{"id":335,"date":"2014-04-18T22:24:55","date_gmt":"2014-04-18T21:24:55","guid":{"rendered":"https:\/\/outsiderland.com\/outside\/?page_id=335"},"modified":"2014-04-18T22:24:55","modified_gmt":"2014-04-18T21:24:55","slug":"la-signification-spirituelle-de-la-vie-insulaire-dans-les-sermons-disaac-de-letoile","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/la-signification-spirituelle-de-la-vie-insulaire-dans-les-sermons-disaac-de-letoile\/","title":{"rendered":"La signification spirituelle de la vie insulaire dans les sermons d&rsquo;Isaac de l&rsquo;\u00c9toile"},"content":{"rendered":"<p><a style=\"color: #ff3300;\" href=\"http:\/\/www.another-record.com\/danahilliot\/dana_writings\/isaac_de_letoile-la_signification_insulaire.pdf\">La signification insulaire de l\u2019exil \u00e0 R\u00e9 chez Isaac de l\u2019\u00c9toile<\/a><br \/>\n(article paru dans les volumes 56 (1994,4) et 57 (1995,1)<br \/>\ndes\u00a0<a style=\"color: #ff3300;\" href=\"http:\/\/www.citeaux.net\/collectanea\/\" target=\"_blank\">Collectanea Cisterciensia<\/a>\u00a0(1992)<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e9poque de la publication de ce texte, internet en \u00e9tait encore qu&rsquo;\u00e0 ses balbutiements, et je ne disposais comme trace de ce travail qu&rsquo;un tir\u00e9 \u00e0 part, et sans doute un fichier word conserv\u00e9 sur une disquette. J&rsquo;ai perdu depuis ces deux traces mais retrouv\u00e9, \u00e0 mon grand \u00e9tonnement, une version pdf, correctement agenc\u00e9 \u2014 je suppose qu&rsquo;\u00e0 une \u00e9poque, j&rsquo;ai produit ce pdf \u00e0 partir des fichiers que je poss\u00e9dais. Je me suis efforc\u00e9 d&rsquo;en faire une version web convenable, ce qui demande un travail cons\u00e9quent.<\/p>\n<p>I<a href=\"https:\/\/outsiderland.com\/outside\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/isaac_de_letoile-la_signification_insulaire.pdf\">saac_de_letoile-la_signification_insulaire<\/a>\u00a0(PDF)<\/p>\n<figure id=\"attachment_484\" aria-describedby=\"caption-attachment-484\" style=\"width: 260px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/outsiderland.com\/outside\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/blason_etoile.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-484\" src=\"https:\/\/outsiderland.com\/outside\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/blason_etoile.jpg\" alt=\"Blason de l'abbaye de l'\u00c9toile\" width=\"260\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/blason_etoile.jpg 260w, https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/blason_etoile-195x300.jpg 195w\" sizes=\"(max-width: 260px) 100vw, 260px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-484\" class=\"wp-caption-text\">Blason de l&rsquo;abbaye de l&rsquo;\u00c9toile<\/figcaption><\/figure>\n<div id=\"page_1\" style=\"color: #000000;\">\n<div id=\"dimg1\">\n<h1 align=\"CENTER\"><span style=\"font-family: GentiumAlt;\"><b>La Signification spirituelle <\/b><\/span><\/h1>\n<h1 align=\"CENTER\"><span style=\"font-family: GentiumAlt;\"><b>de la vie insulaire <\/b><\/span><\/h1>\n<h1 align=\"CENTER\"><span style=\"font-family: GentiumAlt;\"><b>dans les <i>S<\/i><i>ermons<\/i> d&rsquo;Isaac de l&rsquo;\u00c9toile<\/b><\/span><\/h1>\n<h1 class=\"western\">Introduction<\/h1>\n<p class=\"western\">La plupart des lecteurs d&rsquo;Isaac de l&rsquo;\u00c9toile auront \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9s par la r\u00e9currence tout \u00e0 fait remarquable des th\u00e8mes de la mer et de la vie insulaire dans les sermons. Cette observation a conduit certains historiens \u00e0 utiliser ces textes dans l&rsquo;\u00e9laboration d&rsquo;hypoth\u00e8ses, parfois fort savantes et ing\u00e9nieuses, concernant les \u00e9pisodes les plus \u00e9nigmatiques de sa vie. \u00ab\u00a0Un \u00eelot \u00e0 l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 des terres\u00a0\u00bb<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\"><sup>1<\/sup><\/a>, \u00ab\u00a0une \u00eele lointaine, prisonni\u00e8re de l&rsquo;oc\u00e9an\u00a0\u00bb<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\"><sup>2<\/sup><\/a>, \u00ab\u00a0une \u00eele d\u00e9sertique \u00e9loign\u00e9e de presque tout l&rsquo;univers\u00a0\u00bb<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\"><sup>3<\/sup><\/a>, \u00ab\u00a0une petite \u00eele perdue dans l&rsquo;immensit\u00e9 de la mer\u00a0\u00bb<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote4sym\" name=\"sdfootnote4anc\"><sup>4<\/sup><\/a>. Peut-on donner \u00e0 ces expressions une valeur r\u00e9aliste, et pas seulement m\u00e9taphorique, faisant alors allusion \u00e0 cette \u00eele dans laquelle notre abb\u00e9 s\u00e9journa : l&rsquo;\u00eele de R\u00e9 ? On ne saurait l&rsquo;affirmer avec certitude parce que les raisons de ce voyage et les conditions de ce s\u00e9jour nous demeurent fort mal connues<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote5sym\" name=\"sdfootnote5anc\"><sup>5<\/sup><\/a> : le fait m\u00eame d&rsquo;accorder une valeur testimoniale aux textes contenus dans les sermons est probl\u00e9matique. Il ne s&rsquo;agit pas, en effet, de leur accorder cette valeur sans avoir auparavant soup\u00e7onn\u00e9 l&rsquo;effet de style, l&rsquo;influence litt\u00e9raire, l&rsquo;imagination m\u00e9taphorique.<\/p>\n<p class=\"western\">La pr\u00e9sence du th\u00e8me de la mer et de l&rsquo;\u00eele est n\u00e9anmoins remarquable et les \u00e9l\u00e9ments de biographie que nous poss\u00e9dons \u2014 Isaac est n\u00e9 sur une \u00ab\u00a0\u00eele\u00a0\u00bb, quelque part en Angleterre ; il a s\u00e9journ\u00e9 un temps sur l&rsquo;\u00eele de R\u00e9 \u2014 invitent \u00e0 mesurer, au sein de l\u2019\u0153uvre de l&rsquo;abb\u00e9 de l&rsquo;\u00c9toile, les traces d&rsquo;une exp\u00e9rience privil\u00e9gi\u00e9e et d&rsquo;inspiration f\u00e9conde : telle est la finalit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9tude que nous pr\u00e9sentons ici. Nous n&rsquo;envisagerons donc pas ces passages o\u00f9 Isaac semble faire allusion \u00e0 son exp\u00e9rience r\u00e9thaise comme le ferait l&rsquo;historien, en pesant en quelque sorte la part de r\u00e9f\u00e9rence au r\u00e9el et celle du jeu m\u00e9taphorique. On s&rsquo;int\u00e9ressera plut\u00f4t \u00e0 la mani\u00e8re dont ces motifs s&rsquo;inscrivent dans l&rsquo;argumentation du sermon, comment ils viennent la soutenir, \u00e9clairer, prolonger, comment finalement ils inspirent et font sens &#8211; spirituellement s&rsquo;entend.<\/p>\n<p class=\"western\">\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<h1 class=\"western\">1- Du Lac de Tib\u00e9riade \u00e0 l&rsquo;\u00eele de R\u00e9 (Un commentaire des sermons 13-15.<\/h1>\n<h2 class=\"western\">1. 1. Une ex\u00e9g\u00e8se de Matthieu 8, 23-27.<\/h2>\n<p class=\"western\">Pour mesurer l&rsquo;importance de l&rsquo;exp\u00e9rience de l&rsquo;exil \u00e0 R\u00e9 dans la pens\u00e9e d&rsquo;Isaac de l&rsquo;\u00c9toile, nous avons choisi de lire et de commenter les trois sermons du quatri\u00e8me dimanche apr\u00e8s l&rsquo;\u00c9piphanie, num\u00e9rot\u00e9s 13 \u00e0 15 dans l&rsquo;\u00e9dition S.C<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote6sym\" name=\"sdfootnote6anc\"><sup>6<\/sup><\/a>. Et ce pour deux raisons : d&rsquo;une part, parce que deux d&rsquo;entre eux ont tr\u00e8s probablement<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote7sym\" name=\"sdfootnote7anc\"><sup>7<\/sup><\/a> \u00e9t\u00e9 compos\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00eele de R\u00e9, ou au retour de cette \u00ab\u00a0p\u00e9r\u00e9grination\u00a0\u00bb<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote8sym\" name=\"sdfootnote8anc\"><sup>8<\/sup><\/a>; d&rsquo;autre part, parce qu&rsquo;ils sont comme impr\u00e9gn\u00e9s de l&rsquo;exp\u00e9rience insulaire de leur auteur. Les trois sermons sont consacr\u00e9s \u00e0 l&rsquo;ex\u00e9g\u00e8se d&rsquo;un passage de l&rsquo;\u00c9vangile selon saint Matthieu (8, 23\u00ad27) :<\/p>\n<blockquote class=\"western\"><p>\u00ab\u00a023 Puis il [J\u00e9sus] monta dans la barque, suivi de ses disciples. 24 Survint alors dans la mer une agitation si violente que la barque \u00e9tait couverte par les vagues. Lui cependant dormait. 25 S&rsquo;\u00e9tant donc approch\u00e9s, ils le r\u00e9veill\u00e8rent en disant : \u00ab\u00a0Au secours, Seigneur, nous p\u00e9rissons !\u00a0\u00bb 26 Il leur dit : \u00ab\u00a0Pourquoi avez vous peur, gens de peu de foi ?\u00a0\u00bb Alors, se dressant, il mena\u00e7a les vents et la mer, et il se fit un grand calme. 27 Saisis d&rsquo;admiration, ces hommes se dirent alors : \u00ab\u00a0Quel est celui-ci, que m\u00eame les vents et la mer lui ob\u00e9issent ?\u00a0\u00bb<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote9sym\" name=\"sdfootnote9anc\"><sup>9<\/sup><\/a>\u00ad<\/p><\/blockquote>\n<h2 class=\"western\">1. 2. \u00ab\u00a0J\u00e9sus monta dans une barque\u00a0\u00bb.<\/h2>\n<p class=\"western\">\u00ab\u00a0<i>Ascendente Iesu in naviculam<\/i>\u00a0\u00bb . La forme verbale <i>ascendente<\/i> est le point de d\u00e9part d&rsquo; un assez long d\u00e9veloppement, dans la premi\u00e8re partie du sermon 13, sur l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;autorit\u00e9. Isaac rappelle d&rsquo;abord que dans le Christ deux natures sont intimement unies : la divinit\u00e9 et l&rsquo;humanit\u00e9 (S. 13, 1)<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote10sym\" name=\"sdfootnote10anc\"><sup>10<\/sup><\/a>. Il est \u00e0 la fois totalement Dieu et totalement homme, tendu entre le ciel et la terre comme l&rsquo;\u00e9chelle du songe de Jacob<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote11sym\" name=\"sdfootnote11anc\"><sup>11<\/sup><\/a>. D\u00e8s lors, la mont\u00e9e et la descente ne peuvent \u00eatre entendues \u00ab\u00a0uniquement et totalement au sens mat\u00e9riel et local\u00a0\u00bb, mais ces mots appellent une interpr\u00e9tation all\u00e9gorique. D&rsquo;autre part : \u00ab\u00a0la barque d\u00e9signe donc l&rsquo;\u00c9glise, qui, \u00e0 force de bras, navigue encore dans ce monde, cette mer \u00e0 l&rsquo;immense \u00e9tendue\u00a0\u00bb(S. 13, 2)<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote12sym\" name=\"sdfootnote12anc\"><sup>12<\/sup><\/a>. Comment comprendre alors que J\u00e9sus soit mont\u00e9 dans l&rsquo;\u00c9glise ? N\u2019est-il pas consid\u00e9r\u00e9 au contraire comme la t\u00eate de l&rsquo;\u00c9glise, celui autour duquel l&rsquo;\u00c9glise, comme un corps autour d&rsquo;une \u00e2me, s&rsquo;organise, celui qui donne vie, sens, unit\u00e9 ?<\/p>\n<p class=\"western\">Cette \u00e9nigme ne s&rsquo;\u00e9claire, selon Isaac, que si l&rsquo;on consid\u00e8re les deux p\u00f4les qui d\u00e9finissent, dans leur relation, toute organisation sociale : la soumission [<i>subiectio<\/i>] et la sup\u00e9riorit\u00e9 [<i>praelatio<\/i>].<\/p>\n<blockquote class=\"western\"><p>\u00ab\u00a0Or il ne convient \u00e0 personne d&rsquo;\u00eatre sup\u00e9rieur, s&rsquo;il n&rsquo;a pas appris \u00e0 \u00eatre soumis, de commander s&rsquo;il n&rsquo;a pas ob\u00e9i. C&rsquo;est pourquoi cette majest\u00e9 sublime dont la nature est d&rsquo;exister avant toutes choses, dont l&rsquo;attribut propre est de commander \u00e0 tout, qui est l&rsquo;origine de tout ordre et de toute puissance, s&rsquo;est abaiss\u00e9e elle-m\u00eame pour assumer ses devoirs, pour acquitter la dette qu&rsquo;elle n&rsquo;avait pas contract\u00e9e ; elle a pay\u00e9 ce qu&rsquo;elle n&rsquo;avait pas d\u00e9rob\u00e9 ; elle a en tout r\u00e9alis\u00e9 l&rsquo;ordre de telle mani\u00e8re que, dans les \u0153uvres admirables faites par elle, il n&rsquo;est pas de miracle plus admirable, pas d&rsquo;enseignement plus lumineux que la saintet\u00e9 de sa conduite m\u00eame d&rsquo;homme vivant parmi les hommes.\u00a0\u00bb (S. 13, 3)<\/p><\/blockquote>\n<p class=\"western\">Du sublime abaissement du Christ (<i>inclinatio<\/i>), on peut tirer l&rsquo; enseignement suivant : si l&rsquo;autorit\u00e9 du Christ sur l&rsquo;\u00c9glise est juste et fond\u00e9e, c&rsquo;est non seulement du fait de sa divinit\u00e9, mais en m\u00eame temps du fait de son humanit\u00e9. Le paradoxe apparent de l&rsquo;incarnation de Dieu donne en effet tout son sens \u00e0 l&rsquo;\u00c9glise. \u00c0 l&rsquo;\u00e9ternelle libert\u00e9 de l&rsquo;\u00eatre divin, caract\u00e9ris\u00e9 ici par la pr\u00e9existence (<i>ante omnia esse<\/i>), la toute puissance (<i>omnibus imperare<\/i>), et le fait d&rsquo;\u00eatre le principe de tout ordre et de toute puissance (<i>a qua omnis ordo est, et universa potestas<\/i>), r\u00e9pondent les contraintes auxquelles il est soumis dans l&rsquo;incarnation. En embrassant la condition humaine, le Christ se soumet en quelque sorte \u00e0 la temporalit\u00e9 et \u00e0 la spatialit\u00e9 qui sp\u00e9cifient le devenir humain : mais il triomphe fondamentalement de ces contraintes en ce que son devenir ici-bas s&rsquo;impose comme la r\u00e9alisation compl\u00e8te de l&rsquo;ordre divin (<i>in omnibus ordini morem gessit<\/i>). C&rsquo;est en p\u00e9dagogue que le Christ s&rsquo;incarne aupr\u00e8s des hommes : \u00ab\u00a0\u2026 il n&rsquo;est pas d&rsquo;enseignement plus lumineux que la saintet\u00e9 de sa conduite m\u00eame d&rsquo;homme vivant parmi les hommes.\u00a0\u00bb<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote13sym\" name=\"sdfootnote13anc\"><sup>13<\/sup><\/a>L&rsquo;\u00e9pisode du bapt\u00eame de J\u00e9sus est \u00e0 cet \u00e9gard \u00e9minemment symbolique : Jean-Baptiste n&rsquo;ose pas baptiser J\u00e9sus. Ce dernier lui r\u00e9pond : \u00ab\u00a0Laisse faire pour le moment; c&rsquo;est ainsi (<i>ita<\/i>) qu&rsquo;il nous convient d&rsquo;accomplir toute justice.\u00a0\u00bb<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote14sym\" name=\"sdfootnote14anc\"><sup>14<\/sup><\/a>Par ces mots, selon Isaac, le Christ r\u00e9v\u00e8le que les \u00e9v\u00e9nements de sa vie terrestre sont inscrits dans un ordre \u2014 <i>Ita<\/i> renvoie \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;ordre \u2014 et que le premier \u00e9tat de cet ordre doit \u00eatre l&rsquo;humilit\u00e9 (S. 13, 3).<\/p>\n<p class=\"western\">Ainsi comprise, l&rsquo;ascension du Christ permet d&rsquo;\u00e9tablir la loi par laquelle toute communaut\u00e9 est susceptible de vivre sous l&rsquo;ordre de la justice :<\/p>\n<blockquote class=\"western\"><p>\u00ab\u00a0C&rsquo;est en effet par la hi\u00e9rarchie d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9e, la soumission [<i>subiectione<\/i>] et la sup\u00e9riorit\u00e9 [<i>praelatione<\/i>], qu&rsquo;\u00e0 tous les degr\u00e9s est maintenue, exerc\u00e9e et accomplie la justice. C&rsquo;est elle qui a la pr\u00e9s\u00e9ance suivant l&rsquo;ordre \u00e9tabli, elle qui ob\u00e9it dans la subordination; et jamais elle n&rsquo;acc\u00e8de \u00e0 la pr\u00e9lature de son propre chef [<i>sua praesumptione<\/i>], mais bien sur l&rsquo;appel l\u00e9gitime d&rsquo;un autre [<i>sed alterius ordinata vocatione<\/i>].\u00a0\u00bb (S. 13, 4)<\/p><\/blockquote>\n<p class=\"western\">Ici, Isaac fait \u00e9videmment r\u00e9f\u00e9rence aux conditions d&rsquo;investiture de l&rsquo;abb\u00e9 dans les communaut\u00e9s cisterciennes<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote15sym\" name=\"sdfootnote15anc\"><sup>15<\/sup><\/a>: avant de devenir le guide de la communaut\u00e9, l&rsquo;abb\u00e9 doit avoir partag\u00e9 au pr\u00e9alable la vie du simple moine, dans l&rsquo;ob\u00e9issance et l&rsquo;humilit\u00e9<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote16sym\" name=\"sdfootnote16anc\"><sup>16<\/sup><\/a>. Isaac rappelle ce principe dans le sermon 50 :<\/p>\n<blockquote class=\"western\"><p>\u00ab\u00a0 Veux-tu cependant savoir pourquoi c&rsquo;est au jugement et sous l&rsquo;ordre de quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre que soit nous travaillons, soit nous nous reposons ? Parce que, ce faisant, nous sommes vraiment les imitateurs du Christ [Imitatores Christi], comme des fils tr\u00e8s chers, et que nous marchons dans l&rsquo;amour dont il nous a aim\u00e9s, lui qui en tout s&rsquo;est fait ob\u00e9issant \u00e0 cause de nous, non seulement pour nous servir de rem\u00e8de mais pour nous servir d&rsquo;exemple, afin que nous nous comportions en ce monde comme lui s&rsquo;est comport\u00e9. Il s&rsquo;est donc fait en tout ob\u00e9issant, non seulement au P\u00e8re jusqu&rsquo;\u00e0 la mort, mais \u00e0 Marie et \u00e0 Joseph jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il re\u00e7\u00fbt la dignit\u00e9 de chef. En effet, \u00e0 l&rsquo;appel du P\u00e8re qui disait : \u00ab\u00a0Celui-ci est mon fils bien aim\u00e9 qui a toute ma faveur, \u00e9coutez-le\u00a0\u00bb, il fut appel\u00e9 au premier rang. Alors il commen\u00e7a \u00e0 diriger les autres, lui qui longtemps avait appris \u00e0 se soumettre aux autres ; alors il commen\u00e7a \u00e0 ordonner, lui qui avait appris \u00e0 ob\u00e9ir.\u00a0\u00bb (S. 50, 8\u00ad9)<\/p><\/blockquote>\n<p class=\"western\">De m\u00eame le futur abb\u00e9 doit apprendre \u00e0 se soumettre, et c&rsquo;est dans cette soumission m\u00eame qu&rsquo;il fera la preuve de son excellence. Comme J\u00e9sus, qui, pendant trente ans, accomplit sereinement son devoir d&rsquo;ob\u00e9issance, avant d&rsquo;\u00eatre appel\u00e9 par le P\u00e8re, le futur abb\u00e9 ne doit pas pr\u00e9c\u00e9der cet appel :<\/p>\n<blockquote class=\"western\"><p>\u00ab\u00a0Car ceux qui s&rsquo;imposent et s&rsquo;arrogent l&rsquo;honneur ne sont pas les disciples de J\u00e9sus ; ils ne le suivent pas et ne sont pas ses envoy\u00e9s mais ils le pr\u00e9c\u00e8dent, pouss\u00e9s par l&rsquo;ambition ; ils pr\u00e9viennent son appel et c&rsquo;est pourquoi ils sont qualifi\u00e9s par lui de brigands et de voleurs [Cf. Jean 10, 8].\u00a0\u00bb (S. 13, 6)<\/p><\/blockquote>\n<p class=\"western\">Ainsi faut-il entendre <i>Matthieu<\/i>, 8, 23 : \u00ab\u00a0J\u00e9sus monta dans une barque et ses disciples le suivirent.\u00a0\u00bb Suivre J\u00e9sus dans la barque, c&rsquo;est aussi respecter l&rsquo;ordre hi\u00e9rarchique dans l&rsquo;\u00c9glise et dans la communaut\u00e9 monastique, et par suite, dans une perspective morale, ne pas se laisser d\u00e9vorer par l&rsquo;orgueil et l&rsquo;ambition. \u00ab\u00a0L&rsquo;orgueil aveugle l&rsquo;esprit o\u00f9 il na\u00eet\u00a0\u00bb, il est le signe d&rsquo;une profonde ignorance : ignorance de l&rsquo;ordre spirituel qui r\u00e9git les communaut\u00e9s eccl\u00e9siastiques, ignorance du sens mystique de l&rsquo;incarnation, ignorance enfin de soi-m\u00eame (S. 13, 8). Nous le verrons par la suite, cette m\u00e9connaissance des fondements de l&rsquo;ordre monastique et les dangers qu&rsquo;elle pr\u00e9sente sont les pr\u00e9occupations centrales d&rsquo;Isaac dans les sermons que nous commentons<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<h2 class=\"western\">1. 3. La mer. La barque.<\/h2>\n<p class=\"western\">Nous avons d\u00e9j\u00e0 not\u00e9 le sens all\u00e9gorique qu&rsquo;Isaac donne au mot \u00ab\u00a0barque\u00a0\u00bb (<i>navicula<\/i>) dans le sermon 13 : \u00ab\u00a0La barque d\u00e9signe donc l&rsquo;\u00c9glise, qui, \u00e0 force de bras<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote17sym\" name=\"sdfootnote17anc\"><sup>17<\/sup><\/a>, navigue encore dans ce monde, cette mer \u00e0 l&rsquo;immense \u00e9tendue.\u00a0\u00bb (S. 13, 2) La mer de Galil\u00e9e (connue \u00e9galement sous le nom de \u00ab\u00a0lac de Tib\u00e9riade\u00a0\u00bb) que traversent J\u00e9sus et ses disciples est ici identifi\u00e9e \u00e0 \u00ab\u00a0cette mer \u00e0 l&rsquo;immense \u00e9tendue (<i>mare magnum et spatiosum<\/i>)\u00a0\u00bb et, all\u00e9goriquement, au \u00ab\u00a0monde\u00a0\u00bb. La mer fait partie de l&rsquo;imagerie traditionnelle de la pens\u00e9e antique, patristique et m\u00e9di\u00e9vale. Elle symbolise le plus souvent le monde d&rsquo;ici-bas, le \u00ab\u00a0si\u00e8cle\u00a0\u00bb<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote18sym\" name=\"sdfootnote18anc\"><sup>18<\/sup><\/a>. Ainsi figur\u00e9, le \u00ab\u00a0monde\u00a0\u00bb n&rsquo;est pas tant l&rsquo;ensemble des manifestations de la nature, qui sont plut\u00f4t incluses dans une doctrine de la cr\u00e9ation, mais la \u00ab\u00a0mondanit\u00e9\u00a0\u00bb, le lieu o\u00f9 se nouent les passions et les vices, le lieu de l&rsquo;oubli de Dieu, \u00ab\u00a0la r\u00e9gion de dissemblance\u00a0\u00bb<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote19sym\" name=\"sdfootnote19anc\"><sup>19<\/sup><\/a>. La doctrine d&rsquo; Isaac est conforme \u00e0 cette tradition, mais elle est de surcro\u00eet enrichie par une exp\u00e9rience sensible de la mer : quand Isaac, dans son exil insulaire, parle de la mer, il la voit, il sent son emprise terrifiante. \u00ab\u00a0L&rsquo;eau sal\u00e9e, dense et mortelle\u00a0\u00bb s&rsquo;oppose \u00e0 \u00ab\u00a0l&rsquo;air qui souffle et entretient la vie\u00a0\u00bb \u00e9crit Isaac (S. 15, 2), en pensant au passage de la Gen\u00e8se : \u00ab\u00a0\u2026 l&rsquo;esprit de Dieu \u00e9tait port\u00e9 au-dessus de l&rsquo;eau\u00a0\u00bb<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote20sym\" name=\"sdfootnote20anc\"><sup>20<\/sup><\/a>. L&rsquo;air est chez Isaac le symbole de l&rsquo;Esprit Saint, tandis que l&rsquo;eau, et particuli\u00e8rement l&rsquo;eau de mer, est ce qui s&rsquo;\u00e9coule et s&rsquo;\u00e9vapore, le symbole de l&rsquo;ignorance et de la torpeur<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote21sym\" name=\"sdfootnote21anc\"><sup>21<\/sup><\/a>. De plus, elle est fondamentalement pour lui une puissance mortif\u00e8re, comme le laisse entendre le d\u00e9but du quinzi\u00e8me sermon :<\/p>\n<blockquote class=\"western\"><p>\u00ab\u00a0J\u00e9sus monta sur une barque&#8230; O curiosit\u00e9 des hommes, \u00f4 pr\u00e9somptueuse audace des \u00eatres fragiles ! Quelle id\u00e9e est venue aux malheureux mortels de se sentir comme \u00e0 l&rsquo;\u00e9troit sur les \u00e9tendues terrestres, leur propre domaine, et de parcourir les mers en confiant leurs vies \u00e0 un bois fragile ? La mer en ce moment est sous nos yeux : vous le voyez, fr\u00e8res, une barque est secou\u00e9e par les vagues. Qu&rsquo;y a-t-il, je le demande, pour ces malheureux navigateurs \u00e0 s&rsquo;interposer entre la vie et la mort, sinon, nous le disions, un bois fragile, un bois peu \u00e9pais ?\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p class=\"western\">La mer, en l&rsquo;occurrence la \u00ab\u00a0grande mer\u00a0\u00bb<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote22sym\" name=\"sdfootnote22anc\"><sup>22<\/sup><\/a>, est le lieu du p\u00e9ril par excellence. Le marin, hant\u00e9 par le souvenir des temp\u00eates et la possibilit\u00e9 du naufrage et de la perdition, est confront\u00e9 \u00e0 des puissances qui le d\u00e9passent et le renvoient \u00e0 sa finitude, sa fragilit\u00e9. La <i>navicula<\/i>, la petite embarcation de bois, est alors pour le \u00ab\u00a0malheureux navigateur\u00a0\u00bb la seule planche de salut susceptible de s&rsquo;interposer entre la vie et la mort.<\/p>\n<p class=\"western\">Ce lien fragile et t\u00e9nu (<i>tenue<\/i>) avec la vie, ce morceau de bois va prendre dans la suite du sermon une signification singuli\u00e8re : il n&rsquo;est autre que le bois de la croix par lequel le Christ inaugure le temps du salut, et, par extension, le symbole de la foi. La mani\u00e8re dont Isaac conduit ici son ex\u00e9g\u00e8se est remarquable : au texte de Matthieu, \u00ab\u00a0J\u00e9sus monta dans une barque\u00a0\u00bb, fait \u00e9cho l&rsquo;\u00e9vocation d&rsquo;un spectacle familier aux moines des Ch\u00e2teliers : \u00ab\u00a0une barque secou\u00e9e par les vagues\u00a0\u00bb. Le tableau prend d&#8217;embl\u00e9e une dimension dramatique : ce fragile esquif \u00e9voque la pr\u00e9carit\u00e9 de l&rsquo;existence du navigateur. Il faut cependant aller plus loin et donner \u00e0 cette sc\u00e8ne un sens philosophique et spirituel :<\/p>\n<blockquote class=\"western\"><p>\u00ab\u00a0Mais arr\u00eatons-nous un instant, fr\u00e8res, pour approfondir cette id\u00e9e, et selon notre habitude faisons servir ce que nous voyons au dehors \u00e0 l&rsquo;instruction de nos \u00e2mes<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote23sym\" name=\"sdfootnote23anc\"><sup>23<\/sup><\/a>. Nous voil\u00e0 fatigu\u00e9s et il nous reste un moment.\u00a0\u00bb (S.15, 1)<\/p><\/blockquote>\n<p class=\"western\">Le proc\u00e9d\u00e9 est assez habituel dans les sermons d&rsquo;Isaac : la contemplation d&rsquo;un ch\u00eane vert (l&rsquo;yeuse du sermon 24), du cycle des saisons ou de champs cultiv\u00e9s, insuffle une vigueur nouvelle \u00e0 la vigilance intellectuelle du moine. Le monde ext\u00e9rieur est ce livre in\u00e9puisable o\u00f9 se d\u00e9ploie l&rsquo;intelligence divine, en vertu du fameux argument paulinien cit\u00e9 par Isaac dans le sermon 44 : \u00ab\u00a0Les r\u00e9alit\u00e9s spirituelles se laissent apercevoir \u00e0 partir de cette cr\u00e9ature qu&rsquo;est le monde\u00a0\u00bb<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote24sym\" name=\"sdfootnote24anc\"><sup>24<\/sup><\/a>. (S. 44, 1 = Rom. 1, 20). La contemplation du monde \u00ab\u00a0ext\u00e9rieur\u00a0\u00bb a donc une vertu didactique inestimable, \u00e0 condition de s&rsquo;inscrire dans une attitude d&rsquo;attention spirituelle rigoureuse :<\/p>\n<blockquote class=\"western\"><p>\u00ab\u00a0Ce monde visible est donc au service de son ma\u00eetre, l&rsquo;homme, pour sa subsistance ; il est aussi \u00e0 son service pour son instruction. Il nourrit et instruit, il soutient et enseigne : c&rsquo;est un bon serviteur, s&rsquo;il n&rsquo;a pas un mauvais ma\u00eetre.\u00a0\u00bb (S. 44, 2)<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote25sym\" name=\"sdfootnote25anc\"><sup>25<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote>\n<p class=\"western\">En prenant appui sur son environnement proche et quotidien, sur les r\u00e9alit\u00e9s les plus imm\u00e9diates au sens, Isaac pr\u00e9pare son auditeur \u00e0 suivre les d\u00e9veloppements les plus difficiles du sermon. Lorsque le soleil, les vents marins, le travail ont lass\u00e9 le corps des prot\u00e9g\u00e9s de l&rsquo;abb\u00e9, ce proc\u00e9d\u00e9 permet de r\u00e9veiller l&rsquo;\u00e2me, de la \u00ab\u00a0recentrer\u00a0\u00bb vers le divin<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote26sym\" name=\"sdfootnote26anc\"><sup>26<\/sup><\/a>. Cette technique de composition du sermon correspond bien \u00e0 la relation traditionnelle du moine cistercien avec le monde \u00ab\u00a0visible\u00a0\u00bb. Guillaume de Saint-Thierry avait d\u00e9j\u00e0 rapproch\u00e9, dans sa biographie de Bernard de Clairvaux, la m\u00e9ditation des \u00c9critures et la nature :<\/p>\n<blockquote class=\"western\"><p>\u00ab\u00a0Jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, tout ce qu&rsquo;il y a de force dans les saintes \u00c9critures, tout ce qu&rsquo;il y d\u00e9couvre de sens spirituels, c&rsquo;est \u00e0 ses m\u00e9ditations au fond des for\u00eats et des champs, c&rsquo;est \u00e0 la pri\u00e8re qu&rsquo;il d\u00e9clare les devoir, et il r\u00e9p\u00e8te \u00e0 ses amis, dans un langage aussi gai que gracieux, qu&rsquo;il n&rsquo;eut jamais d&rsquo;autres ma\u00eetres que les ch\u00eanes et les h\u00eatres.\u00a0\u00bb<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote27sym\" name=\"sdfootnote27anc\"><sup>27<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote>\n<p class=\"western\">On sait \u00e9galement l&rsquo;attention avec laquelle les cisterciens choisissaient le site de leurs abbayes, et l&rsquo;importance dans ce choix de la symbolique des \u00e9l\u00e9ments du paysage \u2014 rivi\u00e8re, vall\u00e9e, bois, etc..<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote28sym\" name=\"sdfootnote28anc\"><sup>28<\/sup><\/a>. Il est donc naturel pour Isaac de nourrir son ex\u00e9g\u00e8se du texte \u00e9vang\u00e9lique du spectacle offert par le monde visible.<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote29sym\" name=\"sdfootnote29anc\"><sup>29<\/sup><\/a><\/p>\n<p class=\"western\">Mais revenons \u00e0 l&rsquo;\u00e9vocation de \u00ab\u00a0la barque secou\u00e9e par les vagues\u00a0\u00bb : le sens spirituel de l&rsquo;image se d\u00e9voile \u00e0 partir du moment o\u00f9 l&rsquo;on comprend que le navigateur n&rsquo;est pas moins en danger sur la mer \u00ab\u00a0que ne le sont tous les hommes dans le monde et la chair [<i>in mundo, vel in carne<\/i>]\u00a0\u00bb (S. 15, 2). Par essence, la condition humaine est m\u00eame plus p\u00e9rilleuse : le navigateur, lorsqu&rsquo;il engage son embarcation, prend le risque d&rsquo;affronter une temp\u00eate, et de faire naufrage ; l&rsquo;homme, lorsqu&rsquo;il entre dans cette chair corruptible (<i>ex quo venit in carnem hanc corruptibilem<\/i>), entre du m\u00eame coup dans la mort (<i>utique venit in mortem<\/i>). En effet, nulle planche de salut, hors la r\u00e9v\u00e9lation, ne permet \u00e0 l&rsquo;homme d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 la perdition : rien n&rsquo;interc\u00e8de entre l&rsquo;\u00e2me et la chair<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote30sym\" name=\"sdfootnote30anc\"><sup>30<\/sup><\/a>, entre la chair et le monde. La naissance est d\u00e9j\u00e0 un naufrage :<\/p>\n<blockquote class=\"western\"><p>\u00ab\u00a0C&rsquo;est pourquoi, d\u00e8s que nous entrons dans cette chair corruptible, nous entrons aussi dans la mort : nous ne sommes pas con\u00e7us en l&rsquo;une avant d&rsquo;\u00eatre absorb\u00e9s dans le gouffre de l&rsquo;autre ; nous ne sommes pas d&rsquo;abord introduits dans la vie, puis engloutis dans la mort ; nous ne sommes pas d&rsquo;abord hommes, ensuite p\u00e9cheurs ; nous ne sommes pas d&rsquo;abord n\u00e9s, ensuite naufrag\u00e9s. D\u00e8s que nous sommes venus au monde, aussit\u00f4t ce monde nous a rendus immondes<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote31sym\" name=\"sdfootnote31anc\"><sup>31<\/sup><\/a>. (S. 15, 2\u00ad3)\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p class=\"western\">Cette dialectique de la vie et de la mort n&rsquo;est intelligible que si on la replace dans la perspective du p\u00e9ch\u00e9 originel, comme le fait Isaac dans les sermons 6 et 7. La faute d&rsquo;Adam est le premier drame de l&rsquo;histoire humaine. Elle inaugure l&rsquo;\u00e8re de la duplicit\u00e9 en l&rsquo;homme : en \u00ab\u00a0descendant\u00a0\u00bb du paradis, Adam se situe entre l&rsquo;ange et le diable<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote32sym\" name=\"sdfootnote32anc\"><sup>32<\/sup><\/a>, entre l&rsquo;\u00e2me et la chair<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote33sym\" name=\"sdfootnote33anc\"><sup>33<\/sup><\/a>, entre la vie et la mort. La naissance humaine est donc la concr\u00e9tisation d&rsquo;un pacte avec la mort : en prenant possession d&rsquo;un corps, l&rsquo;\u00e2me, ce pur principe de vie, est marqu\u00e9e sous le sceau des sept corruptions dont Isaac donne la liste dans le sermon 6, 4-8 : l&rsquo;orgueil, l&rsquo;envie, la col\u00e8re, la tristesse, l&rsquo;avarice, la gourmandise, la luxure. Remarquons d&rsquo;ailleurs que l&rsquo;orgueil est la premi\u00e8re de ces corruptions, d&rsquo;o\u00f9 naissent toutes les autres : c&rsquo;est l\u00e0 une constante chez Isaac, et les sermons que nous commentons sont en premier lieu dirig\u00e9s contre l&rsquo;orgueil, comme nous l&rsquo;avons d\u00e9j\u00e0 pressenti<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote34sym\" name=\"sdfootnote34anc\"><sup>34<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p class=\"western\">Cependant, si l&rsquo;homme ne partage pas la vie de l&rsquo;ange, parce que rien n&rsquo;incline l&rsquo;ange vers la mort, il n&rsquo;est cependant pas totalement mortel, \u00e0 l&rsquo;instar du diable : car la mort du diable, elle, \u00ab\u00a0n&rsquo;a rien pour \u00eatre rappel\u00e9e \u00e0 la vie\u00a0\u00bb. La possibilit\u00e9 de rompre ce lien naturel, h\u00e9rit\u00e9 du p\u00e8re de l&rsquo;humanit\u00e9, entre l&rsquo;\u00e2me et la chair, lien que la volont\u00e9 renforce de fa\u00e7on coupable, est inscrite dans l&rsquo;anthropologie chr\u00e9tienne. Comme le dit Isaac dans le sermon 41, second sermon pour le jour de P\u00e2ques, la vie humaine est rythm\u00e9e par trois naissances et deux r\u00e9surrections. La premi\u00e8re naissance, qui, souligne-t-il, n&rsquo;est nulle part appel\u00e9e r\u00e9surrection, est la naissance charnelle, \u00ab\u00a0<i>caro de carne\u00a0\u00bb<\/i>. La seconde naissance, qui est la premi\u00e8re r\u00e9surrection, est la naissance spirituelle, figur\u00e9e par la r\u00e9surrection du Christ, qui inaugure \u00ab\u00a0une vie nouvelle\u00a0\u00bb, conform\u00e9ment aux paroles pauliniennes de l&rsquo;<i>\u00c9p\u00eetre aux Romains<\/i> (4, 6). Cette \u00e8re nouvelle est tendue vers la promesse d&rsquo;une troisi\u00e8me naissance, d&rsquo;une seconde r\u00e9surrection, celle par laquelle \u00ab\u00a0la chair tout enti\u00e8re vivra imm\u00e9diatement et compl\u00e8tement de l&rsquo;\u00e2me seule ; l&rsquo;\u00e2me tout enti\u00e8re vivra imm\u00e9diatement et parfaitement de Dieu seul ; car ni la chair n&rsquo;aura besoin d&rsquo;aliments, ni l&rsquo;\u00e2me de sacrements\u00a0\u00bb (S. 41, 8). Ces trois moments, la cr\u00e9ation \u00ab\u00a0\u00e0 l&rsquo;image et \u00e0 la ressemblance\u00a0\u00bb, le renouvellement par la gr\u00e2ce, et l&rsquo;ach\u00e8vement dans la gloire, rythment la p\u00e9r\u00e9grination de l&rsquo;homme en qu\u00eate de Dieu, son cheminement entre la mort et la vie.<\/p>\n<p class=\"western\">Le naufrage est donc originel et universel, symbolis\u00e9 par les eaux du d\u00e9luge<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote35sym\" name=\"sdfootnote35anc\"><sup>35<\/sup><\/a>, les eaux de mer : toutes les \u00e2mes qui s&rsquo;incarnent sont donc n\u00e9cessairement submerg\u00e9es.<\/p>\n<blockquote class=\"western\"><p>\u00ab\u00a0Qu&rsquo;alors quelques \u00e2mes aient surv\u00e9cu gr\u00e2ce au bois, comme vous le voyez ici dans cette barque, il y a l\u00e0 un symbole du bois de la vie, ou de la croix vivifiante du Christ, seule protection, seule d\u00e9fense qui sauve un petit nombre d&rsquo;\u00e9lus, alors que beaucoup sont appel\u00e9s et que beaucoup plus encore ne sont pas appel\u00e9s et sont submerg\u00e9s.\u00a0\u00bb (S. 15, 4)<\/p><\/blockquote>\n<p class=\"western\">Ces \u00e2mes, sauv\u00e9es du d\u00e9luge gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;arche de No\u00e9, \u00e2mes dont Pierre porte le nombre \u00e0 huit<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote36sym\" name=\"sdfootnote36anc\"><sup>36<\/sup><\/a>, pr\u00e9figurent le petit nombre d&rsquo;\u00e9lus qui seront sauv\u00e9s par le bois de la croix, en devenant les \u00ab\u00a0disciples\u00a0\u00bb du Christ. La barque du lac de Tib\u00e9riade et la petite embarcation secou\u00e9e par les flots qui s&rsquo;offrent aux regards m\u00e9ditatifs d&rsquo;Isaac et de ses auditeurs, symbolisent donc le bois de la croix :<\/p>\n<blockquote class=\"western\"><p>\u00ab\u00a0C&rsquo;est donc le seul et solide bois de la foi [solo et solido ligno fidei] qui pour nous s&rsquo;interpose entre la vie et la mort. Et dans cette barque je verrais volontiers la croix m\u00eame sur laquelle est mont\u00e9 le Sauveur, o\u00f9 il a \u00e9cart\u00e9 de nous la mort et nous a \u00e9loign\u00e9s, s\u00e9par\u00e9s, lib\u00e9r\u00e9s du monde, de la chair et du diable.\u00a0\u00bb (S. 15, 5)<\/p><\/blockquote>\n<p class=\"western\">L&rsquo;analogie entre la barque mat\u00e9rielle du navigateur et la barque spirituelle sur laquelle est mont\u00e9 le Christ doit donc \u00eatre corrig\u00e9e : autant le rempart qu&rsquo;offre le bois mat\u00e9riel \u00e0 l&rsquo;ab\u00eeme des eaux est fragile, sans \u00e9paisseur, autant celui qu&rsquo;offre le bois de la foi est solide. La barque mat\u00e9rielle permet au mieux de survivre, tandis que la barque du Christ op\u00e8re une v\u00e9ritable r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration des \u00e2mes, une r\u00e9surrection, une vivification : la croix vivifie l&rsquo;\u00e2me<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote37sym\" name=\"sdfootnote37anc\"><sup>37<\/sup><\/a>, la lib\u00e8re du r\u00e8gne de la mortalit\u00e9. Cette vivification s&rsquo;op\u00e8re, comme nous allons le voir maintenant, par la foi, en tant que le bois de la croix est le bois de la foi. Car la mani\u00e8re dont le Sauveur est mont\u00e9 sur la croix \u2014 ou sur la barque, si l&rsquo;on se rappelle l&rsquo;\u00e9pisode de Matthieu \u2014, symbolise \u00e9minemment la puissance de la foi :<\/p>\n<blockquote class=\"western\"><p>\u00ab\u00a0Il est mont\u00e9, nous dit-on fort bien, non point violent\u00e9, non point tra\u00een\u00e9 de force, mais volontairement. Il est mont\u00e9, volontairement il a offert le sacrifice au P\u00e8re, \u00e9tant victime et pr\u00eatre, s&rsquo;offrant lui-m\u00eame parce qu&rsquo;il l&rsquo;a voulu.\u00a0\u00bb (S. 15, 5)<\/p><\/blockquote>\n<p class=\"western\">Cette soumission volontaire au dessein de Dieu, d\u00fbt-il promettre la souffrance, est exemplaire. Elle s&rsquo;oppose \u00e0 la d\u00e9sob\u00e9issance d&rsquo;Adam, par laquelle a \u00e9t\u00e9 rompue la cha\u00eene d&rsquo;or qui liait Dieu, l&rsquo;esprit, la chair et le monde<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote38sym\" name=\"sdfootnote38anc\"><sup>38<\/sup><\/a>. Lui fait \u00e9cho la r\u00e8gle de l&rsquo;ob\u00e9issance, qui donne sa coh\u00e9rence \u00e0 la vie religieuse.<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<h2 class=\"western\">1. 4. La temp\u00eate<\/h2>\n<p class=\"western\">\u00ab\u00a0Survint alors dans la mer une agitation si violente que la barque \u00e9tait couverte par les vagues. Lui cependant dormait.\u00a0\u00bb (Matthieu 8, 24) Isaac poursuit l&rsquo;ex\u00e9g\u00e8se de l&rsquo;\u00e9pisode du lac de Tib\u00e9riade en l&rsquo;articulant autour de deux th\u00e8mes : la temp\u00eate et le sommeil du Christ. Il met en parall\u00e8le la grande agitation qui se produit sur le lac travers\u00e9 par J\u00e9sus et ses disciples, et le th\u00e8me de la temp\u00eate, r\u00e9current dans les Psaumes<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote39sym\" name=\"sdfootnote39anc\"><sup>39<\/sup><\/a>. La source de la temp\u00eate est un vent contraire, l&rsquo;aquilon du <i>Cantique des Cantiques<\/i> (4,16), le diable, Satan, qui s&rsquo;acharne contre l&rsquo;\u00c9glise afin de la conduire au naufrage (S. 13, 9). Comme dans tout le sermon 13, la barque est identifi\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00c9glise, qui, \u00ab\u00a0\u00e0 force de bras, navigue encore dans ce monde\u00a0\u00bb<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote40sym\" name=\"sdfootnote40anc\"><sup>40<\/sup><\/a>. Avec la temp\u00eate, c&rsquo;est donc l&rsquo;unit\u00e9 de l&rsquo;\u00c9glise qui est menac\u00e9e. Satan est ici le symbole de la dispersion, de la dissipation<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote41sym\" name=\"sdfootnote41anc\"><sup>41<\/sup><\/a>, de la d\u00e9mesure (<i>nimis<\/i>). \u00c0 l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 il compose ce sermon, Isaac \u00e9prouve\u00ad-t-il de l&rsquo;inqui\u00e9tude au sujet de l&rsquo;unit\u00e9 de l&rsquo;\u00c9glise? En effet, Alexandre III, pape depuis 1159, est en lutte permanente avec les antipapes que soutient l&#8217;empereur Fr\u00e9d\u00e9ric Barberousse. Ou bien fait-il allusion, non sans audace, aux d\u00e9chirements auxquels la communaut\u00e9 cistercienne elle-m\u00eame \u00e9tait soumise \u00e0 la suite de l&rsquo;affaire Thomas Becket ? Le d\u00e9veloppement sur l&rsquo;orgueil et l&rsquo;ambition, qui pr\u00e9c\u00e8de la description de la temp\u00eate dans ce sermon 13, vise-t-il alors Geoffroy d&rsquo;Auxerre, l&rsquo;abb\u00e9 de Clairvaux ? Ou bien encore, fait-il \u00e9tat d&rsquo;une certaine tension entre la communaut\u00e9 de l&rsquo;\u00c9toile et les autorit\u00e9s s\u00e9culi\u00e8res de la r\u00e9gion<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote42sym\" name=\"sdfootnote42anc\"><sup>42<\/sup><\/a>?<\/p>\n<p class=\"western\">Quoi qu&rsquo;il en soit, dans les sermons 14 et 15, la menace est clairement identifi\u00e9e : c&rsquo;est l&rsquo;ac\u00e9die<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote43sym\" name=\"sdfootnote43anc\"><sup>43<\/sup><\/a>, autrement dit le d\u00e9go\u00fbt, la paresse, le sommeil du c\u0153ur et de la foi. C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;il faut chercher l&rsquo;origine des menaces qui p\u00e8sent sur la coh\u00e9sion de la communaut\u00e9 des fid\u00e8les du Christ. La temp\u00eate, d\u00e8s lors, doit \u00eatre comprise comme un avertissement de Dieu envers ceux dont la vie spirituelle s&rsquo;engourdit sous l&rsquo;effet conjugu\u00e9 de la s\u00e9curit\u00e9 mat\u00e9rielle et de l&rsquo;oisivet\u00e9. Parce que le moine a fait le choix du monde r\u00e9gulier, il est donc ainsi, dans une certaine mesure, lib\u00e9r\u00e9 de l&rsquo;affairement caract\u00e9ristique de la vie s\u00e9culi\u00e8re, il est plus facilement la proie de \u00ab\u00a0la peste de l&rsquo;ac\u00e9die\u00a0\u00bb (S. 14, 10).<\/p>\n<blockquote class=\"western\"><p>\u00ab\u00a0C&rsquo;est en effet dans le repos [in otio], mais non dans la paresse [in otiositate], qu&rsquo; on apprend la sagesse. Car rien de plus affair\u00e9 que ce repos, rien de plus laborieux que ce loisir : l\u00e0, on apprend la sagesse ; l\u00e0 on interroge le verbe de Dieu. Marthe travaillait, Marie \u00e9tait en repos, elle ne languissait pas [non languebat], tandis que Lazare languissait, passant de la langueur \u00e0 la mort, de la mort \u00e0 la d\u00e9composition. O combien d&rsquo;hommes aujourd&rsquo;hui qui, lib\u00e9r\u00e9s du travail utile au\u00addehors, et int\u00e9rieurement inactifs ou paresseux, assur\u00e9s du n\u00e9cessaire et s&rsquo;occupant de fables et de pens\u00e9es stupides [fabulis et cogitationibus]<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote44sym\" name=\"sdfootnote44anc\"><sup>44<\/sup><\/a>, ont renonc\u00e9 \u00e0 l&rsquo;inqui\u00e9tude de Marthe sans pour autant trouver la d\u00e9votion de Marie!\u00a0\u00bb (S. 14, 1\u00ad2)<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote45sym\" name=\"sdfootnote45anc\"><sup>45<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote>\n<p class=\"western\">La symbolique est claire. Le village de B\u00e9thanie figure ici le monast\u00e8re, la \u00ab\u00a0maison d&rsquo;ob\u00e9issance\u00a0\u00bb. Marie, la contemplative, repr\u00e9sente l&rsquo;\u00e9tat spirituel id\u00e9al auquel tend Marthe dans son doute et son affairement, et dont, malgr\u00e9 les apparences, s&rsquo;est d\u00e9tourn\u00e9 Lazare dans son sommeil. L&rsquo;opposition entre Lazare et Marie est donc plus profonde que celle entre Marthe et Marie<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote46sym\" name=\"sdfootnote46anc\"><sup>46<\/sup><\/a>. Car en v\u00e9rit\u00e9 le repos de Marie est le signe d&rsquo;une activit\u00e9 tout int\u00e9rieure, enti\u00e8rement tendue vers Dieu, tandis que le sommeil de Lazare l&rsquo;entra\u00eene vers la mort, dans l&rsquo;oubli de Dieu. Mais la paresse peut aussi se dissimuler sous les apparences de l&rsquo;affairement, elle peut \u00eatre, comme le dit Isaac, tout int\u00e9rieure. Renoncer physiquement au monde ne suffit pas \u00e0 l\u00e9gitimer l&rsquo;engagement monastique. Il faut s&rsquo;orienter corps et \u00e2me vers le divin. La vie spirituelle est une lutte : on n&rsquo;atteint pas le repos, la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, sans lutte, sans inqui\u00e9tude. Dans le sermon 15, Isaac a des mots tr\u00e8s durs envers ceux qui trahissent leur vocation. Il leur rappelle d&rsquo;abord l&rsquo;attitude exemplaire du Christ, qui \u00ab\u00a0a donn\u00e9 sa vie quand il a voulu, comme il a voulu, le temps qu&rsquo;il a voulu ; il a couru avec joie au combat qui lui \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote class=\"western\"><p><a name=\"id_11\"><\/a>\u00ab\u00a0Qu&rsquo;ils osent para\u00eetre ces murmurants, ces pleurards, ces ti\u00e8des, ces trembleurs, ces retardataires qu&rsquo;il faut tirer et pousser vers la croix et la souffrance de l&rsquo;Ordre et de la p\u00e9nitence auxquelles par serment ils se sont donn\u00e9s ?\u00a0\u00bb(S. 15, 6)<\/p><\/blockquote>\n<p class=\"western\">Ceux-l\u00e0 contreviennent \u00e0 la r\u00e8gle fondamentale de l&rsquo;ob\u00e9issance, parce qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas la force de suivre l&rsquo;exemple du Christ auquel s&rsquo;est vou\u00e9e la communaut\u00e9. Cette faiblesse est engendr\u00e9e par l&rsquo;ac\u00e9die, la paresse, l&rsquo;ennui : \u00ab\u00a0Les plus parfaits, ayant l&rsquo;impression d&rsquo;avoir dompt\u00e9 leurs vices, s&rsquo;endorment dans la s\u00e9curit\u00e9 d&rsquo;une bonne conscience, comme s&rsquo;ils n&rsquo;avaient personne \u00e0 redouter ; les imparfaits s&rsquo;endorment dans la s\u00e9curit\u00e9 des choses mat\u00e9rielles, tout leur vient sans peine, les autres le leur procurent.\u00a0\u00bb (S. 14, 10) Les premiers, soi-disant \u00ab\u00a0parfaits\u00a0\u00bb, se satisfont d&rsquo;une certaine \u00ab\u00a0paix int\u00e9rieure\u00a0\u00bb : ils ont, pensent-ils, fait taire en eux l&rsquo;appel des tentations. Mais cette impression de paix est pour le moins pr\u00e9matur\u00e9e : nul ne saurait obtenir une certitude concernant son propre salut en se contentant d&rsquo;adopter cette attitude purement n\u00e9gative de retrait vis-\u00e0-vis du monde et de sa propre nature charnelle. Le pr\u00e9tendre, c&rsquo;est ignorer la transcendance absolue de la volont\u00e9 divine. Non seulement il est impossible d&rsquo;avoir la certitude que l&rsquo;on a d\u00e9finitivement vaincu ses d\u00e9mons int\u00e9rieurs et ext\u00e9rieurs, mais l&rsquo;incertitude demeure fondamentalement le moteur de la vie spirituelle.<\/p>\n<p class=\"western\">Isaac le souligne en d\u00e9veloppant sa th\u00e9ologie de la pr\u00e9destination, fortement inspir\u00e9e de celle de saint Augustin : \u00ab\u00a0dans la lumi\u00e8re sainte, seuls les saints voient en toute v\u00e9rit\u00e9 ce qu&rsquo;ils doivent vouloir, et, dans sa force, ils ont toute l&rsquo;\u00e9nergie pour accomplir ce qui leur appara\u00eet comme un devoir.\u00a0\u00bb(S. 36, 22) Mais l&rsquo;homme qui n&rsquo;est pas touch\u00e9 par la gr\u00e2ce, doit, par la pri\u00e8re, rechercher sans cesse si sa volont\u00e9 propre est en accord avec la volont\u00e9 divine, en demeurant toute humilit\u00e9 devant Dieu :<\/p>\n<blockquote class=\"western\"><p>\u00ab\u00a0Puisque nous ignorons bien souvent quel est son vouloir, nous devons toujours demander ce qui nous semblera mieux en accord avec la pi\u00e9t\u00e9, et cela non d&rsquo;une mani\u00e8re absolue [nec tamen absolute], mais selon l&rsquo;exemple que nous a donn\u00e9 la Sagesse elle-m\u00eame, qui dit au P\u00e8re : c&rsquo;est possible ou : tu veux, \u00e9loigne le calice. [= Matth. 26, 39 ; Lc. 22, 42] Pareillement, nous devons dire \u00e0 tout propos : [= Mc. 14,36] (&#8230;) Pour moi, je ne veux absolument pas un Dieu que mon d\u00e9sir passionn\u00e9 ferait renoncer en ma faveur \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 de sa parole [a verbi sui veritate] : seulement un Dieu dont l&rsquo;action me fasse renoncer \u00e0 la vanit\u00e9 de ma parole [a verbi mei vanitate] ; pas un Dieu qui, \u00e0 cause de moi, se mettrait \u00e0 vouloir ce qu&rsquo;il n&rsquo;a pas jusqu&rsquo;alors voulu : seulement un Dieu qui, \u00e0 cause de lui, me fasse vouloir ce qu&rsquo;il a toujours voulu.\u00a0\u00bb (S. 36, 18\u00ad19)<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote47sym\" name=\"sdfootnote47anc\"><sup>47<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote>\n<p class=\"western\"><a name=\"id_21\"><\/a>La bonne conscience (<i>bona conscientia<\/i>) ne saurait donc suffire : le retrait du monde, auquel le moine s&rsquo;engage par vocation, doit s&rsquo;accompagner d&rsquo;un abandon de soi-m\u00eame \u00e0 la volont\u00e9 divine. Il faut donc encore \u00ab\u00a0redouter\u00a0\u00bb Dieu, se mesurer, dans la conduite de sa vie, \u00e0 l&rsquo;incertitude qu&rsquo;engendre l&rsquo;incommensurabilit\u00e9 de la puissance humaine et de la puissance divine. Les \u00ab\u00a0seconds\u00a0\u00bb, nous dit Isaac, les \u00ab\u00a0imparfaits\u00a0\u00bb, profitent en quelque sorte de la s\u00e9curit\u00e9 mat\u00e9rielle qu&rsquo;ils trouvent dans leur retraite monastique pour donner libre cours \u00e0 leur paresse. C&rsquo;est l&rsquo;occasion de souligner ici l&rsquo;importance du travail dans la spiritualit\u00e9 cistercienne. On sait que le moine cistercien doit s&rsquo;astreindre \u00e0 une activit\u00e9 manuelle, le plus souvent agricole ou horticole. Dom Jean LECLERCQ, dans une belle analyse du sermon 50<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote48sym\" name=\"sdfootnote48anc\"><sup>48<\/sup><\/a>, r\u00e9sume ainsi la pens\u00e9e d&rsquo;Isaac sur la place du travail dans la vie monastique : le travail manuel r\u00e9pond \u00e0 deux n\u00e9cessit\u00e9s ; \u00ab\u00a0celle de gagner notre pain\u00a0\u00bb, et, en ce sens, le moine partage la p\u00e9nitence d&rsquo;Adam chass\u00e9 du paradis, \u00ab\u00a0et celle de donner aux indigents\u00a0\u00bb, et suivre ainsi l&rsquo;appel du Christ : \u00ab\u00a0Faites l&rsquo;aum\u00f4ne et tout sera pur pour vous.\u00a0\u00bb (Luc 11, 41)<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote49sym\" name=\"sdfootnote49anc\"><sup>49<\/sup><\/a>. On comprend mieux l&rsquo;agressivit\u00e9 d&rsquo;Isaac envers les moines errants qui se r\u00e9pandaient \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque en particulier dans l&rsquo;ouest du pays :<\/p>\n<blockquote class=\"western\"><p>\u00ab\u00a0Ils travaillent un petit peu de leurs mains, ne font absolument aucun \u00e9levage, restent toujours la bouche b\u00e9ante devant la main d&rsquo;autrui, ne refusent rien. Oiseaux de l&rsquo;\u00c9vangile \u00ab\u00a0qui ne s\u00e8ment ni ne moissonnent ni ne recueillent en des greniers\u00a0\u00bb et que \u00ab\u00a0le p\u00e8re c\u00e9leste nourrit.\u00a0\u00bb [Matth. 6, 26]\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p class=\"western\">Mais le travail a \u00e9galement une ind\u00e9niable vertu spirituelle : il permet au moine de lutter plus efficacement contre l&rsquo;ac\u00e9die. Le corps au travail est un corps que l&rsquo;\u00e2me ma\u00eetrise, dont il canalise l&rsquo;\u00e9nergie<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote50sym\" name=\"sdfootnote50anc\"><sup>50<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p class=\"western\">Il y a ainsi, dans la pens\u00e9e cistercienne, une recherche d&rsquo;un v\u00e9ritable \u00e9quilibre de vie, d&rsquo;une alternance, spirituellement efficace, entre la contemplation et le travail. Plus que tout autre, Isaac est conscient des deux exc\u00e8s qui menacent cet \u00e9quilibre. D&rsquo;une part, la production issue du travail peut prendre le pas sur l&rsquo;activit\u00e9 elle-m\u00eame : l&rsquo;accroissement des richesses du monast\u00e8re peut alors faire oublier la pauvret\u00e9 mat\u00e9rielle n\u00e9cessaire au cheminement spirituel. D&rsquo;autre part, l&rsquo;absence de travail peut entra\u00eener l&rsquo;\u00e2me sur la voie de la paresse et d&rsquo;une satisfaction pr\u00e9matur\u00e9e : cette lutte contre la \u00ab\u00a0facilit\u00e9\u00a0\u00bb en quoi doit consister, dans un certain sens, la vie monastique, c\u00e8de alors la place \u00e0 l&rsquo;ac\u00e9die et au rel\u00e2chement. La pauvret\u00e9 \u00ab\u00a0effective\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire mat\u00e9rielle, et la pauvret\u00e9 \u00ab\u00a0spirituelle\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire l&rsquo;humilit\u00e9 et la crainte devant le jugement de Dieu, sont n\u00e9cessaires et indissociables :<\/p>\n<blockquote class=\"western\"><p>\u00ab\u00a0Voil\u00e0 pourquoi, mes bien-aim\u00e9s, les saints P\u00e8res, que nous, les hommes surcharg\u00e9s et \u00e9pais, pour ne pas dire alourdis et engraiss\u00e9s, avons bien os\u00e9 suivre \u00e0 la trace sur les sentiers ardus et \u00e9troits<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote51sym\" name=\"sdfootnote51anc\"><sup>51<\/sup><\/a> ont plac\u00e9 comme pierre angulaire des deux murailles dans l&rsquo;\u00e9difice spirituel la pauvret\u00e9, en distinguant deux esp\u00e8ces et l&rsquo;orientant dans les deux directions : la pauvret\u00e9 effective et la pauvret\u00e9 spirituelle, afin que celui qui voit son insuffisance en l&rsquo;une et en l&rsquo;autre soit de part et d&rsquo;autre plein d&rsquo;attention et de z\u00e8le et qu&rsquo;il ne puisse n\u00e9gliger ni l&rsquo;une ni l&rsquo;autre.\u00a0\u00bb(S. 14, 10)<\/p><\/blockquote>\n<p class=\"western\">La temp\u00eate qui s&rsquo;abat sur l&rsquo;\u00c9glise r\u00e9pond en r\u00e9alit\u00e9 aux d\u00e9bordements dont Isaac dresse un tableau si \u00e9clair\u00e9, et sanctionne un oubli ou une ignorance des principes fondamentaux de la vie religieuse.<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<h2 class=\"western\">1. 5. Le sommeil du Christ et la vigilance monastique.<\/h2>\n<p class=\"western\">En d\u00e9non\u00e7ant les d\u00e9bordements dont souffre parfois l&rsquo;id\u00e9al monastique, Isaac rappelle du m\u00eame coup l&rsquo;exigence qui donne sa valeur \u00e0 cet id\u00e9al : suivre l&rsquo;exemple que le Christ nous a donn\u00e9. De par sa double nature, \u00e0 la fois humaine et divine, le Christ est ce mod\u00e8le par lequel la vie humaine prend son sens. L&rsquo;abbaye doit \u00eatre ce lieu privil\u00e9gi\u00e9 o\u00f9 les conditions sont r\u00e9unies pour modeler sa vie selon le divin. C&rsquo;est pourquoi, en souvenir de la Passion, la vocation monastique implique l&rsquo;acceptation de la souffrance. Isaac le r\u00e9p\u00e8te aux moines \u00ab\u00a0qu&rsquo;il faut tirer et pousser vers la croix et la souffrance de la vie religieuse et la vie p\u00e9nitente auxquels par serment ils se sont donn\u00e9s\u00a0\u00bb :<\/p>\n<blockquote class=\"western\"><p>\u00ab\u00a0Car tous ceux qui veulent vivre pieusement dans le Christ J\u00e9sus subiront pers\u00e9cution [II Tim. 3, 12]. Et si la pers\u00e9cution du dehors manque, il faut que les disciples de J\u00e9sus crucifient en eux l&rsquo;homme ext\u00e9rieur avec ses vices et ses convoitises, et que l&rsquo;homme int\u00e9rieur aussi soit fix\u00e9 sur la croix de l&rsquo;ob\u00e9issance de J\u00e9sus, de mani\u00e8re qu&rsquo;en tout et totalement l&rsquo;humble disciple dise \u00e0 son p\u00e8re spirituel : [Mc. 14, 36]\u00a0\u00bb (S. 15, 6)<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote52sym\" name=\"sdfootnote52anc\"><sup>52<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote>\n<p class=\"western\">La croix est l&rsquo;enseignement majeur que le Christ a donn\u00e9 \u00e0 l&rsquo;homme. La temp\u00eate qui se l\u00e8ve sur le lac de Tib\u00e9riade et le sommeil du Christ ont \u00e9galement une valeur p\u00e9dagogique. Au d\u00e9but du sermon 14, Isaac interpr\u00e8te la temp\u00eate comme un avertissement divin : le c\u0153ur des disciples s&rsquo;est \u00ab\u00a0endormi\u00a0\u00bb, ils ont c\u00e9d\u00e9 \u00e0 la paresse, \u00e0 l&rsquo;ac\u00e9die, leur foi en Dieu s&rsquo;est rel\u00e2ch\u00e9e, J\u00e9sus provoque une temp\u00eate pour le r\u00e9veiller<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote53sym\" name=\"sdfootnote53anc\"><sup>53<\/sup><\/a>. Le sommeil de J\u00e9sus est lui-m\u00eame un premier appel en direction des disciples indolents :<\/p>\n<blockquote class=\"western\"><p>\u00ab\u00a0Ainsi donc il s&rsquo;est endormi visiblement quand eux-m\u00eames, l&rsquo;\u00e2me endormie, n&rsquo;\u00e9taient plus avec lui. Il leur a montr\u00e9 ext\u00e9rieurement leur \u00e9tat int\u00e9rieur[Quod intus erant, foris eis ostendit]. Mais parce qu&rsquo;ils n&rsquo;\u00e9taient pas sensibles \u00e0 un enseignement suave et discret, ils re\u00e7oivent du dehors un avertissement brutal.\u00a0\u00bb(S.14, 3)<\/p><\/blockquote>\n<p class=\"western\">Le premier avertissement, le sommeil, s&rsquo;adresse donc au c\u0153ur, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9riorit\u00e9. \u00ab\u00a0Ses paupi\u00e8res nous interrogent\u00a0\u00bb, \u00e9crit ailleurs Isaac (S. 13, 13). Le second, la temp\u00eate, vise \u00e0 frapper les sens, \u00e0 cr\u00e9er une sensation de peur r\u00e9g\u00e9n\u00e9ratrice<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote54sym\" name=\"sdfootnote54anc\"><sup>54<\/sup><\/a>. Effray\u00e9s par le d\u00e9cha\u00eenement des \u00e9l\u00e9ments, les disciples vont instinctivement se tourner vers leur guide endormi, c\u2019est-\u00e0-dire, dans l&rsquo;esprit d&rsquo;Isaac, r\u00e9veiller en eux la pr\u00e9sence du Christ, leur foi en Dieu. Car c&rsquo;est en l&rsquo;absence du Christ, par indolence spirituelle, que l&rsquo;\u00e2me devient vuln\u00e9rable. La pr\u00e9sence et l&rsquo;absence de Dieu en l&rsquo;\u00e2me sont ici indissolublement li\u00e9es au degr\u00e9 d&rsquo;attention spirituelle dont l&rsquo;\u00e2me fait preuve. Mais le sommeil du Christ ne doit pas \u00eatre entendu au sens strict. Il signale plut\u00f4t l&rsquo;absence de Dieu dans l&rsquo;\u00e2me chez qui la foi est en d\u00e9faut :<\/p>\n<blockquote class=\"western\"><p>\u00ab\u00a0Car fr\u00e8re, si tandis qu&rsquo;il parle, tu commences \u00e0 dormir pour lui, instantan\u00e9ment il dort lui aussi pour toi. Mais malheur \u00e0 toi, s&rsquo;il est endormi pour toi. Pour toi le vent veille, la mer veille, la temp\u00eate veille avec le d\u00e9ferlement des pens\u00e9es et les houles des mille tentations ; il suffit pour cela que lui seul soit endormi avec toi.\u00a0\u00bb(S. 14, 6)<\/p><\/blockquote>\n<p class=\"western\">Au sommeil des disciples dans l&rsquo;\u00e9pisode de Matthieu r\u00e9pond le tr\u00e8s r\u00e9el sommeil des moines dans l&rsquo;enceinte de l&rsquo;abbaye : \u00ab\u00a0O\u00f9 sont-ils donc ceux qui dans le clo\u00eetre dodelinent de la t\u00eate sur leurs livres, \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise ronflent aux le\u00e7ons, ou aux chapitres s&rsquo;endorment \u00e0 la parole vivante des sermons ? En eux tous, le Verbe de Dieu parle et ils le n\u00e9gligent. Le Ma\u00eetre, le Seigneur parle et l&rsquo;homme, le disciple dort.\u00a0\u00bb(S. 14, 6\u00ad7) Cette lutte contre l&rsquo;engourdissement de la foi est essentielle : la valeur de la vie spirituelle en d\u00e9pend. Cette recherche de l&rsquo;\u00e9quilibre, caract\u00e9ristique du projet cistercien, est vaine si le divin n&rsquo;en est pas le moteur et la finalit\u00e9. La r\u00e8gle n&rsquo;est justifi\u00e9e que si la foi en est la motivation : c&rsquo;est ce qu&rsquo;Isaac r\u00e9plique aux interlocuteurs du sermon 50 qui remettent en question l&rsquo;observance cistercienne<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote55sym\" name=\"sdfootnote55anc\"><sup>55<\/sup><\/a>. Toute la r\u00e8gle exprime la volont\u00e9 des moines \u00e0 devenir \u00ab\u00a0les imitateurs du Christ\u00a0\u00bb (S. 50, 8). La pri\u00e8re, enfin, est l&rsquo;effort essentiel pour demeurer \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute de la volont\u00e9 de Dieu<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote56sym\" name=\"sdfootnote56anc\"><sup>56<\/sup><\/a>. C&rsquo;est en elle que le moine trouve la force et la patience qui lui permettent de lutter contre le d\u00e9sespoir, le d\u00e9go\u00fbt, l&rsquo;ac\u00e9die. C&rsquo;est par elle \u00e9galement que le moine demeure sagement dans la crainte, par elle qu&rsquo;il reconna\u00eet l&rsquo;indicible sup\u00e9riorit\u00e9 de celui qui le vivifie. Ainsi pourra-t-il lutter contre l&rsquo;orgueil et demeurer dans l&rsquo;humilit\u00e9. Le sommeil du Christ dans l&rsquo;\u00e9pisode de Matthieu rec\u00e8le donc un enseignement simple, mais primordial : l&rsquo;authenticit\u00e9 d&rsquo;une d\u00e9marche spirituelle se mesure \u00e0 la vigilance \u00e0 laquelle on s&rsquo;astreint<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote57sym\" name=\"sdfootnote57anc\"><sup>57<\/sup><\/a>, \u00e0 la pr\u00e9sence de Dieu pour nous. Ainsi faut-il entendre le Verbe de Dieu qui est en m\u00eame temps col\u00e8re et amour,<\/p>\n<blockquote class=\"western\"><p>\u00ab\u00a0&#8230; temp\u00eate et tranquillit\u00e9, qu&rsquo;il dorme ou qu&rsquo;il veille. Car dans son sommeil, par la voix de la temp\u00eate, il maudit l&rsquo;ac\u00e9die que suit l&rsquo;agitation des pens\u00e9es [Dormiens quippe tempestatis verbo detestatur acediam, quam fluctuatio cogitationum sequitur], une sorte d&rsquo;orage int\u00e9rieur redoutable [quasi interna quaedam et intolerabilis procella]; se r\u00e9veillant et \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de veille, il recommande, par la voix de la tranquillit\u00e9, la vigilance de l&rsquo;\u00e2me et la ferveur de l&rsquo;esprit [qui excitatus et vigilans mentis vigilantiam et fervorem spiritus tranquillitatis sermone commendat].\u00a0\u00bb (S. 14, 4)<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote58sym\" name=\"sdfootnote58anc\"><sup>58<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote>\n<p class=\"western\">Dans le sermon 15, Isaac approfondit encore son ex\u00e9g\u00e8se : si la barque sur laquelle J\u00e9sus et ses disciples sont mont\u00e9s symbolise la croix<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote59sym\" name=\"sdfootnote59anc\"><sup>59<\/sup><\/a>, alors \u00ab\u00a0dormir sur la barque c&rsquo;est mourir sur la croix.\u00a0\u00bb (S. 15, 8)<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote60sym\" name=\"sdfootnote60anc\"><sup>60<\/sup><\/a>. Il y a donc ainsi, comme nous l&rsquo;avions pressenti, un parall\u00e9lisme entre la veille et la vie, entre le sommeil et la mort. Cependant le sommeil du Christ est infiniment plus signifiant que le sommeil de l&rsquo;homme : quand J\u00e9sus s&rsquo;endort sur la barque, ou quand il meurt sur la croix, ce sommeil et cette mort d\u00e9pendent enti\u00e8rement de sa volont\u00e9 (S. 15, 8). D\u00e8s lors, ils sont porteurs d&rsquo;un enseignement et d&rsquo;une esp\u00e9rance. L&rsquo;analogie entre le r\u00e9cit de la Passion et de la r\u00e9surrection et celui de la temp\u00eate sur le lac de Tib\u00e9riade est nette\u00a0:<\/p>\n<blockquote class=\"western\"><p>\u00ab\u00a0Mais pendant son sommeil, la mer se d\u00e9cha\u00eene sous la violence des vents et les disciples troubl\u00e9s redoutent le naufrage ; \u00e0 sa mort, les Juifs exultent et insultent, pouss\u00e9s par les d\u00e9mons, tandis que les disciples sont proches du d\u00e9sespoir, subjugu\u00e9s par la crainte. Tout cela, fr\u00e8res, est manifeste dans l&rsquo;\u00c9vangile : il faut, pensons-nous, le signaler plut\u00f4t que l&rsquo;expliquer. En effet, par le r\u00e9veil du Christ, comme par sa r\u00e9surrection d&rsquo;entre les morts, quelle tranquillit\u00e9 s&rsquo;est \u00e9tablie dans le c\u0153ur des ap\u00f4tres d&rsquo;abord et ensuite dans toute l&rsquo;\u00c9glise apr\u00e8s le triomphe sur le monde et la mise aux fers de son prince !\u00a0\u00bb (S. 15, 9)<\/p><\/blockquote>\n<p class=\"western\">Le r\u00e9veil du Christ, autrement dit sa r\u00e9surrection, annonce l&rsquo;\u00e9veil des \u00e2mes et assure la coh\u00e9sion de l&rsquo;\u00c9glise. Rappelons-nous encore le passage du sermon 13 : \u00ab\u00a0La barque d\u00e9signe donc l&rsquo;\u00c9glise, qui, \u00e0 force de bras, navigue encore dans ce monde, cette mer \u00e0 l&rsquo;immense \u00e9tendue.\u00a0\u00bb (S. 13, 2) Du souvenir du Christ et de sa passion d\u00e9pend le salut de l&rsquo;ensemble de l&rsquo;\u00c9glise :<\/p>\n<blockquote class=\"western\"><p>\u00ab\u00a0Consid\u00e9rons donc, mes fr\u00e8res, la grandeur du Christ et la s\u00e9curit\u00e9 qu&rsquo;il y a \u00e0 naviguer avec lui et pour lui, \u00e0 souffrir et \u00e0 mourir avec lui, en compl\u00e9tant ce qui manque \u00e0 ses souffrances en nous, ses membres. Il faut que tous les membres absolument souffrent avec la t\u00eate qui souffre et que le Christ tout entier souffre, soit consomm\u00e9 par sa passion et ainsi entre dans sa gloire. C&rsquo;est pourquoi qui n&rsquo;a point part \u00e0 la souffrance n&rsquo;aura aucune part au r\u00e8gne.\u00a0\u00bb (S. 15, 10)<\/p><\/blockquote>\n<p class=\"western\">Pour Isaac, le myst\u00e8re n&rsquo;est pas encore achev\u00e9 : le Christ total<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote61sym\" name=\"sdfootnote61anc\"><sup>61<\/sup><\/a>, en effet, est l&rsquo;union de Dieu et de l&rsquo;\u00c9glise. En vertu de cette solidarit\u00e9 inalt\u00e9rable, on peut dire que l&rsquo;incarnation du Christ se poursuit durant les si\u00e8cles, par l&rsquo;\u00c9glise et le Saint\u00ad Esprit. Le Christ \u00e9tendu sur la croix inaugure, par sa posture, l&rsquo;union de Dieu, des \u00e2mes et des corps : en brisant cette union, comme on s\u00e9pare la t\u00eate du corps, l&rsquo;homme endosse une grave responsabilit\u00e9. C&rsquo;est pourquoi Isaac n&rsquo;a de cesse de raviver dans l&rsquo;\u00e2me de ses moines le souvenir de la Passion, et de rappeler l&rsquo;axe essentiel de leur vocation, la vie \u00e0 l&rsquo;exemple du Christ :<\/p>\n<blockquote class=\"western\"><p>\u00ab\u00a0Ainsi donc, au souvenir de notre Sauveur et surtout de sa dilection et de sa patience o\u00f9 il nous r\u00e9v\u00e8le sa charit\u00e9 supr\u00eame envers nous et nous donne l&rsquo;exemple supr\u00eame, soyons infatigables et tenons-nous immobiles dans toutes les sortes de tentations, associ\u00e9s pour lui \u00e0 ses souffrances pour \u00eatre avec lui associ\u00e9s \u00e0 sa gloire.\u00a0\u00bb( S. 15, 15)<\/p><\/blockquote>\n<h2 class=\"western\">1. 6. Synth\u00e8se : L&rsquo;id\u00e9e directrice des sermons 13-15<\/h2>\n<p class=\"western\">Au terme de ce commentaire, o\u00f9 nous avons tent\u00e9 de suivre d&rsquo;aussi pr\u00e8s que possible le cheminement des m\u00e9ditations d&rsquo;Isaac, nous avons pu mesurer l&rsquo;attachement de l&rsquo;abb\u00e9 de l&rsquo;\u00c9toile \u00e0 la vie monastique<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote62sym\" name=\"sdfootnote62anc\"><sup>62<\/sup><\/a>. La densit\u00e9 de l&rsquo;ex\u00e9g\u00e8se, la souplesse de la pens\u00e9e, une sorte d&rsquo;obstination dans la lecture du texte biblique, par laquelle le commentaire s&rsquo;enrichit et s&rsquo;approfondit, font v\u00e9ritablement du sermon \u00ab\u00a0la parole vivante\u00a0\u00bb<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote63sym\" name=\"sdfootnote63anc\"><sup>63<\/sup><\/a>, la parole de vigilance qui occupe une place centrale dans le temps cistercien. Bonne illustration de cette vitalit\u00e9, les sermons 13-15 d\u00e9ploient autour du texte de Matthieu une multiplicit\u00e9 de perspectives : morale, spirituelle, christologique, eschatologique. De plus, le \u00ab\u00a0spectacle du monde ext\u00e9rieur\u00a0\u00bb vient, \u00e0 la mani\u00e8re de Bernard de Clairvaux, vivifier sans cesse l&rsquo;ex\u00e9g\u00e8se.<\/p>\n<p class=\"western\">Nous avons essay\u00e9 de mettre en valeur ce qui nous para\u00eet constituer l&rsquo;id\u00e9e directrice qui anime ces trois sermons : un rappel des principales observances contenues dans l&rsquo;id\u00e9al de vie cistercien, et surtout la justification de cet id\u00e9al par l&rsquo;exemple du Christ, qui constitue l&rsquo;enseignement essentiel des \u00c9vangiles. C&rsquo;est dans la vie du Christ que l&rsquo;on trouvera, nous dit Isaac, la raison d&rsquo;\u00eatre des imp\u00e9ratifs vitaux que sont l&rsquo;ob\u00e9issance, l&rsquo;humilit\u00e9, la pauvret\u00e9, le travail, etc&#8230;. On aura \u00e9galement remarqu\u00e9 l&rsquo;importance du contexte dans lequel les sermons furent compos\u00e9s. Isaac, ne l&rsquo;oublions pas, s&rsquo;adresse avant tout \u00e0 des moines, \u00e0 ses fr\u00e8res. S&rsquo;il \u00e9prouve le besoin d&rsquo;en rappeler certains \u00e0 l&rsquo;ordre, quand ils sont en proie aux faiblesses spirituelles qu&rsquo;occasionne la rigoureuse discipline monastique, c&rsquo;est en tant qu&rsquo;il est leur \u00ab\u00a0p\u00e8re\u00a0\u00bb et leur guide. Cette chaleur, cette humanit\u00e9, cette proximit\u00e9, sont particuli\u00e8rement sensibles dans les sermons que nous venons d&rsquo;\u00e9tudier. Certes, il fait \u00e9galement allusion en termes voil\u00e9s aux probl\u00e8mes du \u00ab\u00a0monde\u00a0\u00bb ext\u00e9rieur \u00e0 la communaut\u00e9, et notamment, par le biais d&rsquo;une d\u00e9nonciation de l&rsquo;orgueil de certains religieux, \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution g\u00e9n\u00e9rale de l&rsquo;ordre cistercien, tant au point de vue \u00e9conomique que politique<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote64sym\" name=\"sdfootnote64anc\"><sup>64<\/sup><\/a>. Mais surtout, il s&rsquo;attache \u00e0 soutenir sa communaut\u00e9 \u00ab\u00a0exil\u00e9e\u00a0\u00bb sur l&rsquo;\u00eele de R\u00e9 : la densit\u00e9 et la profondeur des sermons sur Matthieu, 8, 23-27, naissent probablement de la gravit\u00e9 de cette situation, comme nous allons le voir maintenant.<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<h1 class=\"western\">2. La signification mystique de la vie insulaire.<\/h1>\n<h2 class=\"western\">2.1. L&rsquo;horreur de la solitude<\/h2>\n<p class=\"western\">Lorsqu&rsquo;Isaac, accompagn\u00e9 de quelques moines, d\u00e9barque sur l&rsquo;\u00eele de R\u00e9, peut-\u00eatre dans les ann\u00e9es 1167-1168<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote65sym\" name=\"sdfootnote65anc\"><sup>65<\/sup><\/a>, il ne trouve probablement sur place qu&rsquo;un ensemble de b\u00e2timents extr\u00eamement modeste, sans doute plus propice \u00e0 l&rsquo;installation d&rsquo;un ermitage que d&rsquo;une abbaye proprement dite<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote66sym\" name=\"sdfootnote66anc\"><sup>66<\/sup><\/a>. L&rsquo;\u00e9tat de l&rsquo;\u00eele n&rsquo;\u00e9tait cependant plus aussi dramatique qu&rsquo;au X<sup>i<\/sup><sup>\u00e8<\/sup><sup>me<\/sup> si\u00e8cle, \u00e9poque \u00e0 laquelle la population avait presque totalement d\u00e9sert\u00e9 les lieux d\u00e9vast\u00e9s par les multiples invasions normandes. \u00c0 partir du XI<sup>i\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, les comtes du Poitou, sous la juridiction desquels l&rsquo;\u00eele \u00e9tait tomb\u00e9e, avaient entrepris une vaste politique de repeuplement, en accordant notamment des avantages consid\u00e9rables aux nouveaux insulaires. L&rsquo;arriv\u00e9e des cisterciens allait d&rsquo;ailleurs contribuer largement \u00e0 l&rsquo;essor \u00e9conomique r\u00e9thais. Doit-on soup\u00e7onner d\u00e8s lors Isaac d&rsquo;avoir exag\u00e9r\u00e9 les difficult\u00e9s de cette existence ? Ce soup\u00e7on doit \u00eatre lev\u00e9, nous semble-t-il, pour au moins deux raisons. La fatigue physique et la pauvret\u00e9 mat\u00e9rielle dont parle Isaac \u00e9taient certainement bien r\u00e9elles : les premiers arrivants furent sans doute astreints \u00e0 de lourds travaux \u2014 d\u00e9frichements, labours, construction des b\u00e2timents \u2014 et la survie dans ce milieu encore relativement hostile n&rsquo;allait pas de soi. De plus, il faut ajouter \u00e0 ces difficult\u00e9s mat\u00e9rielles, des difficult\u00e9s d&rsquo;ordre spirituel. En effet, la possibilit\u00e9 m\u00eame de suivre le mode de vie cistercien devenait al\u00e9atoire. La peu nombreuse communaut\u00e9 avait \u00e0 repenser les principes m\u00eames de son organisation pour adapter sa r\u00e8gle de vie en fonction de nouvelles conditions qui, somme toute, s&rsquo;apparentaient \u00e0 celles requises par l&rsquo;existence \u00e9r\u00e9mitique<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote67sym\" name=\"sdfootnote67anc\"><sup>67<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p class=\"western\">Les sermons 14 et 15 contiennent de nettes allusions \u00e0 cette vie insulaire. Si on y ajoute d&rsquo;autres passages du m\u00eame type, recueillis dans d&rsquo;autres sermons, on peut mesurer \u00e0 quel point la pr\u00e9carit\u00e9 de cette existence pesait sur le corps et l&rsquo;\u00e2me des moines. Le sentiment qui pr\u00e9domine est d&rsquo;abord un sentiment d&rsquo;abandon, de solitude quasi-intol\u00e9rable. Tr\u00e8s t\u00f4t, l&rsquo;exp\u00e9dition semble s&rsquo;\u00eatre r\u00e9duite de plusieurs unit\u00e9s, sans doute quelques moines d\u00e9courag\u00e9s par l&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 des lieux :<\/p>\n<blockquote class=\"western\"><p>\u00ab\u00a0Et voil\u00e0 pourquoi, mes bien-aim\u00e9s, nous vous avons conduits dans cette solitude retir\u00e9e, aride et \u00e2pre [hanc semotam, aridam, et squalentem&#8230;solitudinem]. Dessein astucieux ! il vous est possible d&rsquo;y \u00eatre humbles, impossible d&rsquo;y \u00eatre riches. Oui, dans cette solitude des solitudes, perdue dans la mer, au large, n&rsquo;ayant presque rien de commun avec le monde [hanc solitudinem solitudinum, ut in mari longe iacentem, cum orbe terrarum nihil ferme commune habentem], nous voulons que, priv\u00e9s de toute consolation mondaine et pour ainsi dire humaine, il y ait en vous silence complet du monde [prorsus sileatis a mundo] puisque, sauf cet \u00eelot \u00e0 l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 des terres [praeter hanc modicam insulam], pour vous le monde n&rsquo;existe plus. O Seigneur dans mon \u00e9loignement j&rsquo;ai fui, dans ma fuite je me suis \u00e9loign\u00e9 au point que, vous le savez, je ne vois absolument pas d\u2019au-del\u00e0 o\u00f9 je pourrais fuir et m&rsquo;\u00e9loigner. Un jour, dans mon d\u00e9sir de fuite, dans ma soif de solitude<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote68sym\" name=\"sdfootnote68anc\"><sup>68<\/sup><\/a>, j&rsquo;ai fini par aborder dans ce d\u00e9sert si vide et si lointain [in hanc demum appuli eremum, vastam adeo et semotam] : plusieurs de ceux que j&rsquo;appellerais les complices de cette exp\u00e9dition m&rsquo;ont abandonn\u00e9, un tr\u00e8s petit nombre m&rsquo;a suivi jusque-l\u00e0, eux aussi ont en horreur l&rsquo;horreur m\u00eame de la solitude [quibus etiam est horrori horror ipse solitudinis], et je l&rsquo;\u00e9prouve parfois, je l&rsquo;avoue. Il y a eu, Seigneur, rench\u00e9rissement de solitude sur la solitude, de silence sur le silence [superaccrevit etiam, Domine, super solitudinem solitudo, silentium super silentium]. Car pour \u00eatre plus habiles et plus exerc\u00e9s \u00e0 parler \u00e0 vous seul, nous sommes forc\u00e9s, bien forc\u00e9s, de garder entre nous le silence.\u00a0\u00bb (S. 14, 11\u00ad12)<\/p><\/blockquote>\n<p class=\"western\">La soif de solitude qui tiraillait l&rsquo;\u00e2me d&rsquo;Isaac a donc \u00e9t\u00e9 combl\u00e9e au-del\u00e0 de ses voeux. Cette solitude se mesure d&rsquo;abord \u00e0 la distance qui s\u00e9pare l&rsquo;\u00eele du continent, c&rsquo;est-\u00e0-dire, spirituellement parlant, du \u00ab\u00a0monde\u00a0\u00bb. Mais cette s\u00e9paration ne tient pas tant \u00e0 l&rsquo; \u00e9loignement spatial \u2014 l&rsquo;\u00eele de R\u00e9 n&rsquo;est finalement qu&rsquo;\u00e0 deux ou trois kilom\u00e8tres du continent \u2014, qu&rsquo;\u00e0 la sauvagerie \u00ab\u00a0aride<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote69sym\" name=\"sdfootnote69anc\"><sup>69<\/sup><\/a> et \u00e2pre\u00a0\u00bb des lieux : cette \u00eele n&rsquo;a \u00ab\u00a0presque rien de commun avec le monde\u00a0\u00bb, et, \u00e0 vrai dire, ici, \u00ab\u00a0le monde n&rsquo;existe m\u00eame plus\u00a0\u00bb. Les relations que le monast\u00e8re entretient normalement avec la soci\u00e9t\u00e9 ext\u00e9rieure qui l&rsquo;environne, la structure hi\u00e9rarchique m\u00eame dans laquelle il s&rsquo;inscrit, le syst\u00e8me \u00e9conomique au sein duquel il joue, malgr\u00e9 tout, un r\u00f4le croissant, tout ceci a disparu, et du m\u00eame coup, les \u00ab\u00a0consolations\u00a0\u00bb \u2014 Isaac pr\u00e9cise : les consolations \u00ab\u00a0humaines\u00a0\u00bb \u2014, qu&rsquo;apportent ces liens d&rsquo;interd\u00e9pendance. L&rsquo;absence de fr\u00e8res convers, notamment, se fait durement sentir<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote70sym\" name=\"sdfootnote70anc\"><sup>70<\/sup><\/a>. C&rsquo;est non seulement un lien essentiel avec l&rsquo;ext\u00e9rieur, avec la vie s\u00e9culi\u00e8re, qui est rompu, mais \u00e9galement la promesse pour les moines d&rsquo;un surcro\u00eet de labeur manuel : \u00ab\u00a0Car c&rsquo;est \u00e0 la sueur de notre front, plus qu&rsquo;\u00e0 celle des domestiques ou des b\u0153ufs, que nous devons manger notre pain.\u00a0\u00bb (S. 14, 13) Mais ce qui frappe avant tout les moines, c&rsquo;est ce silence, cette quasi-absence de la pr\u00e9sence humaine. Pour Isaac, ce vide, cette d\u00e9solation (<i>vasta<\/i>), \u00e9voquent naturellement, nous y reviendrons, l&rsquo;exp\u00e9rience des P\u00e8res du d\u00e9sert, dont l&rsquo;influence est si grande dans la spiritualit\u00e9 cistercienne. Qu&rsquo; il est p\u00e9nible toutefois de quitter l\u2019abbaye de l\u2019\u00c9toile, sa douceur, son relatif confort, et surtout la chaleur de la communaut\u00e9. Dans ce d\u00e9sert humain, le moine \u00e9prouve les limites m\u00eames de son courage<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote71sym\" name=\"sdfootnote71anc\"><sup>71<\/sup><\/a>: il y a, comme dit avec force Isaac, \u00ab\u00a0rench\u00e9rissement de solitude sur la solitude\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0silence sur le silence\u00a0\u00bb, et tous ont \u00ab\u00a0en horreur l\u2019horreur m\u00eame de la solitude\u00a0\u00bb. Formule frappante qui permet de mesurer l\u2019angoisse de ces hommes \u00ab\u00a0abandonn\u00e9s\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h2 class=\"western\">2. 2. L&rsquo;exil comme manifestation de la mis\u00e9ricorde divine<\/h2>\n<p class=\"western\">Telles sont les conditions dans lesquelles se d\u00e9roule ce qu&rsquo;Isaac appelle son \u00ab\u00a0exil\u00a0\u00bb. Cette grande pauvret\u00e9 accentue \u00e9videmment l&rsquo;aspect asc\u00e9tique de l&rsquo;observance cistercienne, mais, en m\u00eame temps, elle fait appara\u00eetre plus qu&rsquo;ailleurs sa n\u00e9cessit\u00e9. Le suivi rigoureux des r\u00e8gles fondamentales de la vie monastique devient ici la clef de la survie de la communaut\u00e9. De plus, ces difficult\u00e9s somme toute mondaines offrent en quelque sorte aux moines l&rsquo;opportunit\u00e9 d&rsquo;\u00e9lever leur vie spirituelle vers la perfection. Pour encourager ses moines \u00e0 pers\u00e9v\u00e9rer dans la voie r\u00e9guli\u00e8re, Isaac tient un discours o\u00f9 se m\u00ealent deux points de vue : le premier, c&rsquo;est celui du \u00ab\u00a0monde\u00a0\u00bb \u2014 voire celui du continent \u2014, \u00e0 la lumi\u00e8re duquel on mesure ce que l&rsquo;on perd ; le second, c&rsquo;est celui de la vocation monastique, qui permet de mesurer un profit spirituel. Le texte suivant donne un bon exemple de cette m\u00e9thode :<\/p>\n<blockquote class=\"western\"><p>\u00ab\u00a0Ainsi en est-il de nous : cherchant \u00e0 atteindre le ciel, nous nous sommes retir\u00e9s du monde des hommes ; aspirant \u00e0 la pl\u00e9nitude, nous avons rejet\u00e9 les richesses ; ambitionnant les honneurs, nous nous sommes vraiment raval\u00e9s au rang de balayures de ce monde ! Nous qui, dans le monde, paraissions \u00eatre quelque chose [Qui in mundo aliquid videbamur], qui dans la communaut\u00e9 de nos fr\u00e8res avions aussi quelque r\u00e9putation, voil\u00e0 qu&rsquo;afin de pouvoir devenir vraiment quelque chose [ut vere aliquid fore possimus], nous nous sommes r\u00e9duits \u00e0 rien [ad nihilum]. Car qu\u2019est-ce que le monde garde pour nous, je ne dis plus d&rsquo;estime, mais m\u00eame de souvenir ?\u00a0\u00bb (S. 27, 2)<\/p><\/blockquote>\n<p class=\"western\">Le gain spirituel est proportionnel \u00e0 l&rsquo;\u00e9loignement. Dans ce retrait quasi-absolu, il y a non seulement une n\u00e9gation de l&rsquo;avoir mat\u00e9riel (les richesses) et de l&rsquo;\u00eatre social (l&rsquo;honneur, la r\u00e9putation), mais aussi de l&rsquo;\u00eatre s\u00e9culier dans sa totalit\u00e9. Du point de vue mondain, on pourrait parler d&rsquo;une v\u00e9ritable \u00ab\u00a0n\u00e9antisation\u00a0\u00bb de l&rsquo;\u00eatre. Isaac compare cette \u00ab\u00a0posture de l&rsquo;\u00eatre\u00a0\u00bb, \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame tension, l&rsquo;extr\u00eame concentration qui pr\u00e9c\u00e8de le saut de l&rsquo;animal ou le vol de l&rsquo;oiseau<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote72sym\" name=\"sdfootnote72anc\"><sup>72<\/sup><\/a>. Ici, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e2me qui se concentre et s&rsquo;unifie, pour \u00ab\u00a0atteindre le ciel\u00a0\u00bb. La solitude investit en quelque sorte tout l&rsquo;horizon de l&rsquo;existence au point qu&rsquo;il ne demeure m\u00eame plus de place pour le souvenir du monde. Sur cette \u00eele du bout du monde, tout le v\u00e9cu est d&#8217;embl\u00e9e spiritualis\u00e9. On n&rsquo;est \u00ab\u00a0plus rien\u00a0\u00bb au sens o\u00f9 cet <i>aliquid<\/i> que nous \u00e9tions dans le monde n&rsquo;a d\u00e9sormais aucune valeur. Mais du point de vue spirituel, on devient v\u00e9ritablement \u00ab\u00a0quelque chose\u00a0\u00bb (<i>aliquid<\/i>). En pers\u00e9v\u00e9rant dans cette voie de n\u00e9gation radicale, le moine retrouve finalement ses v\u00e9ritables racines, et peut affirmer avec Isaac, dans un autre sermon qui renvoie \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience r\u00e9thaise :<\/p>\n<blockquote class=\"western\"><p>\u00ab\u00a0Pour moi, je le d\u00e9clare, je suis \u00e0 pr\u00e9sent un \u00e9tranger et un p\u00e8lerin [peregrinum] ici-bas, c\u2019est-\u00e0-dire dans ce monde entier, comme si je n&rsquo;en \u00e9tais nullement originaire. Je ne suis pas fils de l&rsquo;homme, mais fils de Dieu, cach\u00e9 sous l&rsquo;apparence et la ressemblance de l&rsquo;homme&#8230; Ensemble, nous sommes tous pupilles et orphelins ; nous n&rsquo;avons pas de p\u00e8re sur la terre car notre p\u00e8re est dans les cieux et notre m\u00e8re est vierge. C&rsquo;est de l\u00e0 que nous sommes originaires ; ici, nous sommes \u00e9trangers et p\u00e8lerins comme l&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 tous nos p\u00e8res [Cf. I Ch. 29, 15].\u00a0\u00bb (S. 29, 8\u00ad9)<\/p><\/blockquote>\n<p class=\"western\">Une nouvelle fois, dans ce texte, Isaac manie deux registres de langage : la th\u00e9matique de la p\u00e9r\u00e9grination, de l&rsquo;\u00e9loignement, peut \u00e9voquer, comme chez Bernard de Clairvaux, l&rsquo;errance de l&rsquo;\u00e2me \u00ab\u00a0sans boussole ni direction, sur les routes du temps et de l&rsquo;espace.\u00a0\u00bb<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote73sym\" name=\"sdfootnote73anc\"><sup>73<\/sup><\/a> L&rsquo;\u00e2me s&rsquo;est alors \u00e9loign\u00e9e de la droite voie, s&rsquo;est d\u00e9tourn\u00e9e de sa v\u00e9ritable origine, et c&rsquo;est pourquoi elle erre, soumise au d\u00e9sordre de \u00ab\u00a0la r\u00e9gion de dissemblance\u00a0\u00bb. Ici, au contraire, l&rsquo;\u00e9loignement est le garant de la v\u00e9ritable conversion, il est le signe d&rsquo;un d\u00e9passement des contraintes spatio\u00ad temporelles. Le \u00ab\u00a0p\u00e9r\u00e9grinant\u00a0\u00bb<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote74sym\" name=\"sdfootnote74anc\"><sup>74<\/sup><\/a>, auquel Isaac s&rsquo;identifie, est libre de tout attachement mondain, et son errance est un cheminement vers Dieu, une recherche dans l&rsquo;amour, par laquelle s&rsquo;op\u00e8re une r\u00e9v\u00e9lation de l&rsquo;ordre et du sens. En d\u00e9crivant cet \u00e9loignement radical, que r\u00e9alise l&rsquo;exil rh\u00e9tais, Isaac prolonge en quelque sorte la puissante th\u00e9ologie n\u00e9gative en \u0153uvre dans les neuf sermons pour le dimanche de la S\u00e9xag\u00e9sime<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote75sym\" name=\"sdfootnote75anc\"><sup>75<\/sup><\/a>. L&rsquo;exil \u00e0 R\u00e9 s&rsquo;inscrit donc chez Isaac dans une perspective proprement mystique. Dans cet abandon radical de toute chose ici-bas, dans ce \u00ab\u00a0naufrage\u00a0\u00bb corps et biens, on trouve les conditions optimales pour s&rsquo;abandonner \u00e0 Dieu seul<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote76sym\" name=\"sdfootnote76anc\"><sup>76<\/sup><\/a>. L&rsquo;exp\u00e9rience mystique est peut-\u00eatre m\u00eame \u00e9voqu\u00e9e dans cet autre passage, extrait du sermon 32 :<\/p>\n<blockquote class=\"western\"><p>\u00ab\u00a0Ainsi donc, mes bien-aim\u00e9s, \u00e0 l&rsquo;exemple de notre Seigneur et Sauveur, apr\u00e8s l&rsquo;avoir suivi avec les anges au d\u00e9sert, non seulement un d\u00e9sert local, mais aussi celui de l&rsquo;esprit, et parfois m\u00eame celui de Dieu en d\u00e9passant notre esprit m\u00eame [ipsum in deserto non solum loci, sed et spiritus vel etiam aliquando Dei, ipsum nostrum spiritum excedentes], m\u00e9ditons continuellement la loi divine \u00e9crite soit au-dehors par les caract\u00e8res, soit au-dedans de nous par la nature, soit dans la figure de ce monde, soit dans la sagesse m\u00eame de Dieu qui est loi \u00e9ternelle et qu&rsquo;on peut dire la Loi des lois.\u00a0\u00bb (S. 32, 19)<\/p><\/blockquote>\n<p class=\"western\">D\u00e9passer le monde, le \u00ab\u00a0d\u00e9serter\u00a0\u00bb ; se d\u00e9passer soi-m\u00eame, parvenir au \u00ab\u00a0d\u00e9sert de l&rsquo;esprit\u00a0\u00bb, en devenant pure intelligence; et, d\u00e9passer encore l&rsquo;intelligence m\u00eame, pour atteindre Dieu en son propre d\u00e9sert, dans son incogniscibilit\u00e9 : Isaac retrouve ici les expressions dont usent traditionnellement les mystiques pour d\u00e9crire leur d\u00e9marche dynamique.<\/p>\n<p class=\"western\">Ainsi au sein m\u00eame de la pauvret\u00e9 la plus extr\u00eame se r\u00e9v\u00e8le progressivement la marque du dessein de Dieu. Cette \u00e9preuve o\u00f9 l&rsquo;homme s&rsquo;\u00e9puise physiquement et moralement dans une lutte incessante contre les tentations \u2014 celle de faire marche arri\u00e8re, de se laisser aller \u00e0 la paresse ou \u00e0 l&rsquo;irritabilit\u00e9 \u2014, est en r\u00e9alit\u00e9 un don de Dieu, qui invite le moine \u00e0 se tourner vers lui, \u00e0 puiser en lui une force de r\u00e9sistance :<\/p>\n<blockquote class=\"western\"><p>\u00ab\u00a0Mais il nous importe au plus haut point, mes bien-aim\u00e9s, de consid\u00e9rer attentivement, avec action de gr\u00e2ces et louanges, la mis\u00e9ricorde de Dieu, que nous avions esp\u00e9r\u00e9e et qui nous a \u00e9t\u00e9 faite. Elle a daign\u00e9 disposer cet exil, notre exil [exsilium nostrum], de mani\u00e8re qu&rsquo;il nous soit loisible de prier, de m\u00e9diter, de lire, qu&rsquo;il nous soit n\u00e9cessaire de travailler, pour avoir de quoi donner au n\u00e9cessiteux, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 notre corps actuellement charnel. Car c&rsquo;est \u00e0 la sueur de notre front \u00e0 nous plus qu&rsquo;\u00e0 celle des domestiques ou des b\u0153ufs que nous devons manger notre pain.\u00a0\u00bb (S. 14, 12\u00ad13)<\/p><\/blockquote>\n<blockquote class=\"western\"><p>\u00ab\u00a0Aussi, mes fr\u00e8res, toutes les fois que la tentation nous attaque, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de la maladie, de la pauvret\u00e9, de la discipline trop s\u00e9v\u00e8re, de l&rsquo;exil trop prolong\u00e9 ou de l&rsquo;ennui dans une solitude si \u00e9cart\u00e9e et un silence profond [aut prolongatioris incolatus, taedii etiam tam remotae solitudinis, et profundi silentii], dans les tentations de tout genre qui sont innombrables, par la lecture, la m\u00e9ditation, l&rsquo;oraison, r\u00e9veillons pour nous le Christ endormi.\u00a0\u00bb (S. 15, 12)<\/p><\/blockquote>\n<blockquote class=\"western\"><p>\u00ab\u00a0C&rsquo;est pour le chercher \u00ab\u00a0tandis qu&rsquo;on peut le trouver\u00a0\u00bb que nous avons de bon coeur perdu presque tout le genre humain et nous sommes perdus nous-m\u00eames.\u00a0\u00bb (S. 21, 1 [Cf. S. 20, 1])<\/p><\/blockquote>\n<p class=\"western\">La seule consolation que puissent trouver les moines exil\u00e9s, c&rsquo;est le Christ qui peut la donner. On comprend mieux d\u00e8s lors l&rsquo;insistance d&rsquo;Isaac dans les sermons 14 et 15, que nous avons comment\u00e9s, sur le th\u00e8me du Christ endormi. Dans ces conditions p\u00e9nibles, il est vital de renforcer ce lien entre le monde et Dieu, de tenir \u00e9veill\u00e9 le Christ en soi :<\/p>\n<blockquote class=\"western\"><p><a name=\"id_23\"><\/a><a name=\"id_14\"><\/a>\u00ab\u00a0Aussi, mes fr\u00e8res, devons\u00adnous veiller avec le plus grand soin, avec d&rsquo;autant plus d&rsquo;attention que nous avons choisi une solitude plus lointaine [quo remotiorem eremum elegimus], afin que dans la barque de notre homme int\u00e9rieur, pour qui l&rsquo;homme ext\u00e9rieur est comme la mer, jamais ne dorme le Verbe de Dieu, qui, en lui\u00adm\u00eame, jamais ne dort ou n&rsquo;a sommeil.\u00a0\u00bb (S. 14, 5)<\/p><\/blockquote>\n<p class=\"western\">Cette orientation vers le divin, cette conversion renouvel\u00e9e, se traduisent non seulement dans un effort pour maintenir vivants en soi la pr\u00e9sence et le souvenir du Christ, mais aussi dans une participation consciente et voulue \u00e0 son calvaire, \u00e0 sa souffrance sur la croix. Dans ses propres souffrances, le moine doit s&rsquo;efforcer de reconna\u00eetre le martyre du crucifi\u00e9, et mieux encore, l&rsquo;accepter et le vouloir.<\/p>\n<blockquote class=\"western\"><p>\u00ab\u00a0Pour moi je pense avoir des raisons d&rsquo;appeler une croix cette discipline r\u00e9clam\u00e9e par notre profession et ce d\u00e9sert retir\u00e9 [hanc disciplinam professionis vestrae, et abditam eremum non immerito crucem dixerim] : l\u00e0, de m\u00eame que la solitude vous s\u00e9pare des autres, ainsi la discipline de l&rsquo;ob\u00e9issance vous s\u00e9pare de vous-m\u00eames : car rien ne vous est permis de ce qui vous pla\u00eet, vous n&rsquo;avez la propri\u00e9t\u00e9 ni des biens ni de votre corps, vous n&rsquo;avez aucune libert\u00e9 ni pour agir ni pour vous reposer. Qu\u2019est-ce que vivre ainsi, je vous le demande, sinon \u00eatre pour le Christ, fix\u00e9 \u00e0 la rigueur du commandement d&rsquo;autrui par les clous de l&rsquo;ob\u00e9issance, sinon \u00eatre crucifi\u00e9 avec le Christ ?\u00a0\u00bb (S. 15, 7)<\/p><\/blockquote>\n<p class=\"western\">Les difficult\u00e9s mondaines et charnelles doivent \u00eatre quasiment transfigur\u00e9es. Seul, abandonn\u00e9, pauvre, nu et naufrag\u00e9, le moine partage la condition du Christ sur la croix :<\/p>\n<blockquote class=\"western\"><p>\u00ab\u00a0Le semeur est sorti&#8230; [Luc 8,5] Dans l&rsquo;abondant d\u00e9nuement de notre paisible et aimable pauvret\u00e9, nous sommes riches, vous le voyez, en manque de livres et surtout de commentaires ! Selon le mot admirable de celui qui disait, transport\u00e9 de joie : \u00ab\u00a0J&rsquo;ai donn\u00e9 l&rsquo;\u00c9vangile \u00e0 cause de l&rsquo;\u00c9vangile\u00a0\u00bb, nous avons laiss\u00e9 les livres \u00e0 cause des livres ! Ayant appris par les livres saints la valeur de la sainte solitude, le fruit de la paix, la gr\u00e2ce de la pauvret\u00e9, non seulement nous avons, comme autrefois, quitt\u00e9 notre maison et notre parent\u00e9 charnelle, mais nous avons, mieux que cela, oubli\u00e9 pour ainsi dire nombre de saints fr\u00e8res et la maison de notre p\u00e8re spirituel; nous avons jet\u00e9 par\u00addessus bord [iacturam facientes], en plus des autres richesses, les livres nombreux et vari\u00e9s<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote77sym\" name=\"sdfootnote77anc\"><sup>77<\/sup><\/a>, le monde entier et presque le genre humain, lorsque nous nous sommes, \u00e0 quelques-uns, nus et naufrag\u00e9s, \u00e9vad\u00e9s sur cette \u00eele lointaine, prisonni\u00e8re de l&rsquo;oc\u00e9an, pour y embrasser nus la croix nue du Christ [in hanc semotam et inclusam Oceano insulam, nudi ac naufragi, nudam nudi Christi crucem amplexi, pauci evasimus].\u00a0\u00bb (S. 18, 1-2)<\/p><\/blockquote>\n<p class=\"western\"><a name=\"id_24\"><\/a>Le lien entre l&rsquo;homme et Dieu se trouve donc raffermi, et la parent\u00e9 de l&rsquo;homme avec Dieu r\u00e9affirm\u00e9e, dans la participation spirituelle de l&rsquo;homme au martyre de J\u00e9sus-christ. L&rsquo;exp\u00e9rience de l&rsquo;exil \u00e0 R\u00e9 prend ainsi une ultime signification : l&rsquo;exil, dans son aust\u00e9rit\u00e9 m\u00eame, est un don de la mis\u00e9ricorde divine, par lequel Dieu, dans sa toute puissance et sa compassion infinie, r\u00e9v\u00e8le le sens de la destin\u00e9e humaine et caract\u00e9rise son attachement \u00e0 ce fragment d&rsquo;humanit\u00e9, ces quelques p\u00e8lerins naufrag\u00e9s en qu\u00eate d&rsquo;absolu.<\/p>\n<blockquote class=\"western\"><p>\u00ab\u00a0Voici en effet que nous aussi nous montons \u00e0 J\u00e9rusalem. Car si nous sommes descendus en cette \u00eele, la derni\u00e8re de toutes les terres, apr\u00e8s laquelle, comme dit le proph\u00e8te, il n&rsquo;y en a plus d&rsquo;autre, dans cette petite \u00eele perdue dans l&rsquo;immensit\u00e9 de la mer [in hanc insulam omnium terrarum ultimam, post quam, ut ait propheta, non est alia, modicam et in mari magno occultatam descendimus], c&rsquo;est pour monter \u00e0 J\u00e9rusalem.\u00a0\u00bb<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote78sym\" name=\"sdfootnote78anc\"><sup>78<\/sup><\/a> (S. 27, 1)<\/p><\/blockquote>\n<p class=\"western\">L&rsquo;\u00eele de R\u00e9 : une image du paradis futur ? Non, sans doute. Mais, pour Isaac, une de ces \u00ab\u00a0voies \u00e9troites\u00a0\u00bb qu&rsquo;il affectionne, un chemin que Dieu a trac\u00e9 pour les errants<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<h2 class=\"western\">2. 3. L&rsquo;appel d&rsquo;Isaac.<\/h2>\n<p class=\"western\">Les distractions du monde se sont tues : le silence des hommes p\u00e8se sur les corps et les \u00e2mes, le grondement r\u00e9gulier des vagues rythme la dur\u00e9e, la \u00ab\u00a0mer immense\u00a0\u00bb hante l&rsquo;horizon<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote79sym\" name=\"sdfootnote79anc\"><sup>79<\/sup><\/a>. C&rsquo;est le r\u00e8gne des tentations int\u00e9rieures les plus sournoises\u00a0: l&rsquo;ac\u00e9die, le d\u00e9couragement. L&rsquo;homme est seul, confront\u00e9 \u00e0 sa propre faiblesse. Cette solitude radicale suscite des pages qui comptent parmi les plus belles des sermons d&rsquo;Isaac :<\/p>\n<blockquote class=\"western\"><p>\u00ab\u00a0Alternativement, je tiens tout ce que j&rsquo;esp\u00e8re et je perds tout ce que je tenais ; et de nouveau apr\u00e8s les t\u00e9n\u00e8bres j&rsquo;esp\u00e8re la lumi\u00e8re [Job 17, 12]. Je monte jusqu&rsquo;aux cieux, je sombre aux ab\u00eemes ; parmi de telles vicissitudes mon \u00e2me d\u00e9p\u00e9rit. Dans mon trouble, je m&rsquo;avance tel un homme ivre, et toute ma sagesse est consum\u00e9e [cf. Ps. 106, 26\u00ad27]. Mais, comme l&rsquo;ajoute le psaume sacr\u00e9 et comme me l&rsquo;apprend cet aveugle de l&rsquo;\u00c9vangile, il ne me reste qu&rsquo;\u00e0 vaincre la malignit\u00e9 et \u00e0 crier encore beaucoup plus fort vers le Seigneur J\u00e9sus dans mes tribulations, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il me lib\u00e8re de ce p\u00e9ril extr\u00eame, qu&rsquo;il change cette temp\u00eate en une brise l\u00e9g\u00e8re, qu&rsquo;il fasse taire ces flots qu&rsquo;il a d\u00e9cha\u00een\u00e9s sur moi et qu&rsquo;il me conduise, joyeux de ce calme, au port que j&rsquo;appelle et que je d\u00e9sire. Aujourd&rsquo;hui, cach\u00e9 en ce bout du monde et environn\u00e9 par la mer [qui hodie in extremo terrae angulo et mari circumfuso latitans], je ne d\u00e9sire que lui seul, il m&rsquo;en est t\u00e9moin, lui qui, avec le P\u00e8re et l&rsquo;Esprit\u00adSaint, est le Dieu unique, vrai et bon, et le Seigneur de l&rsquo;univers&#8230;\u00a0\u00bb (S. 29, 16-18)<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote80sym\" name=\"sdfootnote80anc\"><sup>80<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote>\n<p class=\"western\">Il ne reste donc qu&rsquo;\u00e0 crier (<i>clamare<\/i>) pour r\u00e9veiller le Christ endormi et lui demeurer \u00e9veill\u00e9. Cette clameur est avant tout un appel au secours. Comment la clameur du Christ \u00e0 la neuvi\u00e8me heure : \u00ab\u00a0Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m\u2019as-tu abandonn\u00e9 [Matth. 27, 46] ?\u00a0\u00bb, ne r\u00e9sonnerai-telle pas dans l&rsquo;esprit d&rsquo;Isaac en ces moments de trouble et d&rsquo;inqui\u00e9tude ? C&rsquo;est cet appel angoiss\u00e9 qu&rsquo;Isaac et ses moines font entendre dans le silence de leur \u00ab\u00a0ermitage\u00a0\u00bb. Le sermon, plus qu&rsquo;ailleurs, joue alors un r\u00f4le essentiel : il est cette \u00ab\u00a0parole vivante\u00a0\u00bb qui habite le silence, l&rsquo;investit de la pr\u00e9sence du Christ. \u00ab\u00a0L&rsquo;\u00eele d\u00e9serte\u00a0\u00bb aux rives de laquelle se sont \u00e9chou\u00e9s les naufrag\u00e9s devient, par cette parole renou\u00e9e avec Dieu, le port tant promis auquel on acc\u00e8de enfin. La conclusion du sermon 14 constitue ainsi un v\u00e9ritable hymne \u00e0 la parole, lien privil\u00e9gi\u00e9 entre l&rsquo;humain et le divin.<\/p>\n<blockquote class=\"western\"><p>\u00ab\u00a0C&rsquo;est pourquoi, fr\u00e8res, mes compagnons de captivit\u00e9 et d&rsquo;\u00e9vasion [concaptivi mei et confugitivi mei], selon le mot du proph\u00e8te, \u00ab\u00a0vous qui vous souvenez du Seigneur, ne vous taisez pas, ne gardez pas le silence avec lui.\u00a0\u00bb Veillez, pour lui, afin qu&rsquo;il ne dorme pas pour vous. Moi, Seigneur, je crierai toujours vers vous. Mais vous, mon Dieu, ne gardez pas le silence avec moi de peur que, si vous vous taisiez pour moi, je ne ressemble \u00e0 ceux qui sont au p\u00e9ril de la mer [periclitantibus in mari]; quand par la m\u00e9ditation je frappe, ouvrez-moi ; quand j&rsquo;interroge, r\u00e9pondez-moi ; quand j&rsquo;implore, exaucez-moi. Certes, dans votre grande bienveillance, vous le ferez et abondamment, \u00e0 moins que mes oreilles ne se soient d\u00e9tourn\u00e9es de vos paroles \u00e0 vous (&#8230;) Parlez donc, Seigneur, parce que votre serviteur \u00e9coute, et r\u00e9pondez \u00e0 sa parole : naviguant l&rsquo;un vers l&rsquo;autre, que ni l&rsquo;un ni l&rsquo;autre ne dorme. Car si vous dormez pour moi, votre serviteur, la mer ne dort pas, le souvenir du monde ne dort pas ; les vagues et les houles des pens\u00e9es ne dorment pas, si vous dormez. Si je dors pour vous, la chair pour moi ne dort pas. Aussi Seigneur, qui finalement \u00eates mon refuge, vous qui auriez pu \u00eatre la force m&#8217;emp\u00eachant de vous fuir, que mes sanglots, les g\u00e9missements de mon c\u0153ur, la d\u00e9tresse m\u00eame o\u00f9 je me trouve, qui ne se tait jamais, finissent par secouer votre sommeil et vous r\u00e9veiller! Levez-vous, commandez aux vents et \u00e0 la mer [cf. Matth. 8, 26], sauvez-moi de la terreur de l&rsquo;esprit et de la temp\u00eate [cf. Ps. 54, 9] ; qu&rsquo;ainsi au-dedans et au-dehors se fasse un grand calme ; et que les anges et les hommes, \u00e0 qui nous sommes donn\u00e9s en spectacle, en soient t\u00e9moins et disent avec admiration : \u00ab\u00a0Quel est donc celui-l\u00e0 \u00e0 qui ob\u00e9issent la mer et les vents [Matth. 8, 27]? C&rsquo;est ce qui sans aucun doute, fr\u00e8res, se r\u00e9alisera pour nous et pour vous si nous ob\u00e9issons \u00e0 celui qui vit et r\u00e8gne. Ainsi soit-il.\u00a0\u00bb (S. 14, 14\u00ad16)<\/p><\/blockquote>\n<h1 class=\"western\"><a name=\"id_15\"><\/a>Conclusion : l&rsquo;id\u00e9al monastique d&rsquo;Isaac<\/h1>\n<p class=\"western\">Toute consid\u00e9ration biographique mise \u00e0 part, l&rsquo;exil \u00e0 l&rsquo;\u00eele de R\u00e9 peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme l&rsquo;expression privil\u00e9gi\u00e9e de la spiritualit\u00e9 monastique de l&rsquo;abb\u00e9 de l&rsquo;\u00c9toile. Le \u00ab\u00a0calvaire\u00a0\u00bb d&rsquo;Isaac et de ses moines pr\u00e9sente en effet deux aspects indissociables : il est \u00e0 la fois cheminement dans la souffrance, l&rsquo;inqui\u00e9tude, occasion d&rsquo;un retour aux principes m\u00eames de la vie monastique. Souffrances, parce que tous les commandements cisterciens traditionnels prennent sur l&rsquo;\u00eele une connotation particuli\u00e8re : la pauvret\u00e9 et la solitude ne sont plus seulement int\u00e9rieures mais effectives ; le travail et l&rsquo;ob\u00e9issance ne sont plus seulement des principes obligeants parmi d&rsquo;autres, mais des n\u00e9cessit\u00e9s concr\u00e8tes et vitales. Retour aux sources, puisqu&rsquo;une semblable aust\u00e9rit\u00e9 rapproche la vie r\u00e9thaise de celle des premi\u00e8res communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes, et notamment de la tradition \u00e9r\u00e9mitique qu&rsquo;Isaac conna\u00eet tr\u00e8s probablement par les \u0153uvres de Cassien. Isaac n&rsquo;en renie pas pour autant son choix en faveur de l&rsquo;ordre cistercien. Nul doute que pour lui la voie cistercienne repr\u00e9sente le meilleur compromis entre les n\u00e9cessit\u00e9s de la vie \u00ab\u00a0ici-bas\u00a0\u00bb et les exigences de la vie spirituelle. Rappelons par exemple son attachement caract\u00e9ristique \u00e0 l&rsquo;alternance du travail manuel et de la contemplation. Le sermon 50 constitue ainsi une d\u00e9fense remarquable des principes de base de l&rsquo;Ordre. Si Isaac, \u00e0 la fin de ce texte, invoque l&rsquo;image de l&rsquo;\u00c9glise primitive de J\u00e9rusalem, c&rsquo;est \u00e0 la fois pour mesurer l&rsquo;\u00e9cart qui s\u00e9pare une r\u00e9alit\u00e9 pr\u00e9sente et son mod\u00e8le originel, mais \u00e9galement pour accentuer la filiation entre la r\u00e8gle cistercienne et le premier enseignement des ap\u00f4tres : la r\u00e8gle est bonne parce qu&rsquo;elle s&rsquo;inspire directement de l&rsquo;\u00c9criture. Isaac songe ici au d\u00e9but des Actes des Ap\u00f4tres<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote81sym\" name=\"sdfootnote81anc\"><sup>81<\/sup><\/a>:<\/p>\n<blockquote class=\"western\"><p><a name=\"id_25\"><\/a>\u00ab\u00a0&#8230;Que de plus, ayant vou\u00e9 la chastet\u00e9, sans femmes ni enfants, sans m\u00eame rien qui nous soit propre, nous vivions en commun, en ob\u00e9issant tous \u00e0 un seul et en attendant tout de lui selon les n\u00e9cessit\u00e9s de chacun, c&rsquo;est l\u00e0, assur\u00e9ment, se conformer \u00e0 l&rsquo;id\u00e9al des bienheureux ap\u00f4tres et de cette insigne \u00c9glise primitive de J\u00e9rusalem [in Ierusalem primitivae Ecclesiae] : eux qui mettaient en commun leurs ressources et n&rsquo;avaient non plus qu&rsquo;un c\u0153ur et qu&rsquo;une \u00e2me [Act. 4, 32]. Leur inestimable ferveur, puis\u00e9e \u00e0 la fournaise allum\u00e9e \u00e0 J\u00e9rusalem par l&rsquo;Esprit Saint, le saint jour de la Pentec\u00f4te \u00ad selon qu&rsquo;il est \u00e9crit : [Isaie 31, 9] \u00ad, s&rsquo;est \u00e9vapor\u00e9e de jour en jour durant une longue p\u00e9riode o\u00f9 la charit\u00e9 s&rsquo;est refroidie et o\u00f9 l&rsquo;iniquit\u00e9 a abond\u00e9 [Matt. 24, 12]. Elle fume encore faiblement en des communaut\u00e9s comme celle-ci [adhuc in huiusmodi coenobiis tenuiter fumat], et fait voir pour ainsi dire quelques traces de l&rsquo;incendie presque \u00e9teint [et exstincti ferme incendii nonnulla quasi vestigia indicat], et montre comme de minimes parcelles du puissant brasier [et magnorum carbonum minutias quasdam monstrat]. Telles sont donc aujourd&rsquo;hui, tr\u00e8s chers, les fl\u00e8ches aigu\u00ebs du puissant avec des charbons d\u00e9vorants que nous avons fournies contre la langue trompeuse de ceux qui continuellement, de leurs l\u00e8vres injustes et de leur langue trompeuse [Ps. 119, 2\u00ad4], s&rsquo;informent pourquoi nous faisons ceci ou cela, sans s&rsquo;inqui\u00e9ter de savoir pourquoi eux-m\u00eames ont \u00e9t\u00e9 faits. Ce n&rsquo;est donc pas sous l&rsquo;inspiration de quelques pr\u00e9somptueuses nouveaut\u00e9s, mais sur le fondement des ap\u00f4tres et des proph\u00e8tes que s&rsquo;est \u00e9difi\u00e9 notre Ordre [super fundamentum apostolorum et prophetarum aedificatus est Ordo noster].\u00a0\u00bb (S. 50, 20\u00ad21)<\/p><\/blockquote>\n<p class=\"western\">L&rsquo;id\u00e9al cistercien s&rsquo;inscrit donc dans le vaste essor spirituel que le Christ, dans son sacrifice fondateur, a inaugur\u00e9, invitant l&rsquo;homme \u00e0 le prolonger. Cette force spirituelle, Isaac la d\u00e9crit comme un incendie, qui toujours demeure vivace, mais qui parfois menace de s&rsquo;\u00e9teindre, et parfois se rallume dans un brasier flamboyant<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote82sym\" name=\"sdfootnote82anc\"><sup>82<\/sup><\/a>: les fondateurs<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote83sym\" name=\"sdfootnote83anc\"><sup>83<\/sup><\/a>de l&rsquo;ordre de C\u00eeteaux ont entretenu ce feu, ont rallum\u00e9 la flamme ; mais \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 Isaac prend en charge l&rsquo;abbaye de l&rsquo;\u00c9toile, ce feu n&rsquo;est plus visible \u00e0 ses yeux que par quelques braises encore fumantes. Trop de n\u00e9gligence, trop de laisser-aller, ont d\u00e9tourn\u00e9 les moines de leur vocation originelle : l&rsquo;ordre de C\u00eeteaux, \u00e0 cause de sa prosp\u00e9rit\u00e9 croissante, ne pouvait \u00eatre \u00e9pargn\u00e9 par ce rel\u00e2chement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote84sym\" name=\"sdfootnote84anc\"><sup>84<\/sup><\/a>. Dans les monast\u00e8res<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote85sym\" name=\"sdfootnote85anc\"><sup>85<\/sup><\/a>, dans l&rsquo;organisation eccl\u00e9siastique<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote86sym\" name=\"sdfootnote86anc\"><sup>86<\/sup><\/a>, la recherche des biens terrestres prime parfois sur celle des biens c\u00e9lestes. C&rsquo;est l\u00e0 cette \u00ab\u00a0temp\u00eate\u00a0\u00bb, qu&rsquo;\u00e9voquaient nos sermons 13-15, qui met \u00e0 mal l&rsquo;unit\u00e9 de l&rsquo;\u00c9glise et tend \u00e0 \u00e9teindre le feu spirituel. La port\u00e9e spirituelle et mystique de l&rsquo;exil \u00e0 R\u00e9 devait donc \u00eatre, dans ce contexte, \u00e9vidente pour Isaac : la possibilit\u00e9 lui \u00e9tait donn\u00e9e enfin, quelles que soient, r\u00e9p\u00e9tons-le, les conditions r\u00e9elles de cet exil, d&rsquo;adopter un mode de vie plus en accord avec l&rsquo;id\u00e9al formul\u00e9 dans la r\u00e8gle cistercienne, et, de ce fait, orient\u00e9 totalement vers le Christ. Au-del\u00e0 de la mer, de l&rsquo;oc\u00e9an de dissemblance, dans la pure aridit\u00e9 du \u00ab\u00a0d\u00e9sert\u00a0\u00bb, la flamme se ravive en l&rsquo;\u00e2me du moine. Reste, nous l&rsquo;avons vu, \u00e0 d\u00e9jouer les maux int\u00e9rieurs, et en premier lieu \u00ab\u00a0le spectre de l&rsquo;ac\u00e9die\u00a0\u00bb. De ce point de vue, si l&rsquo;on en croit les efforts d\u00e9ploy\u00e9s \u00e0 maintes reprises par Isaac \u00e0 l&rsquo;occasion de ses sermons pour redonner confiance \u00e0 ses compagnons d&rsquo;exil, cette entreprise de restauration de la vie monastique fut peut-\u00eatre vou\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec. Dans un si\u00e8cle en pleine mutation \u00e9conomique et intellectuelle, le choix d&rsquo;une telle aust\u00e9rit\u00e9 devait en rebuter plus d&rsquo;un. Le retour d&rsquo;Isaac \u00e0 l&rsquo;abbaye de l&rsquo;\u00c9toile, attest\u00e9 par un des fragments retrouv\u00e9s \u00e0 la Bodleian Library (Bodley 807), semble confirmer que les efforts de l&rsquo;auteur des sermons n&rsquo;avaient pas suffi \u00e0 dissiper dans l&rsquo;\u00e2me des exil\u00e9s le souvenir du confort et de la douceur du vallon de Font-\u00e0-Chaux.<\/p>\n<p class=\"western\">Les sermons gardent donc, on ne peut le nier, les traces d&rsquo;une certaine r\u00e9alit\u00e9 sociale et politique, vis-\u00e0-vis de laquelle se d\u00e9termine sans doute la volont\u00e9 maintes fois exprim\u00e9e par Isaac de repenser l&rsquo;id\u00e9al monastique \u00e0 la lumi\u00e8re d&rsquo;une spiritualit\u00e9 plus exigeante. Mais par-del\u00e0 la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de la morale se joue un v\u00e9ritable drame spirituel, qui, selon nous, donne au texte tout son relief, en fait un t\u00e9moignage authentique et poignant. L&rsquo;exil insulaire, th\u00e8me r\u00e9current dans les sermons, portent les germes de ce \u00ab\u00a0drame\u00a0\u00bb : car tout \u00e0 la fois, l&rsquo;homme est en exil et d\u00e9sire un autre exil. Il subit l&rsquo;exil, d&rsquo;abord, en tant qu&rsquo;il vit ici-bas d&rsquo;une vie charnelle et mondaine : alors, qu&rsquo;il l&rsquo;ignore ou non, il vit \u00e9loign\u00e9 de son v\u00e9ritable P\u00e8re, de sa v\u00e9ritable demeure. Il choisit l&rsquo;exil, ensuite, dans le meilleur des cas, et s&rsquo;efforce de rompre les liens qui l&rsquo;unissent physiquement et mentalement au \u00ab\u00a0monde\u00a0\u00bb, pour r\u00e9investir dans la recherche de Dieu la parcelle de divinit\u00e9 avec laquelle il s&rsquo;est identifi\u00e9. D&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;importance chez Isaac, non pas tant de la r\u00e9v\u00e9lation, mais du processus de transformation de soi-m\u00eame auquel elle invite, de la conversion<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote87sym\" name=\"sdfootnote87anc\"><sup>87<\/sup><\/a>. Entre l&rsquo;exil subi, par la perp\u00e9tuation de la d\u00e9faillance d&rsquo;Adam, et l&rsquo;exil voulu, qui se concr\u00e9tise par exemple dans le choix d&rsquo;une vie retir\u00e9e, il y a tout un cheminement int\u00e9rieur qui s&rsquo;effectue, par lequel s&rsquo;approfondissent mutuellement la connaissance que l&rsquo;on peut avoir de soi-m\u00eame<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote88sym\" name=\"sdfootnote88anc\"><sup>88<\/sup><\/a> et la \u00ab\u00a0connaissance\u00a0\u00bb que l&rsquo;on peut avoir de Dieu\u2014 soit dit en passant, on pourrait tout aussi bien parler, en termes de th\u00e9ologie n\u00e9gative, d&rsquo;une \u00ab\u00a0inconnaissance\u00a0\u00bb de Dieu et de soi-m\u00eame<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote89sym\" name=\"sdfootnote89anc\"><sup>89<\/sup><\/a>\u2014. Le chemin vers Dieu<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote90sym\" name=\"sdfootnote90anc\"><sup>90<\/sup><\/a> ne se creuse toutefois pas de la m\u00eame mani\u00e8re en chaque homme. Car si les efforts du spirituel tendent vers un m\u00eame accomplissement, les contraintes et les obstacles renvoient sans cesse le cheminant \u00e0 la puissance de sa propre volont\u00e9. C&rsquo;est pourquoi cette p\u00e9r\u00e9grination vers Dieu se caract\u00e9rise comme une errance. \u00ab\u00a0Qu&rsquo;il s&rsquo;avance \u00e0 pied pour prendre son vol\u00a0\u00bb, conseille Isaac, \u00ab\u00a0et parce qu&rsquo;il ne pourra pas voler toujours, qu&rsquo;il retombe sur ses pieds, pour \u00e9viter la chute la t\u00eate la premi\u00e8re\u00a0\u00bb. La marche \u00e0 pied, c\u2019est-\u00e0-dire l&rsquo;errance inqui\u00e8te, laborieuse, et l&rsquo;envol sont compl\u00e9mentaires et leur alternance est une donn\u00e9e de la condition humaine pens\u00e9e comme m\u00e9diation entre le fini et l&rsquo;infini. Cette reconnaissance de la duplicit\u00e9 humaine s&rsquo;exprime chez Isaac dans cette recherche de l&rsquo;\u00e9quilibre auquel doit tendre la vie monastique : une vie \u00e0 la mesure de l&rsquo;homme, qui se r\u00e9alise essentiellement dans l&rsquo;alternance entre la pri\u00e8re et le travail, le silence contemplatif et l&rsquo;exercice de la raison. Mais, bien \u00e9videmment, nulle trace ici de la recherche de l&rsquo;\u00e9quilibre pour lui-m\u00eame. Car s&rsquo;il se conna\u00eet mieux que tout autre, et a pris mesure des p\u00e9rils qui le menacent, c&rsquo;est au d\u00e9passement de ses propres limites que tend le moine, pour qui, \u00e0 terme, se d\u00e9voile la joie indicible de l&rsquo;amour d\u00e9mesur\u00e9 de Dieu.<\/p>\n<p class=\"western\">D\u00e8s lors, l&rsquo;\u00e9pisode \u00e0 l&rsquo;\u00eele de R\u00e9 prend pour nous une valeur embl\u00e9matique : s&rsquo;y joue en effet, de mani\u00e8re intense, l&rsquo;\u00e9ternelle confrontation entre la vie charnelle et la pens\u00e9e, entre la n\u00e9cessit\u00e9 de survivre et la volont\u00e9 d&rsquo;\u00e9ternit\u00e9. L&rsquo;issue de cette lutte, pour Isaac, ne saurait venir que du Christ, le berger qui a rappel\u00e9 l&rsquo;homme, errant, mis\u00e9rable, vagabond, fugitif, comme cette brebis qui s&rsquo;\u00e9tait perdue, \u00e0 sa v\u00e9ritable destin\u00e9e. J\u00e9sus, lui-m\u00eame, qui s&rsquo;est fait \u00ab\u00a0errant, exil\u00e9, pour mieux instruire les hommes\u00a0\u00bb, demeure finalement \u00ab\u00a0la voie pour les errants\u00a0\u00bb (<i>errantibus via<\/i><i>)<\/i>, \u00ab\u00a0le chemin trac\u00e9 dans la mer immense\u00a0\u00bb<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote91sym\" name=\"sdfootnote91anc\"><sup>91<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<div id=\"sdfootnote1\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a>S.14, 11. Cf. S.27, 1 : \u00ab\u00a0cette \u00eele, la derni\u00e8re de toutes les terres\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote2\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a>S.18, 2. Cf. S29, 18 : \u00ab\u00a0ce bout du monde&#8230; environn\u00e9 par la mer\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote3\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote3anc\" name=\"sdfootnote3sym\">3<\/a>S.19, 24. Cf. S. 31, 20 : \u00ab\u00a0cette \u00eele \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart du reste du monde\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote4\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote4anc\" name=\"sdfootnote4sym\">4<\/a>S. 27, 1.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote5\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote5anc\" name=\"sdfootnote5sym\">5<\/a>On pourrait reconstituer l&rsquo;histoire des recherches relatives \u00e0 la biographie d&rsquo;Isaac en \u00e9num\u00e9rant les travaux suivants : F. BLIEMETZRIEDER , \u00ab\u00a0Isaak von Stella, I, Beitrage zurLebensbeschreibung\u00a0\u00bb, J<i>archbuch f\u00fcr Philosophie und spekulative Theologie<\/i>, XXVIII, 1904, p.1\u00ad35; \u00ab\u00a0<span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Gentium;\">Isaac de Stella : sa sp\u00e9culation th\u00e9ologique\u00a0\u00bb, <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Gentium;\"><i>Recherches de Th\u00e9ologie ancienne et m\u00e9di\u00e9vale<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Gentium;\">, IV, 1932, p.48\u00ad61\u00a0; J. DEBRAY\u00adMULATIER , \u00ab\u00a0Biographie d&rsquo;Isaac de Stella\u00a0\u00bb, <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Gentium;\"><i>C\u00eeteaux<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Gentium;\">, X, 1959, p. 178\u00ad198\u00a0; G. RACITI , \u00ab\u00a0Isaac de l&rsquo;\u00c9toile et son si\u00e8cle. Texte et commentaire historique du sermon XLVIII\u00a0\u00bb, <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Gentium;\"><i>C\u00eeteaux<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Gentium;\">, XII, 1961, p. 281\u00ad306 ; XIII, 1962, p. 18\u00ad34, p. 132\u00ad145, p. 205\u00ad215\u00a0; G. SALET , <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Gentium;\"><i>Introduction aux Sermons d&rsquo;Isaac de l&rsquo;\u00c9toile<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Gentium;\">, Tome I, Cerf, Sources Chr\u00e9tiennes n\u00b0130, 1967\u00a0; G. RACITI Article \u00ab\u00a0Isaac de l&rsquo;\u00c9toile\u00a0\u00bb, in <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Gentium;\"><i>Dictionnaire de Spiritualit\u00e9<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Gentium;\">, VII2, col. 2011\u00ad2038, 1971 ; \u00ab\u00a0Pages nouvelles des sermons d&rsquo;Isaac de l&rsquo;\u00c9toile dans un manuscrit d&rsquo;Oxford\u00a0\u00bb, <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Gentium;\"><i>Collectanea Cisterciensia<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Gentium;\">, XLIII, 1981, p.34\u00ad35\u00a0; <\/span><\/span>C. GARDA, \u00ab\u00a0Du \u00ab\u00a0Du <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Gentium;\">nouveau sur Isaac de l&rsquo;\u00c9toile\u00a0\u00bb, <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Gentium;\"><i>C\u00eeteaux<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Gentium;\">, XXXVII, 1986, p.8\u00ad22\u00a0; G. RACITI , <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Gentium;\"><i>Isaac de l&rsquo;\u00c9toile, Sermons<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Gentium;\">, tome 3, Cerf, Sources chr\u00e9tiennes n\u00b0339, Note compl\u00e9mentaire n\u00b033, p. 316\u00ad319.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote6\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote6anc\" name=\"sdfootnote6sym\">6<\/a>Cf. texte latin dans J. P. MIGNE, <i>Patrologia latina<\/i>, t.194, c. 1689\u00ad1876. L&rsquo;abb\u00e9 MIGNE reprend B. TISSIER, <i>Bibliotheca patrum cisterciensium<\/i>, t. VI, Bonnefontaine 1662, p. 1\u00ad77.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote7\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote7anc\" name=\"sdfootnote7sym\">7<\/a>Seuls les sermons 14 et 15 contiennent des allusions assez nettes aux rigueurs de la vie insulaire. Dans son essai de datation des sermons d&rsquo;Isaac, Gaetano RACITI les date de l&rsquo;ann\u00e9e 1173 et pense qu&rsquo;ils ont \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9s \u00e0 l&rsquo;abbaye des Ch\u00e2teliers (N.D. de R\u00e9) [\u00c0 ne pas confondre avec l&rsquo;abbaye cistercienne (mais fille de Clairvaux) du m\u00eame nom, sise en la commune de Fomperron, dans le canton de M\u00e9nigoute. L&rsquo;abbaye rh\u00e9taise est situ\u00e9e sur la commune de La Flotte. Il existe un m\u00e9moire compl\u00e9mentaire de D. E. S. sur les ruines de ces b\u00e2timents : Mlle DAGUIS\u00c9, <i>L&rsquo;abbaye de N. D. des Ch\u00e2teliers. Commune de La Flotte. Ile de R\u00e9<\/i>, Poitiers, 1973. Voir \u00e9galement la notice historique de E. ATGIER dans la <i>Revue du <\/i><i>Bas-Poitou<\/i>, 1906, p. 11-19 (extraits)]. Des raisons de critique interne l&rsquo;invitent \u00e0 placer par ailleurs le sermon 15 avant le sermon 14. Il semble \u00e9galement douter que l&rsquo;on puisse int\u00e9grer le sermon 13 dans l&rsquo; \u00ab\u00a0opuscule\u00a0\u00bb constitu\u00e9 par les sermons 14 et 15. Nous ne statuerons pas quant \u00e0 nous sur ces questions. Cf. G. RACITI, Article \u00ab\u00a0Isaac de l&rsquo;\u00c9toile\u00a0\u00bb, in <i>Dictionnaire de Spiritualit\u00e9<\/i>, VII2, col. 2017\u00ad2018, 1971<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote8\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote8anc\" name=\"sdfootnote8sym\">8<\/a>Il importe en effet de rester prudent quant \u00e0 la d\u00e9termination du lieu de composition des sermons. Qu&rsquo;ils contiennent des allusions \u00e0 l&rsquo;\u00eele de R\u00e9 ne signifie pas pour autant qu&rsquo;ils aient \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9s ou prononc\u00e9s, sous la forme que nous leur connaissons, sur l&rsquo;\u00eele. Sur ces questions cf. l&rsquo;Introduction g\u00e9n\u00e9rale de G. SALET \u00e0 l&rsquo;\u00e9dition des sermons d&rsquo;Isaac, p. 31-35.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote9\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote9anc\" name=\"sdfootnote9sym\">9<\/a>Traduction de l&rsquo;\u00c9cole Biblique de J\u00e9rusalem, Descl\u00e9e de Brouwer, 1955. La mer en question est la mer de Galil\u00e9e ou \u00ab\u00a0lac de Tib\u00e9riade\u00a0\u00bb. Nous citons en italiques les passages bibliques. Parall\u00e8les : Marc 4, 35-41 et Luc 8, 22-25. Le texte de Matthieu est probablement celui que commente Isaac. Seul Matthieu indique que les disciples \u00ab\u00a0suivent\u00a0\u00bb J\u00e9sus dans la barque, inscrivant ainsi l&rsquo;\u00e9pisode dans une perspective cat\u00e9ch\u00e9tique. Voir \u00e0 ce sujet Xavier L\u00e9on-Dufour, <i>Les \u00c9vangiles et l&rsquo;histoire de <\/i><i>J\u00e9sus<\/i>, Seuil, 1963, p. 274.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote10\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote10anc\" name=\"sdfootnote10sym\">10<\/a>Nous notons ainsi entre parenth\u00e8ses le num\u00e9ro du sermon et le paragraphe correspondant dans l&rsquo;\u00e9dition S.C.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote11\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote11anc\" name=\"sdfootnote11sym\">11<\/a>S. 12, 4 = <i>Gen\u00e8se<\/i>, 28, 12.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote12\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote12anc\" name=\"sdfootnote12sym\">12<\/a>C&rsquo;est l&rsquo;interpr\u00e9tation traditionnelle du passage depuis Tertullien. Les Psaumes, comme nous le verrons chez Isaac, sont souvent mis \u00e0 contribution pour faire \u00e9cho \u00e0 ce texte de Matthieu : cf par exemple le Ps. 106 et le commentaire de saint Augustin in <i>Enarrationes in Psalmos <\/i>(V, 23\u00ad31).<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote13\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote13anc\" name=\"sdfootnote13sym\">13<\/a>Ce th\u00e8me revient souvent sous la plume d&rsquo;Isaac : l&rsquo;exemplarit\u00e9 de l&rsquo;incarnation du Christ et de son sacrifice d\u00e9termine l&rsquo;essentiel de la morale cistercienne. Cf., par exemple pour Aelred de Rielvaux, la communication de Pierre Andr\u00e9 BURTON, \u00ab\u00a0Contemplation et imitation de la Croix : un chemin de perfection chr\u00e9tienne et monastique d&rsquo;apr\u00e8s le <i>Miroir de la Charit\u00e9<\/i>\u00a0\u00bb, in <i>Collectanea Cisterciensia<\/i> 55, 1993, p. 140-168.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote14\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote14anc\" name=\"sdfootnote14sym\">14<\/a>Matthieu 3, 14\u00ad15.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote15\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote15anc\" name=\"sdfootnote15sym\">15<\/a>Noter \u00e9galement l&rsquo;application de cette loi au <i>doctor<\/i>, le ma\u00eetre, le professeur, qui doit avoir \u00e9cout\u00e9, avoir gard\u00e9 silence, avant de dispenser son enseignement (S. 13, 5). Isaac songe-t-il ici \u00e0 ses propres ann\u00e9es d&rsquo;\u00e9tudes?<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote16\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote16anc\" name=\"sdfootnote16sym\">16<\/a>Sur le sujet voir A. FRACHEBOUT, \u00ab\u00a0Le portrait de l&rsquo;Abb\u00e9 aux origines cisterciennes\u00a0\u00bb, <i>Collectanea Cisterciensia<\/i>, XLVIII, 1986, p. 216\u00ad234.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote17\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote17anc\" name=\"sdfootnote17sym\">17<\/a>Noter la r\u00e9f\u00e9rence au Psaume 103, 25 : \u00ab\u00a0Voici la grande mer aux vastes bras\u00a0\u00bb et le datif <i>manibus<\/i> chez Isaac. Ce qui fait la force de l&rsquo;\u00c9glise, ce pourquoi elle navigue encore, pour Isaac, c&rsquo;est le nombre de ses fid\u00e8les.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote18\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote18anc\" name=\"sdfootnote18sym\">18<\/a>Dans la grande \u00e9tude de H. RAHNER, <i>Symbole der Kirche. Die Ekklesiologie der V\u00e4ter<\/i>, Salzburg, 1964, p. 239-564, on trouvera un dossier complet sur ce sujet. Il n&rsquo;est pas rare que la mer soit \u00e9galement le symbole des Saintes \u00c9critures. Sur ce sujet on lira particuli\u00e8rement l&rsquo;article d&rsquo;E. JEAUNEAU, \u00ab\u00a0Le Symbolisme de la mer chez Jean Scot \u00c9rig\u00e8ne\u00a0\u00bb, in <i>Le N\u00e9oplatonisme<\/i>, Royaumont, 9\u00ad13 juin 1969 (Paris 1971; Colloques Internationaux du C.N.R.S.), p. 385\u00ad392, repris in \u00c9. JEAUNEAU, <i>\u00c9tudes \u00e9rig\u00e9niennes<\/i>, \u00c9tudes augustiniennes, Paris 1988, p. 287\u00ad296.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote19\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote19anc\" name=\"sdfootnote19sym\">19<\/a>L&rsquo;h\u00e9ritage philosophique et spirituel de cette expression platonicienne (<i>Politique<\/i> 273d) et plotinienne a \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9e dans l&rsquo;article de P. COURCELLE, \u00ab\u00a0La R\u00e9gion de dissemblance\u00a0\u00bb, <i>Archives d&rsquo;histoire doctrinale et litt\u00e9raire du Moyen Age<\/i>, 1957, p. 5-53. Cf. \u00e9galement la notice 26, <i>R<\/i><i>egio <\/i><i>D<\/i><i>issimilitudinis<\/i>, r\u00e9dig\u00e9e par A. Solignac pour l&rsquo;\u00e9dition des Confessions de saint Augustin [= <i>Oeuvres de saint Augustin<\/i>, 2\u00e8me s\u00e9rie, vol. 13, \u00c9tudes Augustiniennes, 1992, p. 689-693, avec la bibliographie indicative p. 693]. Isaac parle d&rsquo;une <i>regione dissimilitudinis<\/i> et d&rsquo;une <i>terra aliena<\/i>, dans le sermon 2, 13. On notera que l&rsquo;expression platonicienne \u00e9voque l&rsquo;Oc\u00e9an sans fond de la dissemblance\u00a0\u00bb. Le <i>Politique <\/i>de Platon, d&rsquo; ailleurs, est impr\u00e9gn\u00e9 de ces m\u00e9taphores maritimes.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote20\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote20anc\" name=\"sdfootnote20sym\">20<\/a>Gen. 1, 2. Nous citons ici la traduction de la Septante par M. HARL, <i>La Bible d&rsquo;Alexandrie<\/i>, LXX, tome 1, La Gen\u00e8se, Ed. du Cerf, 1986, p. 85. Les latins ont souvent interpr\u00e9t\u00e9 le verbe grec <i>epeph\u00e9reto<\/i> par des verbes \u00e9voquant l&rsquo;incubation, la chaleur (<i>incubat, fovebat, confovebat<\/i>). Cf. M. HARL, Op. cit., p. 87 et la remarquable note philologique de saint Augustin, <i>De Gen. ad litt.<\/i>, 1, 18, 36, cit\u00e9e en note par G. RACITI, dans le tome III des sermons d&rsquo;Isaac aux \u00c9d. du Cerf, p. 63.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote21\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote21anc\" name=\"sdfootnote21sym\">21<\/a>Voir les deux textes d&rsquo;Isaac sur Gen., 1, 2 : S. 43, 3-4, et S. 45, 16-17, o\u00f9 se trouvent les traces d&rsquo;un savoir scientifique, h\u00e9rit\u00e9 de la science hell\u00e9nique, assez surprenant pour un moine du XII\u00e8 si\u00e8cle. Plus loin dans le sermon 15, Isaac cite le d\u00e9but du psaume 68 : \u00ab\u00a0Sauve-moi, car les eaux me sont entr\u00e9es jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e2me&#8230; Je suis entr\u00e9 dans la profondeur de la mer et la temp\u00eate m&rsquo;a englouti.\u00a0\u00bb (S. 15, 3)<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote22\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote22anc\" name=\"sdfootnote22sym\">22<\/a>L&rsquo;expression <i>magnum mare<\/i>, appellation traditionnelle de l&rsquo;Oc\u00e9an Atlantique, est employ\u00e9e \u00e0 deux reprises : S. 2, 6 ; S. 27, 1.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote23\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote23anc\" name=\"sdfootnote23sym\">23<\/a>Litt\u00e9ralement : \u00ab\u00a0&#8230;tirons le spectacle ext\u00e9rieur vers l&rsquo;enseignement int\u00e9rieur (<i>exteriora visa ad interiorem eruditionem trahamus<\/i>).\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote24\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote24anc\" name=\"sdfootnote24sym\">24<\/a>S. 44, 1. (Rom. 1, 20.) Le sermon 44 pr\u00e9sente une belle interpr\u00e9tation eucharistique des travaux saisonniers.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote25\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote25anc\" name=\"sdfootnote25sym\">25<\/a>Cf. S. 9, 3 (Frachebout p. 173), S. 24, 3 : \u00ab\u00a0&#8230;tout ce qui se r\u00e9v\u00e8le dans la copie est n\u00e9cessairement venu du mod\u00e8le.\u00a0\u00bb, S. 45, 18, S. 47, 13 et S. 25, 4, reprenant la parole de I Cor. 14, 10 : \u00ab\u00a0<i>Nihil est sine voce<\/i>\u00a0\u00bb. Voir la note compl\u00e9mentaire 5 de G. SALET au premier tome des sermons d&rsquo;Isaac, p. 354-336. Ce th\u00e8me est \u00e9videmment d&rsquo;origine platonicienne. On sait que dans les \u00ab\u00a0\u00e9coles\u00a0\u00bb du XII\u00e8me si\u00e8cle, Platon est consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00ab\u00a0th\u00e9ologien\u00a0\u00bb par opposition \u00e0 Aristote. Mais on ne le conna\u00eet que par des t\u00e9moignages indirects, plus ou moins bien inspir\u00e9s, et par la fameuse traduction latine de Calcidius ( = la partie cosmogonique du <i>Tim\u00e9e<\/i>). C&rsquo;est pourquoi il est quelque peu audacieux de pr\u00e9tendre qu&rsquo;Isaac ait r\u00e9ellement lu le <i>Tim\u00e9e<\/i>.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote26\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote26anc\" name=\"sdfootnote26sym\">26<\/a>Voir par exemple la sc\u00e8ne de la pr\u00e9dication sous l&rsquo;yeuse, S. 24, 1 : \u00ab\u00a0C&rsquo;est pourquoi, fatigu\u00e9s \u00e0 l&rsquo;exc\u00e8s par ces semailles terrestres, \u00e9tendons-nous un moment sous le feuillage de cette yeuse largement ouverte que vous voyez pr\u00e8s de nous ; et l\u00e0, non sans nous soumettre int\u00e9rieurement comme en sueur, secouons la graine du Verbe divin, broyons-la, humectons-la, faisons-la cuire, mangeons-la, pour ne pas tomber d&rsquo;inanition et de lassitude.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote27\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote27anc\" name=\"sdfootnote27sym\">27<\/a>Guillaume de Saint\u00adThierry, <i>Vita Bernardi<\/i>, Ia, cap. 4, 23\u00ad24; P. L. 185, col. 240\u00ad241. Cf. la fameuse lettre de saint Bernard \u00e0 Henri Murdach : \u00ab\u00a0On apprend plus de choses dans les bois que dans les livres, les arbres et les rochers vous enseigneront des choses que vous ne sauriez entendre ailleurs\u00a0\u00bb (Ep. CVI, P. L., t. 182, col. 242).<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote28\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote28anc\" name=\"sdfootnote28sym\">28<\/a>Sur le sujet, il faut lire l&rsquo;\u00e9tude originale du fr\u00e8re Jean-Baptiste AUBERGER, O. F. M., <i>L&rsquo;Unanimit\u00e9 cistercienne primitive : mythe ou r\u00e9alit\u00e9 ?<\/i>, Commentarii Cisterciensies, \u00c9d. Sine Parvulos, B 3590 Achel, 1986, p. 4-182.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote29\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote29anc\" name=\"sdfootnote29sym\">29<\/a>Le th\u00e8me du spectacle du monde ext\u00e9rieur dans les sermons d&rsquo;Isaac m\u00e9riterait \u00e0 mon sens une \u00e9tude sp\u00e9cifique. Nous ne faisons ici que d\u00e9gager quelques pistes de recherche. Une telle recherche aurait le m\u00e9rite de nuancer quelque peu le th\u00e8me du <i>contemptus mundi<\/i>, du \u00ab\u00a0m\u00e9pris du monde\u00a0\u00bb, pr\u00e9sent dans les sermons d&rsquo;Isaac, comme chez la plupart des auteurs m\u00e9di\u00e9vaux. Cf. par exemple S. 18, 10-15.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote30\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote30anc\" name=\"sdfootnote30sym\">30<\/a>Sur l&rsquo;absence d&rsquo;interm\u00e9diaire entre l&rsquo;\u00e2me et la chair, cf. S.40, 7 : \u00ab\u00a0..le troisi\u00e8me lien d&rsquo;amour humain, celui entre le corps et l&rsquo;\u00e2me &#8230; est d&rsquo;autant plus fort qu&rsquo;il est plus intime.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote31\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote31anc\" name=\"sdfootnote31sym\">31<\/a>Noter le jeu de mot <i>mundo<\/i> \/<i>immundi<\/i>.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote32\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote32anc\" name=\"sdfootnote32sym\">32<\/a>S. 6, 3 : \u00ab\u00a0Ainsi abandonn\u00e9, il [Adam] est tomb\u00e9 aux mains de celui auquel il a \u00e9t\u00e9 livr\u00e9, aux mains du diable, qui, sans aucune piti\u00e9, l&rsquo;a d\u00e9pouill\u00e9, couvert de plaies, laiss\u00e9 \u00e0 moiti\u00e9 vivant. Celui qui est totalement mort l&rsquo;a laiss\u00e9 \u00e0 moiti\u00e9 vivant, autant dire \u00e0 moiti\u00e9 mort. Car la vie des hommes est mortelle, au point d&rsquo;\u00eatre aussi une mort vivante, tandis que la mort du diable est totalement mortelle, n&rsquo;ayant rien pour \u00eatre rappel\u00e9e \u00e0 la vie ; et, d&rsquo;autre part, la vie de l&rsquo;ange est totalement vivante, n&rsquo;ayant rien pour l&rsquo;incliner \u00e0 la mort.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote33\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote33anc\" name=\"sdfootnote33sym\">33<\/a>S. 7, 11 : \u00ab\u00a0Par cons\u00e9quent ni la chair ni l&rsquo;\u00e2me ne demeurent m\u00eame un instant dans l&rsquo;\u00e9tat o\u00f9 la cr\u00e9ation les a appel\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00eatre ; mais par une tare originelle [<i>per vitium originis<\/i>], elles retournent au non-\u00eatre en commen\u00e7ant d&rsquo;\u00eatre. Et ainsi, d&rsquo;une mani\u00e8re merveilleuse et malheureuse, en elles l&rsquo;\u00eatre ne pr\u00e9c\u00e8de pas le non-\u00eatre, la venue ne pr\u00e9c\u00e8de pas le retour, la mont\u00e9e ne pr\u00e9c\u00e8de pas la descente ; l&rsquo;\u00e2me mis\u00e9rable ne commence pas par donner la vie avant de recevoir la mort, la malheureuse chair ne commence pas par recevoir la vie avant de donner la mort : la chair met \u00e0 mort son principe de vie, l&rsquo;\u00e2me donne la vie \u00e0 son principe de mort.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote34\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote34anc\" name=\"sdfootnote34sym\">34<\/a>Cf. <i>supra<\/i> p. 7.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote35\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote35anc\" name=\"sdfootnote35sym\">35<\/a>S. 15, 4 : \u00ab\u00a0&#8230; ce fameux d\u00e9luge o\u00f9 l&rsquo;ab\u00eeme couvrait la terre comme d&rsquo;un v\u00eatement, o\u00f9 les eaux d\u00e9passaient toutes les montagnes, de mani\u00e8re que nulle part n&rsquo;apparaissait le sol.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote36\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote36anc\" name=\"sdfootnote36sym\">36<\/a>I Pierre 3, 20 = Gen, 6, 18.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote37\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote37anc\" name=\"sdfootnote37sym\">37<\/a>C&rsquo;est le second moment de l&rsquo;anthropologie dynamique d&rsquo;Isaac. Cf. S. 41, 9 : \u00ab\u00a0Premi\u00e8rement, je t&rsquo;ai cr\u00e9\u00e9 \u00ab\u00a0\u00e2me vivante\u00a0\u00bb [<i>in animam viventem<\/i>] ; deuxi\u00e8mement, je t&rsquo;ai restaur\u00e9 \u00ab\u00a0esprit vivifi\u00e9\u00a0\u00bb [<i>in spiritum vivificatum<\/i>] ; troisi\u00e8mement, je t&rsquo;ai achev\u00e9 \u00ab\u00a0esprit vivifiant\u00a0\u00bb [<i>in spiritum vivificantem<\/i>], capable de vivifier la chair sans aucun aliment et de vivre lui-m\u00eame de ma face sans aucun sacrement.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote38\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote38anc\" name=\"sdfootnote38sym\">38<\/a>Voir le beau texte de la fin du sermon 54, 14-16. \u00ab\u00a0La cha\u00eene d&rsquo;or\u00a0\u00bb est un th\u00e8me classique de l&rsquo;all\u00e9gorie hom\u00e9rique (<i>Iliade<\/i>, VIII, 17\u00ad27). B. McGinn a publi\u00e9 une vaste \u00e9tude sur le sujet intitul\u00e9e : <i>The Golden Chain. A study in the Theological Anthropology of Isaac of Stella<\/i>, Washington 1972, que nous n&rsquo;avons pas pu malheureusement nous procurer.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote39\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote39anc\" name=\"sdfootnote39sym\">39<\/a>Par exemple, Ps. 64, 8 ; 45, 4 ; 107, 23-31 ; 89, 10. On y retrouve toujours l&rsquo;image de Dieu apaisant la temp\u00eate.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote40\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote40anc\" name=\"sdfootnote40sym\">40<\/a>S. 13, 2.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote41\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote41anc\" name=\"sdfootnote41sym\">41<\/a>Cf. S. 39, 16 et 32, 20.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote42\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote42anc\" name=\"sdfootnote42sym\">42<\/a>Les documents \u00e9dit\u00e9s par Claude GARDA, \u00ab\u00a0Du nouveau sur Isaac de l&rsquo;\u00c9toile\u00a0\u00bb, <i>C\u00eeteaux<\/i>, 37, 1986, p. 8-22, donnent un aper\u00e7u des difficult\u00e9s rencontr\u00e9es par les moines de l&rsquo;\u00c9toile pour assurer le d\u00e9veloppement de leur abbaye. Des proc\u00e8s opposent ainsi Isaac aux seigneurs de la r\u00e9gion, proc\u00e8s qu&rsquo;arbitre g\u00e9n\u00e9ralement l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Poitiers en place (Gilbert de la Porr\u00e9e, puis Jean de Bellesmains). Cet \u00ab\u00a0affairisme\u00a0\u00bb ne convient sans doute pas \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;Isaac se fait de la vocation cistercienne, comme le prouve ce texte tir\u00e9 du sermon 37 : \u00ab\u00a0Est-ce l\u00e0 autre chose, dites-moi, que les rivalit\u00e9s, les jalousies, les proc\u00e8s entre les hommes religieux et sp\u00e9cialement les moines de notre temps, pour des terres, des for\u00eats, des p\u00e2turages, des troupeaux? Ils n&rsquo;ont jamais assez de terres pour les hommes, assez d&rsquo;hommes pour les terres, assez de p\u00e2turages pour les troupeaux, assez de troupeaux pour les p\u00e2turages : \u00ab\u00a0Tout cela_monte \u00e0 mes oreilles\u00a0\u00bb , dit le Dieu des arm\u00e9es. Que ce soit l\u00e0 le motif pour lequel le nom et l&rsquo;estime de la vie religieuse se sont avilis aux yeux des hommes, l&rsquo;ignorer, c&rsquo;est ne rien savoir.\u00a0\u00bb (S. 37, 22)<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote43\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote43anc\" name=\"sdfootnote43sym\">43<\/a>\u00ab<i>\u00a0Acedia\u00a0<\/i>\u00bb. Le terme vient du grec <i>ak\u00eadia<\/i> qui signifie le d\u00e9go\u00fbt, l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9, la peine de c\u0153ur. Un long texte de Cassien, <i>De instit. Caenob<\/i>. X (Texte et trad. par J. C. GUY, S.C. 109, p. 282 et suivantes) a inspir\u00e9 la tradition monastique occidentale de l&rsquo;acedia. Voir l&rsquo;article \u00ab\u00a0acedia\u00a0\u00bb dans le <i>Dictionnaire de Spiritualit\u00e9<\/i>, t. I, col. 166-169 (G. BARDY), et dans l&rsquo;encyclop\u00e9die <i>Catholicisme<\/i>, t. I, col. 74-75 (J. LECLERCQ). Cf. S. 25, 14, o\u00f9 Isaac distingue l&rsquo;ac\u00e9die de l&rsquo;inqui\u00e9tude (<i>sollicitudo<\/i>) et du souci (<i>cura<\/i>) : \u00ab\u00a0L&rsquo;inqui\u00e9tude est un mal qui excite ; le souci, un pire mal qui d\u00e9prime ; l&rsquo;ac\u00e9die le pire mal qui d\u00e9sagr\u00e8ge [<i>acedia pessime dissolvit<\/i>].\u00a0\u00bb Chez Cassien comme chez Isaac, un des rem\u00e8des propos\u00e9s pour lutter contre l&rsquo;ac\u00e9die est le travail manuel.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote44\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote44anc\" name=\"sdfootnote44sym\">44<\/a>Ces discours oiseux, tout comme les \u00ab\u00a0murmures\u00a0\u00bb de S. 15, 6, s&rsquo;opposent au silence et au recueillement, auxquels Isaac exprime son attachement dans une belle page du sermon 30 (S. 30, 5-6).<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote45\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote45anc\" name=\"sdfootnote45sym\">45<\/a>Isaac pense ici \u00e0 Luc, 39\u00ad40 et Jean 11.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote46\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote46anc\" name=\"sdfootnote46sym\">46<\/a>C&rsquo;est une des caract\u00e9ristiques de l&rsquo;esprit cistercien d&rsquo;avoir pris en compte dans sa r\u00e8gle de vie la compl\u00e9mentarit\u00e9 de l&rsquo;action et de la contemplation. Dans la lign\u00e9e du platonisme de l&rsquo;\u00e9poque, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment de celui de Plotin, Orig\u00e8ne avait d\u00e9j\u00e0 not\u00e9 cette compl\u00e9mentarit\u00e9 dans son commentaire de l&rsquo;\u00c9vangile de Luc : \u00ab\u00a0&#8230;l&rsquo;action et la contemplation ne vont pas l&rsquo;une sans l&rsquo;autre\u00a0\u00bb (<i>fragm. In Luc<\/i>, 10, 38). Comme Isaac, il se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la symbolique de Marthe et Marie dans son commentaire de l&rsquo;\u00c9vangile de Jean : \u00ab\u00a0C&rsquo;est parce qu&rsquo;elle est moins parfaite que Marthe court vers J\u00e9sus ; Marie l&rsquo;attend \u00e0 la maison pour l&rsquo;y accueillir, car elle peut recevoir sa venue.\u00a0\u00bb (<i>fragm. In Ioan.<\/i>, 80) Cette th\u00e9matique, nous le verrons, trouve son application dans la philosophie cistercienne du travail, mais \u00e9galement dans la conception qu&rsquo;Isaac se fait de la charit\u00e9. Cf. nos remarques <i>infra<\/i>, p. 18.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote47\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote47anc\" name=\"sdfootnote47sym\">47<\/a>Noter la subtilit\u00e9 du jeu des pronoms personnels <i>sui<\/i> et <i>mei<\/i>. Sur la th\u00e9ologie de la pr\u00e9destination voir principalement les sermons 34, 35 et 36, et la note compl\u00e9mentaire 25 (Tome II, p. 347).<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote48\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote48anc\" name=\"sdfootnote48sym\">48<\/a>J. LECLERCQ, \u00ab\u00a0Le Travail : Asc\u00e8se sociale d&rsquo;apr\u00e8s Isaac de l&rsquo;\u00c9toile. Consommation et production.\u00a0\u00bb, <i>Coll. Cist<\/i>., XXXIII, 1971, p.159-166. Voir \u00e9galement mon \u00e9tude\u00a0: \u00abLe Moine au travail dans les sermons d&rsquo;Isaac de l&rsquo;\u00c9toile\u00a0\u00bb (non publi\u00e9e).<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote49\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote49anc\" name=\"sdfootnote49sym\">49<\/a>La charit\u00e9 est donc li\u00e9e chez Isaac au travail, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l&rsquo;action. Certes, la v\u00e9ritable fin de la vie humaine, c&rsquo;est la contemplation, \u00ab\u00a0mais comme il est difficile en fait d&rsquo;\u00eatre dans ce si\u00e8cle sans \u00eatre contamin\u00e9 par lui, c&rsquo;est encore pour celle-ci qu&rsquo;il faut fuir loin de ce si\u00e8cle. Et comme, d&rsquo;autre part, ce repos si doux et aimable de la contemplation, o\u00f9 doit s&rsquo;exercer toute la force de la raison, o\u00f9 doit se fixer tout l&rsquo;\u00e9lan de l&rsquo;affectivit\u00e9, trouve son seul obstacle, sans qu&rsquo;il y ait faute, et m\u00eame de fa\u00e7on louable, dans l&rsquo;amour raisonnable et le souci du prochain, c&rsquo;est sans doute pour cela que, dans la phrase qui pr\u00e9c\u00e8de, l&rsquo;ap\u00f4tre a introduit : [Jac. 1, 27] (&#8230;) Et le fait de nous adonner au travail et aux t\u00e2ches mat\u00e9rielles, pour avoir de quoi subvenir \u00e0 celui qui est dans la n\u00e9cessit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 notre corps, encore animal, n&rsquo;est pas du tout \u00e9tranger \u00e0 la charit\u00e9 envers le prochain.\u00a0\u00bb (S. 25, 9\u00ad10)<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote50\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote50anc\" name=\"sdfootnote50sym\">50<\/a>S. 50, 18. Voir le passage tr\u00e8s \u00e9clairant du S. 25, 13\u00ad14 : \u00ab\u00a0Voyez donc, fr\u00e8res, avec quelle ferveur d&rsquo;esprit, avec quel \u00e9lan infatigable nous devons \u00e9carter les pens\u00e9es sans intelligence (&#8230;) Pour pouvoir le faire avec plus de libert\u00e9 et de loisir, vous avez m\u00eame charg\u00e9 quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre [= l&rsquo;abb\u00e9] des soucis indispensables du corps animal. Si le travail vous est assign\u00e9 par un autre, l&rsquo;inqui\u00e9tude vous est \u00f4t\u00e9e, le souci d\u00e9fendu (&#8230;) En effet, l&rsquo;\u00e2me qui dans le repos se livre \u00e0 l&rsquo;ac\u00e9die, perd le profit de l&rsquo;action sans trouver le moins du monde la lumi\u00e8re de la contemplation.\u00a0\u00bb Voir \u00e9galement S. 20, 10, tout \u00e0 fait caract\u00e9ristique de la mani\u00e8re d&rsquo;Isaac, toujours sensible aux difficult\u00e9s que rencontrent ses auditeurs pour s&rsquo;\u00e9lever avec lui jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;intelligence des plus hauts myst\u00e8res de la th\u00e9ologie : \u00ab\u00a0Eh bien ! mes fr\u00e8res, puisque nous nous sommes fatigu\u00e9s \u00e0 voler, reprenons pied, descendons \u00e0 ce qui nous reste du travail du jour, faisons alterner le travail de l&rsquo;homme et le vol de l&rsquo;oiseau, instruits et aid\u00e9s ici et l\u00e0 par celui-l\u00e0 m\u00eame qui a pr\u00e9sent\u00e9 en lui le mod\u00e8le de l&rsquo;un et de l&rsquo;autre, J\u00e9sus-Christ notre Seigneur, qui, avec le P\u00e8re et l\u2019Esprit-Saint, vit \u00e0 travers tous les si\u00e8cles.\u00a0\u00bb On notera avec int\u00e9r\u00eat que le Christ, dans sa double nature, humaine et divine, est appel\u00e9 \u00e0 justifier une nouvelle fois un aspect original des observances cisterciennes. Cf. l&rsquo;\u00e9mouvant t\u00e9moignage du sermon 35, 1. Cf. \u00e9galement le principe de l&rsquo;alternance tel qu&rsquo;il est \u00e9nonc\u00e9 par Bernard de Clairvaux : \u00ab\u00a0Bien que les choses de l&rsquo;esprit soient meilleures, on ne pourra y parvenir que gr\u00e2ce aux observances ext\u00e9rieures et corporelles.\u00a0\u00bb (<i>Apologia<\/i>, VI, 12 ; VII, 13).<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote51\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote51anc\" name=\"sdfootnote51sym\">51<\/a>Le cheminement est un th\u00e8me r\u00e9current dans la pens\u00e9e d&rsquo;Isaac : Isaac p\u00e9r\u00e9grine, au sens propre, dans le monde, de l&rsquo;Angleterre \u00e0 l&rsquo;\u00eele de R\u00e9, et, au sens figur\u00e9, \u00e0 travers les saintes \u00c9critures. La spiritualit\u00e9 est une qu\u00eate incessante de l&rsquo;unit\u00e9 \u00e0 travers la multiplicit\u00e9 de ses manifestations, une recherche que motivent la foi, l&rsquo;esp\u00e9rance. Voici une liste des occurrences les plus frappantes de ce th\u00e8me : S. 1, 18 ; S. 2, 6 ; S. 5, 14 et 19 ; S. 18, 10 ; S. 20, 2 ; S. 21, 14 ; S. 23, 18 ; S. 32, 13 ; S. 35, 8 ; S. 37, 18 ; S. 48, 16. Toutes les p\u00e9r\u00e9grinations d&rsquo;Isaac s&rsquo;orientent autour du verset johannique 14, 6 : \u00ab\u00a0Moi, je suis le chemin, et la v\u00e9rit\u00e9 et la vie. Personne ne vient au P\u00e8re sinon par moi.\u00a0\u00bb (Trad. S\u0153ur JEANNE D&rsquo;ARC, Belles Lettres, D. D. B., 1990.) Une belle \u00e9tude serait \u00e0 mener sur ce sujet. Voir <i>infra<\/i> notre conclusion.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote52\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote52anc\" name=\"sdfootnote52sym\">52<\/a>Sur la p\u00e9nitence, cf. S. 27, 15\u00ad18 : \u00ab\u00a0Que le p\u00e8re Abb\u00e9 soit le bourreau de nos corps&#8230;\u00a0\u00bb et le commentaire de T. MERTON, <i>Les voies de la vraie pri\u00e8re<\/i>, Paris 197O, p. 128-129. Cf. S. 15, 10 et saint AMBROISE, <i>In Luc<\/i>, 4, 2.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote53\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote53anc\" name=\"sdfootnote53sym\">53<\/a>S. 14, 1 : \u00ab\u00a0Qu&rsquo;est\u00adce \u00e0 dire, mes bien-aim\u00e9s, sinon que le Seigneur a provoqu\u00e9 ce qui r\u00e9veillerait les disciples dont le c\u0153ur \u00e9tait endormi.\u00a0\u00bb Cf. S. 13, 10 : \u00ab\u00a0Pourquoi cet \u00e9branlement? Pourquoi cette peur ? Assur\u00e9ment parce que s&rsquo;est endormie leur force et leur s\u00e9curit\u00e9. Comment ne r\u00e9gnerait pas la peur, quand la force est endormie ? Que soit donc \u00e9veill\u00e9 le vent, tandis que le Christ est endormi, que soit \u00e9veill\u00e9e la rage de la mer, tandis que la foi au Christ est endormie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote54\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote54anc\" name=\"sdfootnote54sym\">54<\/a>Cf. S. 15, 10 : \u00ab\u00a0Le vent et la mer lui ob\u00e9issent [Matth. 8, 27] : ce n&rsquo;est qu&rsquo;avec sa permission, et comme durant son sommeil, que la tentation int\u00e9rieure ou ext\u00e9rieure, sup\u00e9rieure ou inf\u00e9rieure, a quelque pouvoir ; qu&rsquo;il menace, elle ne peut rien.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote55\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote55anc\" name=\"sdfootnote55sym\">55<\/a>Voir le commentaire de J. LECLERCQ, article cit\u00e9. Cf. \u00e9galement S. 50, p. 181, note 1 et la note compl\u00e9mentaire n\u00b030, p. 312\u00ad313.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote56\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote56anc\" name=\"sdfootnote56sym\">56<\/a>Isaac rappelle aux moines endormis l&rsquo;importance des trois exercices spirituels traditionnels que sont la lecture, la m\u00e9ditation et l&rsquo;oraison (S. 14, 7-9) Sur ces exercices de vigilance, voir la note compl\u00e9mentaire n\u00b014, p. 345-346.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote57\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote57anc\" name=\"sdfootnote57sym\">57<\/a>L&rsquo;homme doit lutter pour demeurer \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de veille. Les anges, eux, veillent \u00e9ternellement : Isaac, dans ses sermons th\u00e9ologiques les nomme les \u00ab\u00a0veilleurs\u00a0\u00bb (<i>vigiles<\/i>). Cf. S. 19, 3 ; S. 21, 10.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote58\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote58anc\" name=\"sdfootnote58sym\">58<\/a>Cf. la derni\u00e8re parole du sermon 13 : \u00ab\u00a0C&rsquo;est pourquoi, mes fr\u00e8res, plac\u00e9s entre la crainte et l&rsquo;esp\u00e9rance, tenons \u00e9veill\u00e9e en nous la foi en Notre-seigneur J\u00e9sus-Christ.\u00a0\u00bb (S. 13, 13)<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote59\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote59anc\" name=\"sdfootnote59sym\">59<\/a>S. 15, 4\u00ad5. Cf. <i>supra<\/i> notre commentaire p.19.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote60\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote60anc\" name=\"sdfootnote60sym\">60<\/a>Dans le sermon 13, Isaac \u00e9voque d\u00e9j\u00e0, mais avec un peu de r\u00e9serve, l&rsquo;analogie sommeil\/mort : \u00ab\u00a0Excitons en nous la foi au Christ et le souvenir de sa passion et pour ainsi dire de sa dormition ! Car peut-\u00eatre cette dormition est-elle susceptible de signifier la passion.\u00a0\u00bb (S. 13, 12).<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote61\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote61anc\" name=\"sdfootnote61sym\">61<\/a>Sur cette doctrine souvent reprise dans les sermons, voir S. 11, 14-15, et la note compl\u00e9mentaire 13, p. 344-345 (qui donne bon nombre de r\u00e9f\u00e9rences chez Isaac). Sur l&rsquo;histoire du th\u00e8me du \u00ab\u00a0corps mystique\u00a0\u00bb, voir principalement H. de LUBAC, <i>Corpus Mysticum<\/i>, Aubier-Montaigne, coll. Th\u00e9ologie, 1941, qui mentionne Isaac de l&rsquo;\u00c9toile p. 121.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote62\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote62anc\" name=\"sdfootnote62sym\">62<\/a>Ce point constituera le sujet de notre conclusion g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote63\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote63anc\" name=\"sdfootnote63sym\">63<\/a>Cf. 14, 6 ; 22, 1.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote64\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote64anc\" name=\"sdfootnote64sym\">64<\/a>Nous reviendrons sur ces diff\u00e9rents points. Cf. <i>infra<\/i>. notre conclusion.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote65\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote65anc\" name=\"sdfootnote65sym\">65<\/a>Selon l&rsquo;hypoth\u00e8se de G. RACITI, Isaac de l&rsquo;\u00c9toile, <i>Sermons<\/i>, tome 3 Cerf, Sources chr\u00e9tiennes n\u00b0339, Note compl\u00e9mentaire n\u00b033, p. 316-319.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote66\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote66anc\" name=\"sdfootnote66sym\">66<\/a>Les ruines de l&rsquo;\u00e9glise monumentale (plus de 40 m\u00e8tres de long) que nous pouvons admirer aujourd&rsquo;hui entre Rivedoux et La Flotte, datent du XIV\u00e8 si\u00e8cle. Il ne reste sans doute rien des b\u00e2timents primitifs, mis \u00e0 mal par deux attaques successives des Anglais au XIII\u00e8 si\u00e8cle.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote67\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote67anc\" name=\"sdfootnote67sym\">67<\/a>Ce n\u00e9cessaire ressourcement aux principes m\u00eames de la vie communautaire s&rsquo;exprime par exemple dans ce texte : \u00ab\u00a0Ainsi donc, soyons compatissants les uns pour les autres et pleins d&rsquo;amour fraternel, supportons les faiblesses et poursuivons les vices, nous surtout qui, peu nombreux, en vue d&rsquo;un genre de vie \u00e0 l&rsquo;id\u00e9al plus aust\u00e8re, nous sommes \u00e9vad\u00e9s dans cette lointaine solitude et cette \u00eele \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart du reste du monde [maxime qui pauci propter arduioris propositi disciplinam in hanc abditam solitudinem et semotam ab orbe communi insulam evasimus].\u00a0\u00bb (S31, 20) Isaac songe sans doute au petit groupe de moines, qui, en quittant le monast\u00e8re de Molesmes, fond\u00e8rent l&rsquo;abbaye de C\u00eeteaux. Voir C. W. BYNUM, \u00ab\u00a0The Cistercian conception of community : An aspect of Twelfth\u00adCentury Spirituality\u00a0\u00bb, <i>Harv. Theol. Rev<\/i>., 68, 1975, p. 273\u00ad286.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote68\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote68anc\" name=\"sdfootnote68sym\">68<\/a>Ce \u00ab\u00a0d\u00e9sir de fuite\u00a0\u00bb, cette \u00ab\u00a0soif de solitude\u00a0\u00bb, peuvent \u00e9videmment \u00eatre mis au cr\u00e9dit de la th\u00e8se de la \u00ab\u00a0sainte fugue\u00a0\u00bb, soutenue par G. SALET (Cf <i>supra<\/i> p. 5). Mais on pourrait \u00e9galement imaginer qu&rsquo;Isaac avait \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0forc\u00e9\u00a0\u00bb de fuir, \u00e0 la suite de l&rsquo;affaire Thomas Becket (Cf. les articles cit\u00e9s de G. RACITI). Isaac, qui tend \u00e0 donner un sens spirituel \u00e0 chaque \u00e9v\u00e9nement de sa vie, peut avoir \u00ab\u00a0choisi\u00a0\u00bb de fuir, non seulement pour des raisons \u00ab\u00a0diplomatiques\u00a0\u00bb, mais aussi pour des raisons int\u00e9rieures. N\u00e9anmoins, en l&rsquo;absence de certitude concernant les conditions de l&rsquo;exil \u00e0 R\u00e9, la confrontation de ce texte et de celui du sermon de la p\u00e9r\u00e9grination (Tome 3, fragment 2) laisse le lecteur forc\u00e9ment dubitatif.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote69\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote69anc\" name=\"sdfootnote69sym\">69<\/a>Cette aridit\u00e9 peut \u00eatre, \u00e0 la limite, entendue au sens propre : une des difficult\u00e9s mat\u00e9rielles les plus pr\u00e9occupantes pour les moines devait \u00eatre probablement la raret\u00e9 de l&rsquo;eau douce.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote70\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote70anc\" name=\"sdfootnote70sym\">70<\/a> Sur la place et la fonction des fr\u00e8res convers au sein des monast\u00e8res durant le moyen \u00e2ge, voir Jean LECLERCQ, \u00ab\u00a0Comment vivaient les fr\u00e8res convers ?\u00a0\u00bb, <i>Analecta Cisterciensia<\/i>, XII, 1965, p. 239-258.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote71\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote71anc\" name=\"sdfootnote71sym\">71<\/a>Dans un autre sermon, qui fait tr\u00e8s probablement r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 cette exp\u00e9rience insulaire, Isaac \u00e9crit : \u00ab\u00a0Nous avons excit\u00e9 contre nous L\u00e9viathan qui a tendu des pi\u00e8ges aux ermites novices que nous \u00e9tions. Nous qui esp\u00e9rions \u00eatre des solitaires bien assur\u00e9s de leur tranquillit\u00e9, nous nous sommes heurt\u00e9s au tentateur astucieux et au perfide dresseur d&#8217;emb\u00fbches.\u00a0\u00bb (S32, 2) Noter l&rsquo;expression : \u00ab\u00a0<i>novi eremitae<\/i>\u00a0\u00bb et la r\u00e9f\u00e9rence au L\u00e9viathan, le monstre marin de Job, 3, 8.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote72\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote72anc\" name=\"sdfootnote72sym\">72<\/a>S. 27, 3 : \u00ab\u00a0Les oiseaux, pour prendre d&rsquo;un coup d&rsquo;aile leur essor dans les airs, s&rsquo;appuient \u00e0 fond, de tout leur corps, sur le sol o\u00f9 ils se tiennent. Les hommes et les b\u00eates sauvages \u00e9galement, selon un m\u00eame art de la nature, ou un art de m\u00eame nature, ou plut\u00f4t selon un art aussi naturel, lorsqu&rsquo;ils veulent bondir tr\u00e8s haut, se tapissent \u00e0 ras de terre, comme en se ramassant de tout leur corps. Ainsi en est-il de nous&#8230;\u00a0\u00bb Il y aurait beaucoup \u00e0 dire sur ce texte, qui manifeste une nouvelle fois l&rsquo;attention que porte Isaac au monde \u2014 en tant qu&rsquo;il est le livre de Dieu\u2014, et sur le th\u00e8me du vol de l&rsquo;oiseau (nous avons d\u00e9j\u00e0 rencontr\u00e9 l&rsquo;analogie entre le vol de l&rsquo;oiseau et la contemplation oppos\u00e9e au travail terrien). Isaac est lui-m\u00eame cet homme qui travaille la terre, mais dont l&rsquo;\u00e2me demeure tourn\u00e9e vers le ciel, r\u00e9alisant cet \u00e9quilibre qui lui est cher. Sur ces th\u00e8mes, lire mon \u00e9tude\u00a0: \u00ab\u00a0Le moine au travail chez Isaac de l&rsquo;\u00c9toile\u00a0\u00bb (non publi\u00e9e).<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote73\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote73anc\" name=\"sdfootnote73sym\">73<\/a>Cf. Juan Maria DE LA TORRE, \u00ab\u00a0Le Charisme cistercien et bernardin (II)\u00a0\u00bb, <i>Coll. Cist<\/i>. 47, 1985, p. 285.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote74\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote74anc\" name=\"sdfootnote74sym\">74<\/a>Cf le fameux second fragment retrouv\u00e9 par J. LECLERCQ et publi\u00e9 par G. RACITI dans le troisi\u00e8me tome des sermons d&rsquo;Isaac.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote75\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote75anc\" name=\"sdfootnote75sym\">75<\/a>Sermons 18 \u00e0 26. Un excellent commentaire de ces sermons, o\u00f9 s&rsquo;exerce une profonde sp\u00e9culation th\u00e9ologique, a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 par B. Mc GINN, \u00ab\u00a0Isaac de Stella on the divine Nature\u00a0\u00bb, <i>Anal. Cist<\/i>. , XXIX, 1973, p.3-56. L&rsquo;influence de la th\u00e9ologie dyonisienne, qu&rsquo;Isaac a pu conna\u00eetre \u00e0 travers l\u2019\u0153uvre d&rsquo;Hugues de Saint-Victor et de Jean Scot \u00c9rig\u00e8ne, est sensible en de nombreux passages. Sur le sujet cf. A. FRACHEBOUD, \u00ab\u00a0Le Pseudo\u00adDenys l&rsquo;A\u00e9ropagite parmi les sources du cistercien Isaac de l&rsquo;\u00c9toile\u00a0\u00bb, <i>Coll. Cist.<\/i>, IX, 1947, p. 328\u00ad341; 10, 1948, p.19\u00ad34 ; I. CALVERT, \u00ab\u00a0Symbols of Ascent : Pseudo\u00adDyonisius and Isaac de Stella\u00a0\u00bb, <i>Hallel<\/i>, XVI, 1988, p.72\u00ad78 ; H. Mc CAFFERY, \u00ab\u00a0Apophatic Denis and Abbot Isaac de Stella\u00a0\u00bb, <i>Cist. Studies<\/i>, XVII, 1982, p. 338\u00ad349.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote76\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote76anc\" name=\"sdfootnote76sym\">76<\/a>Voir par exemple S. 20, 3 : \u00ab\u00a0Mais o\u00f9 irons-nous, Seigneur notre Dieu, en dehors de l&rsquo;universalit\u00e9 des \u00eatres ? Quelles ailes nous emporteront au-dessus de toute substance corporelle et charnelle, nous les hommes appesantis par la chair, alourdis par les p\u00e9ch\u00e9s, pour te chercher, nous \u00e0 qui rien ne pourra suffire ni agr\u00e9er en dehors de toi ? Seigneur, voici que pour toi nous avons trouv\u00e9 gr\u00e2ce devant toi, montre-toi \u00e0 nous toi-m\u00eame dans ton attirance et ton amabilit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote77\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote77anc\" name=\"sdfootnote77sym\">77<\/a>Sur la p\u00e9nurie de livres \u00e0 laquelle Isaac est confront\u00e9 sur l&rsquo;\u00eele de R\u00e9, cf. S. 22, 1.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote78\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote78anc\" name=\"sdfootnote78sym\">78<\/a>On sait l&rsquo;importance, dans la pens\u00e9e symbolique cistercienne, de la J\u00e9rusalem c\u00e9leste, le paradis futur, dont le carr\u00e9 du clo\u00eetre est la parfaite image. Sur ce sujet, voir Jean LECLERCQ, \u00ab\u00a0Le clo\u00eetre est-il un paradis ?\u00a0\u00bb, in <i>Le message des moines \u00e0 notre temps<\/i>, Paris 1958, p. 141\u00ad159 et J. M. DE LA TORRE, <i>art. cit\u00e9<\/i> p. 293 et suivantes.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote79\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote79anc\" name=\"sdfootnote79sym\">79<\/a>L&rsquo;abbaye des Ch\u00e2teliers est sise \u00e0 quatre cent m\u00e8tres environ de l&rsquo;oc\u00e9an.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote80\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote80anc\" name=\"sdfootnote80sym\">80<\/a>On pourra comparer ce texte avec la belle page du S. 33, sermon qui toutefois ne fait pas r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience insulaire : \u00ab\u00a0O Seigneur J\u00e9sus, qui pourra tenir face \u00e0 ta froidure ? [Ps. 147, 17] Pourquoi m\u00eame une tentation frivole fatigue-telle l&rsquo;homme qui d\u00e9sire uniquement les biens solides et \u00e9ternels ? Pourquoi l&rsquo;immonde souvenir du monde veut-il ramener en arri\u00e8re l&rsquo;\u00e2me que l&rsquo;amour du ciel a une fois tir\u00e9e du monde ? Pourquoi ne peut-on, comme on le veut, te suivre librement, quand on ne cherche que toi ?\u00a0\u00bb (S. 33, 15)<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote81\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote81anc\" name=\"sdfootnote81sym\">81<\/a>Cf. Act., 2, 45\u00ad47 ; 4, 32\u00ad35 ; 5, 12\u00ad16.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote82\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote82anc\" name=\"sdfootnote82sym\">82<\/a>La m\u00e9taphysique du feu est un th\u00e8me traditionnel de la mystique chr\u00e9tienne. Isaac identifiera lui-m\u00eame l&rsquo;Esprit Saint au feu qui \u00ab\u00a0embrase les disciples\u00a0\u00bb (S. 43, 15). On trouvera un bon article sur cette question \u00e0 propos de Jean Scot \u00c9rig\u00e8ne, de la plume d&rsquo;\u00c9. JEAUNEAU, \u00ab\u00a0Jean Scot et la M\u00e9taphysique du feu\u00a0\u00bb, in <i>\u00c9tudes \u00e9rigeniennes<\/i>, \u00c9tudes augustiniennes, Paris 1988, p. 297\u00ad319.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote83\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote83anc\" name=\"sdfootnote83sym\">83<\/a>Sur la fondation de C\u00eeteaux et les premiers documents qui circul\u00e8rent au XII\u00e8 si\u00e8cle sur cet \u00e9v\u00e9nement, voir J.B. AUBERGER, <i>op. cit.<\/i><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote84\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote84anc\" name=\"sdfootnote84sym\">84<\/a>Trouvent gr\u00e2ce aux yeux d&rsquo;Isaac les Chartreux (pour leur pauvret\u00e9 et leur solitude extr\u00eames), et les moines de l&rsquo;ordre de Grandmont (mais il les soup\u00e7onne, avec raison, \u00ab\u00a0de saluer beaucoup de ceux qu&rsquo;ils croisent sur leur route\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire de mendier). Voir S. 2, 7.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote85\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote85anc\" name=\"sdfootnote85sym\">85<\/a>Voir l&rsquo;accusation port\u00e9e \u00e0 l&rsquo;encontre de certains moines et abb\u00e9s dans le sermon 37, 22-23.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote86\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote86anc\" name=\"sdfootnote86sym\">86<\/a>Accusations port\u00e9es dans le sermon 43, 12, contre ceux qui, parmi les pr\u00eatres ou les \u00e9v\u00eaques, \u00ab\u00a0pr\u00e9f\u00e8rent le pouvoir \u00e0 l&rsquo;\u00eatre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote87\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote87anc\" name=\"sdfootnote87sym\">87<\/a>Relevons ce texte limpide, o\u00f9 le th\u00e8me du travail appara\u00eet une fois encore. \u00ab\u00a0La conversion vers Dieu par la recherche et l&rsquo;imitation, c&rsquo;est le jour o\u00f9 l&rsquo;homme sort pour son travail, qui est de conna\u00eetre et d&rsquo;aimer Dieu, et de se r\u00e9jouir dans cette connaissance et cet amour. C&rsquo;est en effet pour cela que l&rsquo;homme a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 \u00e0 l&rsquo;image et \u00e0 la ressemblance de Dieu ; il se refait et se reforme \u00e0 cette ressemblance et \u00e0 cette image : son amour reproduit l&rsquo;image, et en sa conduite resplendit la ressemblance.\u00a0\u00bb (S. 16, 15).<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote88\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote88anc\" name=\"sdfootnote88sym\">88<\/a>Sur la connaissance de soi-m\u00eame voir S. 2, 13-15, et le commentaire de M. M. DAVY, \u00ab\u00a0Le r\u00f4le de la connaissance de soi dans l&rsquo;\u00e9cole cistercienne du XII\u00e8 si\u00e8cle\u00a0\u00bb, <i>Vie Spirituelle<\/i>, 138, 1984, p. 674-687<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote89\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote89anc\" name=\"sdfootnote89sym\">89<\/a>Cf. le grand trait\u00e9 th\u00e9ologique constitu\u00e9 par les sermons 18-26 et l&rsquo;article d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9 de B. MC GINN.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote90\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote90anc\" name=\"sdfootnote90sym\">90<\/a>Sur le cheminement, voir nos r\u00e9f\u00e9rences <i>supra<\/i> p. 20 note 1. 91\u00adS. 4, 16.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote91\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote91anc\" name=\"sdfootnote91sym\">91<\/a>Je ne voudrais pas clore ce travail sans remercier Monsieur CLAUDE GARDA, pour les encouragements qu&rsquo;il m&rsquo;a prodigu\u00e9s sans compter d\u00e8s le d\u00e9but de cette \u00e9tude, et pour la tr\u00e8s pr\u00e9cieuse bibliographie qu&rsquo;il m&rsquo;a confi\u00e9e sans h\u00e9sitation. Je lui dois \u00e9galement, ainsi qu&rsquo;\u00e0 Mlle DANEDE, une r\u00e9vision particuli\u00e8rement minutieuse des \u00e9preuves de ce texte.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La signification insulaire de l\u2019exil \u00e0 R\u00e9 chez Isaac de l\u2019\u00c9toile (article paru dans les volumes 56 (1994,4) et 57 (1995,1) des\u00a0Collectanea Cisterciensia\u00a0(1992) \u00c0 l&rsquo;\u00e9poque de la publication de ce texte, internet en \u00e9tait encore qu&rsquo;\u00e0 ses balbutiements, et je ne disposais comme trace de ce travail qu&rsquo;un tir\u00e9 \u00e0 part, et sans doute un&hellip;<\/p>\n <a href=\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/la-signification-spirituelle-de-la-vie-insulaire-dans-les-sermons-disaac-de-letoile\/\" title=\"La signification spirituelle de la vie insulaire dans les sermons d&rsquo;Isaac de l&rsquo;\u00c9toile\" class=\"entry-more-link\"><span>Read More<\/span> <span class=\"screen-reader-text\">La signification spirituelle de la vie insulaire dans les sermons d&rsquo;Isaac de l&rsquo;\u00c9toile<\/span><\/a>","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","template":"","meta":{"Layout":"","footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["entry","author-danah","has-pages","post-335","page","type-page","status-publish"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.0 - 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