d\u2019alcool, si bien que j\u2019aurais beaucoup plus \u00e0 gagner \u00e0 demeurer sagement l\u00e0 o\u00f9 j\u2019\u00e9tais avant, puisque, j\u2019avais oubli\u00e9 de le signaler, je reste malgr\u00e9 tout mari\u00e9, locataire d\u2019un appartement \u00e0 quelques heures de voiture dans une autre ville, susdit appartement occup\u00e9 par mon \u00e9pouse, laquelle observe de loin mon comportement avec circonspection, car autant il paraissait justifi\u00e9 de passer comme je l\u2019ai fait les premi\u00e8res semaines quelques nuits \u00e0 l\u2019h\u00f4tel, les nuits bordant les jours o\u00f9 je travaillais, autant le glissement progressif qui m\u2019am\u00e8ne d\u00e9sormais \u00e0 y passer le plus clair de mon temps, y compris bien souvent le week-end, sans que jamais il n\u2019ait vraiment \u00e9t\u00e9 question d\u2019une rupture entre elle et moi, mais, tout au plus, d\u2019une vague p\u00e9riode dont j\u2019ai besoin, un peu de recul, se retrouver soi-m\u00eame, tu sais bien \u00e0 quel point j\u2019\u00e9tais autrefois un type solitaire, et autres conneries de ce genre, alors qu\u2019il s\u2019agit sans doute, mais \u00e7a je ne suis pas assez cruel pour le lui avouer, de ne pas rentrer chez moi, de l\u2019\u00e9viter elle, et si je me montre suffisamment honn\u00eate, ce qui m\u2019arrive parfois quand bien m\u00eame cet effort d\u2019explicitation me p\u00e8se et m\u2019\u00e9puise, qu\u2019il n\u2019y a plus aujourd\u2019hui qu\u2019un pas douloureux et p\u00e9nible, mais un pas seulement, entre ce mariage et une s\u00e9paration en bonne et due forme, perspective dont j\u2019ai largement le temps d\u2019explorer les cons\u00e9quences dans ma solitude pr\u00e9sente<\/p>\n<p>la fille de la chambre 152, je ne suis m\u00eame pas s\u00fbr qu\u2019elle soit belle, ou plut\u00f4t je ne suis m\u00eame pas s\u00fbr des sentiments que j\u2019\u00e9prouve \u00e0 son \u00e9gard, du d\u00e9sir sexuel sans doute, mais pas seulement, de la curiosit\u00e9 aussi, de la curiosit\u00e9 pour une autre vie que la mienne, je la vois passer dans le couloir emportant \u00e0 grand pas un sac \u00e0 main et quelques dossiers d\u00e9passant d\u2019une serviette en cuir noir, je n\u2019ai jamais pu d\u00e9chiffrer l\u2019inscription qui barre la serviette, je la vois passer \u00e0 travers l\u2019\u00e9cartement de la porte de ma chambre l\u00e9g\u00e8rement entrouverte, comme si je m\u2019appr\u00eatais moi-m\u00eame \u00e0 sortir, j\u2019aime ainsi regarder qui passe dans le couloir, entre-apercevoir les occupants affair\u00e9s de l\u2019\u00e9tage, et, quand je la vois elle, il me semble qu\u2019une fen\u00eatre s\u2019ouvre sur des possibles, sur une autre vie que la mienne, et pas seulement un autre corps, un autre sexe, une autre voix, et tout le reste que j\u2019imagine fort bien quand je m\u2019efforce de la croiser un peu partout, dans le couloir, au sortir de la douche, au petit d\u00e9jeuner, ou sur le parking, et j\u2019ai m\u00eame envisag\u00e9 de la suivre, savoir o\u00f9 elle va, o\u00f9 donc elle travaille, et je dois avouer que le jeudi soir quand elle quitte l\u2019h\u00f4tel pour ne revenir que le mardi matin, je me sens terriblement seul, et c\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que le week-end commence, le long et terrible week-end qu\u2019en g\u00e9n\u00e9ral je passe \u00e0 boire<\/p>\n<p>l\u2019homme, celui que je croise de temps en temps au restaurant, j\u2019ignore le num\u00e9ro de sa chambre, il se l\u00e8ve probablement bien avant moi et bien avant la fille de la chambre 152, bien qu\u2019en g\u00e9n\u00e9ral nous dormions tous les trois au m\u00eame \u00e9tage, lui aussi quitte l\u2019h\u00f4tel en fin de semaine pour revenir le mardi, et lui aussi travaille probablement dans les affaires, si j\u2019en crois leur apparence \u00e0 tous deux, lui, ras\u00e9, propre, sa pr\u00e9sence dans le couloir se signalant par les effluves de son after-shave, elle, pareillement propre, si parfaite, jusqu\u2019aux ongles sans doute, jusqu\u2019au pubis j\u2019imagine, et environn\u00e9e o\u00f9 qu\u2019elle aille de parfum, tandis que moi, qui ne suis pas dans les affaires, je ne me parfume pas, je ne me rase pas, je suis comme on a pu dire une sorte d\u2019ours, lent, besogneux, lourd, mal assur\u00e9, du moins quand je marche dans les milieux urbanis\u00e9s, les couloirs des h\u00f4tels, les parkings, les trottoirs, les bureaux, je suis \u00e0 la peine quand eux virevoltent d\u2019un pas l\u00e9ger, franchissant ce qui me semble constituer un obstacle sans m\u00eame y penser, toujours allant d\u2019un bon pas quelque part, tandis que de mon c\u00f4t\u00e9 je fais plut\u00f4t semblant d\u2019avoir une destination, sauf quand, sous l\u2019emprise de l\u2019alcool, je ne fais m\u00eame plus semblant, et m\u2019autorise \u00e0 errer dans les rues du centre ville, elle et lui vont au contraire me semble-t-il toujours d\u2019un bon pas, se propulsant dans l\u2019espace avec gr\u00e2ce, port\u00e9s par une intentionnalit\u00e9 qui jamais ne d\u00e9faille, s\u2019articulant au temps des autres, celui de la ville affair\u00e9e, adoptant avec aisance un comportement appropri\u00e9, et, d\u2019une certaine mani\u00e8re, cette gr\u00e2ce me fascine, ils me fascinent, et c\u2019est la raison pour laquelle je ne peux m\u2019emp\u00eacher de garder un \u0153il sur eux, de les observer, mieux encore, je tire b\u00e9n\u00e9fice de leur existence pour ordonner un peu la mienne, ils me fournissent par procuration une sorte de r\u00e9gularit\u00e9 dont je ne dispose pas naturellement, je les parasite \u00e0 leur insu et, comme tout bon parasite, je m\u2019efforce de me nourrir ainsi dans la plus grande discr\u00e9tion sans d\u00e9ranger<\/p>\n<p>j\u2019aime l\u2019espace si fonctionnel, si bien pens\u00e9, de ma chambre, la chambre 148, la vue dehors est en tout point sinistre, les plaques d\u2019immatriculation des voitures gar\u00e9es sur le parking, et le grillage haut de deux m\u00e8tres qui nous s\u00e9pare de l\u2019autoroute, mais l\u2019int\u00e9rieur spartiate convient \u00e0 mon go\u00fbt, lequel me porte toujours au minimalisme, sans doute parce que je me m\u00e9fie des objets, des objets qui s\u2019entassent, je pr\u00e9f\u00e8re poss\u00e9der le moins possible, ne pas m\u2019embarrasser, les objets obligent celui qui les poss\u00e8de, le pers\u00e9cutent avec leurs attentes sourdes, il faut en prendre soin, or j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 bien du mal \u00e0 prendre soin de moi-m\u00eame, et c\u2019est pourquoi je ne poss\u00e8de pour ainsi dire rien, quand je quitterais mon \u00e9pouse, le coffre de ma voiture suffira probablement \u00e0 transporter l\u2019essentiel de mes biens, et je dois avouer combien cette perspective me motive d\u00e9j\u00e0, bien que nous n\u2019en soyons pas tout \u00e0 fait l\u00e0, pas encore, bien qu\u2019il n\u2019y ait aucune mani\u00e8re d\u2019\u00e9chapper \u00e0 cette rupture, et \u00e0 ce d\u00e9part, et aux larmes et aux souffrances qui s\u2019ensuivront, ma femme peine \u00e0 concevoir que je puisse dans un espace aussi r\u00e9duit me sentir \u00e0 mon aise, plus \u00e0 mon aise en tous cas que dans notre appartement, qui pourtant n\u2019est pas bien grand et relativement peu meubl\u00e9, mais c\u2019est d\u00e9j\u00e0 trop, toutes ces choses, tous ces attachements, ces attentes, tout ce que ces objets exigent de vous \u00e0 chaque instant, tandis que l\u00e0, il n\u2019y a rien, rien que l\u2019essentiel, un coin lavabo s\u00e9par\u00e9 du lit par une sorte de cloison peinte en bleu gris, des \u00e9tag\u00e8res encastr\u00e9es dans un mur, le lit deux places qui fait comme un radeau sur lequel je passe le plus clair de mon temps, et le plus obscur aussi, la t\u00e9l\u00e9vision bien s\u00fbr au c\u0153ur de ce dispositif, une chaise et une sorte de bureau triangulaire sur lequel on a tout juste la place de ranger la t\u00e9l\u00e9commande, le programme de t\u00e9l\u00e9vision, le r\u00e8glement int\u00e9rieur de l\u2019h\u00f4tel, quelques prospectus publicitaires vantant les m\u00e9rites de la cha\u00eene, avec une carte du monde recensant les autres \u00e9tablissements de la marque, et moi qui aime tant les cartes \u00e9videmment je l\u2019ai parcourue avec soin, me trouvant rassur\u00e9 de constater que m\u00eame si par hasard, ce dont je doute, mes pas me portaient dans le futur vers quelques contr\u00e9es lointaines, il se trouverait forc\u00e9ment quelque part aux abords des grandes villes un endroit en tout point conforme \u00e0 celui-ci, o\u00f9 j\u2019aurais donc des rep\u00e8res, avec probablement le m\u00eame mobilier, les m\u00eames couloirs menant aux m\u00eames toilettes automatis\u00e9es, aux m\u00eames douches, et sans doute aussi emprunt\u00e9s par la m\u00eame client\u00e8le, un homme dans son genre et une fille dans son genre, affair\u00e9s, articul\u00e9s \u00e0 leur portefeuille clients, bref, o\u00f9 que j\u2019aille par la suite, je sais d\u00e9sormais qu\u2019il y aura toujours un endroit o\u00f9 \u00eatre avec une t\u00e9l\u00e9vision et un lavabo<\/p>\n<p>en passant ce matin devant la chambre 152 je l\u2019ai entendue rire et j\u2019ai pens\u00e9 qu\u2019ou bien elle riait au t\u00e9l\u00e9phone, ou bien elle riait avec quelqu\u2019un qui la faisait rire, j\u2019ai pens\u00e9 : suis-je le genre de type susceptible de la faire rire ? j\u2019ai pens\u00e9 que cela me ferait de la peine si elle accueillait un amant dans cet h\u00f4tel, vu mes dispositions \u00e0 son \u00e9gard, j\u2019ai pens\u00e9 que j\u2019aurais pu faire moi aussi un amant correct vu que nous sommes voisins, que ce voisinage aurait rendu les choses pratiques, mais j\u2019ai aussi pens\u00e9 que l\u2019homme d\u2019affaire qui en ce moment loge \u00e0 l\u2019\u00e9tage en dessous ferait un tr\u00e8s bon amant lui aussi, plus appropri\u00e9 sans doute \u00e0 sa condition, mieux appari\u00e9<\/p>\n<p>le week-end suivant, le samedi, j\u2019ai couch\u00e9 ailleurs qu\u2019\u00e0 l\u2019h\u00f4tel chez une fille que j\u2019avais rencontr\u00e9e dans un bar au terme d\u2019une soir\u00e9e d\u2019ivresse dont les d\u00e9tails m\u2019\u00e9chappent, je me rem\u00e9more par flash une discussion avec un pianiste, un pianiste de concert classique de passage en ville, puis une fille au comptoir dont je sens qu\u2019elle m\u2019observe, on sent ces choses-l\u00e0 quand on est comme moi toujours aux aguets, puis le signe \u00e9trange qu\u2019elle m\u2019envoie, une l\u00e9g\u00e8re inclinaison de l\u2019index qui, pens\u00e9-je, me signifie de venir pr\u00e8s d\u2019elle, et je ne sais pourquoi j\u2019ob\u00e9is, le cr\u00e2ne de cette fille est ras\u00e9, \u00e7a je m\u2019en souviens bien, et elle me confiera plus tard qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s malade, qu\u2019elle s\u2019en est sortie, je m\u2019en suis sortie physiquement pr\u00e9cise-t-elle, elle me fixe d\u2019un \u0153il brillant me demande du feu, j\u2019ob\u00e9is, allume sa cigarette puis, sans pr\u00e9venir, elle me roule une pelle interminable durant laquelle j\u2019en viens \u00e0 manquer d\u2019air, puis nous sommes dans un autre bar et le pianiste joue du Chopin pendant qu\u2019elle et moi nous buvons, elle est dessinatrice et c\u2019est un moment merveilleux, comme toujours je me laisse faire, je me laisse entra\u00eener, bien qu\u2019en v\u00e9rit\u00e9 il vaudrait mieux dire que c\u2019est ma mani\u00e8re sp\u00e9ciale de n\u2019avoir pour ainsi dire aucune attache, mon infinie disponibilit\u00e9, laquelle attire les gens qui certains soirs ont besoin de se laisser aller, de vivre des moments merveilleusement d\u00e9r\u00e9gl\u00e9s, et je crois bien que ma passivit\u00e9, ma pr\u00e9sence flottante, les attire ces gens-l\u00e0, je le sais parce qu\u2019il en a toujours \u00e9t\u00e9 ainsi, je me laisse embarquer et, parce que je me laisse embarquer, l\u2019autre se sent encourag\u00e9 \u00e0 des d\u00e9r\u00e8glements plus t\u00e9m\u00e9raires, \u00e0 explorer la part de folie dont il est capable, ainsi ce pianiste ivre, cette fille malade que je raccompagnais finalement \u00e0 son appartement, et j\u2019ai pens\u00e9 que mes voisins de l\u2019h\u00f4tel, la fille de la chambre 152 et l\u2019homme d\u2019affaire, pourraient aussi tr\u00e8s bien \u00e0 leur tour basculer en ma pr\u00e9sence s\u2019ils entreprenaient de me suivre un peu du c\u00f4t\u00e9 de la d\u00e9raison, quelque chose d\u2019\u00e0 la fois po\u00e9tique et, quand on n\u2019est pas trop habitu\u00e9, dangereux<\/p>\n<p>trois fois par semaine, je sors du motel pour aller en ville, je d\u00eene ou bien \u00e0 la pizzeria ou bien dans un fast-food, je regarde les jeunes qui s\u2019appr\u00eatent eux aussi pour la soir\u00e9e, puis je vais au cin\u00e9ma, toujours le m\u00eame, qui propose trois films par semaine, deux films populaires et le troisi\u00e8me moins populaire, et je me d\u00e9brouille pour voir chacun de ces films une fois, sauf quand il s\u2019en trouve un qui me plaise particuli\u00e8rement, ainsi cette semaine je suis retourn\u00e9 voir Fight Club de David Fincher, j\u2019y suis retourn\u00e9 pour le d\u00e9but et pour la fin, si bien qu\u2019au milieu, entre le d\u00e9but et la fin, j\u2019avais tendance \u00e0 m\u2019endormir, le d\u00e9but quand il contemple son appartement en flammes, et la fin quand on finit par comprendre qu\u2019il est compl\u00e8tement fou, ces deux sc\u00e8nes me font irr\u00e9sistiblement pleurer, et constituent la raison pour laquelle je dois absolument les voir autant de fois qu\u2019il est possible, et si j\u2019en avais eu le courage, j\u2019aurais peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 requ\u00e9rir du projectionniste qu\u2019il accepte \u00e0 titre exceptionnel de diffuser en boucle ces deux sc\u00e8nes, \u00e0 l\u2019exception du reste, pour mon compte personnel, ce pour quoi j\u2019\u00e9tais pr\u00eat \u00e0 payer bien s\u00fbr, mais je n\u2019ai pas \u00e9t\u00e9 jusque l\u00e0, jusqu\u2019\u00e0 demander une chose aussi absurde<\/p>\n<p>avant le motel, la direction m\u2019avait trouv\u00e9 une chambre dans une maison voisine de l\u2019entreprise, chez une coll\u00e8gue et sa fille, une maison tr\u00e8s sombre qui sentait l\u2019encens et la liti\u00e8re \u00e0 chat, et ma chambre se trouvait sur le chemin entre une sorte de d\u00e9barras et la chambre de la fille qui devait avoir dans les quinze ans et qui dormait tr\u00e8s exactement de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la cloison o\u00f9 je reposais mon dos pour lire avant de dormir : de fait il m\u2019\u00e9tait impossible de trouver le sommeil dans ces conditions, je sentais ses parfums, je la devinais dans la p\u00e9nombre quand elle traversait la nuit le vestibule o\u00f9 j\u2019\u00e9tais log\u00e9 pour aller de sa chambre aux toilettes, je l\u2019entendais respirer, se d\u00e9shabiller, se glisser dans les draps, cette maison baignait en permanence dans cette sorte de p\u00e9nombre affolante, et le petit-d\u00e9jeuner repr\u00e9sentait une \u00e9preuve, le sourire que je m\u2019obligeais \u00e0 faire, un sourire totalement d\u00e9sexualis\u00e9, quand la m\u00e8re avec ses cheveux longs me servait le lait dans ma tasse de caf\u00e9 avec ses parfums \u00e0 elle aussi, puisqu\u2019elle \u00e9tait seule manifestement, bien que nous n\u2019en ayons jamais parl\u00e9, parce que, si nous avions commenc\u00e9 \u00e0 parler \u00e0 dire quelque chose d\u2019important et de personnel, nous aurions in\u00e9vitablement succomb\u00e9 \u00e0 quelque chose de sexuel, et d\u2019ailleurs ma pr\u00e9sence ici dans cette maison sombre habit\u00e9e par deux femmes ne pouvait pas avoir d\u2019autre signification que sexuelle, la salle de bains \u00e9tait une salle de bains de femme, la chambre sentait les odeurs de femmes, les tableaux sur les murs, les chats, les livres, tout cela me plongeait dans une sorte d\u2019ivresse permanente, alors qu\u2019il me fallait au contraire du calme, le plus de qui\u00e9tude possible pour me remettre d\u2019une journ\u00e9e au travail, et c\u2019est pourquoi un matin, au petit-d\u00e9jeuner, j\u2019ai menti en d\u00e9clarant que j\u2019avais trouv\u00e9 un appartement pas cher \u00e0 la campagne, qu\u2019ainsi je cesserais de les d\u00e9ranger, elle a dit : mais non (\u00e9videmment) tu ne nous d\u00e9ranges pas (au contraire ?), et le soir m\u00eame je prenais une chambre au motel, la 141 je crois, o\u00f9 je pouvais enfin reposer seul<\/p>\n<p>deux mois s\u2019\u00e9coul\u00e8rent : aux g\u00e9rants du motel je me pr\u00e9sentais comme une sorte de consultant en mission, install\u00e9 certes \u00e0 titre provisoire dans cette ville, bien que pour une dur\u00e9e ind\u00e9termin\u00e9e, et comme on ne m\u2019incitait pas \u00e0 entrer dans les d\u00e9tails, je m\u2019abstenais de fabriquer un mensonge plus sophistiqu\u00e9, la direction qui voulait manifestement mon bien s\u2019\u00e9tonnait que je m\u2019obstine \u00e0 dormir \u00e0 l\u2019h\u00f4tel, alors que \u00e7a me co\u00fbtait au bas mot la moiti\u00e9 de mon salaire, et qu\u2019il y avait en ville des appartements \u00e0 louer pour un prix modique, je leur promettais d\u2019y songer s\u00e9rieusement, mais, que voulez-vous, on a ses habitudes, etc., bien qu\u2019ils aient \u00e9videmment tout \u00e0 fait raison : ce mode de vie s\u2019av\u00e9rait ruineux et absurde, puisque je d\u00e9pensais en restaurant la quasi-totalit\u00e9 de ce qui me restait apr\u00e8s avoir pay\u00e9 ma chambre, except\u00e9s quelques menus plaisirs, le cin\u00e9ma et mes soir\u00e9es d\u2019errance dans les bars de la ville, et bien s\u00fbr il me fallait aussi les rares fois o\u00f9 je rentrais \u00e0 la maison, ou bien qu\u2019elle m\u2019appelait au t\u00e9l\u00e9phone, me confronter \u00e0 la perplexit\u00e9 de mon \u00e9pouse : l\u2019avenir de notre couple ne laissait aucun doute et nous \u00e9tions \u00e0 ce sujet tout \u00e0 fait aussi d\u00e9senchant\u00e9s l\u2019un que l\u2019autre, elle, entrevoyant un futur possible dans lequel je n\u2019avais aucune place, moi, accabl\u00e9 d\u2019ennui et immerg\u00e9 dans un processus r\u00e9gressif irr\u00e9sistible, mais ce motel, disait-elle, toi qui r\u00eavais de t\u2019\u00e9tablir \u00e0 la campagne, et que comptes-tu faire \u00e0 la fin de ton contrat ? Rentrer chez nous ? Et je sentais comme elle le sentait aussi, \u00e0 quel point ce nous, dans sa bouche \u00e0 elle ou dans ma bouche \u00e0 moi, sonnait creux comme une enveloppe vid\u00e9e de tout affect, \u00e0 peine quelques souvenirs, peut-\u00eatre une abstraction d\u00e9sormais, \u00e0 laquelle elle s\u2019effor\u00e7ait de substituer un morceau de r\u00e9el, une aventure sans doute dont elle ne disait mot mais que je devinais entre ses mots, \u00e0 son souffle, tandis que je me trouvais incapable de mon c\u00f4t\u00e9 de remplacer ce nous \u00e9vid\u00e9 par quoi que ce soit, me contentant au contraire d\u2019occuper la place laiss\u00e9e vacante par ce nous creux, m\u2019y r\u00e9fugiant et m\u2019y blottissant m\u00eame d\u2019une certaine mani\u00e8re, l\u2019ayant transf\u00e9r\u00e9 dans la chambre 148 de cet h\u00f4tel, qui d\u00e8s lors me servait de contenant, mais \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur il n\u2019y avait pour ainsi dire plus rien, ou pas grand chose, un semblant d\u2019homme vaguement d\u00e9sirant \u00e9piant ses voisins de palier par l\u2019encablure d\u2019une porte, r\u00e9sistant avec m\u00e9thode au d\u00e9ploiement de toute perspective d\u2019avenir, incarnant sans peine l\u2019absence totale d\u2019espoir, embourb\u00e9 dans les mar\u00e9cages d\u2019une passivit\u00e9 \u00e0 vomir, r\u00e9sistant, oui, \u00e0 ma mani\u00e8re, \u00e0 toute adh\u00e9sion sinc\u00e8re, \u00e0 quelque projet que ce soit, mais cette ruine de l\u2019enthousiasme et de la croyance avait commenc\u00e9 bien avant que je prenne chambre dans cet h\u00f4tel, bien avant mon d\u00e9part, et ce n\u2019\u00e9tait en rien l\u2019effet d\u2019une d\u00e9saffection amoureuse, ou alors, cette d\u00e9saffection \u00e9tait l\u2019effet de la ruine des objets mondains dans mon esprit plut\u00f4t qu\u2019elle n\u2019en \u00e9tait la cause<\/p>\n<p>chaque matin au moment de sortir pour aller au travail, le sentiment d\u2019arrachement se fait plus vif, la douleur s\u2019aggrave, je range les affaires dans mon sac comme chaque jour, mais il me semble que je m\u2019appr\u00eate pour un long voyage \u00e0 l\u2019autre bout du monde, ou bien \u00e0 quitter l\u2019h\u00f4tel pour toujours : je suis alors pris d\u2019un afflux de nostalgie massif et brutal, il m\u2019arrive de pleurer, il m\u2019arrive de me rasseoir sur le lit plongeant la t\u00eate dans les mains qui sentent le savon, je m\u2019imagine incapable de faire un pas dehors dans le vaste monde et tenir bon sous le regard de mes coll\u00e8gues et des passants, je me vois m\u2019effondrant litt\u00e9ralement dans un couloir sur le carrelage, je songe appeler un m\u00e9decin mais les forces me manquent pour d\u00e9crocher le t\u00e9l\u00e9phone : alors j\u2019en suis r\u00e9duit \u00e0 boire quelques gorg\u00e9es s\u2019il me reste quelque chose \u00e0 boire, quelques gorg\u00e9es pour calmer la douleur, faire un pas de plus, prendre le prochain bus, monter jusqu\u2019au centre ville, et tenir bon encore une fois, tenir debout d\u00e9j\u00e0, suffisamment debout pour donner le change, quand bien m\u00eame dans ma t\u00eate \u00e7a ne tient plus du tout debout, \u00e7a vacille en permanence, \u00e7a menace de s\u2019effondrer tout \u00e0 fait et litt\u00e9ralement sur les ruines des croyances et des objets mondains, dans les mar\u00e9cages d\u00e9vast\u00e9s par l\u2019absence d\u2019adh\u00e9sion et de significations, sur le carrelage enfin du couloir de l\u2019entreprise, les membres en vrac \u00e9clat\u00e9s comme mes pauvres pens\u00e9es sur les carreaux du sol froid et d\u00e9saffect\u00e9<\/p>\n<p>les cong\u00e9s de No\u00ebl approchent et leur cort\u00e8ge de solitude et d\u2019abandon : tout le monde se pr\u00e9pare \u00e0 partir, les coll\u00e8gues, les habitu\u00e9s de l\u2019h\u00f4tel, les passants m\u00eame, \u00e9veillent l\u2019impression que demain ils ne seront plus l\u00e0, le parking se vide, et je me retrouve seul au petit d\u00e9jeuner devant la cafeti\u00e8re remplie \u00e0 ras bord et la tenanci\u00e8re du motel, et il va bien falloir que je prenne la parole cette fois-ci, car dans deux jours c\u2019est No\u00ebl, elle glisse une tartine dans le grille-pain et me demande si je souhaite un peu plus de pain, ce qui signifie quelque chose comme : avez-vous r\u00e9ellement l\u2019intention de demeurer ici \u00e0 No\u00ebl ? et \u00e7a lui rappelle la conversation qu\u2019elle avait eu avec sa coll\u00e8gue l\u2019autre jour, comme quoi des types dans mon genre peut-\u00eatre qu\u2019ils fuyaient quelque chose ou quelqu\u2019un, mais elle se contente de : un peu plus pain ? et cela me convient, je r\u00e9ponds non merci bien \u00e7a ira comme \u00e7a, et surtout pas oui, je compte rester l\u00e0 pour No\u00ebl et les jours suivants le jour de l\u2019an \u00e9galement et probablement les jours d\u2019apr\u00e8s, o\u00f9 irais-je sinon ? je me sens bien ici, c\u2019est un endroit o\u00f9 \u00eatre, j\u2019ai besoin de cet endroit, j\u2019ignore, j\u2019ignore bien des choses, mais j\u2019ignore surtout combien de temps j\u2019aurais besoin d\u2019un endroit comme celui-l\u00e0, o\u00f9, contraint \u00e0 une certaine retenue, on se contente de vous demander si vous voulez un peu plus ceci ou de cela, o\u00f9 l\u2019on n\u2019attend rien de vous, except\u00e9 le paiement de la nuit\u00e9e, qu\u2019on peut payer sans prononcer un seul mot gr\u00e2ce \u00e0 la machine automatique \u00e0 l\u2019entr\u00e9e, glissez votre carte bancaire entrez votre code merci de votre confiance bon s\u00e9jour, cela me convient tout \u00e0 fait, c\u2019est exactement ce dont j\u2019ai besoin maintenant, et probablement demain et les jours suivants, et ce qu\u2019elle se dit \u00e0 elle-m\u00eame derri\u00e8re ses lunettes rondes, je peux tr\u00e8s bien m\u2019abstenir de l\u2019entendre, remonter tranquillement aux \u00e9tages, m\u2019\u00e9taler sur le lit, allumer la t\u00e9l\u00e9vision, et reposer paisiblement, d\u00e9s\u0153uvr\u00e9 comme je suis quand tout le monde est en vacances, prot\u00e9g\u00e9 autant qu\u2019il est possible de toute attente, je peux tr\u00e8s bien arpenter le couloir, de la chambre aux douches, et m\u00eame, si l\u2019envie me prend d\u2019y marcher nu, mes pieds ruisselants sur la moquette, parler \u00e0 voix haute dans l\u2019escalier, puisque l\u2019\u00e9tage est parfaitement vide, qu\u2019il est probable que je sois d\u00e9sormais le seul client, tous les autres ayant mieux \u00e0 faire, et un meilleur endroit o\u00f9 \u00eatre que ce motel, si bien que je puis me croire un instant, un soir, une nuit, tout \u00e0 fait comme chez moi, habitant la vaste demeure sise au bord de l\u2019autoroute comme si j\u2019en \u00e9tais devenu propri\u00e9taire, ce que j\u2019imagine un instant, mais qui voudrait d\u2019un motel devenir propri\u00e9taire et l\u2019unique habitant ?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00e0 la chambre 152 il y avait une fille, je l\u2019avais aper\u00e7ue le matin 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