{"id":2549,"date":"2018-10-07T21:27:15","date_gmt":"2018-10-07T21:27:15","guid":{"rendered":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/?page_id=2549"},"modified":"2025-10-12T09:46:09","modified_gmt":"2025-10-12T09:46:09","slug":"extraits","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/extraits\/","title":{"rendered":"Extraits"},"content":{"rendered":"<p>(extrait 1)<br \/>\nL&rsquo;homme au bandeau s&rsquo;effondra dans la neige, et c&rsquo;est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que nos regards se sont crois\u00e9s, le mien et celui de l&rsquo;homme qui se contentait jusqu&rsquo;alors d&rsquo;observer sans rien dire. J&rsquo;\u00e9tais fascin\u00e9 par ce meurtre, et l&rsquo;homme me regardait, \u00e9galement fascin\u00e9 par ma pr\u00e9sence. Quelques secondes se sont \u00e9coul\u00e9es, le vent et la neige avaient repris leurs droits et saturaient toute perception. Mais quand il a tendu la main dans ma direction tout en parlant \u00e0 son compagnon, celui avec le fusil, celui qui venait d&rsquo;abattre un homme, j&rsquo;ai su qu&rsquo;il fallait que je me tire d&rsquo;ici au plus vite, et, d&rsquo;instinct, j&rsquo;ai entrepris de remonter vers les cr\u00eates : mes skis me porteraient l\u00e0-haut plus rapidement que n&rsquo;importe quel marcheur \u00e0 pied. J&rsquo;ai fil\u00e9 vers les gros rochers plant\u00e9s sur la pente quelques dizaines de m\u00e8tres au-dessus de moi, et ce n&rsquo;est qu&rsquo;une fois \u00e0 l&rsquo;abri que j&rsquo;ai entendu hurler un des hommes, sans doute \u00e0 mon attention \u2014 mais le vent a emport\u00e9 ses paroles et je n&rsquo;ai pas compris. Beaucoup plus distinctement, j&rsquo;ai entendu la d\u00e9flagration du fusil qui a suivi, et j&rsquo;ai continu\u00e9 de prendre de la hauteur en m&rsquo;\u00e9levant le long du ruisseau gel\u00e9.<\/p>\n<p>(extrait 2)<br \/>\nTu aimes la lune quand elle est grise ?<br \/>\nJe n&rsquo;ai pas r\u00e9pondu, mais j&rsquo;aurais pu r\u00e9pondre que je pr\u00e9f\u00e9rais la lune, quelle que soit sa couleur, quand elle ne mena\u00e7ait pas de s&rsquo;\u00e9craser sur nos t\u00eates.<br \/>\nElle eut ce petit rire insupportable \u2014 qui m&rsquo;insupportait \u00e9tant donn\u00e9 les circonstances \u2014 et d\u00e9tala dans la prairie jusqu&rsquo;au rocher de granit qui surplombait la combe. Viens donc, on verra mieux de l\u00e0-haut ! Et la voil\u00e0 qui grimpait sans effort manifeste au sommet du caillou.<br \/>\nJ&rsquo;ai marmonn\u00e9 quelque chose comme quoi je resterai l\u00e0, que maintenant c&rsquo;en \u00e9tait assez, qu&rsquo;elle file comme le vent, qu&rsquo;elle s&rsquo;envole m\u00eame, cette fois-ci, je ne la suivrai pas.<\/p>\n<p>(extrait 3)<br \/>\nMa joue coll\u00e9e contre la sienne, sa joue chaude, l&rsquo;odeur qu&rsquo;elle avait forc\u00e9ment en tra\u00eenant comme elle en avait l&rsquo;habitude dans les \u00e9tables, j&rsquo;essayais de capter son regard, un dernier regard, en vain, le blanc de ses yeux prenait toute la place comme si elle regardait le ciel, sa langue pendait en dehors de sa gueule, une langue rose interminable avec laquelle elle me l\u00e9chait le visage quand elle \u00e9tait reconnaissante, apr\u00e8s une promenade dans les montagnes par exemple \u2014 peut-\u00eatre souhaitait-elle \u00e0 cet instant mourir tranquille \u2014 la plupart des animaux quand ils sentent la mort arriver pr\u00e9f\u00e8rent s&rsquo;isoler. Mais j&rsquo;avais besoin d&rsquo;\u00eatre l\u00e0, tout contre elle, de respirer avec elle ce dernier souffle, de sentir l&rsquo;instant du dernier soubresaut, ma main droite caressait son poitrail et ma main gauche reposait sur son cr\u00e2ne. Tu peux partir maintenant, j&rsquo;ai dit, je t&rsquo;aime j&rsquo;ai dit, en sanglotant j&rsquo;ai dit, merci, merci, tu peux t&rsquo;en aller ma ch\u00e9rie.<\/p>\n<p>(extrait 4)<br \/>\nJe suis s\u00fbre que dans ce bureau, il y a des enfants qui sont morts, \u00e0 chaque fois que j&rsquo;entre dans ce bureau pour voir la directrice, je ne peux pas \u00eatre dans mon \u00e9tat normal car j&rsquo;ai vu ces enfants, je suppose que la directrice ne sait rien de ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 autrefois dans ce bureau, car les enfants sont habill\u00e9s \u00e0 l&rsquo;ancienne, tu vois, avec des vareuses bleues fonc\u00e9es, c&rsquo;\u00e9tait bien avant que la directrice ne s&rsquo;installe dans ce bureau, tu vois.<\/p>\n<p>(extrait 6)<br \/>\nSi finalement elle s&rsquo;est enferm\u00e9e l\u00e0 dans ma douche c&rsquo;est bien que tout vieil infortun\u00e9 que je sois&#8230; Bref ! Venons en au fait ! Surgissant donc envelopp\u00e9e d&rsquo;une serviette longue orn\u00e9e d&rsquo;un Bugs Bunny hilare qui dissimule tout des \u00e9paules aux mollets qu&rsquo;elle a fort rondelets s&rsquo;avance devant moi qui je le rappelle attend puisqu&rsquo;elle m&rsquo;a dit d&rsquo;attendre bouge pas ! (o\u00f9 donc irais-je ? m\u00eame pas un bureau dans ce trou) et l\u00e0, avec un large sourire rose et humide ses cheveux blonds d\u00e9ferlant sur la serviette m\u00eame pas s\u00e8che ! pas du tout s\u00e8che ! : laisse glisser son voile et son Bunny, et l\u00e0 juste \u00e0 la hauteur de mes yeux de mon nez de ma bouche tr\u00e8s exactement le bas du ventre rebondi et le pubis orn\u00e9 d&rsquo;un poil ras soigneusement taill\u00e9 et par dessous car \u00e9videmment quoique un peu suffoquant j&rsquo;ai la pr\u00e9sence d&rsquo;esprit d&rsquo;y jeter un \u0153il avant de lever la t\u00eate les l\u00e8vres saillantes et perlantes aller donc y voir \u00e0 l&rsquo;\u00e9tage au dessus : d&rsquo;\u00e9clatantes et fi\u00e8res poitrines au bout desquelles ces larges mamelons bruns \u00e0 vous couper le souffle \u2014 Le souffle coup\u00e9 je parviens avec peine \u00e0 me d\u00e9tacher de ces merveilles et tente une communication verbale \u00e0 destination de cette bouille hilare comme Bunny, lequel g\u00eet d\u00e9sormais \u00e0 terre, mon pauvre lapin, c&rsquo;est mon tour maintenant, chacun le sien ! et : \u00ab Bonjour Toi \u00bb ce qui la fait rire \u00e9videmment, tellement c&rsquo;est inappropri\u00e9 et par vengeance et n&rsquo;y tenant plus faut pas exag\u00e9rer quand m\u00eame je ne suis pas un po\u00e8te et rien moins qu&rsquo;un contemplatif en ces affaires-l\u00e0, je saisis ce qui se pr\u00e9sente devant moi et veut bien se laisser saisir, \u00e0 pleine bouche.<\/p>\n<p>(extrait 7)<\/p>\n<p>J&rsquo;ai fini par atteindre un rivage : une vaste \u00e9tendue d&rsquo;eau, probablement un bras de mer, saturait l&rsquo;horizon, me s\u00e9parant des terres que j&rsquo;imagine au loin. Depuis, je marche en longeant la c\u00f4te, quand la topographie m&rsquo;y autorise, et trop souvent, un glacier s&rsquo;\u00e9crasant dans les eaux sombres, ou bien d&rsquo;interminables falaises gel\u00e9es, m&rsquo;obligent \u00e0 d&rsquo;infinis d\u00e9tours. Je me prends \u00e0 penser qu&rsquo;il n&rsquo;est peut-\u00eatre aucun acc\u00e8s \u00e0 aucune autre terre par ce chemin-l\u00e0, que j&rsquo;arpente en r\u00e9alit\u00e9 une \u00eele, une \u00eele gigantesque, dont je fais le tour, qu&rsquo;apr\u00e8s la catastrophe, par je ne sais quel miracle, le morceau de terre sur lequel nous \u00e9tions r\u00e9fugi\u00e9s s&rsquo;est d\u00e9tach\u00e9 du continent, ou que l&rsquo;oc\u00e9an a repris ses droits recouvrant les isthmes et les p\u00e9ninsules, noyant les zones c\u00f4ti\u00e8res, et me voil\u00e0 emprisonn\u00e9 sur la partie la plus hostile du monde d\u00e9vast\u00e9.<\/p>\n<p>(extrait 8)<\/p>\n<p>Il rentra \u00e0 la fin de l&rsquo;automne.<br \/>\nElle dit : \u00ab Je peux voir la neige dans tes yeux \u00bb.<br \/>\nDix jours plus tard, d\u00e9j\u00e0, il \u00e9tait reparti.<br \/>\nPar orgueil, ou bien parce qu&rsquo;elle d\u00e9sirait son bien \u00e0 lui, jamais elle n&rsquo;aurait manifest\u00e9 le d\u00e9sir de le retenir, jamais elle n&rsquo;aurait os\u00e9 se plaindre, jamais elle ne lui aurait demand\u00e9 de choisir.<br \/>\nCe fut sa derni\u00e8re randonn\u00e9e. En traversant une pente en devers, il perdit pied, le passage \u00e9tait facile d&rsquo;acc\u00e8s, il en traversait de bien plus dangereux, c&rsquo;\u00e9tait stupide de mourir ainsi, mais il glissa sur une plaque de glace interminable, son corps lanc\u00e9 comme une balle inerte, incontr\u00f4lable, percuta violemment un rocher, puis un autre, et quand la chute prit fin, il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 bel et bien mort.<br \/>\nOn l&rsquo;informa de sa disparition dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi, mais elle l&rsquo;avait d\u00e9j\u00e0 vue en r\u00eave, des images sinistres la hantaient depuis son d\u00e9part.<br \/>\nElle \u00e9tait jeune encore, elle refit sa vie comme on dit.<\/p>\n<p>(extrait 9 \u2014 pour Jos\u00e9 Bubu )<\/p>\n<p>L&rsquo;heure \u00e9tait venue de regagner le bateau. La journ\u00e9e avait \u00e9t\u00e9 correcte, sans plus. En remontant pour la cinqui\u00e8me fois, il se sentait particuli\u00e8rement bien, c&rsquo;\u00e9tait encore meilleur quand il pleuvait sur l&rsquo;\u00e9tang, il travaillait sous la surface stri\u00e9e de petits \u00e9clats lumineux, prot\u00e9g\u00e9, \u00e0 l&rsquo;abri, envelopp\u00e9 et confiant, se mouvant sans peine, effleurant la vase. Il \u00e9mergea au milieu de l&rsquo;immensit\u00e9, il s&rsquo;arrima \u00e0 la bou\u00e9e secou\u00e9e par les vagues discr\u00e8tes, le sac rempli de palourdes suspendu \u00e0 sa ceinture, fit glisser son masque par dessus son cr\u00e2ne, et regarda en direction de l&rsquo;endroit o\u00f9 ils avaient ancr\u00e9 le bateau. <\/p>\n<p>Le bateau n&rsquo;\u00e9tait plus l\u00e0 o\u00f9 il \u00e9tait cens\u00e9 \u00eatre. Peut-\u00eatre s&rsquo;\u00e9tait-il en nageant \u00e9cart\u00e9 plus qu&rsquo;il n&rsquo;aurait cru du point de ralliement ? Il regarda encore. Seules les eaux infinies de l&rsquo;\u00e9tang s&rsquo;offrait \u00e0 lui, masse sombre sous le ciel encore plus sombre.<\/p>\n<p>(extrait 10)<\/p>\n<p>\u00c0 plusieurs reprises, elle s&rsquo;est enfui. Avant la fin. Parfois, je la r\u00e9cup\u00e9rais dans l&rsquo;escalier, ce grand escalier sombre en bois fonc\u00e9 \u2013 j&rsquo;avais toujours peur qu&rsquo;elle se rompe le cou en le d\u00e9valant, prise d&rsquo;une sorte de terreur qui ne lui laissait d&rsquo;autre choix que de fuir \u00e0 l&rsquo;instant. S&rsquo;ensuivait un corps \u00e0 corps confus, elle s&rsquo;effor\u00e7ant d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 ma voix, \u00e0 mon corps qui s&rsquo;interposait, \u00e0 mes mains qui lui saisissaient le bras : \u00ab Attendez ! Je ne peux pas vous laisser partir dans cet \u00e9tat ! \u00bb Parfois alors, elle remontait. Elle s&rsquo;installait \u00e0 nouveau, g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 un autre endroit de la pi\u00e8ce, par exemple, s&rsquo;asseyait \u00e0 m\u00eame le sol, et j&rsquo;en faisais autant, ou pas, et la s\u00e9ance pouvait durer une heure de plus que pr\u00e9vu si j&rsquo;en avais le loisir. Nous parlions de ce qui venait de se passer ou de tout autre chose. Nous nous efforcions de r\u00e9tablir une apparence de relation civilis\u00e9e. <\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Un soir je l&rsquo;ai cherch\u00e9e \u2014 sur les voies de chemin de fer \u2014 je crois que je cherchais quel fil tirer de l&rsquo;\u00e9cheveau des paroles qu&rsquo;elle m&rsquo;avait confi\u00e9es.<br \/>\nJe sentais que j&rsquo;\u00e9tais en train de la perdre, pr\u00e9cis\u00e9ment ce soir l\u00e0<br \/>\nElle m&rsquo;avait d\u00e9crit le plaisir qu&rsquo;elle prenait \u00e0 s&rsquo;allonger sur les rails en hiver, les rails de la pauvre voie du chemin de fer local, sur lesquels passe un train par jour, quand il en passe un, comment avec le froid glacial, sa peau, ses v\u00eatements, finissaient par coller au m\u00e9tal, qu&rsquo;elle attendait l\u00e0 qu&rsquo;une locomotive survienne dans un fracas strident, un engin de mort lanc\u00e9 \u00e0 vive allure esp\u00e9rant qu&rsquo;elle n&rsquo;aurait pas le temps de. <\/p>\n<p>Je ne l&rsquo;ai pas trouv\u00e9 ce soir-l\u00e0 mais, peu apr\u00e8s, je suis tomb\u00e9 malade, des douleurs abdominales qui me pliaient en deux, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que je tombe \u00e0 genoux, et me clouaient au sol.<\/p>\n<p>(extrait 11)<\/p>\n<p>DE LA VISITE &#8211; d&rsquo;abord le ferrailleux grondement chaotique d&rsquo;un moteur qu&rsquo;on entend de fort loin qui r\u00e9sonne dans toute la prairie (je quitte ma cuisine deux poign\u00e9es de riz faisant une gigue subaquatique de tous les diables dans une casserole et sors voir un peu) puis jaillissant de l&rsquo;arri\u00e8re du pickup un border colley jappant et haletant langue pendante et filant au sprint dans les grandes \u00e9tendues de jouissance infinies, faut les voir mater un troupeau de vaches redevenues \u00e0 moiti\u00e9 sauvages ! l\u00e0 pas de troupeau mais tout un univers de stimuli sensoriels dont nous autres, bip\u00e8des vulgaires, ignorons tout ou presque, enfin s&rsquo;extirpant avec lenteur de l&rsquo;engin de locomotion d\u00e9cor\u00e9e d&rsquo;\u00e9claboussures des tourbi\u00e8res environnantes, un gitane au bec et la casquette enfonc\u00e9e jusqu&rsquo;aux joues, mon propri\u00e9taire, si je puis dire, soixante-dix printemps au moins mais le pas assur\u00e9 et le regard vaillant avec ses petits yeux malins entour\u00e9s de fines veines rouges saillantes, mon propri\u00e9taire, que j&rsquo;ai pay\u00e9 d&rsquo;avance, et grassement, au vu des prestations du logement en question, mon propri\u00e9taire qui fait j&rsquo;imagine sa visite de courtoisie, ou de contr\u00f4le ou qui vient prendre quelques informations destin\u00e9es \u00e0 satisfaire la curiosit\u00e9 des habitants du village voisin, ce qui se comprend, savoir si je suis mort ou pas, si je suis r\u00e9ellement compl\u00e8tement cingl\u00e9 ou juste un peu d\u00e9rang\u00e9, vu que la premi\u00e8re route est \u00e0 deux heures de marche et qu&rsquo;il a neig\u00e9 la semaine derni\u00e8re<\/p>\n<p>(extrait 12)<\/p>\n<p>Une vie sans animaux, elle ne vaudrait pas la peine, pens\u00e9-je, cet apr\u00e8s-midi en redescendant du col, j&rsquo;ai crois\u00e9 un renard, il filait \u00e0 travers la route minuscule, s&rsquo;est r\u00e9fugi\u00e9 sous les sapins, ce renard m&rsquo;a rappel\u00e9 un autre renard, un renard que je croisais quasiment chaque jour quand j&rsquo;habitais dans une ferme, \u00e0 trois kilom\u00e8tres du premier village, c&rsquo;\u00e9tait il y a bien longtemps, une ferme isol\u00e9e au milieu des bl\u00e9s, je louais une sorte de maison hors saison, parce que, hors saison, les paysans m&rsquo;avaient fait un prix, j&rsquo;y ai v\u00e9cu six mois, entre janvier et juin, il y avait dans cette maison sept lits et je dormais chaque soir dans un lit diff\u00e9rent, quand je n&rsquo;allais pas travailler, je passais mes journ\u00e9es dans cette maison, ou dans le jardin, \u00e0 lire ou \u00e9couter la radio, mais tous les matins, j&rsquo;allais au caf\u00e9 \u00e0 pied depuis la ferme isol\u00e9e jusqu&rsquo;au village, je passais par un petit morceau de for\u00eat, il y avait un sentier, et, chaque matin, je croisais ce renard, un petit renard \u00e0 la robe rousse et une longue queue touffue, \u00e0 force de se rencontrer, le renard n&rsquo;avait plus vraiment peur, il savait sans doute que je ne faisais que passer, sans lui vouloir aucun mal, sans rien lui vouloir en r\u00e9alit\u00e9, je me contentais de me r\u00e9jouir qu&rsquo;il y ait l\u00e0, dans ce bois, aux abords de ce sentier, un renard, qui avait ses habitudes, et moi j&rsquo;avais les miennes, on \u00e9tait fait pour s&rsquo;entendre donc, je suppose que les paysans dans leur ferme avec leurs poules n&rsquo;auraient pas appr\u00e9ci\u00e9 la pr\u00e9sence de ce renard dans le bois \u00e0 c\u00f4t\u00e9 comme je l&rsquo;appr\u00e9ciais, mais c&rsquo;est ainsi, que voulez-vous, les poules n&rsquo;ont jamais fait bon m\u00e9nage avec les renards et les propri\u00e9taires de poules voient les renards d&rsquo;un mauvais oeil, ce qui peut se comprendre, pens\u00e9-je en regardant ce renard filer devant la voiture tandis que je descendais d&rsquo;une longue randonn\u00e9e \u00e0 skis sur les hauteurs du col de la Mol\u00e8de.<\/p>\n<p>(extrait 13)<\/p>\n<p>Maurice se l\u00e8ve invariablement \u00e0 cinq heures, on n&rsquo;imagine pas \u00e0 quel point c&rsquo;est affreux de se lever si t\u00f4t, le d\u00e9sespoir qui vous accable, surtout en hiver, quand la nuit encore se montre d&rsquo;une densit\u00e9 si imp\u00e9n\u00e9trable, il se l\u00e8ve non pas parce qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9veille, en r\u00e9alit\u00e9, \u00e7a fait d\u00e9j\u00e0 deux bonnes heures qu&rsquo;il ne dort plus, ou alors plus vraiment, une partie de lui r\u00eavasse, une autre surveille les chiffres rougeoyants du r\u00e9veil matin, attend cinq heures, il pense que cinq heures est une heure raisonnable pour s&rsquo;extirper du lit, enfiler un pull, allumer la radio, certains journaux radiophoniques d\u00e9marrent \u00e0 cinq heures, les \u00e9meutes prennent chaque matin de l&rsquo;ampleur, le gouvernement et l&rsquo;arm\u00e9e sont divis\u00e9es entre l&rsquo;intervention au Maghreb et le r\u00e9tablissement de l&rsquo;ordre dans les villes du pays, encore deux heures avant l&rsquo;ouverture de la boulangerie et du bureau de tabac o\u00f9 il pourra acheter le journal et si ce matin est le matin d&rsquo;un dimanche alors Maurice, avant d&rsquo;aller \u00e0 la messe jouera sur son orgue \u00e9lectrique de vieux airs de bal ou de la musique sacr\u00e9e de sa composition, car Maurice, qui, lorsqu&rsquo;il travaillait, \u00e9tait \u00e9lectricien, se r\u00eave organiste \u00e0 la Cath\u00e9drale, et Maurice, qui croit en Dieu sans enthousiasme, ne manquerait jamais la messe du dimanche, \u00e0 cause de l&rsquo;orgue, bien qu&rsquo;il n&rsquo;ait jamais os\u00e9, non, jamais, demander si par hasard il aurait pu, juste pour voir, grimper tout au sommet de la nef jusqu&rsquo;au fauteuil de l&rsquo;organiste, bien qu&rsquo;il aurait tellement aim\u00e9, de ses doigts fins et m\u00e9ticuleux actionner les grandes orgues cuivr\u00e9es, immenses sous ses doigts fins.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(extrait 1) L&rsquo;homme au bandeau s&rsquo;effondra dans la neige, et c&rsquo;est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que nos regards se sont crois\u00e9s, le mien et celui de l&rsquo;homme qui se contentait jusqu&rsquo;alors d&rsquo;observer sans rien dire. J&rsquo;\u00e9tais fascin\u00e9 par ce meurtre, et l&rsquo;homme me regardait, \u00e9galement fascin\u00e9 par ma pr\u00e9sence. Quelques secondes se sont \u00e9coul\u00e9es, le vent&hellip;<\/p>\n <a href=\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/extraits\/\" title=\"Extraits\" class=\"entry-more-link\"><span>Read More<\/span> <span class=\"screen-reader-text\">Extraits<\/span><\/a>","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"Layout":"","footnotes":""},"categories":[120],"tags":[126],"class_list":["entry","author-danah","post-2549","page","type-page","status-publish","category-observation","tag-observation"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v28.5 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Extraits - Outside Dana Hilliot<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/extraits\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Extraits - Outside Dana Hilliot\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"(extrait 1) L&rsquo;homme au bandeau s&rsquo;effondra dans la neige, et c&rsquo;est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que nos regards se sont crois\u00e9s, le mien et celui de l&rsquo;homme qui se contentait jusqu&rsquo;alors d&rsquo;observer sans rien dire. J&rsquo;\u00e9tais fascin\u00e9 par ce meurtre, et l&rsquo;homme me regardait, \u00e9galement fascin\u00e9 par ma pr\u00e9sence. Quelques secondes se sont \u00e9coul\u00e9es, le vent&hellip;\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/extraits\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Outside Dana Hilliot\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2025-10-12T09:46:09+00:00\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"13 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\\\/\\\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/outsiderland.com\\\/danahilliot\\\/extraits\\\/\",\"url\":\"https:\\\/\\\/outsiderland.com\\\/danahilliot\\\/extraits\\\/\",\"name\":\"Extraits - Outside Dana Hilliot\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/outsiderland.com\\\/danahilliot\\\/#website\"},\"datePublished\":\"2018-10-07T21:27:15+00:00\",\"dateModified\":\"2025-10-12T09:46:09+00:00\",\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/outsiderland.com\\\/danahilliot\\\/extraits\\\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\\\/\\\/outsiderland.com\\\/danahilliot\\\/extraits\\\/\"]}]},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/outsiderland.com\\\/danahilliot\\\/extraits\\\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Accueil\",\"item\":\"https:\\\/\\\/outsiderland.com\\\/danahilliot\\\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"Extraits\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/outsiderland.com\\\/danahilliot\\\/#website\",\"url\":\"https:\\\/\\\/outsiderland.com\\\/danahilliot\\\/\",\"name\":\"Outside Dana Hilliot\",\"description\":\". Archives . Activit\u00e9s . Projets .\",\"publisher\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/outsiderland.com\\\/danahilliot\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/201a1fef0f5c2897bd65e98bcf6b1179\"},\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\\\/\\\/outsiderland.com\\\/danahilliot\\\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":[\"Person\",\"Organization\"],\"@id\":\"https:\\\/\\\/outsiderland.com\\\/danahilliot\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/201a1fef0f5c2897bd65e98bcf6b1179\",\"name\":\"danahilliot\",\"image\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/outsiderland.com\\\/danahilliot\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2026\\\/02\\\/50801449407_a909f2c1ad_k.jpg\",\"url\":\"https:\\\/\\\/outsiderland.com\\\/danahilliot\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2026\\\/02\\\/50801449407_a909f2c1ad_k.jpg\",\"contentUrl\":\"https:\\\/\\\/outsiderland.com\\\/danahilliot\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2026\\\/02\\\/50801449407_a909f2c1ad_k.jpg\",\"width\":2048,\"height\":1536,\"caption\":\"danahilliot\"},\"logo\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/outsiderland.com\\\/danahilliot\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2026\\\/02\\\/50801449407_a909f2c1ad_k.jpg\"}}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"Extraits - Outside Dana Hilliot","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/extraits\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"Extraits - Outside Dana Hilliot","og_description":"(extrait 1) L&rsquo;homme au bandeau s&rsquo;effondra dans la neige, et c&rsquo;est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que nos regards se sont crois\u00e9s, le mien et celui de l&rsquo;homme qui se contentait jusqu&rsquo;alors d&rsquo;observer sans rien dire. J&rsquo;\u00e9tais fascin\u00e9 par ce meurtre, et l&rsquo;homme me regardait, \u00e9galement fascin\u00e9 par ma pr\u00e9sence. Quelques secondes se sont \u00e9coul\u00e9es, le vent&hellip;","og_url":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/extraits\/","og_site_name":"Outside Dana Hilliot","article_modified_time":"2025-10-12T09:46:09+00:00","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"13 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/extraits\/","url":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/extraits\/","name":"Extraits - Outside Dana Hilliot","isPartOf":{"@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#website"},"datePublished":"2018-10-07T21:27:15+00:00","dateModified":"2025-10-12T09:46:09+00:00","breadcrumb":{"@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/extraits\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/extraits\/"]}]},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/extraits\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Accueil","item":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"Extraits"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#website","url":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/","name":"Outside Dana Hilliot","description":". Archives . Activit\u00e9s . Projets .","publisher":{"@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#\/schema\/person\/201a1fef0f5c2897bd65e98bcf6b1179"},"potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":["Person","Organization"],"@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#\/schema\/person\/201a1fef0f5c2897bd65e98bcf6b1179","name":"danahilliot","image":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/50801449407_a909f2c1ad_k.jpg","url":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/50801449407_a909f2c1ad_k.jpg","contentUrl":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/50801449407_a909f2c1ad_k.jpg","width":2048,"height":1536,"caption":"danahilliot"},"logo":{"@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/50801449407_a909f2c1ad_k.jpg"}}]}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/2549","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2549"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/2549\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2550,"href":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/2549\/revisions\/2550"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2549"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2549"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2549"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}