{"id":312,"date":"2014-04-17T20:15:26","date_gmt":"2014-04-17T19:15:26","guid":{"rendered":"https:\/\/outsiderland.com\/outside\/?page_id=312"},"modified":"2014-04-17T20:15:26","modified_gmt":"2014-04-17T19:15:26","slug":"mediatheques-et-musiques-sous-licence-de-libre-diffusion-une-convergence-dinterets","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/mediatheques-et-musiques-sous-licence-de-libre-diffusion-une-convergence-dinterets\/","title":{"rendered":"M\u00e9diath\u00e8ques et musiques sous licence de libre diffusion : une convergence d&rsquo;int\u00e9r\u00eats ?"},"content":{"rendered":"<p><!--?xml version=\"1.0\" encoding=\"UTF-8\" ?--><\/p>\n<div>\n<p>Dans le contexte d&rsquo;un durcissement juridique des modalit\u00e9s de circulation de la musique, les \u00a0situations respectives des artistes et des associations qui d\u00e9fendent un usage non restrictif de la musique, et celle des m\u00e9diath\u00e8ques, qui favorisent, en mettant un large catalogue d&rsquo;oeuvres \u00e0 disposition des usagers, la diffusion et la copie, pr\u00e9sentent des similitudes int\u00e9ressantes. Ce texte, issu de discussions initi\u00e9es au sein de l&rsquo;association musique-libre.org, propose des pistes de r\u00e9flexions sur la mani\u00e8re dont ces acteurs de la musique, sur la base d&rsquo;int\u00e9r\u00eats convergents, pourraient collaborer de mani\u00e8re plus approfondie.<\/p>\n<h2>1\u00b0<span style=\"font-style: italic;\">Les m\u00e9diath\u00e8ques \u00e0 l&rsquo;\u00e8re du renforcement de la l\u00e9gislation sur les droits d&rsquo;auteur : une position intenable ?<\/span><\/h2>\n<p>L&rsquo;offensive r\u00e9cente de l&rsquo;industrie du divertissement contre la libre circulation sur le web des oeuvres num\u00e9ris\u00e9es, orchestr\u00e9e avec succ\u00e8s par le ministre de la culture, n&rsquo;est pas sans cons\u00e9quence sur le principe m\u00eame du fonctionnement des m\u00e9diath\u00e8ques, lesquelles mettent \u00e0 la disposition du public nombred\u2019\u0153uvres soumises au copyright. L&rsquo;usager qui emprunte un disque peut, s&rsquo;il a le mat\u00e9riel et les comp\u00e9tences ad\u00e9quates, en r\u00e9aliser une ou plusieurs copies. Dans le cas o\u00f9 la musique grav\u00e9e sur ce disque rel\u00e8ve du r\u00e9gime du\u00a0<span style=\"font-style: italic;\">copyright<\/span> strict (c&rsquo;est-\u00e0-dire si la copie n&rsquo;est pas permise &#8211; tant qu&rsquo;on n&rsquo;a pas obtenu l&rsquo;autorisation des ayants-droits &#8211; et compte-tenu de l&rsquo;exception pour usage priv\u00e9 &#8211; exception malmen\u00e9e ces temps derniers), tout laisse \u00e0 penser que des copies illicites soient r\u00e9alis\u00e9es.<\/p>\n<p>De ce point de vue, la situation juridique des m\u00e9diath\u00e8ques fait d\u00e9bat au moins tout autant que celle de certains r\u00e9seaux de diffusions sur le web. Il est \u00e9vident que certaines musiques mises \u00e0 disposition dans les m\u00e9diath\u00e8ques seront in\u00e9vitablement copi\u00e9es et diffus\u00e9es par le biais des r\u00e9seaux peer-to-peer.<\/p>\n<p>On pourrait s&rsquo;attendre \u00e0 ce que, dans le cadre du fameux projet de loi DADSVI, destin\u00e9 \u00e0 d\u00e9fendre les int\u00e9r\u00eats de l&rsquo;industrie du divertissement, les m\u00e9diath\u00e8ques aient \u00e9t\u00e9 les premi\u00e8res vis\u00e9es. D&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, le ministre de la culture, s&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 au bout de sa logique restrictive, se retrouvait dans une position contradictoire.<\/p>\n<p>En effet, une des missions historiques d&rsquo;un minist\u00e8re de la culture consiste \u00e0 faciliter l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la culture pour tous &#8211; et c&rsquo;est la raison m\u00eame de l&rsquo;existence des m\u00e9diath\u00e8ques : s&rsquo;en prendre \u00e0 ces espaces publics de mise \u00e0 disposition des oeuvres aurait signifi\u00e9 l&rsquo;abandon de ce principe, et aurait soulign\u00e9 encore un peu plus, s&rsquo;il en \u00e9tait besoin, la collusion de son minist\u00e8re avec les int\u00e9r\u00eats de l&rsquo;industrie du divertissement.<\/p>\n<p>Il existe toutefois une autre raison, sans doute plus efficace, qui permet aux m\u00e9diath\u00e8ques d&rsquo;\u00eatre pour le moment \u00e9pargn\u00e9es par la<span style=\"font-style: italic;\">juridicomanie<\/span> des industriels du divertissement : en effet, l&rsquo;instauration par le droit de mesures techniques cens\u00e9es limiter ou emp\u00eacher la reproduction de musiques, et la p\u00e9nalisation de toute tentative de briser ces carcans techniques, garantit en quelque sorte la limitation des risques de copies illicites \u00e0 la sortie des m\u00e9diath\u00e8ques.<\/p>\n<p>Emprunter un disque ne pose pas de probl\u00e8me \u00e0 condition qu&rsquo;il soit impossible d&rsquo;en r\u00e9aliser une copie. Le principe peut sembler \u00e9quitable dans le cas des m\u00e9diath\u00e8ques (lesquelles ne demandent aux utilisateurs qu&rsquo;une participation financi\u00e8re modique) tandis qu&rsquo;il est beaucoup plus discutable lorsqu&rsquo;on ach\u00e8te un disque chez un disquaire.<\/p>\n<p>Je fais partie d&rsquo;une g\u00e9n\u00e9ration qui a largement profit\u00e9 des possibilit\u00e9s offertes par les biblioth\u00e8ques publiques en r\u00e9alisant des copies des enregistrements que j&rsquo;avais emprunt\u00e9s. Issu d&rsquo;un milieu modeste, et faisant partie de ces \u00e9tudiants pauvres, pour lesquels l&rsquo;achat d&rsquo;un disque repr\u00e9sentait un luxe, j&rsquo;ai pu d\u00e9couvrir et faire d\u00e9couvrir autour de moi bien des artistes dont les\u0153uvres m&rsquo;auraient \u00e9t\u00e9 inaccessibles sans les fonds mis \u00e0 disposition par les biblioth\u00e8ques. Avant l&rsquo;essor d&rsquo;internet, et donc avant que je puisse cr\u00e9er le label another record, il y a 5 ans, j&rsquo;avais pu me constituer une culture musicale ouverte et approfondie &#8211; m&rsquo;int\u00e9ressant tour \u00e0 tour aux musiques traditionnelles, \u00e0 la musique baroque, au folk am\u00e9ricain, etc&#8230; autantd\u2019\u0153uvres que j&rsquo;aurais cherch\u00e9es en vain chez les disquaires.<\/p>\n<p>La gravure de cds me semblait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque une mani\u00e8re commode de conserver pour ma jouissance personnelle certains enregistrements que mes maigres finances ne m&rsquo;auraient pas permis d&rsquo;acqu\u00e9rir. Il n&rsquo;\u00e9tait pas \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque (je parle ici des ann\u00e9es 90) question de \u00ab\u00a0piratage\u00a0\u00bb &#8211; bien qu&rsquo;une certaine redevance sur les supports num\u00e9riques vierges commen\u00e7ait \u00e0 faire parler d&rsquo;elle.<\/p>\n<p>Manifestement, si l&rsquo;on en croit les derniers d\u00e9veloppements de la loi DADSVI, cette redevance ne suffirait pas \u00e0 compenser les pertes suppos\u00e9es des maisons de disques.<\/p>\n<p>Je crois qu&rsquo;\u00e0 ce sujet il faut \u00eatre clair, et r\u00e9sister \u00e0 la tentative de culpabilisation dont les m\u00e9lomanes font l&rsquo;objet : le seul argument qui tienne dans le soi-disant d\u00e9bat sur le droit d&rsquo;auteur dont on nous rebat les oreilles actuellement, c&rsquo;est l&rsquo;argument \u00e9conomique. Si l&rsquo;industrie du divertissement souhaite verrouiller la circulation des\u0153uvres soumises au copyright, sur internet et ailleurs, ce n&rsquo;est pas en raison d&rsquo;un amour soudain pour les artistes qui sont li\u00e9s par contrat avec elle, ni en raison d&rsquo;une passion soudaine pour la chose juridique,<span style=\"font-weight: bold; color: #000000;\">mais parce qu&rsquo;elle en quelque sorte accul\u00e9e, m\u00e9caniquement, \u00e0 d\u00e9velopper de nouvelles sources de profit, et, qu&rsquo;\u00e0 ce titre, internet constitue un nouveau march\u00e9, d\u00e9sormais m\u00fbr apr\u00e8s l&rsquo;explosion du haut d\u00e9bit dans les pays occidentaux &#8211; et un nouveau march\u00e9 ne peut \u00eatre laiss\u00e9 en friche trop longtemps.<\/span><\/p>\n<p>La question de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle, comme l&rsquo;a fort bien rappel\u00e9 Florent Latrive dans son livre paru aux \u00e9ditions Exils en 2005,<span style=\"font-style: italic;\">Du Bon Usage de la Piraterie<\/span> constitue d\u00e9sormais un enjeu \u00e9conomique majeur, aussi bien pour l&rsquo;industrie pharmaceutique que pour l&rsquo;industrie du divertissement. Dans ce contexte, les m\u00e9diath\u00e8ques, au m\u00eame titre que les sites de diffusion de musiques sur internet, ou les r\u00e9seaux P2P, sont autant de portes ouvertes dans un espace que les grandes maisons de disques souhaiteraient voir cloisonn\u00e9 : le loi sur le DADSVI, initi\u00e9e par les professionnels du disque, et d\u00e9fendue avec z\u00e8le par le minist\u00e8re de la culture, vise justement \u00e0 refermer ces portes. L&rsquo;usage du droit (en l&rsquo;occurrence la r\u00e9\u00e9criture du droit de la propri\u00e9t\u00e9 litt\u00e9raire et artistique) constitue une des cl\u00e9s utilis\u00e9es pour fermer ces portes. La multiplication de mesures techniques (destin\u00e9es \u00e0 affermir la restriction de l&rsquo;usage et \u00e0 contr\u00f4ler ce dernier) constitue une autre cl\u00e9.<\/p>\n<p>Alors : la musique a-t-elle encore sa place dans les m\u00e9diath\u00e8ques ? Si on pense \u00e0 ces musiques-l\u00e0, celles soumises au copyright strict, je crois que la r\u00e9ponse d\u00e9pend de deux facteurs : \u00a0d&rsquo;une part, du succ\u00e8s ou de l&rsquo;\u00e9chec des mesures techniques cens\u00e9es limiter ou emp\u00eacher la copie ; et, d&rsquo;autre part, de l&rsquo;effet dissuasif ou non des politiques r\u00e9pressives qui seront mises en place dans le cadre de la loi DADSVI. Si les proc\u00e9d\u00e9s anti-copies fonctionnent, c&rsquo;est-\u00e0-dire si la cl\u00e9, une fois introduite dans la serrure permet effectivement d&#8217;emp\u00eacher la r\u00e9ouverture de la porte, c&rsquo;est-\u00e0-dire encore : si personne ne parvient pas faire sauter le verrou, alors on ne voit pas bien ce qu&rsquo;on pourrait reprocher aux m\u00e9diath\u00e8ques, quand leur catalogue ne serait pas techniquement reproductible. Et si un informaticien un peu malin &#8211; et je ne doute pas qu&rsquo;il y en ait &#8211; parvienne \u00e0 casser le verrou nonobstant la cl\u00e9, alors on verra bien si les pouvoirs publics seront capables de sanctionner efficacement les usages prohib\u00e9s de disques<span style=\"font-style: italic;\">copyright\u00e9s<\/span>.<\/p>\n<p>Si l&rsquo;on ne croit pas que la menace d&rsquo;une amende en cas de copie illicite suffise \u00e0 suspendre tout vell\u00e9it\u00e9 de copies, alors il faut faire confiance \u00e0 la technique &#8211; et l\u00e0, je serais assez pessimiste sur la possibilit\u00e9 qu&rsquo;il y aurait d&rsquo;imposer une limite \u00e0 un d\u00e9veloppement de la technologie.<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">Je crois que les m\u00e9diath\u00e8ques constituent, pour l&rsquo;usager, des sources in\u00e9puisables de culture, \u00e0 laquelle tout un chacun peut s&rsquo;abreuver pour une somme modeste. Les r\u00e9seaux P2P, internet dans son ensemble, leurs sont comparables de ce point de vue.<\/span> Mais cette tr\u00e8s honorable qualit\u00e9 n&rsquo;est pas compatible aujourd&rsquo;hui avec le d\u00e9sir exprim\u00e9 par l&rsquo;industrie du divertissement de tirer un maximum de profit quand un m\u00e9lomane jouit des\u0153uvres qu&rsquo;elles produisent. On peut les comprendre, ou regretter un tel manque de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9. Il n&#8217;emp\u00eache, ce d\u00e9sir est manifeste, et on doit bien en tenir compte.<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<h2><span style=\"font-style: italic;\">2\u00b0 Une autre mani\u00e8re de concevoir la diss\u00e9mination de la musique<\/span><\/h2>\n<p>Quelle attitude devraient donc avoir les m\u00e9diath\u00e8ques face \u00e0 ces offensives juridiques ?<\/p>\n<p>On ne peut r\u00e9pondre \u00e0 cette question sans op\u00e9rer auparavant une s\u00e9v\u00e8re correction de la vision des choses que nous venons de d\u00e9velopper.<\/p>\n<p>Car il existe en r\u00e9alit\u00e9 une pluralit\u00e9 de pratiques musicales. Du point de vue \u00e9conomique, l&rsquo;industrie du divertissement occupe certes une place \u00e9crasante &#8211; car elle a la possibilit\u00e9 technique et les moyens financiers de saturer l&rsquo;espace sonore public et priv\u00e9 de ses productions. La saturation n&rsquo;est heureusement pas totale, et il demeure des espaces pour le silence, et pour des \u00e9v\u00e9nements sonores r\u00e9alis\u00e9s ind\u00e9pendamment des circuits de production et de diffusion g\u00e9r\u00e9s par le march\u00e9. Si on parvient \u00e0 mettre entre parenth\u00e8ses ce poids \u00e9conomique, on s&rsquo;aper\u00e7oit bien vite que, malgr\u00e9 leur discr\u00e9tion, des pratiques alternatives existent bel et bien, et couvrent, du point de vue cette fois-ci \u00ab\u00a0artistique\u00a0\u00bb, un \u00e9ventail sonore et musical infiniment plus riche et plus vari\u00e9 que celui couvert par le catalogue des Majors.<\/p>\n<p>Si le march\u00e9 du disque et son cort\u00e8ge de professionnels (producteurs, artistes, distributeurs, journalistes, disquaires, juristes etc&#8230;) figure en quelque sorte la grande route, pour reprendre une m\u00e9taphore utilis\u00e9e par Lacan dans un tout autre contexte, celle qu&rsquo;il est difficile d&rsquo;ignorer, il existe n\u00e9anmoins de nombreuses petites routes : certaines permettent \u00e9ventuellement de rejoindre la grande route &#8211; on parle alors d&rsquo;artistes\u00a0<span style=\"font-style: italic;\">en voie de professionnalisation<\/span> ou\u00a0<span style=\"font-style: italic;\">\u00e9mergeant<\/span> &#8211; , d&rsquo;autres au contraire sont \u00e0 vrai dire \u00e0 peine des routes, parfois des chemins de traverse, ou des sentiers, se perdent dans la campagne, reliant quelques villages ou hameaux isol\u00e9s, constituant quelquefois des r\u00e9seaux plus ou moins denses, ce que les \u00e9conomistes appellent joliment des\u00a0<span style=\"font-style: italic;\">niches<\/span> du march\u00e9, ce que d&rsquo;autres indiqueraient comme cultures\u00a0<span style=\"font-style: italic;\">minoritaires<\/span> ou bien\u00a0<span style=\"font-style: italic;\">outsiders,<\/span> des sentiers qui ne m\u00e8nent pas nulle part au demeurant, mais qui impriment leur trace dans le paysage sans se soucier le moins du monde de l&rsquo;existence de la grande route, dont on entend au loin dans la vall\u00e9e les vrombissements incessants.<\/p>\n<p>Cette pluralit\u00e9 foisonnante d&rsquo;initiatives, elle m\u00e9rite qu&rsquo;on en tienne compte. Il ne suffit pas de les caract\u00e9riser comme le fait le minist\u00e8re de la culture comme \u00ab\u00a0<span style=\"font-style: italic;\">pratiques amateurs<\/span>\u00a0\u00bb ou de les stigmatiser comme le disait r\u00e9cemment un administrateur de la Sacem comme \u00a0\u00ab\u00a0<span style=\"font-style: italic;\">musiciens du dimanche<\/span>\u00ab\u00a0, ou encore, \u00e0 la mani\u00e8re de l&rsquo;industrie du divertissement comme \u00ab\u00a0<span style=\"font-style: italic;\">artistes \u00e9mergeants<\/span>\u00a0\u00bb (ce qui est une mani\u00e8re agr\u00e9able de d\u00e9crire ces artistes ignor\u00e9s du march\u00e9 du disque comme un vivier de signatures potentielles). Ces concepts n&rsquo;ont de sens qu&rsquo;au sein d&rsquo;une culture donn\u00e9e laquelle est fond\u00e9e sur des distinctions telles que celle entre les professionnels et les amateurs, l&rsquo;artiste\u00a0<span style=\"font-style: italic;\">\u00e0 plein temps<\/span> et l&rsquo;artiste\u00a0<span style=\"font-style: italic;\">dilettante<\/span>, l&rsquo;artiste reconnu par les experts et le march\u00e9, et l&rsquo;artiste qui attend une telle reconnaissance.<\/p>\n<p>Je ne dis pas que ces distinctions ne s&rsquo;ancrent pas dans des descriptions possibles des pratiques et des d\u00e9sirs artistiques &#8211; je connais bien des artistes et de petits labels qui aimeraient \u00eatre reconnus par les institutions ou le march\u00e9, voudraient pouvoir circuler sur la grande route, et patientent et travaillent en esp\u00e9rant que leur tour viendra. Je dis que ces distinctions n&rsquo;ont aucune pertinence quand il s&rsquo;agit de d\u00e9crire certaines pratiques ou de rendre compte de certains d\u00e9sirs, qui se r\u00e9alisent bien loin de la grande route.<\/p>\n<p>Beaucoup d&rsquo;artistes ou de labels n&rsquo;ont pas attendu que le march\u00e9 les accepte en son sein ou que le minist\u00e8re les adoubent au titre de chevaliers de l&rsquo;ordre culturel pour d\u00e9velopper leurs activit\u00e9s. C&rsquo;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 le cas avant l&rsquo;invention d&rsquo;internet, et le d\u00e9ploiement des connexions haut d\u00e9bit n&rsquo;a fait qu&rsquo;accentuer ce ph\u00e9nom\u00e8ne. Ces structures ont en g\u00e9n\u00e9ral peu de moyens financiers mais compensent par une imagination et une certaine habilet\u00e9. On peut \u00e9num\u00e9rer plusieurs traits qui les caract\u00e9risent : l&rsquo;organisation en r\u00e9seau, une mise en commun des moyens et des comp\u00e9tences, une solidarit\u00e9 des artistes entre eux (l&rsquo;un invite l&rsquo;autre \u00e0 se produire lors d&rsquo;un concert, et l&rsquo;autre l&rsquo;invite en retour une autre fois), l&rsquo;esprit<span style=\"font-style: italic;\">Do It Yourself<\/span> \u00a0et collaboratif (fabrication des supports, r\u00e9alisation des sites web, organisation d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements). Le mod\u00e8le \u00e9conomique repose sur la dimension r\u00e9duite de ces activit\u00e9s :<span style=\"font-weight: bold; color: #000000;\">on limite le nombre de tirages pour chaque enregistrements, on effectue les ventes directement sur le net, ou \u00e0 l&rsquo;occasion de concerts,<\/span>on essaie de se passer des interm\u00e9diaires traditionnels (distributeurs, managers, tourneurs, disquaires), etc&#8230; La plupart de ces structures sont associatives, et travaillent en liaison avec d&rsquo;autres associations : des webzines, des plate-formes de promotion de musiques, des collectifs organisant des concerts, etc..<\/p>\n<p>Ce petit monde, qu&rsquo;on pourrait comparer \u00e0 une ruche, compos\u00e9e de multiples alv\u00e9oles ayant chacune leur sp\u00e9cificit\u00e9, fonctionne et bourdonne jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent sans \u00e9veiller l&rsquo;attention de l&rsquo;industrie du divertissement. Ses acteurs ne sont pas plus sympathiques que la moyenne : mais ils travaillent &#8211; sans attendre de r\u00e9mun\u00e9ration -, ils travaillent \u00e0 cr\u00e9er, produire et d\u00e9fendre des\u0153uvres musicales qui de toutes fa\u00e7ons n&rsquo;int\u00e9ressent pas l&rsquo;industrie du divertissement, et de ce point de vue constituent assur\u00e9ment les v\u00e9ritables garants de la diversit\u00e9 musicale et culturelle.<\/p>\n<h2><span style=\"font-style: italic;\">3\u00b0 L&rsquo;int\u00e9r\u00eat des licences de libre diffusion pour les m\u00e9diath\u00e8ques<\/span><\/h2>\n<p>Je voudrais porter ici l&rsquo;\u00e9clairage sur une position qui est adopt\u00e9e par un nombre croissant d&rsquo;artistes et de labels de taille modeste : l&rsquo;usage des<span style=\"font-style: italic;\">licences de libre diffusion<\/span> (terme que j&#8217;emprunte \u00e0 \u00a0Florent Verschelde). Ces licences sont souvent mal comprises par le grand public (et provoque en g\u00e9n\u00e9ral des haussements d&rsquo;\u00e9paules d\u00e9daigneux de la part des industriels). Je prendrais ici l&rsquo;exemple des licences\u00a0<span style=\"font-style: italic;\">Creative Commons<\/span>, qui sont les plus populaires : ces licences pr\u00e9cisent quels usages de l\u2019\u0153uvre sont autoris\u00e9s ou non. Elles constituent un compl\u00e9ment au droit d&rsquo;auteur, lequel conditionne par d\u00e9faut toute reproduction ou repr\u00e9sentation des oeuvres \u00e0 l&rsquo;autorisation de l&rsquo;auteur ou des ayants droits (en g\u00e9n\u00e9ral : les maisons de disque). Les licences de libre diffusion prennent appui sur la loi, qui accorde aux auteurs, tant qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas c\u00e9d\u00e9 leurs droits patrimoniaux \u00e0 un tiers, un monopole exclusif sur leurs \u0153uvres, et leur permet de\u00a0<span style=\"font-style: italic;\">consentir \u00e0 l&rsquo;avance<\/span> si j&rsquo;ose dire,\u00a0<span style=\"font-style: italic;\">a priori<\/span>, \u00e0 certains usages : en premier lieu, la copie, la reproduction, la repr\u00e9sentation. C&rsquo;est \u00e9videmment prendre le contre-pied exact des positions des lobbies de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle, qui entendent au contraire restreindre les usages. L&rsquo;opinion &#8211; tout \u00e0 fait raisonnable malgr\u00e9 les apparences &#8211; des utilisateurs des licences de libre diffusion est au contraire qu&rsquo;ils ont tout \u00e0 gagner \u00e0 lib\u00e9rer l&rsquo;usage de leurs \u0153uvres, compte-tenu de leur faible visibilit\u00e9 et de la modestie des moyens qu&rsquo;ils peuvent mettre en \u0153uvre pour am\u00e9liorer cette visibilit\u00e9. Comme ils n&rsquo;ont pas la patience d&rsquo;attendre que les grands m\u00e9dias ou les grandes maisons de disques s&rsquo;int\u00e9ressent \u00e0 leur cas, ou comme ils n&rsquo;ont aucunement le d\u00e9sir d&rsquo;\u00eatre c\u00e9l\u00e8bres ou de passer dans les \u00e9missions de vari\u00e9t\u00e9s, ou comme ils pr\u00e9f\u00e8rent explorer leurs territoires musicaux personnels sans se soumettre aux diktats de la rentabilit\u00e9, ils pr\u00e9f\u00e8rent encourager les m\u00e9lomanes qui les appr\u00e9cient \u00e0 copier et diffuser leur travail, \u00e0 diss\u00e9miner leur musique, plut\u00f4t que d&rsquo;en interdire l&rsquo;acc\u00e8s &#8211; ce qui serait se tirer un balle dans le pied, \u00e9tant donn\u00e9 la discr\u00e9tion promise \u00e0 leur musique.<\/p>\n<p>La plupart de ces artistes, qui ne sont pas tout \u00e0 fait idiots, autorisent ces copies dans un cadre non commercial \u00e9videmment : la diss\u00e9mination est autoris\u00e9e a priori, mais il ne serait pas\u00a0<span style=\"font-style: italic;\">fair play\u00a0<\/span>qu&rsquo;on en profite pour en tirer un b\u00e9n\u00e9fice financier. On me pose souvent la question : mais comment votre label gagne-t-il alors de l&rsquo;argent ? Et bien pour le moment, nous gagnons de l&rsquo;argent en vendant des disques \u00a0: aussi \u00e9trange que cela puisse para\u00eetre, certains m\u00e9lomanes, soit parce qu&rsquo;ils sont attach\u00e9s \u00e0 l&rsquo;objet disque, soit parce qu&rsquo;ils veulent contribuer \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 de l&rsquo;association, ach\u00e8tent de temps en temps un disque, et bon an mal an, cela fait 5 ans que \u00e7a dure dans le cas d&rsquo;Another Record, et force est de constater que nos caisses sont suffisamment remplies pour envisager chaque ann\u00e9e de nouveaux projets.<\/p>\n<p>La critique r\u00e9currente adress\u00e9e \u00e0 ces structures adeptes des licences de libre diffusion stigmatise l&rsquo;absence (relative) de r\u00e9mun\u00e9ration des acteurs de ce petit monde (artistes, animateurs de labels, webzines etc..). Cette critique tombe \u00e0 mon avis d&rsquo;elle m\u00eame si l&rsquo;on consid\u00e8re que, de toutes fa\u00e7ons, ces acteurs n&rsquo;ont pas leur place sur le march\u00e9 traditionnel. Parce que tout simplement leurs musiques n&rsquo;int\u00e9ressent pas suffisamment de gens. On peut regretter que les gens pr\u00e9f\u00e8rent Lorie et la Star Academy \u00e0 Dana Hilliot et Half Asleep, mais, pour ma part je me refuse \u00e0 \u00e9mettre le moindre jugement \u00e0 ce sujet : la chose qui m&rsquo;importe c&rsquo;est qu&rsquo;aux c\u00f4t\u00e9s de la grande route que creuse \u00e0 coup d&rsquo;explosifs dans le paysage l&rsquo;industrie du divertissement subsistent ces petites routes et ces sentiers que je viens d&rsquo;\u00e9voquer.<\/p>\n<p>En quoi cette description d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment pluraliste des pratiques musicales int\u00e9resse l&rsquo;avenir de nos ch\u00e8res m\u00e9diath\u00e8ques ? Et, d&rsquo;une mani\u00e8re plus pragmatique, p<span style=\"font-weight: bold; color: #000000;\">ourquoi les m\u00e9diath\u00e8ques auraient int\u00e9r\u00eat \u00e0 accorder une attention toute particuli\u00e8re aux artistes et aux labels qui diffusent leur musique sous licence libre ?<\/span><\/p>\n<p>Ce sont les questions que nous nous sommes pos\u00e9s au sein de l&rsquo;association \u00a0musique-libre.org, qui r\u00e9unit des centaines d&rsquo;artistes sous licence de libre diffusion. Je r\u00e9sume ici les directions qu&rsquo;on pris nos d\u00e9bats.<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<h2><span style=\"font-style: italic;\">Convergence des int\u00e9r\u00eats des artistes sous licence libre et des m\u00e9diath\u00e8ques<\/span><\/h2>\n<h3>a) l&rsquo;int\u00e9r\u00eat juridique : proposer des usages licites<\/h3>\n<p>Un catalogue accueillant des enregistrements sous licences libres est d\u00e9livr\u00e9 de toute ambigu\u00eft\u00e9 juridique : la copie \u00e9tant autoris\u00e9e\u00a0<span style=\"font-style: italic;\">a priori<\/span>, l&rsquo;usage qui pourrait \u00eatre fait de la musique grav\u00e9e sur ce disque \u00e0 la sortie de la biblioth\u00e8que par l&rsquo;usager ne fera plus l&rsquo;objet d&rsquo;un soup\u00e7on. \u00a0On peut m\u00eame esp\u00e9rer qu&rsquo;un disque emprunt\u00e9 dans une m\u00e9diath\u00e8que essaime \u00e0 partir de l\u00e0, que la musique circule en aval : c&rsquo;est l\u00e0 l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de \u00a0l&rsquo;auteur, d&rsquo;une part, et, d&rsquo;autre part, une cons\u00e9quence conforme au principe qui l\u00e9gitime l&rsquo;existence des m\u00e9diath\u00e8ques publiques : faciliter l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la culture pour tous.<\/p>\n<h3><span style=\"font-style: italic;\">b) l&rsquo;int\u00e9r\u00eat artistique : garantir la diversit\u00e9 cr\u00e9ative<\/span><\/h3>\n<p>Ces musiques sous licence libre, qui \u00e9chappent en g\u00e9n\u00e9ral au march\u00e9 du disque, ou n&rsquo;y p\u00e9n\u00e8trent que par la pointe des pieds, couvrent\u00a0<span style=\"font-style: italic;\">de facto<\/span> des aspects de la cr\u00e9ativit\u00e9 musicale qui n&rsquo;ont pas quasiment plus leur place chez les disquaires (r\u00e9els ou\u00a0<span style=\"font-style: italic;\">online<\/span>) : quand les fonds des m\u00e9diath\u00e8ques accueillent ces enregistrements m\u00e9connus, ils s&rsquo;enrichissent du m\u00eame coup et se diversifient. La r\u00e9duction drastique du nombre de nouveaux artistes sign\u00e9s sur les majors, la compression des catalogues, ne signifie \u00e9videmment pas que la cr\u00e9ation musicale soit en train de se tarir ! Au contraire, elle ne s&rsquo;est jamais aussi bien port\u00e9e ! Elle signifie simplement que les actionnaires de ces grandes soci\u00e9t\u00e9s r\u00e9clament leurs dividendes et, sans avoir fait de longues \u00e9tudes d&rsquo;\u00e9conomie, on peut comprendre que les responsables de ces grandes maisons de disques n&rsquo;aient pas la possibilit\u00e9 de prendre des risques artistiques. Les artistes ind\u00e9pendants des circuits commerciaux n&rsquo;ont pas ces pr\u00e9occupations. Ils peuvent donc se permettre de cr\u00e9er des \u0153uvres sans avenir commercial.<\/p>\n<h3>c)\u00a0<span style=\"font-style: italic;\">l&rsquo;int\u00e9r\u00eat social : rapprocher les artistes et les m\u00e9lomanes<\/span><\/h3>\n<p>Les m\u00e9diath\u00e8ques, en tant que service public, ont en quelque sorte vocation \u00e0 s&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 ces pratiques soi-disant \u00ab\u00a0<span style=\"font-style: italic;\">amateurs<\/span>\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0<span style=\"font-style: italic;\">marginales<\/span>\u00ab\u00a0. Pour la simple et bonne raison que nombre de ces amateurs ou marginaux sont des usagers des m\u00e9diath\u00e8ques. La rar\u00e9faction des interm\u00e9diaires dans le monde des pratiques alternatives de la musique a d\u00e9j\u00e0 pour effet de modifier la relation du public aux artistes &#8211; j&rsquo;aime \u00e0 dire que les labels ind\u00e9pendants ont les auditeurs qu&rsquo;ils m\u00e9ritent : des\u00a0<span style=\"font-style: italic;\">m\u00e9lomanes<\/span> plut\u00f4t que des\u00a0<span style=\"font-style: italic;\">consommateurs<\/span> ou des\u00a0<span style=\"font-style: italic;\">usagers<\/span>. L&rsquo;artiste n&rsquo;est plus cet \u00eatre d&rsquo;exception inaccessible et rare, mais peut \u00eatre \u00e9ventuellement celui-l\u00e0 que vous croisez dans les rayonnages des biblioth\u00e8ques. Par extension on peut imaginer que les m\u00e9diath\u00e8ques de part leur position privil\u00e9gi\u00e9e au coeur de la cit\u00e9, puissent devenir, non seulement des lieux de circulation et de diss\u00e9mination de musiques\u00a0<span style=\"font-style: italic;\">discr\u00e8tes<\/span>, mais \u00e9galement de v\u00e9ritables partenaires de la cr\u00e9ation et des artistes. De multiples initiatives vont d\u00e9j\u00e0 en ce sens (je pense \u00e0 l&rsquo;int\u00e9r\u00eat manifest\u00e9 par la grande m\u00e9diath\u00e8que de Toulouse pour le\u00a0<span style=\"font-style: italic;\">forum des alternatives<\/span> pour la musique cr\u00e9\u00e9 par mes amis du label Unique Records), et il me semble que ces pistes m\u00e9ritent d&rsquo;\u00eatre creus\u00e9es.<\/p>\n<h2><span style=\"font-style: italic;\">Propositions de mise en oeuvre :<\/span><\/h2>\n<h3>1\u00b0<span style=\"font-style: italic;\"> se rencontrer :<\/span><\/h3>\n<p>Des rencontres ponctuelles entre les acteurs de la musique sous licence libre et les responsables des m\u00e9diath\u00e8ques constitueraient sans doute le meilleur moyen pour imaginer des collaborations fructueuses et concr\u00e8tes. Le r\u00e9seau des utilisateurs de licences libres se d\u00e9veloppe : les micro-labels, les associations d&rsquo;artistes ou de m\u00e9lomanes, les webzines, sont de plus en plus nombreux. Cette dynamique \u00e0 la fois locale et nationale compense le manque de moyens de promotion.<\/p>\n<h3>2\u00b0<span style=\"font-style: italic;\">signaler et informer :<\/span><\/h3>\n<p>L&rsquo;instauration d&rsquo;une signal\u00e9tique informant les usagers de leurs droits sur les \u0153uvres qu&rsquo;ils empruntent a fait l&rsquo;objet de nombreuses discussions sur le forum de musique-libre.org.<\/p>\n<p>Pour les disques sous licence de libre diffusion, on peut imaginer un sticker\u00a0<span style=\"font-style: italic;\">Creative Commons<\/span> ou\u00a0<span style=\"font-style: italic;\">Licence de libre diffusion<\/span> coll\u00e9 sur les disques concern\u00e9s, et\/ou un panneau \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e des salles de consultation pr\u00e9cisant les usages permis et limit\u00e9s par ces licences (et , en regard, par le\u00a0<span style=\"font-style: italic;\">copyright<\/span> strict). On pourrait aussi se contenter d&rsquo;introduire dans les outils de recherche un crit\u00e8re \u00ab\u00a0licence de libre diffusion\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Certains pr\u00e9conisent un bac r\u00e9serv\u00e9 aux disques issus de labels ind\u00e9pendants et sous licence libre. D&rsquo;autres ne sont pas favorables \u00e0 cette id\u00e9e consid\u00e9rant que ce qui importe c&rsquo;est la musique, et non pas sa sp\u00e9cificit\u00e9 juridique. Cr\u00e9er un \u00ab\u00a0genre\u00a0\u00bb musical d\u00e9termin\u00e9 par une licence serait absurde. Une licence est un outil, et ne dit rien de la valeur esth\u00e9tique d&rsquo;une \u0153uvre.<\/p>\n<p>D&rsquo;une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, le flou actuel de la licit\u00e9 des usages de la musique enregistr\u00e9e n\u00e9cessite probablement qu&rsquo;une certaine p\u00e9dagogie soit dispens\u00e9e aupr\u00e8s des usagers, les informant de leurs droits et leurs devoirs : les enregistrements sous licence de libre diffusion doivent faire dans ce cadre l&rsquo;objet d&rsquo;une information sp\u00e9cifique.<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold; color: #000000;\">Dans le cas des disques sous\u00a0<\/span><span style=\"font-weight: bold; font-style: italic; color: #000000;\">copyright<\/span><span style=\"font-weight: bold; color: #000000;\"> ou prot\u00e9g\u00e9s par des dispositifs anti-copies, je laisse le soin aux industriels du divertissement d&rsquo;imaginer les voies p\u00e9dagogiques qui semblent les mieux adapt\u00e9es.<\/span><\/p>\n<h3><span style=\"font-style: italic;\">3\u00b0 les m\u00e9diath\u00e8ques et internet :<\/span><\/h3>\n<p>De nombreux enregistrements d&rsquo;artistes ind\u00e9pendants ne font plus l&rsquo;objet aujourd&rsquo;hui d&rsquo;une gravure sur un support solide, mais sont simplement diffus\u00e9s sur internet sous forme de fichiers num\u00e9ris\u00e9s. Les m\u00e9diath\u00e8ques devraient-elles d&rsquo;adapter \u00e0 cette r\u00e9alit\u00e9, et proposer un catalogue num\u00e9ris\u00e9, et pas seulement des disques ? Ont-elles vocation \u00e0 proposer des services en ligne, \u00e0 l&rsquo;image des plates formes de t\u00e9l\u00e9chargements qui se d\u00e9veloppent sur internet ? Mais ne risquent-elles pas en s&rsquo;engageant dans cette voie faire simplement double emploi avec les outils existant d\u00e9j\u00e0 sur le web ? L&rsquo;investissement n\u00e9cessaire en vaut-il la peine ?<\/p>\n<p>La m\u00e9diath\u00e8que n&rsquo;est-elle pas d&rsquo;abord un \u00ab\u00a0lieu\u00a0\u00bb, un certain espace au sein de la cit\u00e9, propice aux d\u00e9couvertes et aux rencontres ? En se d\u00e9doublant en quelque sorte, sous la forme d&rsquo;une entit\u00e9 immat\u00e9rielle, sur internet, ne risque-elle pas de perdre cette qualit\u00e9 sp\u00e9cifique : la cr\u00e9ation de liens sociaux autour des \u0153uvres ?<\/p>\n<p>Il existe d\u00e9j\u00e0 des outils qui seraient bien adapt\u00e9s \u00e0 l&rsquo;organisation des m\u00e9diath\u00e8ques : ainsi la borne de diffusion usb pour les baladeurs num\u00e9riques et autres cl\u00e9f usb a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 exp\u00e9riment\u00e9e dans certains lieux. La\u00a0<span style=\"font-style: italic;\">burn station<\/span> qui permet de graver son propre cd est utilis\u00e9e ponctuellement \u00e0 l&rsquo;occasion de manifestations. Par le biais d&rsquo;une connexion internet, la mise \u00e0 jour des catalogues pourrait se faire en temps r\u00e9el et donc permettre un acc\u00e8s quasi instantan\u00e9 \u00e0 toutes les musiques sous licence libre.<\/p>\n<p>Il n&rsquo;en reste pas moins que la rar\u00e9faction probable des supports tangibles dans les ann\u00e9es \u00e0 venir (disques, cds, vinyls etc&#8230;) ainsi que la croissance des connexions haut d\u00e9bit, met en question la nature m\u00eame de l&rsquo;offre des m\u00e9diath\u00e8ques. (Il ne faudrait pas que les bacs des salles de consultation deviennent \u00e0 terme des \u00ab\u00a0mus\u00e9es\u00a0\u00bb pour nostalgiques du support tangibles).<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<h2><span style=\"font-style: italic;\">Conclusion provisoire :<\/span><\/h2>\n<p><span style=\"font-weight: bold; color: #000000;\">Nous avons souhait\u00e9, en tant qu&rsquo;artistes diffus\u00e9s sous licence libre, m\u00e9lomanes, et usagers des m\u00e9diath\u00e8ques, engager une discussion au sujet de l&rsquo;avenir de la diffusion des musiques que nous aimons. Plus que jamais les m\u00e9diath\u00e8ques nous apparaissent comme un des lieux qui garantissent au sein de la cit\u00e9 la diversit\u00e9 musicale et un acc\u00e8s \u00e0 la culture pour le plus grand nombre. Plut\u00f4t que de c\u00e9der au pessimisme quant \u00e0 l&rsquo;avenir devant les r\u00e9cents projets de lois visant \u00e0 restreindre la circulation de la musique, nous pensons au contraire qu&rsquo;ils sont l&rsquo;occasion d&rsquo;une responsabilisation des m\u00e9lomanes, des m\u00e9diateurs et des auteurs.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold; color: #000000;\">L<\/span>es menaces juridiques qui p\u00e8sent sur la mise \u00e0 disposition d\u2019\u0153uvres enregistr\u00e9es pour le public, pourraient bien finalement cr\u00e9er l&rsquo;opportunit\u00e9 d&rsquo;une nouvelle alliance entre les acteurs des mondes la musique.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans le contexte d&rsquo;un durcissement juridique des modalit\u00e9s de circulation de la musique, les \u00a0situations respectives des artistes et des associations qui d\u00e9fendent un usage non restrictif de la musique, et celle des m\u00e9diath\u00e8ques, qui favorisent, en mettant un large catalogue d&rsquo;oeuvres \u00e0 disposition des usagers, la diffusion et la copie, pr\u00e9sentent des similitudes int\u00e9ressantes.&hellip;<\/p>\n <a href=\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/mediatheques-et-musiques-sous-licence-de-libre-diffusion-une-convergence-dinterets\/\" title=\"M\u00e9diath\u00e8ques et musiques sous licence de libre diffusion : une convergence d&rsquo;int\u00e9r\u00eats ?\" class=\"entry-more-link\"><span>Read More<\/span> <span class=\"screen-reader-text\">M\u00e9diath\u00e8ques et musiques sous licence de libre diffusion : une convergence d&rsquo;int\u00e9r\u00eats ?<\/span><\/a>","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","template":"","meta":{"Layout":"","footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["entry","author-danah","has-pages","post-312","page","type-page","status-publish"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.0 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>M\u00e9diath\u00e8ques et musiques sous licence de libre diffusion : une convergence d&#039;int\u00e9r\u00eats ? - Outside Dana Hilliot<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/mediatheques-et-musiques-sous-licence-de-libre-diffusion-une-convergence-dinterets\/\" \/>\n<link rel=\"next\" href=\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/mediatheques-et-musiques-sous-licence-de-libre-diffusion-une-convergence-dinterets\/2\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"M\u00e9diath\u00e8ques et musiques sous licence de libre diffusion : une convergence d&#039;int\u00e9r\u00eats ? - Outside Dana Hilliot\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Dans le contexte d&rsquo;un durcissement juridique des modalit\u00e9s de circulation de la musique, les \u00a0situations respectives des artistes et des associations qui d\u00e9fendent un usage non restrictif de la musique, et celle des m\u00e9diath\u00e8ques, qui favorisent, en mettant un large catalogue d&rsquo;oeuvres \u00e0 disposition des usagers, la diffusion et la copie, pr\u00e9sentent des similitudes int\u00e9ressantes.&hellip;\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/mediatheques-et-musiques-sous-licence-de-libre-diffusion-une-convergence-dinterets\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Outside Dana Hilliot\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"22 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\/\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/mediatheques-et-musiques-sous-licence-de-libre-diffusion-une-convergence-dinterets\/\",\"url\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/mediatheques-et-musiques-sous-licence-de-libre-diffusion-une-convergence-dinterets\/\",\"name\":\"M\u00e9diath\u00e8ques et musiques sous licence de libre diffusion : une convergence d'int\u00e9r\u00eats ? - Outside Dana Hilliot\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#website\"},\"datePublished\":\"2014-04-17T19:15:26+00:00\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/mediatheques-et-musiques-sous-licence-de-libre-diffusion-une-convergence-dinterets\/\"]}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#website\",\"url\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/\",\"name\":\"Outside Dana Hilliot\",\"description\":\". 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