{"id":2660,"date":"2018-10-11T09:27:27","date_gmt":"2018-10-11T09:27:27","guid":{"rendered":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/?page_id=2660"},"modified":"2025-10-12T09:46:08","modified_gmt":"2025-10-12T09:46:08","slug":"la-vie-insulaire","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/la-vie-insulaire\/","title":{"rendered":"La Vie insulaire"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: right;\"><em>(\u00cele d&rsquo;Yeu, 1987)<\/em><\/p>\n<p>L\u00e0, maintenant, je tremble en entamant la travers\u00e9e de la passerelle qui conduit du pont du bateau de p\u00eache \u00e0 la terre ferme, et je dois admettre que j\u2019ai h\u00e2te de rejoindre l\u2019\u00eele et laisser derri\u00e8re moi le bateau de mes nouveaux amis, Mario et, comment s\u2019appelle-t-il ?, je n\u2019en sais fichtre rien, disons\u00a0: le Capitaine, Mario a dit quelque chose comme\u00a0: \u00ab\u00a0allons voir le Capitaine, il y a du bon vin blanc en cabine \u00bb, tu parles d\u2019un bon vin blanc, dans l\u2019\u00e9tat o\u00f9 j\u2019\u00e9tais, bon ou pas, tu pourrais me faire avaler n\u2019importe quelle piquette, \u00e7a le ferait aussi, et la cabine, une table accroch\u00e9e au mur, quelques \u00e9tag\u00e8res vides et des photographies de filles \u00e0 oualp\u00e9, le verre aux l\u00e8vres, je voyais les lumi\u00e8res du village tanguer par le hublot, mon dieu mais qu\u2019est-ce que je fais l\u00e0\u00a0?, et maintenant, cette fichue passerelle, elle fait combien de large au juste\u00a0?, cinquante centim\u00e8tres \u00e0 peine, faut se m\u00e9fier a dit Mario, et de raconter comment certains sont tomb\u00e9s \u00e0 l\u2019eau entre le bateau et le quai, qu\u2019une secousse du bateau a \u00e9cras\u00e9s contre la jet\u00e9e, alors moi, je n\u2019ai pas le pied marin c\u2019est entendu, d\u00e9j\u00e0 sur la navette qui fait le trajet depuis le continent jusque sur l\u2019\u00eele, je n\u2019\u00e9tais pas trop fier, naviguer, pour peu que l\u2019embarcation s\u2019agite un peu, me donne imm\u00e9diatement envie de vomir, j\u2019avais choisi de me tenir debout \u00e0 la proue, valait mieux affronter les \u00e9l\u00e9ments de face plut\u00f4t que de me terrer dans un coin de la salle des passagers, pli\u00e9 en deux par la naus\u00e9e, en attendant le d\u00e9part du navire, j\u2019avais bu deux bi\u00e8res au bar de l\u2019embarcad\u00e8re, et Boire m\u2019avait donn\u00e9 du courage, je dois \u00e9crire le verbe Boire avec une majuscule parce que, depuis ce matin, depuis ces deux bi\u00e8res au bar de l\u2019Embarcad\u00e8re, il me semble n\u2019avoir pas cess\u00e9 de boire, si on me demande, mais personne ne me demandera rien, qu\u2019est-ce que tu as fait sur l\u2019\u00eele d\u2019Yeu ces deux derniers jours\u00a0?, qu\u2019avais-tu donc \u00e0 faire de si important qu\u2019il te faille abandonner sans pr\u00e9venir la ville, tes \u00e9tudes, tes amis\u00a0?, je r\u00e9pondrais, j\u2019ai bu, je me suis promen\u00e9 un peu, et j\u2019ai bu, j\u2019ai bu dans des bars sur le continent avant d\u2019embarquer, puis sur les quais, apr\u00e8s avoir d\u00e9barqu\u00e9, puis le soir, dans l\u2019unique caf\u00e9 ouvert, on est en hiver, pas l\u2019ombre d\u2019un touriste, que des habitants, que des insulaires, rien \u00e0 voir avec les touristes \u00e7a non\u00a0!, rien qui ressemble \u00e0 ceux de la ville, pour tout dire, en les observant du fond du bar, avant que Mario vienne me tirer de ma retraite et me tra\u00eener au comptoir, puis en les \u00e9coutant d\u00e9blat\u00e9rer sans fin, raconter des histoires, ah \u00e7a, ils en racontent des histoires, eux, les habitants de l\u2019\u00eele, ils ont des histoires \u00e0 raconter au moins, peut-\u00eatre qu\u2019ils en inventent la plupart, mais qu\u2019importe, et tant mieux, \u00e7a prouve qu\u2019ils ont de l\u2019imagination, de la fantaisie, toutes choses dont les habitants de la ville o\u00f9 je vis sont atrocement d\u00e9pourvus, bien s\u00fbr j\u2019ai bu au comptoir aussi, et, quand \u00e0 la fin de la soir\u00e9e, le bateau, ai-je entendu, partait \u00e0 quatre heures du matin, il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 deux heures, \u00e0 quoi bon dormir\u00a0? disait-on, quel genre d\u2019homme peut partir en mer avec une cuite aussi consid\u00e9rable dans le bide, je me demande, moi, en suivant Mario jusqu\u2019\u00e0 son bateau, \u00ab\u00a0on va voir le capitaine\u00a0\u00bb il disait, il a du bon vin blanc, il n\u2019est pas en train de dormir ton Capitaine\u00a0?, j\u2019ai demand\u00e9 en frissonnant \u00e0 cause du froid et de l\u2019alcool, tu plaisantes, il dort pour ainsi dire jamais, c\u2019est pour \u00e7a qu\u2019il est capitaine j\u2019ai pens\u00e9, et donc j\u2019ai bu dans la cabine, bref, except\u00e9 sur le pont de la navette qui, cet apr\u00e8s-midi, m\u2019a conduit sur l\u2019\u00eele, je n\u2019ai pas cess\u00e9 de boire, sur la navette, je tremblais de froid, c\u2019est l\u2019hiver et personne ne prend ce bateau, personne ne va sur l\u2019\u00eele except\u00e9s les habitants, ils vont et viennent de l\u2019\u00eele au continent, quelques adolescents accabl\u00e9s s\u2019en retournant de l\u2019\u00e9cole, on est vendredi soir, une vieille femme charg\u00e9e de sacs remplis au supermarch\u00e9 des Sables-d\u2019Olonne, un homme et trois femme qui, je suppose, sont coll\u00e8gues, travaillent en ville, le ferry accoste et nous descendons sur les quais, il n\u2019y a personne, quelques voitures sont gar\u00e9es, et une multitude de de bateaux de p\u00eache rouge et jaune flotte tranquillement, je d\u00e9barque, mon sac sur l\u2019\u00e9paule, reste quelques minutes debout, encore sonn\u00e9 par la travers\u00e9e, voil\u00e0, on se l\u00e8ve un matin, et, dans la continuit\u00e9 d\u2019un r\u00eave on d\u00e9cide prendre la route, sans aucune raison valable, except\u00e9es sans doute les raisons du r\u00eave, car le r\u00eave a ses raisons, on roule deux heures durant dans la campagne givr\u00e9e, et, au moment du d\u00e9jeuner, on se retrouve, toujours aussi peu r\u00e9veill\u00e9, au bord de la mer, comme quand j\u2019\u00e9tais enfant, on va au bord de la mer, ce week-end, on va au bord de la mer, on n\u2019imagine pas \u00e0 quel point, quand on a v\u00e9cu comme moi, enfant, au huiti\u00e8me \u00e9tage d\u2019un immeuble crasseux dans une cit\u00e9 crasseuse, combien la perspective d\u2019aller au bord de la mer vous affole, vous fait battre le c\u0153ur, et, en m\u00eame temps, vous rend dingue, ivre de bonheur, l\u00e0, maintenant, debout sur le quai, mon sac pos\u00e9 sur la jet\u00e9e, j\u2019ai l\u2019air d\u2019un naufrag\u00e9, l\u2019air d\u2019un type qu\u2019on a trimbal\u00e9 dans le coffre d\u2019une automobile, les yeux band\u00e9s, durant des heures, puis qu\u2019on a simplement jet\u00e9 l\u00e0, sans m\u00e9nagement, c\u2019est un petit village portuaire, quelques rues, de petites maisons aux murs blancs et aux volets bleus, des h\u00f4tels surplombent le quai, les deux plus chics sont ferm\u00e9s, je me replie sur le seul qui soit ouvert hors-saison, le barman qui tient l\u2019h\u00f4tel dit\u00a0: une chambre oui, c\u2019est possible, celle que vous voudrez, la num\u00e9ro 8 a vu sur le port, il risque de faire un peu froid en attendant que le radiateur chauffe, quarante francs, quarante francs la chambre\u00a0: quarante francs !, \u00e0 ce prix-l\u00e0 je pourrais m\u2019installer pour y vivre, tout bonnement louer la chambre \u00e0 l\u2019ann\u00e9e, \u00e7a me co\u00fbterait moins cher que d\u2019habiter sur le continent, je dis que je compte rester deux nuits, deux nuits au moins, apr\u00e8s je ne sais pas, il me regarde en parlant, je sais bien qu\u2019il se demande ce que je fais l\u00e0, en plein hiver, se demande quel \u00e2ge j\u2019ai pour prendre une chambre comme \u00e7a sur l\u2019\u00eele en plein hiver, alors que je devrais \u00eatre au lyc\u00e9e ou \u00e0 la facult\u00e9 sans doute, quelque part sur le continent, je suis comme d\u2019habitude habill\u00e9 tout en noir, mais j\u2019ai \u00f4t\u00e9 mes \u00e9pingles \u00e0 nourrice, rabattu mes cheveux, et je n\u2019ai pas apport\u00e9 le treillis militaire qui ne me quitte pas quand je suis en ville, je ne veux effrayer personne, encore moins me faire remarquer, mais il y a peu de chance que je ne me fasse pas remarquer ici, il ne pose pas de question, je prends la cl\u00e9 et monte \u00e0 l\u2019\u00e9tage \u00e0 la chambre 8, avec vue sur le port, on dirait une chambre dans une cit\u00e9 \u00e9tudiante\u00a0: un lit de camp pour dormeur solitaire, mobilier spartiate, carrelage au sol, sur la petite table, je pose un cahier et un stylo, apr\u00e8s tout je suis venu pour \u00e9crire n\u2019est-ce pas\u00a0?, m\u2019allonge un peu, puis me redresse et vais \u00e0 la plage, c\u2019est la grande plage au nord qui file jusqu\u2019au phare, demain, j\u2019irai au fort qui se dresse sur la falaise de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de l\u2019\u00eele, demain je marcherai, ce soir, je veux juste prendre un peu de bon temps sur la plage, rouler un joint prot\u00e9g\u00e9 du vent glacial par deux rochers, les \u00e9couteurs sur les oreilles, les Buzzcocks peinent \u00e0 couvrir le sifflement du vent, un chien, un labrador noir, passe en courant, il court apr\u00e8s les mouettes, le sentiment de ma propre libert\u00e9, cette libert\u00e9 effrayante et infinie, effrayante parce qu\u2019infinie, me saisit, me tombe dessus, je suis un chien qui court apr\u00e8s les mouettes sur une plage d\u00e9serte, je suis un voyageur qui prend la route \u00e0 cause d\u2019un r\u00eave, au bar, le soir venu, je veux \u00e9crire au sujet de la libert\u00e9 infinie mais aucun mot ne vient, j\u2019ai pos\u00e9 mon carnet et mon crayon entre l\u2019assiette de frites, le plat de moules, et le verre de bi\u00e8re, j\u2019\u00e9tais venu ici pour \u00e9crire, \u00e0 l\u2019\u00e9poque j\u2019\u00e9crivais de la po\u00e9sie, je crois que c\u2019est \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 cette \u00e9poque que j\u2019ai cess\u00e9 d\u2019\u00e9crire de la po\u00e9sie, parce que je me sentais incapable de rendre avec des mots l\u2019intensit\u00e9 des exp\u00e9riences que je vivais, ces exp\u00e9riences, sur l\u2019\u00eele d\u2019Yeu, et ailleurs, partout o\u00f9, suivant l\u2019inspiration d\u2019un r\u00eave, j\u2019ai fini par m\u2019\u00e9chouer, je ne peux en parler qu\u2019aujourd\u2019hui, des dizaines d\u2019ann\u00e9es plus tard, mais l\u00e0, maintenant, dans mon souvenir, je suis assis au fond de l\u2019unique bar ouvert, il y a toute une assembl\u00e9e accroch\u00e9e au comptoir devant moi, qui cause fort, qui boit rude, des p\u00eacheurs, des femmes, des vieux, Mario est venu se pencher \u00e0 ma table et a dit quelque chose comme : ah, un \u00e9crivain !, bien \u00e9videmment j\u2019ai rougi, il a voulu lire mon carnet, j\u2019ai bafouill\u00e9 une r\u00e9ponse, mais, avant m\u00eame que je sois d\u00e9cid\u00e9 au sujet de cette r\u00e9ponse, il avait d\u00e9j\u00e0 le carnet ouvert sous les yeux, et lisait en se marrant, ah, les femmes\u00a0! il a dit, j\u2019aurais voulu dispara\u00eetre au fond de l\u2019oc\u00e9an, il s\u2019est assis \u00e0 ma table et on a commenc\u00e9 \u00e0 discuter des femmes, enfin, c\u2019\u00e9tait surtout lui qui parlait, c\u2019\u00e9tait un marin-p\u00eacheur, et, \u00e0 l\u2019en croire, il avait une femme qui l\u2019attendait dans chaque port de la fa\u00e7ade Atlantique, \u00e0 Lorient, \u00e0 Concarneau, ici, sur l\u2019\u00eele d\u2019Yeu, mais aussi en Espagne, et m\u00eame au Portugal, et elles savent ces femmes qui t\u2019attendent, j\u2019ai demand\u00e9, que tu as un femme dans tous les ports\u00a0?, oui, elles savaient, et des enfants aussi\u00a0?, oui, des enfants, c\u2019est comme \u00e7a, il a fait, c\u2019est ma vie, j\u2019en changerais pour rien au monde, tu m\u2019offres un ch\u00e2teau sur le continent, j\u2019en voudrais pas de ton ch\u00e2teau, ma vraie maison, c\u2019est tout l\u2019oc\u00e9an, les bateaux, les ports, des maisons j\u2019en ai cinq, quand je d\u00e9barque, o\u00f9 que ce soit, il y a toujours une maison o\u00f9 je peux d\u00e9poser mes sacs, c\u2019est comme \u00e7a, on se boit une bi\u00e8re\u00a0?, et je me suis lev\u00e9 pour le suivre au comptoir, et la soir\u00e9e a d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 aussit\u00f4t, les types au comptoir sont venus un par un me raconter leurs histoires, je dois avoir un t\u00eate \u00e0 \u00e7a, une t\u00eate \u00e0 ce qu\u2019on me raconte des histoires, un vieil homme qui fumait la pipe a fait en d\u00e9signant Mario qui se frottait avec un autre gars, c\u2019est mon fils, puis Mario et l\u2019autre gars ont commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9lever la voix, ils sont sortis du bar et se sont carr\u00e9ment mis une rouste sur le trottoir, personne ne mouftait au comptoir, \u00e7a les faisait plut\u00f4t rire, puis les deux se sont ramen\u00e9s, bras dessus bras dessous, la gueule en sang, n\u2019ayant pas fait semblant, une femme d\u2019\u00e2ge mur s\u2019est pr\u00e9cipit\u00e9e pour leur essuyer le visage avec une serviette humide, les conversations n\u2019avaient pas cess\u00e9, on m\u2019en racontait encore et toujours, mon carnet et mon crayon sont demeur\u00e9s sur la table au fond du bar, je n\u2019ai rien not\u00e9 et je ne me souviens de rien, je me suis content\u00e9 d\u2019\u00eatre avec eux, de prendre une murge avec eux, une murge qui co\u00fbtait pas cher, \u00e0 chaque histoire que j\u2019\u00e9coutais, on me payait une bi\u00e8re, au bout d\u2019un moment, il fallait que je m\u2019absente toutes les cinq minutes pour aller pisser, et quand je revenais, la conversation s\u2019\u00e9tait ab\u00eem\u00e9e dans les limbes qui flottaient au-dessus du comptoir, mais un autre prenait bient\u00f4t le relais et j\u2019\u00e9tais perdu, satur\u00e9 par toutes ces bribes d\u2019existence, moi qui n\u2019avait presque rien \u00e0 raconter, les immeubles glauques de mon enfance, l\u2019ennui, la morosit\u00e9, pourquoi voudriez-vous raconter l\u2019ennui \u00e0 des types qui ont une femme dans chaque port de p\u00eache, qui se consid\u00e8rent chez eux dans tous les rades de Bilbao \u00e0 Douarnenez, qui d\u00e8s l\u2019aube suivante, travailleront d\u00e9j\u00e0, au large, en pleine mer, sur le pont du bateau\u00a0?, et quand Mario m\u2019a saisi par le bras, m\u2019a dit qu\u2019il fallait que je rencontre quelqu\u2019un, le Capitaine, il a dit, j\u2019ai pens\u00e9\u00a0: voil\u00e0, avec un peu de chance, cette nuit j\u2019embarque avec eux, cette nuit je deviens mousse, moi qui d\u00e9teste naviguer, qui ne supporte pas les roulis et les tangages, avant m\u00eame d\u2019avoir grimp\u00e9 sur la passerelle, j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 vomi, aussi discr\u00e8tement que possible, entre deux voitures, pr\u00e8s de l\u2019embarcad\u00e8re, les lumi\u00e8res tremblantes du feu des navires dansaient sous mes yeux, j\u2019apercevais des corps d\u2019homme titubant sur le quai, chacun rejoignant son embarcation, j\u2019ai pens\u00e9 \u00e0 Dana Hilliot, le h\u00e9ros d\u2019<em>Ultramarine<\/em>, qui s\u2019engage comme moussaillon sur l\u2019<em>\u0152dipus Tyrannus<\/em> (<em>sic<\/em>), tu en voulais des exp\u00e9riences l\u2019ami\u00a0?, de quoi nourrir ta litt\u00e9rature\u00a0?, H\u00e9 bien ! Te voil\u00e0 servi, c\u2019est toi qu\u2019on verra ce matin d\u00e8s l\u2019aube nettoyer le pont du navire \u00e0 grandes eaux, malade comme un chien \u00e0 cause de l\u2019alcool, du tangage et des roulis, j\u2019ai suivi Mario jusqu\u2019\u00e0 la cabine du Capitaine, en luttant tandis qu\u2019ils parlaient, ces hommes-l\u00e0 ne s\u2019arr\u00eatent donc jamais de parler\u00a0?, contre le sommeil, le vin blanc a achev\u00e9 de me d\u00e9molir, apr\u00e8s quoi j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de regagner ma chambre, et l\u00e0, maintenant, tremblant encore de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la passerelle, les pieds ancr\u00e9s sur la terre ferme, il me tarde de rentrer \u00e0 l\u2019h\u00f4tel, il me tarde d\u2019\u00eatre vingt ans plus tard, quand je serais en mesure d\u2019\u00e9crire au sujet de cette soir\u00e9e et de cette nuit, car, pour le moment, la vie me d\u00e9passe, la vie me d\u00e9borde, il n\u2019est pas encore temps de se souvenir.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(\u00cele d&rsquo;Yeu, 1987) L\u00e0, maintenant, je tremble en entamant la travers\u00e9e de la passerelle qui conduit du pont du bateau de p\u00eache \u00e0 la terre ferme, et je dois admettre que j\u2019ai h\u00e2te de rejoindre l\u2019\u00eele et laisser derri\u00e8re moi le bateau de mes nouveaux amis, Mario et, comment s\u2019appelle-t-il ?, je n\u2019en sais fichtre&hellip;<\/p>\n <a href=\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/la-vie-insulaire\/\" title=\"La Vie insulaire\" class=\"entry-more-link\"><span>Read More<\/span> <span class=\"screen-reader-text\">La Vie insulaire<\/span><\/a>","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"Layout":"","footnotes":""},"categories":[120],"tags":[126],"class_list":["entry","author-danah","post-2660","page","type-page","status-publish","category-observation","tag-observation"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.0 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>La Vie insulaire - Outside Dana Hilliot<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/la-vie-insulaire\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"La Vie insulaire - Outside Dana Hilliot\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"(\u00cele d&rsquo;Yeu, 1987) L\u00e0, maintenant, je tremble en entamant la travers\u00e9e de la passerelle qui conduit du pont du bateau de p\u00eache \u00e0 la terre ferme, et je dois admettre que j\u2019ai h\u00e2te de rejoindre l\u2019\u00eele et laisser derri\u00e8re moi le bateau de mes nouveaux amis, Mario et, comment s\u2019appelle-t-il ?, je n\u2019en sais fichtre&hellip;\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/la-vie-insulaire\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Outside Dana Hilliot\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2025-10-12T09:46:08+00:00\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"13 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\/\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/la-vie-insulaire\/\",\"url\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/la-vie-insulaire\/\",\"name\":\"La Vie insulaire - Outside Dana Hilliot\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#website\"},\"datePublished\":\"2018-10-11T09:27:27+00:00\",\"dateModified\":\"2025-10-12T09:46:08+00:00\",\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/la-vie-insulaire\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/la-vie-insulaire\/\"]}]},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/la-vie-insulaire\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Accueil\",\"item\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"La Vie insulaire\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#website\",\"url\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/\",\"name\":\"Outside Dana Hilliot\",\"description\":\". 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