{"id":322,"date":"2014-04-18T08:02:08","date_gmt":"2014-04-18T07:02:08","guid":{"rendered":"https:\/\/outsiderland.com\/outside\/?page_id=322"},"modified":"2014-04-18T08:02:08","modified_gmt":"2014-04-18T07:02:08","slug":"babylonia-deserta","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/babylonia-deserta\/","title":{"rendered":"Babylonia Deserta"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_327\" aria-describedby=\"caption-attachment-327\" style=\"width: 800px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/outsiderland.com\/outside\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/800px-Chauvigny_eglise_chapiteau2.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-327\" src=\"https:\/\/outsiderland.com\/outside\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/800px-Chauvigny_eglise_chapiteau2.jpg\" alt=\"http:\/\/commons.wikimedia.org\/wiki\/File:Chauvigny_eglise_chapiteau2.jpg\" width=\"800\" height=\"600\" srcset=\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/800px-Chauvigny_eglise_chapiteau2.jpg 800w, https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/800px-Chauvigny_eglise_chapiteau2-300x225.jpg 300w, https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/800px-Chauvigny_eglise_chapiteau2-768x576.jpg 768w, https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/800px-Chauvigny_eglise_chapiteau2-590x443.jpg 590w\" sizes=\"(max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-327\" class=\"wp-caption-text\">Babylonia Deserta, la repr\u00e9sentation est sur le c\u00f4t\u00e9 gauche de la photographie<\/figcaption><\/figure>\n<h2 class=\"western\">Babylonia Deserta. Un chapiteau de la coll\u00e9giale Saint Pierre de Chauvigny \u00e9clair\u00e9 par la psychologie d&rsquo;Isaac de l&rsquo;\u00c9toile<\/h2>\n<h2 class=\"western\"><\/h2>\n<h2 class=\"western\">Introduction\u00a0: Le chapiteau<\/h2>\n<p class=\"western\">L&rsquo;iconographie extr\u00eamement riche de l&rsquo;ensemble sculpt\u00e9 du ch\u0153ur de la coll\u00e9giale Saint Pierre de Chauvigny (Vienne, France) offre deux repr\u00e9sentations particuli\u00e8rement rares dans la sculpture romane. Ces deux images sont soulign\u00e9s par ces expressions : \u00ab\u00a0<i>Babilonia magna meretrix\u00a0\u00bb<\/i>, Babylone la grande prostitu\u00e9e, qu&rsquo;une femme au v\u00eatement ample, aux cheveux d\u00e9faits et au sourire provoquant incarne ; \u00ab\u00a0<i>Babilonia deserta\u00a0\u00bb<\/i>, Babylone d\u00e9sert\u00e9e, figur\u00e9e par un homme barbu, v\u00eatu simplement, une ceinture de corde ceignant ses reins, assis sur une sorte de tabouret. La r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;Apocalypse de Jean est donc explicite . Si nous regardons les deux images qui compl\u00e8tent ce chapiteau, l&rsquo;archange Michel officiant au p\u00e8sement des \u00e2mes d&rsquo;une part, et l&rsquo;archange Gabriel annon\u00e7ant aux bergers le <i>Gloria<\/i>, d&rsquo;autre part, nous pouvons sans trop de peine inscrire ces images dans un contexte eschatologique et les comprendre dans cette optique.<\/p>\n<p class=\"western\">Je n&rsquo;ai pas choisi pourtant de m&rsquo;engager dans cette voie de lecture qui a \u00e9t\u00e9 si bien trac\u00e9e r\u00e9cemment par \u00c9ric Puisais, et plus anciennement par Christian Barbier. Apr\u00e8s ceux-l\u00e0, et tant d&rsquo;autres, j&rsquo;ai entam\u00e9 une recherche visant \u00e0 \u00e9tablir l&rsquo;identit\u00e9 de cet homme sur les \u00e9paules duquel p\u00e8se cette inscription, au fond effrayante : <i>Babilonia deserta<\/i>. Apr\u00e8s le triomphe de la femme Babylone, qui occupe pleinement l&rsquo;espace de toute l&rsquo;amplitude du mouvement de ses bras, mouvement qu&rsquo;exacerbent les tr\u00e8s larges manches de sa robe somptueuse, voici cet homme, seul , au regard \u00e9nigmatique : sans nul doute il est comme ces rois de la terre, qui, je paraphrase l&rsquo;Apocalypse, se sont livr\u00e9s avec Babylone la grande \u00e0 la d\u00e9bauche et au luxe, et qui d\u00e9sormais pleurent et se lamentent \u00e0 cause d&rsquo;elle en voyant la fum\u00e9e de son embrasement (<i>Apoc<\/i>. 18,9) ; comme ces rois ou ces marchands, qui d\u00e9sesp\u00e8rent \u00e0 la vue des richesses d\u00e9truites, ou encore ces pilotes de navire accabl\u00e9s par l&rsquo;an\u00e9antissement du port qui signifiait jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent la fin ultime de leur voyage. On dit encore de lui qu&rsquo;il peut \u00eatre un proph\u00e8te, tel J\u00e9r\u00e9mie, qui endur\u00e2t tant de souffrances parmi le peuple, comme le rappelle Orig\u00e8ne dans son <i>Commentaire sur S. Matthieu<\/i>, ou tel Mo\u00efse qui subit violence et m\u00e9pris de la part de sa patrie \u00e0 plusieurs reprises . Est-il encore ce philosophe antique, dont il prend la pose, m\u00e9ditant, comme nous le faisons, prenant un recul inquiet sur le d\u00e9roulement de l&rsquo;histoire ? Est-il Lazare pleurant sur ses fautes, ou encore Ca\u00efn, \u00e0 qui \u00ab\u00a0la col\u00e8re\u00a0\u00bb a fait commettre le premier fratricide, et \u00ab\u00a0la tristesse\u00a0\u00bb a fait conna\u00eetre \u00ab\u00a0le premier d\u00e9sespoir\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"western\">Avant d&rsquo;aller plus loin, il para\u00eet utile de mettre l&rsquo;accent sur quelques indices pertinents que rec\u00e8le l&rsquo;image. Je ferais peu de cas de la partie sup\u00e9rieure de l&rsquo;image : les couleurs dont le pierre \u00e9tait peinte nous manquent cruellement pour statuer sur la signification de ces motifs : flammes soulignant la ruine de Babylone ? Remparts ? Simple ornement v\u00e9g\u00e9tal ? Ou encore, nu\u00e9es d&rsquo;anges issues des ailes des archanges Michel et Gabriel? Il nous faudrait des r\u00e9f\u00e9rences parall\u00e8les pour statuer d\u00e9finitivement. La position du personnage est probablement moins \u00e9quivoque : Il est assis, ses joues sont cern\u00e9es de rides, de sa main droite il semble tirer sa joue gauche : tout cela indique une grande douleur, et, de mani\u00e8re plus explicite, un visage en larme. Un livre de pri\u00e8re datant du tout d\u00e9but du XIII<sup>i\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, imageant les b\u00e9atitudes et les mal\u00e9dictions, \u00e0 partir des paroles de J\u00e9sus relat\u00e9es dans Matthieu et Luc, montre deux hommes assis, jambes crois\u00e9es, la t\u00eate appuy\u00e9e sur le poing en signe de douleur, tandis que deux hommes se r\u00e9jouissent au-dessous d&rsquo;eux, illustrant la formule\u00a0: \u00ab\u00a0Bienheureux ceux qui pleurent\u00a0\u00bb. Une sc\u00e8ne semblable dans sa composition, opposant verticalement deux plans de l&rsquo;image, ins\u00e9r\u00e9e dans un autre livre de pri\u00e8re, dit de Hildegarde de Bingen, et contemporain du pr\u00e9c\u00e9dent, montre deux personnages, l&rsquo;un se serrant les mains et l&rsquo;autre se tirant les cheveux. Il est \u00e9galement fr\u00e9quent dans l&rsquo;iconographie m\u00e9di\u00e9vale de voir des femmes, qui sous le coup du d\u00e9c\u00e8s d&rsquo;un proche s&rsquo;arrachent les cheveux ou se tirent la joue. Je rappellerai enfin un texte de saint Ambroise relatant une p\u00e9nitence publique : \u00ab J&rsquo;ai connu des gens, durant leur p\u00e9nitence, qui ont labour\u00e9 leur visage de leurs larmes, qui ont creus\u00e9 des sillons dans leurs joues \u00e0 force de pleurer, qui se sont \u00e9tendus sur le sol pour \u00eatre pi\u00e9tin\u00e9s par tout le monde, et qui, la face blanchie par le je\u00fbne, offraient l&rsquo;apparence d&rsquo;un mort dans un corps vivant. \u00bb On d\u00e9couvrirait \u00e9galement de telles sc\u00e8nes dans les vies de saints. Ces indices me permettent d&rsquo;opposer le rire triomphant, r\u00e9joui, de la babylonienne aux larmes de douleur du personnage m\u00e9ditant dans la cit\u00e9 ruin\u00e9e, et donc d&rsquo;ajouter \u00e0 la lecture eschatologique de ces images, une lecture morale, fond\u00e9e sur le conflit du vice, se r\u00e9jouir, et de la b\u00e9atitude, pleurer. Nous allons voir ensemble comment Babylone devient la \u00ab Babylone int\u00e9rieure \u00bb, et comment elle peut \u00eatre ruin\u00e9e, par les larmes, tout comme la Babylone apocalyptique le sera par les flammes divines dans les derniers temps . Nous allons tenter de comprendre ce que pouvait signifier la parole du Christ \u00ab\u00a0Bienheureux ceux qui pleurent\u00a0\u00bb au XII<sup>i\u00e8<\/sup><sup>me<\/sup> si\u00e8cle, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de la grande expansion monastique.<\/p>\n<h2 class=\"western\">1. La philosophie morale d&rsquo;Isaac de l&rsquo;\u00c9toile<\/h2>\n<p class=\"western\">Il se trouve, et permettez-moi d&rsquo;insister sur le caract\u00e8re hasardeux de cette rencontre, qu&rsquo;un moine ayant v\u00e9cu dans la seconde moiti\u00e9 du XII<sup>i<\/sup><sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle non loin de Chauvigny, a parl\u00e9 assez longuement de ces fameuses larmes dans ses sermons. Isaac \u00e9tait alors abb\u00e9 de l&rsquo;\u00c9toile, abbaye cistercienne fond\u00e9e en 1124 par Isembaud, sise non loin d&rsquo;Archigny. Il ne fait pas partie, du moins pas encore, des cisterciens du si\u00e8cle d&rsquo;or les plus connus du grand public, mais les moines d&rsquo;aujourd&rsquo;hui s&rsquo;y r\u00e9f\u00e8rent bien souvent, et l&rsquo;ensemble de ses sermons ont connu la cons\u00e9cration en faisant l&rsquo;objet d&rsquo;une publication en trois tomes dans la collection <i>Sources Chr\u00e9tiennes<\/i>. Dans ces textes, qui m\u00ealent avec brio la sp\u00e9culation m\u00e9taphysique la plus audacieuse aux anecdotes relat\u00e9es dans le style le plus vif , Isaac met souvent en \u0153uvre l\u2019ex\u00e9g\u00e8se morale de l&rsquo;\u00c9criture, bien que, selon son propre aveu, il lui pr\u00e9f\u00e8re l&rsquo;ex\u00e9g\u00e8se all\u00e9gorique ou l\u2019ex\u00e9g\u00e8se anagogique. Les auditeurs, moines et parfois fr\u00e8res convers, orientent ainsi le commentaire vers la rencontre de \u00ab\u00a0l&rsquo;esprit et de la chair\u00a0\u00bb, vers le sens moral, plut\u00f4t que vers \u00ab\u00a0le haut\u00a0\u00bb, vers la rencontre de Dieu et l&rsquo;\u00e2me. Le temps qui nous est imparti ne me permet pas de d\u00e9velopper la tr\u00e8s riche th\u00e9orie de l&rsquo;ex\u00e9g\u00e8se pr\u00e9sente dans les sermons d&rsquo;Isaac, th\u00e9orie qui est fond\u00e9e \u00e0 la fois sur une christologie et sur la psychologie expos\u00e9e dans le <i>De Anima<\/i> : qu&rsquo;il suffise pour vous convaincre de sa richesse de rappeler qu&rsquo;Henri de Lubac dans un de ses ma\u00eetres livres, <i>Ex\u00e9g\u00e8se<\/i><i> M\u00e9di\u00e9vale<\/i>, renvoie \u00e0 Isaac de l&rsquo;Etoile ou le cite \u00e0 32 reprises !<\/p>\n<p class=\"western\">Je voudrais n\u00e9anmoins souligner le point suivant : la terminologie du discours moral n&rsquo;est pas constitu\u00e9e, du moins dans la pens\u00e9e m\u00e9di\u00e9vale, de concepts purement rationnels, purement abstraits. Le vocabulaire du vice, orgueil, envie, col\u00e8re, etc.., tout comme celui de la vertu, humilit\u00e9, mansu\u00e9tude, componction, etc.., est, comme le dit tr\u00e8s justement Isaac, \u00e0 la rencontre de la chair et de l&rsquo;esprit, de la sensibilit\u00e9 et de l&rsquo;Id\u00e9e, au sens platonicien du terme. Ces mots ouvrent un espace de m\u00e9diation, plus qu&rsquo;ils ne d\u00e9finissent une r\u00e9alit\u00e9 pr\u00e9cise. Ils permettent d&rsquo;orienter l&rsquo;homme dans le champ moral de son existence, ce territoire d&rsquo;errance ouvert entre la chair et l&rsquo;esprit, le territoire de son \u00ab\u00a0ressentir\u00a0\u00bb. Paul Ricoeur, qui a explor\u00e9 de mani\u00e8re magistrale cette terminologie, en \u00e9tudiant notamment le concept de \u00ab\u00a0faillibilit\u00e9\u00a0\u00bb, dans le second tome de sa <i>Philosophie de la volont\u00e9<\/i>, \u00e9crit : \u00ab\u00a0Il y a dans la pr\u00e9compr\u00e9hension de l&rsquo;homme par lui-m\u00eame une richesse de sens qui ne peut \u00eatre \u00e9gal\u00e9e par la r\u00e9flexion\u00a0\u00bb. On comprend que l&#8217;emploi d&rsquo;images, litt\u00e9raires, peintes ou sculpt\u00e9es, s&rsquo;av\u00e8re particuli\u00e8rement pertinent dans un tel contexte : le discours moral ne vise pas \u00e0 \u00e9tablir une d\u00e9finition, je le r\u00e9p\u00e8te, mais \u00e0 orienter la conscience et guider l&rsquo;action ; Isaac \u00e9crit \u00e0 propos du but de ses sermons : \u00ab\u00a0Ce n&rsquo;est pas tant un cours (<i>lectiones<\/i>) sur le saint \u00c9vangile que nous entreprenons mais plut\u00f4t, \u00e0 l&rsquo;occasion de ces textes, une exhortation (&#8230;) capable d&rsquo;\u00e9difier les fr\u00e8res et nous-m\u00eames, en tenant compte du moment, des lieux et des personnes..\u00a0\u00bb La connaissance par les cr\u00e9atures ou les images est le sympt\u00f4me de notre d\u00e9ch\u00e9ance originelle, de notre nature divis\u00e9e : l&rsquo;homme int\u00e9rieur a besoin de l&rsquo;homme ext\u00e9rieur pour s&rsquo;imposer, l&rsquo;examen du champ de conscience, la connaissance de soi-m\u00eame, ne peut faire l&rsquo;\u00e9conomie de l&rsquo;image.<\/p>\n<p class=\"western\">Pour que cet espace d&rsquo;errance devienne un espace propre \u00e0 la conversion, les penseurs m\u00e9di\u00e9vaux, \u00e0 la suite des n\u00e9oplatoniciens, ont pr\u00e9sent\u00e9 de mani\u00e8re sch\u00e9matique les multiples tendances \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans la nature humaine. Un des exemples les plus remarquables de cette sch\u00e9matisation du champ de conscience est le trait\u00e9 d&rsquo;Hugues de Saint-Victor intitul\u00e9 <i>De quinque septennis<\/i>, (<i>Des cinq septenaires<\/i><i>)<\/i>. Ce texte, que je vais pr\u00e9senter tr\u00e8s bri\u00e8vement, d\u00e9finit le cadre au sein duquel la pens\u00e9e d&rsquo;Isaac de l&rsquo;\u00c9toile se d\u00e9ploie de mani\u00e8re implicite. Hugues, en fervent lecteur du <i>Tim\u00e9e<\/i>, manifeste son amour des correspondances et des proportions, en distinguant terme \u00e0 terme, les 7 vices, les 7 oraisons dominicales, les 7 dons du Saint Esprit, les 7 vertus et les 7 b\u00e9atitudes. Dans certains manuscrits, ces rapports sont pr\u00e9sent\u00e9s sous la forme de cinq cercles concentriques, le centre \u00e9tant occup\u00e9 par la figure du Christ, le cercle le plus ext\u00e9rieur par les vices. La progression spirituelle, de la circonf\u00e9rence au centre se fait d&rsquo;abord par la restauration de l&rsquo;ordre de la conscience, et se comprend finalement comme une gu\u00e9rison : \u00ab Distingue d&rsquo;abord ces sept\u00e9naires, \u00e9crit Hugues, et tu comprendras que les vices sont comme les maladies de langueur pour l&rsquo;\u00e2me, ou encore des blessures de l&rsquo;homme int\u00e9rieur ; que l&rsquo;homme lui-m\u00eame est comme un malade ; que le m\u00e9decin, c&rsquo;est Dieu ; que les dons du Saint-Esprit sont le rem\u00e8de ; les vertus, la sant\u00e9 ; les b\u00e9atitudes, la joie de la f\u00e9licit\u00e9 \u00bb. Cette topologie n&rsquo;est donc pas statique mais travers\u00e9e par une v\u00e9ritable dynamique, sur laquelle repose tout un processus de conversion. Les vices constituent le terrain \u00e0 partir duquel s&rsquo;exerce la gu\u00e9rison : \u00ab Ce sont les sources et les abysses t\u00e9n\u00e9breux d&rsquo;o\u00f9 sortent les fleuves de Babylone qui, coulant par toute la terre, y r\u00e9pandent goutte \u00e0 goutte l&rsquo;iniquit\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p class=\"western\">La remise en ordre des tendances commence par ce que j\u2019appellerai avec James Mc Evoy \u00ab\u00a0la connaissance pratique des <i>affectus\u00a0\u00bb<\/i>. L&rsquo;affection, ou, si vous pr\u00e9f\u00e9rez, la tendance, l&rsquo;app\u00e9tit, n&rsquo;est essentiellement ni bonne ni mauvaise : elle est un mouvement int\u00e9rieur et spontan\u00e9 de l&rsquo;\u00e2me tendant \u00e0 l&rsquo;infini. Tant que l&rsquo;\u00e2me demeure parfaitement ordonn\u00e9e, avant le p\u00e9ch\u00e9 originel, Dieu constitue imm\u00e9diatement la limite \u00e0 laquelle tend ce mouvement. Dans l&rsquo;\u00e2me fautive, ces tendances sont totalement d\u00e9sorient\u00e9es. Les d\u00e9sirs se succ\u00e8dent sans fin, se renouvellent sans rassasiement possible. De la mauvaise orientation de <i>l&rsquo;affectus<\/i> na\u00eet le vice. Isaac de l&rsquo;\u00c9toile, qui \u00e9tait un fin psychologue \u2014 en t\u00e9moigne son <i>De Anima <\/i><i>\u2014<\/i>, voit, comme Aelred de Rielvaux et la plupart des penseurs de son temps, dans l&rsquo;exercice de la <i>ratio<\/i>, raison ou mieux encore, \u00ab\u00a0mesure\u00a0\u00bb, l&rsquo;instrument de la ma\u00eetrise de cette dynamique int\u00e9rieure. \u00ab\u00a0Il s&rsquo;agit, fr\u00e8res, de cette affection de l&rsquo;\u00e2me (<i>affectio animae<\/i>), de cet app\u00e9tit (<i>concupiscibilitas<\/i>) dont nous avons parl\u00e9 tant de fois et si longuement. Il faut d&rsquo;abord la soumettre au sens rationnel, la discipliner, l&rsquo;ordonner, la laisser toujours \u00e0 la maison, pour que lui-m\u00eame, dans la chaleur du jour, rencontre les trois anges, comme Abraham, quand Sara avait \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9e \u00e0 la maison. En termes plus clairs, on ne pourra jamais \u00eatre pleinement et parfaitement spirituel, faire effort pour se pr\u00e9parer au repos de la contemplation, sortir avec s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 de sa tente, si on n&rsquo;a pas d&rsquo;abord d\u00e9barrass\u00e9 l&rsquo;\u00e2me de tous les vices, c&rsquo;est-\u00e0-dire de tout amour mauvais et d\u00e9sordonn\u00e9 (<i>omni amore perverso et inordinato<\/i>), si on ne l&rsquo;a pas orn\u00e9e et garnie de bonnes habitudes, d\u00e9fendue et prot\u00e9g\u00e9e par les vertus\u00a0\u00bb. L&rsquo;affection est la \u00ab\u00a0ma\u00eetresse de maison\u00a0\u00bb, elle est, si l&rsquo;on peut dire, la force motrice par laquelle nous nous dirigeons dans l&rsquo;existence, mais elle ne conduira \u00e0 Dieu que si elle est soumise \u00e0 la raison, elle-m\u00eame soumise \u00e0 la <i>sapientia<\/i> et au Verbe divins. Il faut donc \u00ab\u00a0former\u00a0\u00bb l&rsquo;affection, la r\u00e9gler par l&rsquo;habitus de l&rsquo;\u00e2me, sa disposition vertueuse, l&rsquo;ordonner ou l&rsquo;orienter par la charit\u00e9. Au bout du compte, ce mouvement int\u00e9rieur constituera la mati\u00e8re m\u00eame de l&rsquo;amour.<\/p>\n<h2 class=\"western\">2. Tristesse, componction et connaissance de soi<\/h2>\n<p class=\"western\">Il me paraissait important de pr\u00e9senter en quelques mots cette topologie des tendances, cette ph\u00e9nom\u00e9nologie de la conscience, parce qu&rsquo;elle est la base sur laquelle sont fond\u00e9s les d\u00e9veloppements d&rsquo;Isaac sur la componction, d\u00e9veloppements que nous allons suivre maintenant d&rsquo;assez pr\u00e8s. Auparavant, il faudrait dire un mot de la tristesse : cette derni\u00e8re figure un vice et n&rsquo;a \u00e0 proprement parler rien de commun avec la componction. Chez Hugues de saint Victor, la tristesse vient au quatri\u00e8me rang dans la gen\u00e8se des vices. C&rsquo;est elle qui \u00ab\u00a0flagelle l&rsquo;homme mis \u00e0 nu\u00a0\u00bb, une fois que l&rsquo;orgueil, l&rsquo;envie et la col\u00e8re l&rsquo;ont totalement d\u00e9pouill\u00e9, d\u00e9pouill\u00e9 de Dieu, de son prochain, de lui-m\u00eame. \u00c0 l&rsquo;inverse des larmes de la componction, qui nous le verrons, agissent de mani\u00e8re vivifiante, f\u00e9condent la conscience, les larmes de la tristesse soulignent un d\u00e9nuement, une solitude aveugle, une s\u00e9cheresse de c\u0153ur\u00a0: \u00ab\u00a0La tristesse, c&rsquo;est le d\u00e9go\u00fbt (<i>taedium<\/i>) et le chagrin \u00e9prouv\u00e9s par l&rsquo;\u00e2me, lorsque, ramollie pour ainsi dire et aigrie par son vice, elle n&rsquo;aspire plus aux biens int\u00e9rieurs, et que, toute vigueur une fois tu\u00e9e en elle, aucun d\u00e9sir de r\u00e9fection spirituelle ne lui sourit plus\u00a0\u00bb. Chez Isaac, la tristesse navigue dans les m\u00eames eaux que le d\u00e9go\u00fbt ou l&rsquo;ac\u00e9die, ce danger supr\u00eame pour la vie monastique qui \u00f4te toute envie d&rsquo;agir et toute esp\u00e9rance. Il d\u00e9crit avec une grande sinc\u00e9rit\u00e9 l&rsquo;effet de la tristesse sur le p\u00e8lerin int\u00e9rieur : \u00ab Parfois tout effray\u00e9 et dans les larmes, envelopp\u00e9 de t\u00e9n\u00e8bres et rempli d&rsquo;amertume, je me consume dans un tel brouillard de d\u00e9go\u00fbt et d&rsquo;ac\u00e9die, que tout vient insulter \u00e0 une esp\u00e9rance meilleure et me contraint au silence. \u00bb En cet \u00e9tat l&rsquo;\u00e2me ne peut obtenir qu&rsquo;une fausse consolation, \u00ab\u00a0une consolation terrestre\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire, \u00ab\u00a0une pierre froide, s\u00e8che et dure, au lieu du pain des anges\u00a0\u00bb. La tristesse figure donc plut\u00f4t l&rsquo;ass\u00e8chement de l&rsquo;\u00e2me et ne se manifeste pas en premier lieu par l&rsquo;\u00e9panchement des larmes. Ou bien ces larmes sont st\u00e9riles, et contribue \u00e0 r\u00e9tracter le d\u00e9sir jusqu&rsquo;aux points de non-retour que symbolisent l&rsquo;avarice, la gourmandise et la luxure.<\/p>\n<p class=\"western\">La componction ne s&rsquo;oppose pas directement \u00e0 la tristesse, comme on pourrait s&rsquo;y attendre, mais \u00e0 la col\u00e8re. Isaac de l&rsquo;\u00c9toile reprend g\u00e9n\u00e9ralement de mani\u00e8re assez fid\u00e8le la sch\u00e9matisation septiforme que nous avons d\u00e9crite \u00e0 partir du trait\u00e9 de Hugues. Pour autant, le discours exhortant \u00e0 l&rsquo;ascension spirituelle doit souvent faire imploser ce cadre car \u00ab il est difficile et cela d\u00e9passe les lumi\u00e8res de notre petitesse de distinguer; en tant de degr\u00e9s, la progression du je\u00fbne spirituel ; difficile de marquer, pour le p\u00e8lerin qui monte de l\u2019\u00c9gypte \u00e0 la Terre Promise, c&rsquo;est-\u00e0-dire de ce monde au P\u00e8re, en ce d\u00e9sert qu&rsquo;\u00e9tait son esprit au temps o\u00f9 il habitait la chair, tant d&rsquo;\u00e9tapes entre les vertus qui l&rsquo;\u00e9loignait de la chair pour le rapprocher de Dieu, selon qu&rsquo;il est \u00e9crit : \u00ab\u00a0il a dispos\u00e9 des mont\u00e9es en son c\u0153ur dans la vall\u00e9es de larmes, dans le lieu qu&rsquo;il a \u00e9tabli\u00a0\u00bb(Ps. 83, 6-7) \u00bb. L&rsquo;errance dans le temps et dans l&rsquo;espace est le signe privil\u00e9gi\u00e9 chez Isaac de la condition humaine, le corps et les vices appesantissent l&rsquo;\u00e2me, la ralentissent : \u00e0 l&rsquo;homme il faut \u00ab\u00a0peser son temps\u00a0\u00bb, prolonger sans cesse son effort. La vie spirituelle est fondamentalement une p\u00e9r\u00e9grination : nous marquons les \u00e9tapes de ce processus dans un but d&rsquo;enseignement et d&rsquo;exhortation, mais rien n&rsquo;est jamais d\u00e9finitivement acquis. La gr\u00e2ce septiforme de l&rsquo;esprit c&rsquo;est, comme l&rsquo;explique Isaac, \u00ab cette gr\u00e2ce par laquelle il veille sur nous et nous apporte la consolation, adoucit, par une sorte de mouvement antith\u00e9tique, la rigueur de cette rapidit\u00e9 divine qui, stable en son mouvement, examine et scrute tout ensemble&#8230; Et tandis qu&rsquo;en un certain sens, il s&rsquo;oppose lui-m\u00eame \u00e0 lui-m\u00eame, lui dont la bont\u00e9 \u00e9gale la grandeur, dont la piti\u00e9 \u00e9gale la force, le p\u00eacheur trouve un espace de conversion (<i>paenitendi spatium<\/i>), comme le dit l&rsquo;Ap\u00f4tre : \u00ab\u00a0Ignores-tu que la b\u00e9nignit\u00e9 de Dieu te pousse au repentir ?\u00a0\u00bb (Rom. 2, 4) \u00bb En Dieu, la justice, toute-puissante et ind\u00e9pendante de la temporalit\u00e9 mondaine, est compens\u00e9e, si l&rsquo;on peut dire, par la gr\u00e2ce, les sept dons du Saint Esprit : du m\u00eame coup, une chance est laiss\u00e9e \u00e0 l&rsquo;homme, le temps devient son alli\u00e9, et son cheminement dispose des occasions pour son retour au P\u00e8re.<\/p>\n<p class=\"western\">Il est int\u00e9ressant de noter le r\u00f4le fondamental de la componction dans ce cheminement. C<i>ompunction<\/i> d\u00e9rive du verbe <i>compungo<\/i> : \u00ab\u00a0piquer de toutes parts\u00a0\u00bb. Comme la chair, la componction aiguillonne l&rsquo;\u00e2me sans rel\u00e2che, non pas en vue de favoriser son rel\u00e2chement et d&rsquo;entra\u00eener son assoupissement, mais au contraire afin de la maintenir \u00e9veill\u00e9e, tendue vers Dieu. Elle est d&rsquo;abord un instrument de vigilance vis-\u00e0-vis de soi-m\u00eame, et c&rsquo;est en ce sens l\u00e0 qu&rsquo;elle s&rsquo;oppose directement \u00e0 la col\u00e8re : la col\u00e8re est un sentiment vif, imp\u00e9tueux, fils de l&rsquo;orgueil et de l&rsquo;envie, par lequel, comme le dit Hugues de saint Victor, \u00ab le mis\u00e9rable c\u0153ur s&rsquo;irrite maintenant contre soi-m\u00eame de son imperfection puisqu&rsquo;il ne se r\u00e9jouit pas du bien d&rsquo;autrui par la charit\u00e9 \u00bb. Elle s&rsquo;inscrit principalement dans un processus inverse, celui de la connaissance de soi-m\u00eame, et de soi-m\u00eame en tant que conscience travers\u00e9e, anim\u00e9e, par la fameuse dynamique des tendances dont nous avons parl\u00e9. Il y a dans la componction une part de discernement sur laquelle Isaac, pour avoir \u00e9prouv\u00e9 lui-m\u00eame la complexit\u00e9 de ce \u00ab\u00a0cort\u00e8ge composite et de diverses origines\u00a0\u00bb qui accompagne le p\u00e8lerinage, insiste avec force : \u00ab (..) en nous, il est facile assur\u00e9ment de reconna\u00eetre pareille vari\u00e9t\u00e9, impossible de ne pas la ressentir. Cela nous l&rsquo;apprenons dans le livre de l&rsquo;exp\u00e9rience avec plus de certitude que par la voix du pr\u00e9dicateur. Il est cependant utile, fr\u00e8res, de d\u00e9terminer, par le discernement spirituel et l&rsquo;observation attentive, la source de tout ce qui se l\u00e8ve en nous, les origines des pens\u00e9es et des sentiments (<i>cogitationum affectuumque<\/i>), les racines des d\u00e9sirs et des vouloirs aussi bien que des suggestions et des d\u00e9lectations. \u00bb \u00abJe ne vais nulle part sans ces compagnons \u00bb, ajoute l&rsquo;abb\u00e9 de l&rsquo;\u00c9toile. On comprend ainsi pourquoi la vertu de componction est traditionnellement mise en rapport direct avec l&rsquo;esprit de science, troisi\u00e8me don du Saint Esprit.<\/p>\n<p class=\"western\">Le spirituel n&rsquo;est cependant pas un ph\u00e9nom\u00e9nologue ou un psychologue, et c&rsquo;est dans une v\u00e9ritable tension dramatique qu&rsquo;il accomplit ce retour sur lui-m\u00eame. Conna\u00eetre, en ce sens, c&rsquo;est restaurer un ordre, et du m\u00eame coup, ouvrir en soi-m\u00eame une porte, d\u00e9gager un chemin, ou comme le dit Isaac, sortir de \u00ab\u00a0Babylone, le lieu de ses iniquit\u00e9s\u00a0\u00bb. Cette connaissance de soi-m\u00eame se pr\u00e9sente ainsi comme auto-accusation, et elle doit se prolonger, comme nous le verrons, par la correction des \u0153uvres. La connaissance rationnelle de la conscience, ou pour mieux dire, la mesure de la diversit\u00e9 int\u00e9rieure, ne doit pas pr\u00e9c\u00e9der la volont\u00e9 r\u00e9elle d&rsquo;un v\u00e9ritable retour au P\u00e8re. Mais l\u00e0 encore, le chemin est long et requiert une patience infinie. \u00ab\u00a0Lors donc que l&rsquo;homme revient \u00e0 lui-m\u00eame, \u00e0 son propre sens, \u00e0 sa propre volont\u00e9, voire \u00e0 sa raison, m\u00eame s&rsquo;il a progress\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 se d\u00e9pouiller de l&rsquo;animal et \u00e0 rev\u00eatir l&rsquo;homme, il ne s&rsquo;\u00e9vade pas pour autant de la nuit, il ne parvient pas encore au jour\u00a0\u00bb. La nuit, cet \u00ab\u00a0\u00e9loignement de Dieu\u00a0\u00bb, le spirituel doit la traverser jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;aurore, et cette travers\u00e9e, c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment le souvenir de sa vie pass\u00e9e, accompagn\u00e9 du jugement, de l&rsquo;accusation : \u00ab\u00a0Mais pour le moment mes biens aim\u00e9s, r\u00e9primant cet \u00e9lan de l&rsquo;esprit et nous mesurant \u00e0 notre propre mesure (II Cor. 10, 12), revenons au jour de la crainte, au jour de l&rsquo;ennui (<i>taedii<\/i>), pour commencer \u00e0 avoir part \u00e0 l&rsquo;ennui et \u00e0 la peur du Christ\u00a0\u00bb. Ce retour s&rsquo;op\u00e8re par la m\u00e9moire : \u00ab\u00a0Celui donc qui se d\u00e9gage des t\u00e9n\u00e8bres et de l&rsquo;ombre de la mort (Ps. 106, 14), c&rsquo;est-\u00e0-dire renonce \u00e0 se d\u00e9tourner de Dieu et \u00e0 se tourner criminellement vers le monde et soi-m\u00eame afin de se tourner vers Dieu, comme par un mouvement de l&rsquo;occiput au frontal, voit d&rsquo;abord se pr\u00e9senter devant lui le souvenir du mal dans le pass\u00e9, la crainte du mal \u00e0 venir, le d\u00e9go\u00fbt de ce qu&rsquo;il a fait et la peur de ce qu&rsquo;il aura \u00e0 souffrir. Car il commence \u00e0 se rappeler sa vie mauvaise et \u00e0 craindre que la mort ne soit pire. Et tel est le premier travailleur \u00e0 la vigne : la conscience s&rsquo;accusant elle-m\u00eame. C&rsquo;est la premi\u00e8re gr\u00e2ce de la p\u00e9nitence et l&rsquo;heure de la conversion\u00a0\u00bb. Deux remarques \u00e0 propos de ce texte dense : on notera d&rsquo;abord la r\u00e9f\u00e9rence, surprenante pour des lecteurs du XX<sup>i<\/sup><sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, \u00e0 ce savoir physiologique h\u00e9rit\u00e9 du <i>Tim\u00e9e<\/i> via l&rsquo;\u00e9cole de saint Victor, par lequel les fonctionnalit\u00e9s de l&rsquo;\u00e2me sont localis\u00e9es en diff\u00e9rents endroits du corps. Ici, la configuration du cr\u00e2ne animal avec ses trois p\u00f4les \u2013 l&rsquo;occiput, le sinciput, le front \u2014 permet de sch\u00e9matiser le dynamisme spirituel, d&rsquo;en rendre raison s&rsquo;y l&rsquo;on peut dire, organiquement parlant. Ce point est plus qu&rsquo;anecdotique, quand on mesure dans les sermons d&rsquo;Isaac l&rsquo;importance des informations d&rsquo;ordre scientifique et l&rsquo;usage, jamais purement sp\u00e9culatif, qui en est fait. Ainsi, dans notre cas, l&rsquo;homme appel\u00e9 vers Dieu, par la gr\u00e2ce, passe d&rsquo;abord par une phase de componction, parce que dans son trajet de retour, il rencontre si l&rsquo;on peut dire incidemment la m\u00e9moire, et se souvient de ses errances pass\u00e9es. Il ne quitte donc pas la \u00ab\u00a0nuit\u00a0\u00bb de la conscience en un mouvement, mais doit, parce que son existence se d\u00e9ploie dans le temps, supporter \u00e0 nouveau le poids de ses faiblesses pass\u00e9es : \u00e0 ceci pr\u00e8s que cette fois il les regarde d&rsquo;un \u0153il neuf \u2014 il \u00ab\u00a0contemple sa mis\u00e8re\u00a0\u00bb, ira jusqu&rsquo;\u00e0 dire Pierre de Celle dans son <i>\u00c9cole du clo\u00eetre<\/i>. Cet \u0153il neuf, c&rsquo;est \u00e0 la fois l\u2019\u0153il de la lucidit\u00e9 et celui de la componction : lucidit\u00e9 parce que l&rsquo;homme retrouve le sens de l&rsquo;orientation en se d\u00e9tournant du monde \u2014 le pass\u00e9, objet de d\u00e9go\u00fbt, et l&rsquo;avenir , objet de crainte, dessinent d\u00e9sormais le commencement et la fin de son pr\u00e9sent. De la componction, parce que, comme l&rsquo;explique Isaac, \u00ab\u00a0ce que rappelle la m\u00e9moire elle l&rsquo;offre au c\u0153ur\u00a0\u00bb, et sur le chemin qui m\u00e8ne de la t\u00eate au c\u0153ur, l&rsquo;homme \u00ab\u00a0rencontre d&rsquo;abord l&rsquo;irascible qu&rsquo;en s&rsquo;\u00e9loignant il avait laiss\u00e9 en dernier\u00a0\u00bb. Autrement dit, la partie irascible de l&rsquo;\u00e2me, le <i>timos<\/i> de Platon dans le <i>Ph\u00e8dre<\/i>, source des manifestations sentimentales de l&rsquo;homme \u2014 compl\u00e9mentaire de la partie concupiscible \u2014 occasionne, par son contact avec le souvenir des maux pass\u00e9s, la torture int\u00e9rieure que l&rsquo;\u00e2me s&rsquo;afflige \u00e0 elle-m\u00eame : \u00ab Ainsi, tout ce qui autrefois, objet de d\u00e9lectation, avait une douce saveur dans la vie, est maintenant, par la componction, une amertume dans le souvenir, comme il est \u00e9crit : \u00ab\u00a0Je me ressouviendrais devant vous de toutes mes ann\u00e9es dans l&rsquo;amertume de mon \u00e2me (Isa\u00efe, 38, 15)\u00a0\u00ab\u00a0. Ainsi, c&rsquo;est d&rsquo;abord le ressouvenir (<i>recogitatio<\/i>) qui agit, ensuite l&rsquo;amertume (<i>amaritudo<\/i>) (..) C&rsquo;est une mis\u00e8re et une sottise d&rsquo;oublier les p\u00e9ch\u00e9s ; c&rsquo;est une mis\u00e8re pire de s&rsquo;en rappeler sans la p\u00e9nitence du c\u0153ur ; c&rsquo;est mis\u00e8re extr\u00eame de trouver dans leur souvenir une d\u00e9lectation \u00bb. Nous \u00e9voquions tout \u00e0 l&rsquo;heure, \u00e0 propos de ce moment cl\u00e9 de la conversion qu&rsquo;est, prise dans un sens large, la componction, l&rsquo;id\u00e9e de restauration de la conscience : en effet, on voit bien ici comment toutes les tendances de l&rsquo;\u00e2me, son intellect, ses passions, ses d\u00e9sirs, se r\u00e9pondent harmonieusement, dans un rapport quasi-organique, d\u00e8s lors que la vie enti\u00e8re est r\u00e9orient\u00e9e, redispos\u00e9e, vers sa finalit\u00e9 v\u00e9ritable\u00a0: l&rsquo;amour de Dieu. Cette phase du retour au P\u00e8re se traduit dans la vie du moine par une v\u00e9ritable torture impos\u00e9e par ce qu&rsquo;Isaac nomme \u00ab\u00a0le chapitre int\u00e9rieur\u00a0\u00bb : le temps est venu des larmes et de la mortification du corps. Ces larmes sont \u00e0 entendre, toujours dans une acception physiologique, comme l&rsquo;effet d&rsquo;un bouillonnement int\u00e9rieur. Je ne r\u00e9siste pas au plaisir de vous citer le texte suivant, qui lie d&rsquo;une mani\u00e8re \u00e9tonnante la componction au silence, opposant ce dernier \u00e0 la vaine verbosit\u00e9 : \u00ab Le mouvement de l&rsquo;\u00e2me, s&rsquo;il ne se r\u00e9pand pas au dehors par la verbosit\u00e9, tournoie int\u00e9rieurement en une ronde continuelle, comme une flamme de feu et, passant en revue tous les replis de la conscience, trouve de quoi renouveler en lui la douleur d&rsquo;une salutaire componction. Pareillement, le c\u0153ur, puisqu&rsquo;il ne s&rsquo;\u00e9vapore pas au-dehors, s&rsquo;\u00e9chauffe int\u00e9rieurement au feu br\u00fblant de la componction, produisant un feu lumineux que dans sa m\u00e9ditation, il dirige vers le haut. \u00ab\u00a0Et dans ma m\u00e9ditation, est-il dit, le feu s&#8217;embrasera.\u00a0\u00bb(Ps, 38, 4) Ainsi arrive-t-il que celui qui a appris \u00e0 se taire au-dehors avec les hommes, commence int\u00e9rieurement \u00e0 parler avec Dieu lui-m\u00eame&#8230; Contempteur du pr\u00e9sent et oublieux de \u00ab\u00a0ce qui est en arri\u00e8re\u00a0\u00bb, il interroge sur sa fin. \u00bb (S. 50, 6) La parole est une d\u00e9pense inutile de l&rsquo;\u00e2me, il faut donc pleurer en silence, seul \u00e0 seul avec soi-m\u00eame, ou du moins, dans l&rsquo;intimit\u00e9 de la confession des l\u00e8vres : rappelons-nous que la componction, vise \u00e0 r\u00e9tablir la juste relation de soi \u00e0 soi-m\u00eame, que la col\u00e8re avait d\u00e9truite.<\/p>\n<p class=\"western\">Je voudrais signaler enfin un point essentiel, qui donne \u00e0 la pens\u00e9e d&rsquo;Isaac une saveur tout \u00e0 fait singuli\u00e8re : c&rsquo;est l&rsquo;importance accord\u00e9e par celui-ci au travail. On sait l&rsquo;importance qu&rsquo;avait pris le travail manuel dans la d\u00e9finition cistercienne de la vie monastique . On peut comprendre ainsi la relation du travail \u00e0 la componction : le travail est la componction du corps, il est la p\u00e9nitence justement inflig\u00e9e \u00e0 Adam : \u00ab\u00a0puisque p\u00e9cheurs et fils de p\u00e9cheurs selon la chair, nous sommes encore dans la chair, nous ne r\u00e9pugnons donc pas \u00e0 la sentence de condamnation de la chair : et nous mangeons notre pain \u00ab\u00a0\u00e0 la sueur de notre front\u00a0\u00bb (<i>Gen<\/i>. 3, 19) Le travail, parce qu&rsquo;il concerne directement le corps, est l\u2019\u0153uvre premi\u00e8re par laquelle nous serons jug\u00e9s : en vertu de l&rsquo;axiome \u00ab\u00a0cherchez au-dehors la disposition du dedans\u00a0\u00bb(S. 17, 15), le labeur de l&rsquo;homme fournira le signe de la qualit\u00e9 de la componction qui l&rsquo;anime : \u00ab sans \u2039la correction des \u0153uvres\u203a, la confession des l\u00e8vres n&rsquo;est que du vent, la contrition de l&rsquo;\u00e2me, une simple vapeur, le jugement de la raison devient une condamnation et l&rsquo;accusation de la conscience un t\u00e9moignage \u00e0 charge \u00bb (S. 16, 19). On notera le vocabulaire juridique : le chapitre int\u00e9rieur ne conduit qu&rsquo;au vice de la tristesse s&rsquo;il n&rsquo;est pas suivi d&rsquo;effet dans la vie ext\u00e9rieure, corporelle. C&rsquo;est un th\u00e8me tout \u00e0 fait fondamental dans la pens\u00e9e d&rsquo;Isaac que celui de la signifiance de la vie active, qui, loin de n&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;une apparence, r\u00e9vocable du point de vue spirituel, s&rsquo;av\u00e8re \u00eatre le crit\u00e8re ultime de l&rsquo;authenticit\u00e9 de la vie chr\u00e9tienne. D&rsquo;autre part, cette concentration des facult\u00e9s corporelles en vue de l&rsquo;activit\u00e9 laborieuse lib\u00e8re en quelque sorte la partie sup\u00e9rieure de l&rsquo;\u00e2me pour la recherche de Dieu, comme les oiseaux qui, \u00ab\u00a0pour prendre d&rsquo;un coup d&rsquo;aile leur essor dans les airs, s&rsquo;appuient \u00e0 fond, de tout leur corps, sur le sol o\u00f9 ils se tiennent\u00a0\u00bb (S. 27, 3). \u00ab C&rsquo;est donc \u00e0 la neuvi\u00e8me heure qu&rsquo;est envoy\u00e9e \u00e0 la vigne la quatri\u00e8me gr\u00e2ce, lorsque, au-dessus de la vie active, qui est un exercice pour l&rsquo;\u00e2me inf\u00e9rieure, on s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve pour chercher Dieu sur les ailes de la lecture, de l&rsquo;oraison et qu&rsquo;on se dispose \u00e0 l&rsquo;aimer \u00bb (S. 17, 18). C&rsquo;est \u00e0 ce moment l\u00e0, \u00e0 l&rsquo;heure des exercices proprement monastiques que sont la lecture, la m\u00e9ditation, l&rsquo;oraison et la contemplation, que la partie concupiscible, d\u00e9sirante, de l&rsquo;\u00e2me est, si j&rsquo;ose dire, r\u00e9activ\u00e9e, et que l&rsquo;homme trouve sa consolation, sa d\u00e9lectation, le salaire de son labeur, dans l&rsquo;amour libre de Dieu. \u00ab Lorsque nous serons parvenus, mes biens-aim\u00e9s, \u00e0 cette surabondante douceur de Dieu, qu&rsquo;il a cach\u00e9e dans la crainte mais r\u00e9v\u00e9l\u00e9e dans l&rsquo;amour, il n&rsquo;y aura pour nous rien de dur, rien d&rsquo;\u00e2pre, rien d&rsquo;accablant dans ce que nous demandera le service du Christ. Mais, sentant partout douceur et d\u00e9lectation, nous regretterons seulement que notre t\u00e2che soit si peu de chose ; spontan\u00e9ment et avec ferveur nous nous disposerons \u00e0 des exercices plus ardus, pour go\u00fbter d&rsquo;avance continuellement une plus grande suavit\u00e9 dans le joie. Le souvenir m\u00eame des p\u00e9ch\u00e9s ne nous incitera pas \u00e0 une componction craintive, mais nous enflammera pour l&rsquo;action de gr\u00e2ces \u00bb(S. 17, 25). Le labeur de l&rsquo;homme, sa p\u00e9nitence, se m\u00e9tamorphose et devient acte de charit\u00e9.<\/p>\n<h2 class=\"western\">Conclusion<\/h2>\n<p class=\"western\">Avant de conclure, et de refermer la boucle qui m&rsquo;a conduit de cet \u00e9tonnant personnage sculpt\u00e9 \u00e0 la coll\u00e9giale St Pierre jusqu&rsquo;\u00e0 la parole de l&rsquo;abb\u00e9 Isaac de l&rsquo;\u00c9toile, je voudrais pr\u00e9venir plusieurs objections qui pourraient m&rsquo;\u00eatre faites. La premi\u00e8re concerne la mani\u00e8re dont j&rsquo;ai parl\u00e9 de componction tout au long de cet \u00e9tude, \u00ab\u00a0\u00e0 tort et \u00e0 travers\u00a0\u00bb pourrait-on dire. Pour des raisons pratiques, je n&rsquo;ai pas pris le temps de donner un aper\u00e7u de l&rsquo;usage de ce terme dans la pens\u00e9e patristique et m\u00e9di\u00e9vale. On trouvera les r\u00e9sultats de cette enqu\u00eate dans l&rsquo;article du <i>Dictionnaire<\/i><i> de spiritualit\u00e9<\/i>, tome II, 2, col. 1312-1322. \u00ab N\u00e9cessaire \u00e0 tous les \u00ab\u00a0degr\u00e9s\u00a0\u00bb de la conversion, elle deviendra aussi vaste que la perfection elle-m\u00eame \u00bb, \u00e9crit l&rsquo;auteur de l&rsquo;article. Dans sa compr\u00e9hension \u00ab\u00a0maximale\u00a0\u00bb le terme peut donc r\u00e9capituler, en droit, m&rsquo;a-t-il sembl\u00e9, les \u00e9tapes du cheminement spirituel sur lesquelles je me suis attard\u00e9 : le souvenir de la vie pass\u00e9e, le discernement dans la connaissance de soi-m\u00eame, l&rsquo;auto-accusation de la conscience, la purification par les larmes, le travail, la m\u00e9ditation, la consolation dans l&rsquo;amour de Dieu.<\/p>\n<p class=\"western\">Second point : j&rsquo;ai parl\u00e9 d&rsquo;une rencontre de \u00ab\u00a0hasard\u00a0\u00bb au sujet des relations que je me suis permis de nouer entre notre <i>Babylonia deserta<\/i> et l&rsquo;enseignement d&rsquo;Isaac touchant la componction. J&rsquo;ai l&rsquo;intime conviction que les larmes qui marquent le visage du personnage que j&rsquo;ai d\u00e9crit peuvent signifier la componction. Et je ne crois pas que le contexte apocalyptique du chapiteau dans lequel cette figure s&rsquo;inscrit nous interdise d&rsquo;en donner une interpr\u00e9tation morale et spirituelle. Ces deux lectures ne me paraissent absolument pas exclusives l&rsquo;une de l&rsquo;autre. Mais je n&rsquo;\u00e9tablis pas pour autant qu&rsquo;il y ait eu une influence r\u00e9elle d&rsquo;Isaac de l&rsquo;\u00c9toile sur ce myst\u00e9rieux Gofridus \u2014 si ce nom, lisible sur les pierres de la coll\u00e9giale, d\u00e9signe effectivement le concepteur des sculptures chauvinoises \u2014 ou r\u00e9ciproquement de Gofridus sur l&rsquo;abb\u00e9 de l&rsquo;\u00c9toile. Nous sommes port\u00e9s \u00e0 l&rsquo;imaginer dans la mesure o\u00f9 la distance s\u00e9parant l&rsquo;abbaye de la coll\u00e9giale ne d\u00e9passe pas dix kilom\u00e8tres. Monsieur Claude Garda, le sp\u00e9cialiste de l&rsquo;abbaye sise pr\u00e8s d&rsquo;Archigny, qui a publi\u00e9 \u00e0 son sujet une tr\u00e8s belle monographie, pense, comme il me l&rsquo;a tr\u00e8s amicalement confi\u00e9, que notre abb\u00e9 connaissait les chapiteaux du ch\u0153ur de la coll\u00e9giale. L&rsquo;histoire des relations entre les chanoines de la ville haute et les moines de l&rsquo;abbaye fait que cette rencontre est en effet tr\u00e8s probable. Peut-\u00eatre alors les images sculpt\u00e9es par Gofridus ont pu nourrir l&rsquo;imaginaire de l&rsquo;\u00e9crivain. Isaac n&rsquo;\u00e9voque-t-il pas les tortuosit\u00e9s et les sinuosit\u00e9s serpentines, des monstres d\u00e9sorient\u00e9s, la prostitution avec les d\u00e9mons ? Qu&rsquo;importe apr\u00e8s tout\u00a0: il est d\u00e9j\u00e0 suffisamment \u00e9difiant de reconna\u00eetre entre les deux cr\u00e9ateurs une parent\u00e9 spirituelle, une vision du monde et du si\u00e8cle commune, un m\u00eame sentiment par lequel tous deux se reconnaissent \u00ab\u00a0embarqu\u00e9s\u00a0\u00bb \u2014 pour reprendre le mot de Pascal \u2014 sur le m\u00eame navire et sur les m\u00eames eaux.<\/p>\n<p class=\"western\">Revenons alors \u00e0 notre personnage \u00e9nigmatique : les larmes qui marquent son visage s&rsquo;\u00e9panchent de sa conscience troubl\u00e9e par les mouvements puissants qui travaillent en elle. La totalit\u00e9 de son \u00eatre se r\u00e9oriente vers Dieu, se r\u00e9organise, est restaur\u00e9 par la gr\u00e2ce. Ces larmes, plut\u00f4t qu&rsquo;elles n&rsquo;indiquent une angoisse insondable, font signe vers le geste triomphant des archanges Michel et Gabriel et promettent une consolation \u00e0 venir.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Babylonia Deserta. Un chapiteau de la coll\u00e9giale Saint Pierre de Chauvigny \u00e9clair\u00e9 par la psychologie d&rsquo;Isaac de l&rsquo;\u00c9toile Introduction\u00a0: Le chapiteau L&rsquo;iconographie extr\u00eamement riche de l&rsquo;ensemble sculpt\u00e9 du ch\u0153ur de la coll\u00e9giale Saint Pierre de Chauvigny (Vienne, France) offre deux repr\u00e9sentations particuli\u00e8rement rares dans la sculpture romane. 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