{"id":2547,"date":"2018-10-07T21:18:51","date_gmt":"2018-10-07T21:18:51","guid":{"rendered":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/?page_id=2547"},"modified":"2025-10-12T09:46:09","modified_gmt":"2025-10-12T09:46:09","slug":"hair-allen-carr","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/hair-allen-carr\/","title":{"rendered":"Ha\u00efr Allen Carr"},"content":{"rendered":"<p><strong>Zero<\/strong><\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 des \u00e9pisodes pr\u00e9c\u00e9dents<\/strong> :<em> il n&rsquo;existe pas d&rsquo;\u00e9pisodes pr\u00e9c\u00e9dents<\/em><\/p>\n<p>21h15 : Il reste assez pour en rouler encore trois. Mes derni\u00e8res cigarettes contiendront peu de tabac, beaucoup de papier, un filtre. Le papier et le filtre sont biod\u00e9gradables, raison pour laquelle les fabricants ont appos\u00e9 le sigle BIO sur l&#8217;emballage. Sur le paquet de tabac, il est rappel\u00e9 au consommateur qu&rsquo;il va mourir. Je ne pense pas oublier que je vais mourir une fois que j&rsquo;aurais jet\u00e9 ce paquet, le dernier. Allen Carr, \u00e0 qui la v\u00e9rit\u00e9 fut r\u00e9v\u00e9l\u00e9e, et qui, dans son infinie g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 (13 millions d&rsquo;exemplaires vendues dans le monde) nous l&rsquo;a transmise dans un petit livre de 236 pages, dont je poss\u00e8de un exemplaire de l&rsquo;\u00e9dition de poche, propose une m\u00e9thode simple pour en finir. C&rsquo;est facile, dit-il. Allen Carr a fait fortune en arr\u00eatant de fumer. Il doit beaucoup \u00e0 la cigarette, reconna\u00eet-il dans la pr\u00e9face \u00e0 la seconde \u00e9dition. Des centaines de milliers d&rsquo;anglais, bient\u00f4t suivis par des centaines de milliers de non-anglais, ont d\u00e9pens\u00e9 des milliers d&rsquo;euros pour suivre les s\u00e9minaires qu&rsquo;il organise, ou que ses disciples les plus comp\u00e9tents organisent, et, \u00e0 la fin du livre, on trouve un carnet d&rsquo;adresses cons\u00e9quent, avec des num\u00e9ros de t\u00e9l\u00e9phone. On peut appeler des repr\u00e9sentants authentiques de Allen Carr dans bien des pays, la Bulgarie, le Chili, l&rsquo;\u00eele Maurice, Singapour ou l&rsquo;Australie. Bizarrement, aucun pays d&rsquo;Afrique n&rsquo;est \u00e9quip\u00e9 pour recevoir les patients d&rsquo;Allen Carr.<\/p>\n<p>En grimpant cet apr\u00e8s-midi au signal de Margeride, avec les chiens, je me suis mis \u00e0 penser \u00e0 la cigarette, \u00e0 la fin de la cigarette et au livre d&rsquo;Allen Carr. Je me sentais un peu triste. Allen recommande au contraire d&rsquo;\u00eatre heureux. La pente est rude \u00e0 cet endroit, quand on prend le chemin apr\u00e8s Trailus, et le temps \u00e9tait lourd, presque orageux, mais je me suis efforc\u00e9 de suivre son conseil. J&rsquo;avais laiss\u00e9 le paquet de tabac dans la voiture, tout en sachant pertinemment que la randonn\u00e9e prendrait au moins deux heures. Tant qu&rsquo;on avan\u00e7ait sous le couvert de la for\u00eat, \u00e0 l&rsquo;ombre, je me sentais bien. Les talus au bord du chemin \u00e9taient couverts de m\u00fbriers, de framboisiers, il restait m\u00eame quelques myrtilles. Iris adore les fruits des bois. Capou les d\u00e9daigne. Et moi je n&rsquo;avais pas de tabac. Arriv\u00e9 sur les estives, et bient\u00f4t sur la cr\u00eate, j&rsquo;ai obliqu\u00e9 en direction du Signal, un grand observatoire en bois qui donne un peu d&rsquo;ombre. On s&rsquo;est assis par terre entre deux massifs de bruy\u00e8res violettes, les chiens ont bu dans leur gamelle, et, j&rsquo;ai essay\u00e9 d&rsquo;oublier qu&rsquo;il aurait \u00e9t\u00e9 tellement agr\u00e9able, \u00e0 ce moment pr\u00e9cis d&rsquo;en griller une petite. Je songeais \u00e0 cette petite avec une infinie tendresse et une exquise bienveillance. Les chiens se sont allong\u00e9s tout contre moi pour faire un petit somme, et, pour oublier celle qui me manquait, j&rsquo;ai pris, tout allong\u00e9, des photographies des avions que je voyais traverser les nuages.<\/p>\n<p>La carri\u00e8re d&rsquo;Allen Carr a d\u00e9coll\u00e9 apr\u00e8s qu&rsquo;il ait, le 15 juillet 1983, \u00e9teint sa derni\u00e8re cigarette. Depuis, il fait fortune en reprochant aux fumeurs leur stupidit\u00e9, leur cr\u00e9tinerie, leur hypocrisie, leur mauvaise foi, leur propension au mensonge et \u00e0 la mesquinerie, toutes les histoires que ces abrutis, au rang desquels \u00e0 l&rsquo;heure qu&rsquo;il est, je me compte encore, il n&rsquo;en sera plus ainsi dans quelques heures, se racontent pour \u00e9dulcorer et justifier leur soumission maladive \u00e0 la nicotine, leur capacit\u00e9 suspecte \u00e0 la r\u00e9gression, leur sale petite monomanie qui les condamne, quoiqu&rsquo;ils en disent, \u00e0 \u00e9voluer en ce bas-monde tels de vulgaires toxicomanes, s&rsquo;agitant vaguement entre deux prises, faisant semblant d&rsquo;\u00eatre pr\u00e9sent au monde, quand, en r\u00e9alit\u00e9, cette pr\u00e9sence n&rsquo;est qu&rsquo;une feinte, press\u00e9e qu&rsquo;elle est par le regret de la bouff\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente et l&rsquo;attente f\u00e9brile de la prochaine. Tout cela est bel et bien observ\u00e9 Allen. Des millions de personnes ont malgr\u00e9 tout achet\u00e9 et lu ce livre. Il est m\u00eame probable qu&rsquo;ils l&rsquo;aient lu jusqu&rsquo;au bout. Allen les y invite d\u00e8s les premi\u00e8res pages : surtout, n&rsquo;arr\u00eatez pas de fumer tant que vous n&rsquo;aurez pas termin\u00e9 la lecture de ce livre ! En ce qui me concerne, j&rsquo;ai suivi le conseil \u00e0 la lettre. J&rsquo;avais bien entam\u00e9 la lecture, au printemps dernier, mais, comme je n&rsquo;\u00e9tais pas d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 arr\u00eater, j&rsquo;ai laisse la fin pour plus tard, pour quand je serais pr\u00eat. Et \u00e0 la sieste, tout \u00e0 l&rsquo;heure, vers 13h00, nous sommes d\u00e9sormais en septembre, j&rsquo;ai lu les pages qui me restaient \u00e0 lire. Une vingtaine. La conclusion, une sorte de postface dans laquelle il remercie des gens, et le carnet d&rsquo;adresses des cliniques Allen Carr, lesquelles sont diss\u00e9min\u00e9es un peu partout dans le vaste monde, except\u00e9 en Afrique.<\/p>\n<p>C&rsquo;est pour ce soir donc. Il me reste encore trois cigarettes \u00e0 rouler, trois, si je les bricole avec finesse. Je jetterai tout \u00e0 l&rsquo;heure les quelques miettes au fond du paquet sur le chemin derri\u00e8re chez nous, et, demain matin, je me r\u00e9veillerai sans tabac. Toutefois, la nuit qui vient me fait un peu peur. C&rsquo;est la limite de la m\u00e9thode d&rsquo;Allen Carr : laissez tomber dit-il, tous les substituts, toutes les tactiques et les ruses. Arr\u00eatez de vous raconter des histoires et soyez simplement et pleinement heureux de faire d\u00e9sormais partie des non-fumeurs. \u00c0 l&rsquo;\u00e9vidence, la m\u00e9thode d&rsquo;Allen Carr s&rsquo;inscrit dans la lign\u00e9e des antiennes d\u00e9livr\u00e9es jusqu&rsquo;\u00e0 sati\u00e9t\u00e9 par les born-again Christian. Georges Bush Jr a cess\u00e9 de boire en retrouvant la foi, ou bien le contraire. Demain, je suivrais les traces de Georges Bush Jr. Notez qu&rsquo;en arr\u00eatant de fumer, Allen carr est devenu riche, et qu&rsquo;en arr\u00eatant de boire, Georges Bush Jr est devenu pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis. Ces exemples devaient suffire \u00e0 motiver n&rsquo;importe quel p\u00e9quin, \u00e0 commencer par moi. Par exemple, je peux imaginer \u00e9crire un livre qui raconterait au jour le jour les p\u00e9rip\u00e9ties accompagnant mon renoncement au tabac. C&rsquo;est l\u00e0, me semble-t-il, bien que je ne sois pas tr\u00e8s au fait de l&rsquo;actualit\u00e9 litt\u00e9raire, un sujet porteur. Si je m&rsquo;y prend bien, avec sinc\u00e9rit\u00e9 et modestie, il n&rsquo;est pas impossible que ce livre s\u00e9duise un public assez large, plus large en tous cas que le public touch\u00e9 par mon pr\u00e9c\u00e9dent livre, sans parler du suivant, qui s&rsquo;annonce un petit peu cors\u00e9. Et si \u00e7a se trouve, c&rsquo;est avec ce livre que d\u00e9marrera ma carri\u00e8re litt\u00e9raire, et donc, gr\u00e2ce \u00e0 la cigarette, ou, si vous pr\u00e9f\u00e9rez, \u00e0 la non-cigarette, et gr\u00e2ce \u00e0 Allen Carr, ce renoncement m&rsquo;enrichira, ce creux dans l&rsquo;\u00eatre me comblera, car, comme chacun sait, l&rsquo;amour est n\u00e9ant et r\u00e9ciproquement, si l&rsquo;on s&rsquo;int\u00e9resse un tant soit peu aux choses de l\u00e0-haut.<\/p>\n<p><strong>Allen Carr, je te hais. <\/strong><br \/>\n<strong>Un<\/strong><br \/>\n<strong>R\u00e9sum\u00e9 des \u00e9pisodes pr\u00e9c\u00e9dents<\/strong> :<em> Suivant les conseils prodigu\u00e9s par Allen Carr dans un livre fameux, l&rsquo;auteur d\u00e9cide d&rsquo;arr\u00eater de fumer. Il d\u00e9cide d&rsquo;arr\u00eater demain. Il fume donc ses derni\u00e8res cigarettes, nous fait part de quelques pens\u00e9es qui lui sont venues \u00e0 cette occasion, puis, il va se coucher.<\/em><br \/>\n<strong>22h23<\/strong> : Dimanche soir, 22 heures et trente minutes sans fumer. Allen Carr dirait : Dana, tu es depuis 22 heures et trente minutes un homme heureux. Non, il dirait : tu es un non-fumeur heureux. Depuis ce matin, \u00eatre un non-fumeur ou bien \u00eatre un homme ou ce que vous voudrez, \u00e7a revient au m\u00eame. La v\u00e9rit\u00e9, que je dois \u00e0 votre \u00e2me si tant est qu&rsquo;elle existe, et \u00f4 lecteur s&rsquo;il en est, c&rsquo;est que me voil\u00e0 devenu un v\u00e9ritable obs\u00e9d\u00e9 \u2014 et ce n&rsquo;est gu\u00e8re plaisant \u2014 c&rsquo;est m\u00eame tout \u00e0 fait humiliant. Allen Carr m&rsquo;assure, page 82, et suivantes, que ce n&rsquo;est qu&rsquo;un sale moment \u00e0 passer, qu&rsquo;apr\u00e8s, \u00e7a ira mieux, mais nul ne peut dire, et lui non plus n&rsquo;en est pas capable, quand vient le temps du soulagement, la fin du sevrage \u2014 quand serais-je d\u00e9livr\u00e9 de cette obsession, il n&rsquo;en sait rien, il dit, ce qui ne mange pas de pain, que \u00e7a d\u00e9pend, \u00e7a d\u00e9pend des gens, alors \u00e9videmment, j&rsquo;aimerais faire partie des gens qui peuvent esp\u00e9rer trouver le salut demain dans la matin\u00e9e, mais l&rsquo;\u00e9tat dans lequel je me trouve ce soir m&rsquo;incite plut\u00f4t \u00e0 craindre qu&rsquo;il faille m&rsquo;armer d&rsquo;une patience qui \u00e0 ce stade confine \u00e0 l&rsquo;inhumain.<br \/>\nCe matin pourtant, \u00e7a n&rsquo;allait pas si mal. Je me suis lev\u00e9 d&rsquo;un pied vaillant et j&rsquo;ai aval\u00e9 un petit-d\u00e9jeuner copieux sous le g\u00e9n\u00e9reux soleil de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 indien qui r\u00e8gne actuellement sur nos montagnes. J&rsquo;avais mon plan. Y&rsquo;avait plus qu&rsquo;\u00e0. Alors, j&rsquo;ai offert le reste de mon bol de c\u00e9r\u00e9ales bio \u00e0 Iris, et je me suis mis en route : apr\u00e8s avoir fait la vaisselle qui tra\u00eenait de la veille au soir, j&rsquo;ai lav\u00e9 les vitres de la cuisine et celles du salon, lanc\u00e9 une premi\u00e8re lessive, sorti tous les meubles de la cuisine et de la salle \u00e0 manger sur la terrasse, lanc\u00e9 le programme de rin\u00e7age et d&rsquo;essorage, attaqu\u00e9 le nettoyage du parquet, les poussi\u00e8res d&rsquo;abord avec le balai, c&rsquo;est fou les poussi\u00e8res qui s&rsquo;accumulent au bout de quelques semaines, ne croyez-vous pas ?, puis avec la serpilli\u00e8re, j&rsquo;ai frott\u00e9 le parquet flottant, apr\u00e8s quoi, il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;heure d&rsquo;\u00e9tendre le premier paquet de linge, sur la terrasse, au soleil, car de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0, voyez-vous n&rsquo;est-ce pas, on est g\u00e2t\u00e9, il fait vraiment beau, on peut dire qu&rsquo;enfin, il fait beau, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9t\u00e9, tardif, et, je peux pas passer le reste de ma vie comme \u00e7a quand m\u00eame, je veux dire, m&rsquo;agiter de la sorte, et d\u00e9j\u00e0, la matin\u00e9e \u00e9tant largement entam\u00e9e, fallait penser au repas de midi, \u00e9plucher les pommes de terre, oui, \u00e7a prend un peu de temps d&rsquo;\u00e9plucher les pommes de terre, donc en avant pour les pommes de terre, je les ai ramass\u00e9es dans le jardin hier, regarde, il y a des bleues d&rsquo;Artois et des rouges des Flandres \u2014 mais on s&rsquo;en fout, on s&rsquo;en fout, on s&rsquo;en fout<br \/>\n<strong>Midi<\/strong> : je sens des choses dans mon corps, comme, je ne saurais dire, \u00e7a doit avoir rapport \u00e0 la sant\u00e9 sans doute, l&rsquo;exercice physique, faire le m\u00e9nage contribue \u00e0 l&rsquo;\u00e9panouissement du corps, Delphine est ravie, tu devrais arr\u00eater de fumer plus souvent dit-elle en d\u00e9couvrant le parquet flottant, qui n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 si propre depuis notre installation il y a deux ans, mon visage aussi, \u00e7a me rappelle quelque chose, une sorte de d\u00e9tente au niveau des joues, des m\u00e2choires, et j&rsquo;ai l&rsquo;impression, n&rsquo;est-ce qu&rsquo;une impression ?, que mes paupi\u00e8res ne se ferment plus, d&rsquo;avoir les yeux ouverts ronds comme des billes, les patients d\u00e9lirants, hospitalis\u00e9s en psychiatrie, ont souvent ce genre de regard fixe, on se demande quand est-ce qu&rsquo;ils vont fermer les yeux, non, quelque chose les fascine, quelque chose que nous ne voyons pas, comme eux, je garde, du moins c&rsquo;est l&rsquo;impression que j&rsquo;ai, les yeux grands ouverts, et, \u00e0 ce moment-l\u00e0, je crois que je suis en train d&rsquo;atteindre quelque chose comme un \u00e9tat de conscience modifi\u00e9e, je ne sais plus o\u00f9 j&rsquo;ai lu ce truc, \u00e9tat de conscience modifi\u00e9e, ou modifi\u00e9, qu&rsquo;importe, en avalant la premi\u00e8re bouch\u00e9e de tofu, je me suis dit, finalement hein, c&rsquo;est pas si difficile d&rsquo;arr\u00eater, et, vois donc les avantages, une maison toujours propre, un \u00e9tat de conscience modifi\u00e9, \u00e7a vaut ce que \u00e7a vaut, c&rsquo;est toujours bon \u00e0 prendre, j&rsquo;en connais qui passent toute une vie \u00e0 essayer d&rsquo;atteindre un tel \u00e9tat. Alors je suis all\u00e9 faire une petite sieste. Avec les chiens. Les chiens adorent la sieste, ils ne rateraient pour rien au monde la sieste \u2014 mais on s&rsquo;en fout, on s&rsquo;en fout, on s&rsquo;en fout<br \/>\nPuis nous sommes all\u00e9s, c&rsquo;\u00e9tait plus ou moins pr\u00e9vu, \u00e0 Super-Besse \u2014 Delphine a conduit \u00e0 l&rsquo;aller, et j&rsquo;ai trouv\u00e9 le voyage fort long. \u00c0 plusieurs reprises, il a fallu que j&rsquo;inspire et que je souffle que j&rsquo;inspire et que je souffle, et m\u00eame, par deux fois, j&rsquo;ai hurl\u00e9 sur ma ch\u00e8re amie, pour des motifs li\u00e9s \u00e0 sa conduite (elle est en apprentissage, et je suis cens\u00e9 la guider sur cette voie), des motifs futiles, et merde j&rsquo;ai dit, juste apr\u00e8s avoir hurl\u00e9, c&rsquo;est affreux, je suis d\u00e9-so-l\u00e9, d\u00e9-so-l\u00e9 \u2014 j&rsquo;arr\u00eate pas d&rsquo;y penser, j&rsquo;ai dit, je regarde par la fen\u00eatre, je vois cette magnifique vall\u00e9e, j&rsquo;essaie de raviver les souvenirs, la premi\u00e8re fois o\u00f9 je suis venu avec David, on avait grimp\u00e9 par les gorges, le long du torrent, c&rsquo;\u00e9tait il y a vingt ans, oui, mais je n&rsquo;y pense pas s\u00e9rieusement, je fais que jouer au mec qui s&rsquo;efforce de penser ces pens\u00e9es-l\u00e0, de se rappeler ces souvenirs-l\u00e0, en v\u00e9rit\u00e9, je n&rsquo;y pense pas s\u00e9rieusement, je ne me souviens pas sinc\u00e8rement, c&rsquo;est juste pour faire diversion, comme le m\u00e9nage ce matin, comme aller au Sancy l\u00e0 maintenant, une diversion, visiter la station et s&rsquo;asseoir \u00e0 la terrasse de ce bar et commander une glace au chocolat, avec beaucoup beaucoup de chocolat s&rsquo;il vous pla\u00eet, s&rsquo;il vous pla\u00eet, une diversion, nous voil\u00e0 si bien assis \u00e0 l&rsquo;ombre, \u00e0 discuter doucement, les chiens observent les passants et les autres chiens, non loin de la station, nous allons marcher sous le couvert des sapins, le long des pistes de ski de fond, on mangera des framboises, elles sont bien plus grosses et plus sucr\u00e9es que chez nous, regarde ! Iris adore les framboises \u2014 on s&rsquo;en fout, on s&rsquo;en fout on s&rsquo;en fout<br \/>\nAlors, j&rsquo;ai conduit tout le retour, on est pass\u00e9 par l&rsquo;autoroute, et c&rsquo;\u00e9tait long, et depuis, tout est long, tous les instants sont devenus insupportables, plus la journ\u00e9e s&rsquo;avance, plus l&rsquo;obsession grandit, j&rsquo;ai pr\u00e9par\u00e9 le d\u00eener, rang\u00e9 le linge, fait la vaisselle de midi, mis la table, et nous avons d\u00een\u00e9, et en dessert j&rsquo;ai mang\u00e9 une pomme, j&rsquo;aurais pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 autre chose qu&rsquo;une pomme, mais je me suis content\u00e9 d&rsquo;une pomme, et j&rsquo;ai dit : faut que je sorte Delphine, faut que j&rsquo;aille marcher, on va aller en montagne avec Iris \u2014 il est 20h00, et tu as d\u00e9j\u00e0 march\u00e9 me semble-t-il, qu&rsquo;elle dit. Mais j&rsquo;ai encore besoin de marcher, faut que je bouge, le corps, inspirer, souffler, inspirer \u2014 alors on a grimp\u00e9 la montagne avec Iris, j&rsquo;ai march\u00e9 comme un ali\u00e9n\u00e9, ce que je suis d&rsquo;ailleurs, tandis que le soleil descendait doucement de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la cr\u00eate. Les troupeaux se montraient un peu excit\u00e9, les vaches devaient \u00eatre au courant de mon \u00e9tat \u2014 on a fait quelques d\u00e9tours pour les \u00e9viter, et, avant de regagner la for\u00eat, Iris est tomb\u00e9e nez \u00e0 nez pr\u00e8s du ruisseau avec un sanglier \u2014 une laie peut-\u00eatre, sans ses petits. Elle a rappliqu\u00e9 vite fait et le sanglier est descendu dans notre direction \u2014 on aurait dit qu&rsquo;ils voulaient jouer tous les deux, \u00e7a m&rsquo;a occup\u00e9 l&rsquo;esprit cinq minutes et c&rsquo;\u00e9tait chouette, les animaux sauvages nous changent les id\u00e9es, on devrait fr\u00e9quenter plus souvent les animaux sauvages, \u00e0 mon avis, nos contemporains souffrent d&rsquo;une d\u00e9saffection du monde sauvage de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, on s&rsquo;en fout, et l\u00e0, il est 23 heures pass\u00e9s, nous sommes, Iris et moi, rentr\u00e9s depuis trop longtemps, j&rsquo;aimerais \u00e0 ce moment pr\u00e9cis m&rsquo;effondrer dans un sommeil sans r\u00eave, mais la lune est presque pleine et me nargue sournoisement : comment vas-tu faire maintenant ?<\/p>\n<p>\u00ab Aaaah ! \u00bb, et soudain elle fut l\u00e0, un gong de cuivre, tr\u00e8s bas dans l\u2019\u00e9ther : la lune en \u00e9clipse. Au-dessus de maigres pins veufs. Quelques buts de football, comble de l\u2019autisme, tr\u00f4naient sur le terrain. Elle regarda et pronon\u00e7a docilement le mot qu\u2019il fallait : \u00ab Oppolzer ! \u00bb. \u00ab Oppolzer \u00bb, repris-je en serrant plus fort l\u2019os de son bras ; avec toutes les m\u00e9taphores que j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 invent\u00e9es pour d\u00e9signer la lune, ce ne serait que justice si on donnait mon nom \u00e0 un de ses crat\u00e8res !<br \/>\nArno Schmidt, \u00ab Sortie scolaire \u00bb, Histoires, Tristram, p. 142.<\/p>\n<p><strong>Allen Carr, je te hais<\/strong><\/p>\n<p><strong>Deux<\/strong><\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 des \u00e9pisodes pr\u00e9c\u00e9dents :<\/strong><em> l&rsquo;auteur se portraitise en obs\u00e9d\u00e9, ce portrait ne l&rsquo;avantage gu\u00e8re. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, ainsi que de mani\u00e8re d\u00e9taill\u00e9e, on est en droit de douter du succ\u00e8s de l&rsquo;entreprise dans laquelle il s&rsquo;est lanc\u00e9.<\/em><\/p>\n<p>Allen Carr \u00e9crit : La formidable v\u00e9rit\u00e9 est qu&rsquo;il est tr\u00e8s facile d&rsquo;arr\u00eater. Allen Carr \u00e9crit aussi : Ouvrez les yeux, quelque chose d&rsquo;extraordinaire est en train de se passer. Vous allez vous \u00e9chapper de cet enfer. R\u00e9p\u00e9tez vous bien qu&rsquo;il est merveilleux d&rsquo;\u00eatre un non-fumeur.<\/p>\n<p>C&rsquo;est extraordinaire, formidable et merveilleux. La cloche de l&rsquo;\u00e9glise a sonn\u00e9 les 10 heures, c&rsquo;est le matin, il reste environ 14 heures \u00e0 tirer avant d&rsquo;aller se coucher. Ma ch\u00e8re Delphine m&rsquo;a tendu hier soir la bo\u00eete de g\u00e9lules d&rsquo;Aub\u00e9pine : tu peux en prendre deux je crois. La nuit s&rsquo;est bien pass\u00e9, malgr\u00e9 la pleine lune, il me semble juste avoir v\u00e9cu des moments \u00e9tranges, assez brefs, durant lesquels je me redressais brusquement sur mon s\u00e9ant, les yeux grands ouverts, fixant quelque chose ou quelque pens\u00e9e flottant par del\u00e0 les murs de la maison \u2014\u00a0j&rsquo;aimerais croire que la lune se joue de moi, qu&rsquo;une force inconnue jaillie des profondeurs d&rsquo;un de ses crat\u00e8res secrets, Theophilus, St\u00f6fler, Janssen, Arno&amp;Schmidt, m&rsquo;attire au dehors, alors je me l\u00e8ve, je crois que je me l\u00e8ve, je vais dans le jardin, je vais par le chemin derri\u00e8re chez nous, o\u00f9 vais-je ? O\u00f9 vont les dormeurs que la lune attire au dehors ? Certains semblent en route vers un lieu connu d&rsquo;eux seuls, entre deux sanglots, quand on les retrouve, \u00e9gar\u00e9s, au bord du fleuve, en lisi\u00e8re de la for\u00eat, ils expliquent : je rentre chez moi, je retourne \u00e0 la maison de ma m\u00e8re, puis : mais o\u00f9 donc est pass\u00e9 le chemin qui menait autrefois \u00e0 la maison de ma m\u00e8re ? \u2014\u00a0le temps, Monsieur Gaston, le temps est pass\u00e9 sur ce chemin, sur la maison, il vaut mieux rentrer maintenant Monsieur Gaston, oui, conc\u00e8de-t-il \u00e0 l&rsquo;infirmi\u00e8re, et ses paupi\u00e8res se ferment enfin car elles sont lourdes \u2014 chaque marcheur que la lune a tir\u00e9 du lit suit son chemin : j&rsquo;arrive bient\u00f4t sur la place de l&rsquo;\u00e9glise, devant l&rsquo;\u00e9picerie-journaux-tabac. C&rsquo;est extraordinaire, formidable et merveilleux. Maintenant, c&rsquo;est la fin de la matin\u00e9e, et je commence \u00e0 mettre en doute les comp\u00e9tences d&rsquo;Allen Carr.<\/p>\n<p>On sonne \u00e0 la porte. Marc, la clope au bec, et ce petit nuage de fum\u00e9e qui le suit partout. Il est g\u00e9om\u00e8tre, prend des mesures sur la commune aujourd&rsquo;hui. On fume le m\u00eame tabac. Sauf qu&rsquo;il en fume beaucoup plus que moi. D&rsquo;autant plus que, depuis samedi soir, j&rsquo;ai cess\u00e9 de fumer. L\u00e0 maintenant, Marc, je peux pas, je dois terminer un travail, je dois terminer d&rsquo;\u00e9crire l&rsquo;\u00e9pisode deux de mon livre Allen Carr, je te hais, mais \u00e7a je ne lui dis pas, je dis, demain matin, tu travailles encore sur la commune demain matin ? Alors \u00e0 demain donc ! Inspirer souffler inspirer souffler vomir s&rsquo;arracher les cheveux \u2014\u00a0ceux qui restent, quelques touffes, faudrait que je morde un truc l\u00e0 tout de suite : les chiens me regardent bizarrement et jugent plus prudent de trouver un abri au rez-de-chauss\u00e9e, me laissant seul dans le bureau, \u00e0 l&rsquo;\u00e9tage, avec des envies bizarres \u2014\u00a0une bouche qui s&rsquo;ouvre, s&rsquo;ouvre encore, une rang\u00e9e de dents ac\u00e9r\u00e9es, une langue de deux m\u00e8tres de long, j&rsquo;ai le menton couvert de sang, le manque est dans la bouche, je suis en train de devenir un ab\u00eeme vorace et insatiable, je m&rsquo;en vais bouffer la lune, pas moins ! \u2014 peut-\u00eatre je devrais prendre une autre g\u00e9lule d&rsquo;aub\u00e9pine.<\/p>\n<p><strong>11h10<\/strong>. Ce temps qui passe avec une lenteur infinie. Un mani\u00e8re sans doute de faire durer le supplice. Les h\u00e9ros du livre de Allen Carr, et Allen Carr lui-m\u00eame, plong\u00e9s dans les affres du sevrage, consid\u00e8rent ou semblent consid\u00e9rer \u2014 mais faut-il croire Allen Carr ?, je me demande \u2014 qu&rsquo;\u00e0 la fin de l&rsquo;interminable litanie des souffrances qui s&rsquo;agglutinent tout autour du manque, il y a cet \u00e9tat de f\u00e9licit\u00e9 supr\u00eame en lequel consiste l&rsquo;\u00eatre-non-fumeur. J&rsquo;ai beau d\u00e9ployer toutes mes ressources dans l&rsquo;art de l&rsquo;auto-persuasion, je ne cesse pas de consid\u00e9rer que la seule issue \u00e0 cet enfer, c&rsquo;est la prochaine cigarette. Je voudrais qu&rsquo;il en soit autrement, j&rsquo;aspire plus que tout \u00e0 devenir un disciple z\u00e9l\u00e9 de Allen Carr, mais au bout du chemin, la seule lumi\u00e8re que j&rsquo;aper\u00e7ois est celle d&rsquo;un m\u00e9got qui se consume doucement dans la nuit douce de septembre, et l&rsquo;unique signe tangible de la d\u00e9livrance me para\u00eet s&rsquo;incarner dans la sensation du papier caressant mes doigts jaunis par les ann\u00e9es. \u00c0 l&rsquo;heure qu&rsquo;il est, pr\u00e8s de midi, j&rsquo;ai tout de m\u00eame l&rsquo;impression d&rsquo;\u00eatre assez mal embarqu\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Allen Carr, je te hais<\/strong><\/p>\n<p><strong>Deux<\/strong><\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 des \u00e9pisodes pr\u00e9c\u00e9dents<\/strong> : <em>L&rsquo;auteur mange la lune, refuse d&rsquo;accueillir un ami, et r\u00eave de la prochaine cigarette.<\/em><\/p>\n<p><strong>Lundi 14h30<\/strong> : Allen Carr confie sa peine quand un de ses lecteurs \u00e9choue. S&rsquo;il \u00e9choue, pense Allen Carr, c&rsquo;est qu&rsquo;il n&rsquo;a pas bien lu mon livre. J&rsquo;ai le regret de compter parmi les mauvais lecteurs d&rsquo;Allen Carr. J&rsquo;en suis aussi pein\u00e9 que lui. Mais, s&rsquo;il faut \u00eatre sinc\u00e8re, et je tiens particuli\u00e8rement \u00e0 faire preuve de sinc\u00e9rit\u00e9, d&rsquo;aussi loin que je m&rsquo;en souvienne, \u00e0 chaque fois qu&rsquo;on a exig\u00e9 de moi d&rsquo;\u00eatre heureux, les nuages sombres et familiers du d\u00e9sespoir ont rappliqu\u00e9 comme les vautours sur une b\u00eate malade \u00e9gar\u00e9e sur les alpages. Y&rsquo;a pas \u00e0 dire : je ne suis pas dou\u00e9 pour le bonheur. Mon projet de surfer sur la vague du succ\u00e8s initi\u00e9e par Allen Carr en \u00e9crivant un t\u00e9moignage \u00e9difiant sur le bien fond\u00e9 de sa m\u00e9thode, risque fort, j&rsquo;en ai peur, de s&rsquo;effondrer dans les heures qui viennent. Car je dois aller en ville cet apr\u00e8s-midi, et, \u00e0 la ville, se trouve, en face de la mairie, un bureau de tabac, et ce bureau de tabac est ouvert, m\u00eame le lundi, j&rsquo;ai r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 bien des tentations depuis samedi soir, c&rsquo;est-\u00e0-dire depuis \u00e0 peine deux jours, qui m&rsquo;ont paru des semaines, mais cette tentation, je n&rsquo;y r\u00e9sisterai pas : tout mon \u00eatre est tendu vers le bureau de tabac en face de la mairie, si j&rsquo;avais un rendez-vous galant, je n&rsquo;en serais pas moins boulevers\u00e9, inspirer souffler inspirer, encore une heure, plus qu&rsquo;une heure.<\/p>\n<p>\u00c9valuer l&rsquo;intensit\u00e9 de la douleur est un exercice sem\u00e9 d&#8217;emb\u00fbches : on aura t\u00f4t fait de remettre votre douleur \u00e0 vous \u00e0 sa place, en consid\u00e9rant qu&rsquo;il y a pire, \u00f4 combien, et c&rsquo;est d&rsquo;ailleurs le destin atroce du toxicomane de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, car personne ne le plaint, ce dont il manque ne vient pas combler un besoin vital, comme on dit, on dit tellement de choses, et on dit souvent les choses sans savoir, par exemple, manquer d&rsquo;un toit, d&rsquo;eau potable, de nourriture, voil\u00e0 qui nous indigne, ou du moins, voil\u00e0 qui est suppos\u00e9 nous indigner, manquer d&rsquo;amour, souffrir de l&rsquo;absence d&rsquo;un \u00eatre cher, voil\u00e0 qui parle \u00e0 tout un chacun, car en chacun de nous, un \u00eatre cher a creus\u00e9 sa tombe, ce qui est joliment dit, quoique, je l&rsquo;avoue, assez obscur, mais parfois les mots nous viennent, ils se bousculent, et, de la m\u00eal\u00e9e qui s&rsquo;ensuit, \u00e9merge quelquefois une combinaison de mots qui nous semble lourde de sens, la faim, le soif, le toit et l&rsquo;amour, voil\u00e0 donc des objets dont on peut manquer avec dignit\u00e9, et c&rsquo;est pourquoi manquer de telles choses indignent ceux qui n&rsquo;en manquent pas, car ceux qui manquent sont trop occup\u00e9s \u00e0 r\u00e9soudre leur probl\u00e8me, ou bien ont baiss\u00e9 les bras et attendent patiemment la mort, mais le toxicomane, lui, n&rsquo;inspire pas la piti\u00e9, inspire, souffle, inspire, on ne s&rsquo;indigne pas qu&rsquo;il soit en manque de la came dont il pr\u00e9tend manquer, mais on s&rsquo;indigne qu&rsquo;il ait l&rsquo;ind\u00e9cence de se plaindre de ce manque, car ce dont il manque est un poison, nulle piti\u00e9 pour celui qui ramasse les m\u00e9gots que le balayeur municipal a laiss\u00e9 sur les pav\u00e9s, nulle admiration pour la m\u00e9ticulosit\u00e9 avec laquelle il r\u00e9cup\u00e8re entre ses doigts le tabac \u00e0 moiti\u00e9 consum\u00e9, et, quand il en a \u00e9tal\u00e9 suffisamment sur la table de la cuisine, entreprend de le rouler dans une feuille de papier fin, imb\u00e9cile, se moque Allen Carr et la foule apr\u00e8s lui, alors qu&rsquo;il est si facile d&rsquo;arr\u00eater (suffit de lire le livre) !<\/p>\n<p>Pour ce que j&rsquo;en sais, et j&rsquo;en sais quelque chose, depuis dimanche, c&rsquo;est-\u00e0-dire hier, la douleur est atroce. Bien des amis ont renonc\u00e9 du jour au lendemain, des qui fumaient bien plus que moi, des qui avaient commenc\u00e9 bien avant moi, j&rsquo;ai malheureusement commenc\u00e9 \u00e0 fumer, jour maudit, le soir o\u00f9 j&rsquo;ai mis un terme \u00e0 ma carri\u00e8re d&rsquo;athl\u00e8te de haut niveau, laquelle \u00e0 vrai dire avait subi de s\u00e9v\u00e8res coups de frein depuis que je m&rsquo;\u00e9tais mis \u00e0 boire, j&rsquo;\u00e9tais en pleine sant\u00e9, et je suis pass\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 de la maladie, tandis que certains passent de la maladie \u00e0 la sant\u00e9 par la seule force de leur volont\u00e9, je suis pass\u00e9 de la sant\u00e9 \u00e0 la maladie en abandonnant toute discipline, tout \u00e0 l&rsquo;inverse de Saint-Augustin, j&rsquo;\u00e9tais un asc\u00e8te et j&rsquo;ai vers\u00e9 dans la luxure, je me croyais tellement plus fort, j&rsquo;envie mes amis, je les jalouse, ceux qui ont arr\u00eat\u00e9 du jour au lendemain, je les crains m\u00eame et tend \u00e0 les \u00e9viter depuis samedi, pr\u00e9f\u00e9rant la compagnie des faibles, des dupes et des imb\u00e9ciles, ceux l\u00e0-m\u00eame qu&rsquo;Allen Carr d\u00e9crit avec d\u00e9lectation. Maintenant je sais. Dans une demi-heure, je prendrais l&rsquo;automobile pour aller \u00e0 la ville, si on peut appeler ville une bourgade d&rsquo;\u00e0 peine 3000 \u00e2mes, mais appelons-l\u00e0 comme nous voudrons, ce qui importe, et cela importe, c&rsquo;est qu&rsquo;en face de la mairie, on y vend du tabac et des feuilles, du tabac et des feuilles.<\/p>\n<p><strong>Allen Carr, je te hais<\/strong><\/p>\n<p><strong>Trois<\/strong><\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 des \u00e9pisodes pr\u00e9c\u00e9dents<\/strong> :<em> l&rsquo;auteur est sur le point de craquer, et se plaint qu&rsquo;on ne le plaigne pas.<\/em><\/p>\n<p>Lundi 21h40 : Au bureau de tabac, j&rsquo;ai failli devenir fou. Il me restait douze euros et quarante-cinq centimes. J&rsquo;ai command\u00e9 un paquet de tabac, des feuilles et un sachet de filtres. J&rsquo;avais d\u00e9pos\u00e9 Delphine \u00e0 l&rsquo;endroit o\u00f9 elle travaille, et, dans un \u00e9tat second, j&rsquo;\u00e9tais all\u00e9 me garer sur la place de la mairie. Je me sentais f\u00e9brile, mal \u00e0 l&rsquo;aise, extr\u00eamement malheureux, mais en m\u00eame temps, j&rsquo;allais m&rsquo;offrir une consolation, un m\u00e9dicament cens\u00e9 rem\u00e9dier \u00e0 la douleur, un m\u00e9dicament paradoxal, un v\u00e9ritable Pharmakon comme nous l&rsquo;ont enseign\u00e9 Platon et Derrida, car j&rsquo;allais \u00e0 la fois manifester ma faiblesse d&rsquo;esprit de mani\u00e8re \u00e9clatante, et me procurer le rem\u00e8de qui la rendrait tol\u00e9rable. Mais au distributeur automatique, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la Poste, les choses ont commenc\u00e9 \u00e0 mal tourner. Nous ne pouvons satisfaire votre demande, adressez vous \u00e0 votre banque. \u00c7a m&rsquo;a fichu le moral dans les chaussettes et inject\u00e9 une dose massive d&rsquo;angoisse. Je devrais \u00eatre habitu\u00e9 notez-le, car la situation m&rsquo;est famili\u00e8re, mais non, devant un terminal bancaire, j&rsquo;\u00e9prouve toujours un pincement au c\u0153ur et mes intestins se nouent \u2014\u00a0peut-\u00eatre mon coeur et mes intestins se souviennent du jour o\u00f9, \u00e0 Santander (Cantabrie, Espagne), un terminal bancaire a aval\u00e9 la carte que j&rsquo;avais imprudemment gliss\u00e9 dans ses entrailles, \u00e9trangement confiant dans la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 des terminaux bancaires, confiance qu&rsquo;on mettra sur le compte de l&rsquo;exaltation de celui qui par amour \u00e9tait parti \u00e0 l&rsquo;aventure, avait franchi la fronti\u00e8re, quitt\u00e9 ses vies ant\u00e9rieures, sur un coup de t\u00eate, un coup de folie dirait-on plus tard, apr\u00e8s que j&rsquo;eus pass\u00e9 pr\u00e8s d&rsquo;un mois sur le port de Santander, \u00e0 jouer de la guitare pour quelques pesetas, car c&rsquo;\u00e9tait avant le passage \u00e0 l&rsquo;euro, \u00e7a ne date donc pas d&rsquo;hier, bref, o\u00f9 en \u00e9tais-je, j&rsquo;\u00e9tais devant un autre terminal bancaire, point focal de l&rsquo;angoisse, et je me suis dit, c&rsquo;\u00e9tait tout \u00e0 l&rsquo;heure donc, comment se fait-il que, pourquoi ce refus, j&rsquo;ai essay\u00e9 de demander un peu moins, et m\u00eame dix euros, mais en vain, le terminal ne voulait rien savoir, alors, j&rsquo;ai ouvert mon porte-monnaie, j&rsquo;ai compte les sous, je me disais, non, ce serait vraiment vraiment vraiment trop idiot, j&rsquo;avais les doigts plein de sueur tandis que je comptais, un billet de dix et une pi\u00e8ce de deux, et quelques cents, quarante-cinq pour \u00eatre pr\u00e9cis, car il faut l&rsquo;\u00eatre, et j&rsquo;ai calcul\u00e9, le tabac, les feuilles, les filtres, \u00e7a devrait le faire, oui, douze euros quarante-cinq, allons-y, si seulement j&rsquo;avais oubli\u00e9 d&rsquo;acheter cette baguette de pain tout \u00e0 l&rsquo;heure, et ce pain au chocolat, la baguette \u00e0 la limite, mais le pain au chocolat, quel idiot, quel imb\u00e9cile, si Allan Carr me voyait, mon dieu, s&rsquo;il me voyait, et l\u00e0, devant le comptoir du bureau de tabac, voil\u00e0 qu&rsquo;elle m&rsquo;annonce la somme : douze euros soixante-cinq, soixante cinq !, me manquent vingt centimes, j&rsquo;ai rougi, pour s\u00fbr que j&rsquo;ai rougi, vingt centimes c&rsquo;est trop b\u00eate, alors j&rsquo;ai sorti ma carte bancaire, je me disais, il arrive qu&rsquo;une carte soit refus\u00e9e \u00e0 un endroit, et qu&rsquo;elle passe dans un autre, j&rsquo;ai tendu ma carte bancaire en essayant de ne pas trembler, et quand elle m&rsquo;a dit, il y a un probl\u00e8me, \u00e7a ne passe pas, j&rsquo;ai cru d\u00e9faillir, \u00e7a hurlait dans ma t\u00eate, on va re-essayer elle a dit, elle a re-essay\u00e9, toujours pas qu&rsquo;elle a dit, alors j&rsquo;ai bafouill\u00e9, on est le combien, on est le 8 elle a dit, je savais tr\u00e8s bien qu&rsquo;on \u00e9tait le 8, qu&rsquo;on \u00e9tait lundi, je compte les heures depuis samedi soir, personne ne sait mieux que moi \u00e0 quel point on est lundi, et la dur\u00e9e qui s&rsquo;\u00e9coule du samedi au lundi, alors h&rsquo;ai dit, \u00e7a doit \u00eatre pour \u00e7a, ce qui ne veut rien dire, mais elle a s\u00fbrement pens\u00e9 que ce que je venais de dire au sujet du lundi, et du lundi 8 en particulier, signifiait quelque chose, que \u00e7a expliquait bien des choses, donc elle n&rsquo;a pas pos\u00e9 de question, et je me disais, elle doit avoir l&rsquo;habitude de type comme moi, ce genre de resquilleurs sans le sou, qui se pr\u00e9sentent au comptoir comme on joue \u00e0 la roulette russe, \u00e7a passe ou \u00e7a passe pas, alors j&rsquo;ai dit, gardez les filtres, je prendrais les feuilles et le tabac, je repasserai pour les filtres, peut-\u00eatre qu&rsquo;elle a souri, mais j&rsquo;\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 parti et j&rsquo;aurais tellement aim\u00e9 dispara\u00eetre \u00e0 ce moment-l\u00e0, ou bien remonter quelques minutes en arri\u00e8re, et me contenter de commander du tabac et des feuilles, pourquoi donc avoir pris le risque de demander aussi pour ces maudits filtres, je peux bien tout de m\u00eame me passer de filtres, et l\u00e0 dehors, dans la rue, la pluie s&rsquo;est mise \u00e0 tomber drue, j&rsquo;ai rang\u00e9 le tabac et les feuilles dans la poche arri\u00e8re de mon pantalon et dans la voiture me suis engouffr\u00e9 comme un voleur ou un assassin \u2014\u00a0et, sur la route qui me ramenait \u00e0 la maison, j&rsquo;ai fum\u00e9, oui, j&rsquo;ai fum\u00e9, \u00e7a n&rsquo;\u00e9tait ni bon ni mauvais, mais il m&rsquo;a sembl\u00e9 que j&rsquo;\u00e9tais sur le point de m&rsquo;effondrer tout \u00e0 fait, et c&rsquo;\u00e9tait comme si cette cigarette, par laquelle tout le malheur \u00e9tait arriv\u00e9, me retenait, et je me suis r\u00e9p\u00e9t\u00e9 en traversant le torrent de pluie qui s&rsquo;abattait sur le pare-brise, c&rsquo;est terrible, c&rsquo;est terrible, quelle id\u00e9e, mais quelle id\u00e9e, quelle id\u00e9e j&rsquo;ai eu.<\/p>\n<p><strong>Allen Carr, je te hais<\/strong><\/p>\n<p><strong>Quatre<\/strong><\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 des \u00e9pisodes pr\u00e9c\u00e9dents<\/strong> : <em>Au bureau de tabac, un drame se noue.<\/em><\/p>\n<p><strong>Mardi<\/strong> : Le samedi 20 d\u00e9cembre 2005, avec mon fr\u00e8re, on avait gravi Peyre Arse, en passant par le col de Cabres. L&rsquo;ascension n&rsquo;avait pas pos\u00e9 de probl\u00e8me, une couche de neige fra\u00eeche avait recouvert la veille une bonne \u00e9paisseur glac\u00e9e, un soleil rassurant r\u00e9gnait sur les hauteurs, et malgr\u00e9 les nuages noirs qui s&rsquo;amoncelaient au loin vers l&rsquo;ouest, je lui ai propos\u00e9 de rentrer par le chemin qui passe sous les cr\u00eates. Deux heures plus tard, la temp\u00eate avait d\u00e9ferl\u00e9 sur les pentes de Peyre Arse, les temp\u00e9ratures \u00e9taient tomb\u00e9es aux environs de moins vingt degr\u00e9s, les traces de pas \u00e9taient devenues tout \u00e0 fait invisibles et la neige avait gel\u00e9e, on avan\u00e7ait dans le blizzard en creusant des marches avec l&rsquo;avant de nos chaussures, mon fr\u00e8re \u00e9tait \u00e9puis\u00e9, et, comble de malchance, en explorant un passage plus avant, j&rsquo;ai d\u00e9viss\u00e9, fil\u00e9 comme une bombe en suivant le lit enneig\u00e9 d&rsquo;un torrent, sur environ 150 m\u00e8tres, arriv\u00e9 en bas, miraculeusement indemne, mais la gueule et les mains ensanglant\u00e9es, j&rsquo;ai entrepris de remonter jusqu&rsquo;\u00e0 mon fr\u00e8re, \u00e7a m&rsquo;a pris une heure, j&rsquo;avais tout perdu dans la chute, b\u00e2ton, bonnet, gants, mais je me r\u00e9jouissais d&rsquo;\u00eatre encore en vie et en un seul morceau, mais, arriv\u00e9 l\u00e0-haut, Fran\u00e7ois \u00e9tait assis, laisse-moi disait-il d&rsquo;une voix extraordinairement lasse, laisse-moi, on n&rsquo;y voyait plus \u00e0 deux pas, j&rsquo;ai dit, il faut sortir d&rsquo;ici, la temp\u00eate se collait \u00e0 nous, un mur de glace s&rsquo;abattait sur nos visages, on s&rsquo;est d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 appeler les secours, il a fallu monter plus haut, trouver un petit replats, d&rsquo;o\u00f9 le t\u00e9l\u00e9phone passait, pourquoi je raconte tout \u00e7a, je l&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 racont\u00e9 tant de fois, pourquoi donc, parce que parce que ce soir-l\u00e0, car la nuit est tomb\u00e9e tellement vite, nous, mon fr\u00e8re et moi, avons s\u00e9rieusement pens\u00e9 mourir, le froid s&rsquo;\u00e9talait sur nous comme un linceul, je ne sais pas si vous avez d\u00e9j\u00e0 \u00e9prouv\u00e9 la morsure du froid quand presque rien ne vous en prot\u00e8ge, c&rsquo;est affreux, on a attendu les secours durant trois heures, je me disais, je vais perdre mes doigts, mes oreilles vont tomber dans la neige, mes joues vont se d\u00e9chirer comme du papier, Fran\u00e7ois hurlait dans la nuit, il s&rsquo;effor\u00e7ait de percer la temp\u00eate avec sa voix, on entendait des coups de sifflet, mais d&rsquo;o\u00f9 venaient-ils ?, parfois on devinait la petite lumi\u00e8re bleue de la cord\u00e9e des gendarmes venus \u00e0 notre rencontre, puis elle disparaissait, \u00e0 un moment, et c&rsquo;est \u00e0 cause de ce moment que je raconte, que je raconte une nouvelle fois, \u00e0 un moment j&rsquo;ai ouvert mon sac, avec peine tant mes doigts \u00e9taient engourdis, il y avait un vieux sandwich gel\u00e9 au fond du sac, du tabac et des feuilles, et une bo\u00eete d&rsquo;allumettes, j&rsquo;ai dit, ou plut\u00f4t j&rsquo;ai fait signe \u00e0 Fran\u00e7ois, tu veux manger ?, on a essay\u00e9, on a essay\u00e9 d&rsquo;ouvrir la bouche, et l\u00e0, c&rsquo;\u00e9tait tout simplement pas possible de mordre dans quoi que ce soit, on avait d\u00e9j\u00e0 la gueule gel\u00e9, alors j&rsquo;ai fait signe comme quoi on pourrait fumer, on s&rsquo;est rapproch\u00e9 l&rsquo;un de l&rsquo;autre, deux fr\u00e8res \u00e9gar\u00e9s dans la tourmente, on s&rsquo;est rapproch\u00e9 de mani\u00e8re \u00e0 former une sorte d&rsquo;abri avec nos corps, et j&rsquo;ai roul\u00e9 une cigarette, j&rsquo;avais les doigts raides, je les ai essuy\u00e9s contre l&rsquo;int\u00e9rieur de mon pull, \u00e9videmment, je tremblais, mais je l&rsquo;ai roul\u00e9e quand m\u00eame, on se d\u00e9couvre parfois des tr\u00e9sors de patience qu&rsquo;on soup\u00e7onnait pas, la cigarette la plus difficile \u00e0 rouler de ma vie, sous l&rsquo;abri de nos deux corps r\u00e9unis, puis, on a pris les allumettes, il a essay\u00e9 d&rsquo;obtenir une flamme, on s&rsquo;est resserr\u00e9 encore, avec nos mains comme en pri\u00e8re, on a essay\u00e9, chacun son tour, puis on s&rsquo;est regard\u00e9, puis il a dit, merde, on pourra m\u00eame pas fumer la derni\u00e8re cigarette, j&rsquo;ai dit, oui, c&rsquo;est pas comme dans les livres, et j&rsquo;ai compris qu&rsquo;il avait compris lui aussi qu&rsquo;on ne s&rsquo;en sortirait peut-\u00eatre pas, que \u00e7a pouvait se terminer l\u00e0, dans la neige, alors il s&rsquo;est relev\u00e9 et a recommenc\u00e9 \u00e0 hurler, je ne peux pas dire que cette cigarette m&rsquo;a manqu\u00e9, j&rsquo;\u00e9tais trop occup\u00e9 \u00e0 me battre contre le froid, mais tout de m\u00eame, quelle ironie du sort, quelle d\u00e9solation, et plus tard, quand on s&rsquo;est retrouv\u00e9 \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital, couch\u00e9s sur des lits mitoyens, pour des examens de routine, on avait plus faim qu&rsquo;autre chose, et je crois bien qu&rsquo;on a attendu d&rsquo;avoir aval\u00e9 une casserole enti\u00e8re de p\u00e2tes \u00e0 la maison avant de fumer, et c&rsquo;\u00e9tait une vraie bonne cigarette, le chef de la brigade de secours me confierait plus tard qu&rsquo;ils avaient pens\u00e9 que peut-\u00eatre ils ne trouveraient pas, et il avait ajout\u00e9 qu&rsquo;on serait mort de froid avant le matin, \u00e7a aurait \u00e9t\u00e9 la plus longue nuit de notre vie, et la derni\u00e8re.<\/p>\n<p>Allen Carr ne raconte pas des histoires comme \u00e7a, il se contente d&rsquo;ass\u00e9ner aux fumeurs leurs quatre v\u00e9rit\u00e9s, Allen Carr ne parle pas des soldats enfouis dans les tranch\u00e9es, des soldats qui fument en attendant la mort, Allen Carr semble ignorer l&rsquo;angoisse, il se contente de relever l&rsquo;imb\u00e9cillit\u00e9 des fumeurs, leur opposant la grandeur d&rsquo;\u00e2me et la pr\u00e9sence d&rsquo;esprit des non-fumeurs, mais il semble ignorer la douleur de vivre.<\/p>\n<p>Marc est repass\u00e9 \u00e0 la maison ce matin, la veille je l&rsquo;avais \u00e9conduit, pour les raisons que l&rsquo;on sait, comme j&rsquo;ai repris \u00e0 fumer, on a fum\u00e9 ma premi\u00e8re cigarette de la journ\u00e9e ensemble, dans le jardin. J&rsquo;\u00e9tais content de le voir. On a caus\u00e9 tous les deux, en commen\u00e7ant par ma tentative avort\u00e9e de ce week-end. Il a dit quelque chose comme, nous les borderline, \u00e7a n&rsquo;est pas pour nous, arr\u00eater, j&rsquo;ai acquiesc\u00e9 bien s\u00fbr, j&rsquo;ai dit, peut-\u00eatre j&rsquo;avais besoin d&rsquo;une \u00e9preuve, tu arr\u00eates et l&rsquo;angoisse te tombe dessus, c&rsquo;est terrible, cette angoisse, tu avais oubli\u00e9 \u00e0 quel point elle pouvait te d\u00e9vorer, je me sens tellement plus tranquille aujourd&rsquo;hui, et on a parl\u00e9 de bien des choses dont je ne parlerai pas ici, son boulot, sa femme, des soucis, on a admis qu&rsquo;on faisait ce qu&rsquo;on pouvait, que peut-\u00eatre c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 pas mal, oui, d\u00e9j\u00e0 pas mal.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Zero R\u00e9sum\u00e9 des \u00e9pisodes pr\u00e9c\u00e9dents : il n&rsquo;existe pas d&rsquo;\u00e9pisodes pr\u00e9c\u00e9dents 21h15 : Il reste assez pour en rouler encore trois. Mes derni\u00e8res cigarettes contiendront peu de tabac, beaucoup de papier, un filtre. 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