{"id":126,"date":"2018-10-05T11:59:09","date_gmt":"2018-10-05T11:59:09","guid":{"rendered":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/?page_id=126"},"modified":"2025-10-12T09:46:09","modified_gmt":"2025-10-12T09:46:09","slug":"la-chute","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/la-chute\/","title":{"rendered":"La Chute"},"content":{"rendered":"<p>LE LENDEMAIN \u2013 le fait est que ce matin-l\u00e0 : 1. je suis en vie pour autant qu\u2019on puisse l\u2019\u00eatre 2. mon fr\u00e8re aussi qui descend l\u2019escalier pour aller \u00e0 la cuisine 3. les tartines grillent et le beurre sur la table nous fait de l\u2019\u0153il. \u2013 rien que pour ce petit-d\u00e9jeuner divin : \u00e7a valait la peine ! D\u00e9ballons nos sacs encore tremp\u00e9s de la veille :<\/p>\n<p>SANDWICH \u00c9CRABOUILL\u00c9 \u2013 n\u2019a pas support\u00e9 l\u2019exp\u00e9dition et : \u00ab On n\u2019a m\u00eame pas pu en manger une miette \u00bb. Forc\u00e9ment : nos gueules gel\u00e9es ! Jamais eu la bouille gel\u00e9e au point de pas pouvoir manger. \u00ab Et la derni\u00e8re cigarette hein ? \u00bb Pire que pas manger, pas pouvoir fumer sa derni\u00e8re cigarette ! Va rouler du tabac en pleine tourmente par les vents cinglants d\u2019hier soir, faut enlever les gants d\u00e9j\u00e0, et \u00e7a : par moins vingt degr\u00e9s ! Et pas moyen d\u2019obtenir une flamme \u2013 que dis-je ! Une flamm\u00e8che, une \u00e9tincelle ! de ce foutu briquet achet\u00e9 la veille au supermarch\u00e9. (Moi qui fantasmais dans mes d\u00e9lires h\u00e9ro\u00efques un \u00e9pisode de ce genre : coinc\u00e9 dans la tourmente, me voyais toujours la clope au bec avant de c\u00e9der \u00e0 l\u2019engourdissement \u2013 et pour tout avouer, dans ce r\u00eave (?) j\u2019avais m\u00eame pas mal, je me congelais en douceur, sans y penser, en pensant \u00e0 autre chose, les pens\u00e9es me venaient, j\u2019avais m\u00eame le temps de noircir pr\u00e9cipitamment quelques pages d\u2019un carnet tandis qu\u2019un linceul de glace me recouvrait \u2013 H\u00e9 bien ! \u00c7a ne s\u2019est pas du tout pass\u00e9 comme \u00e7a ! Non : crever de froid, \u00e7a n\u2019a rien d\u2019agr\u00e9able, rien de sentimental, rien de romantique, rien de litt\u00e9raire : et \u00e7a fait mal ! et \u00e7a prend du temps, le temps qu\u2019il faut pour avoir peur, peur de la mort pour le dire cr\u00fbment, alors on s\u2019agite, on fait les marioles, on se tr\u00e9mousse, on lance les bras comme des moulins \u00e0 travers la temp\u00eate, on sautille f\u00e9brilement sur ses jambes, on surveille ses orteils ses phalanges les lobes de ses oreilles le bout de son nez \u2013 on voit pas plus loin que ses extr\u00e9mit\u00e9s, c\u2019est ridicule, mais, consolation : personne n\u2019assiste au spectacle)<\/p>\n<p>MES DOIGTS \u2013 en examine avec soin les derni\u00e8res phalanges : blanches, jamais vues aussi blanches, le sang s\u2019en est all\u00e9, il ne remonte plus pour ainsi dire (me confiait le m\u00e9decin cette nuit quand j\u2019\u00e9tais allong\u00e9 sur le brancard pour subir quelques examens de routine : \u00e7a devrait durer environ quelques mois pas plus sinon faudra s\u2019inqui\u00e9ter \u2013 je m\u2019inqui\u00e8te d\u00e9j\u00e0, et liste les handicaps futurs au cas o\u00f9 : \u00e9crire d\u00e9j\u00e0, comment \u00e9crire sans les doigts ?). En attendant, je peux sereinement poser l\u2019index sur une plaque \u00e9lectrique chaude \u2013 arr\u00eate \u00e7a t\u2019es dingue ! \u2013, infantile et fier : \u00ab G\u00e9nial ! je sens rien ! \u00bb.<\/p>\n<p>(sept ans plus tard, \u00e0 quelque chose pr\u00e8s jour pour jour, l\u2019index et le majeur de la main droite me rappellent \u00e0 ce bon souvenir piquant et rougissant d\u00e8s qu\u2019ils prennent l\u2019air \u00e0 moins cinq degr\u00e9s.)<\/p>\n<p>SOURIRES LAS \u2013 l\u2019air hagard de ceux qui sont revenus des enfers, les braves ayant surv\u00e9cu \u00e0 ce destin funeste : pour preuve, la remarque du chef de la brigade des secouristes de la Montagne \u00ab On (la dizaine de h\u00e9ros sur\u00e9quip\u00e9s embarqu\u00e9s dans la nuit polaire \u00e0 notre recherche) s\u2019inqui\u00e9tait vraiment de vous savoir perdus dans cette temp\u00eate. Vous auriez pas tenu la nuit enti\u00e8re de toutes fa\u00e7ons. \u00bb Il me sort \u00e7a ! Durant la descente, vertigineuse, lente, et appliqu\u00e9e \u2013 faudrait voir \u00e0 pas se vautrer maintenant qu\u2019on est sauv\u00e9 hein ! En tapant de la pointe du pied dans la glace pour sculpter une sorte d\u2019escalier \u2013 je sais ce que c\u2019est : j\u2019ai perdu deux ongles d\u2019orteil au pied gauche \u00e0 faire pareil en fin d\u2019apr\u00e8s midi, et d\u00e9vast\u00e9 une paire de chaussures d\u2019alpinistes haut de gamme \u2013 quel g\u00e2chis, neuf cent francs qu\u2019elles m\u2019avaient co\u00fbt\u00e9 ! \u2013 les sauveteurs nous encadrant comme on prot\u00e8ge un troph\u00e9e, les plus jeunes, quelques stagiaires, pas beaucoup plus rassur\u00e9s que nous, nous remerciant presque d\u2019\u00eatre encore en vie \u2013 ils s\u2019attendaient sans doute \u00e0 retrouver nos cadavres congel\u00e9s, tout en se r\u00e9jouissant pour cette sortie impr\u00e9vue, cette aventure formatrice \u2013 on s\u2019ennuie sans doute parfois dans les bureaux de la brigade de secours en montagne.<\/p>\n<p>PUIS : une conversation flottante, une succession d\u2019images, qu\u2019on s\u2019applique doucement \u00e0 mettre en mots \u2013 la difficult\u00e9 est \u00e0 la mesure de l\u2019exp\u00e9rience, les mots ne s\u2019y pr\u00eatent pas, mal embouch\u00e9s qu\u2019ils sont pour d\u00e9crire ce genre d\u2019angoisse : l\u2019imminence de l\u2019acte final de la trag\u00e9die, la totalit\u00e9 de l\u2019histoire rem\u00e9mor\u00e9e par bribes aboutissant ou plut\u00f4t : s\u2019\u00e9chouant, l\u00e0, sur ce versant glac\u00e9 au c\u0153ur d\u2019un maelstr\u00f6m hurlant de vents furieux, et l\u2019\u00e9pais brouillard : comment \u00e9crire cette trag\u00e9die alors ? Et par o\u00f9 commencer ?<\/p>\n<p>LE MATIN ? Quand nous marchions d\u2019un bon pas en devisant de choses et d\u2019autres, une paye qu\u2019on s\u2019\u00e9tait pas vu, lui et moi, remontant le fond du vallon jusqu\u2019au col, sous un ciel ma foi plut\u00f4t encourageant ? Ou bien, au sommet du col, quand, malgr\u00e9 l\u2019obscurcissement des horizons, malgr\u00e9 la fatigue, malgr\u00e9 tes doutes, je propose de continuer ? Ou encore, plus tard, en \u00e9quilibre sur le devers qui gelait un peu plus \u00e0 chacun de nos pas (regarde cette photographie : comme tu sembles confiant et assur\u00e9, empruntant les traces laborieusement creus\u00e9es par mes soins). Ou bien encore, au moment o\u00f9, le temps se g\u00e2tant s\u00e9v\u00e8rement, la glace ayant pris le dessus sur la neige, l\u2019\u00e9puisement te gagnant, je d\u00e9cide de tenter la descente par cette coul\u00e9e \u2013 le lit d\u2019un torrent invisible recouvert de neige froide.<\/p>\n<p>JE COMMENCERAIS PAR L\u00c0 \u2013 Je sais que tu n\u2019es pas d\u2019accord, que, selon toi, les choses sont all\u00e9es de travers quand je t\u2019ai persuad\u00e9 de continuer au-del\u00e0 du col malgr\u00e9 la menace des nuages qui surplombaient le ciel vers l\u2019ouest. Non. Selon toi, les choses sont all\u00e9es de travers depuis le d\u00e9but, bien avant ce jour-l\u00e0, probablement peu apr\u00e8s ta naissance, c\u2019est-\u00e0-dire quelques ann\u00e9es apr\u00e8s la mienne. Mais je commencerais tout de m\u00eame par mon accident. Il devait \u00eatre six heures, la fin de l\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e7a faisait bien une heure que la neige \u00e9tait devenue de la glace, on se battait avec comme on pouvait, il n\u2019\u00e9tait plus question de faire demi-tour, j\u2019ai avis\u00e9 cette coul\u00e9e qui semblait \u00e0 vue d\u2019\u0153il, quand bien m\u00eame on n\u2019y voyait d\u00e9j\u00e0 plus grand chose, mener jusqu\u2019au petit bois dans la vall\u00e9e, \u00e7a ne paraissait pas si pentu, je me disais, il faut essayer quelque chose, je pressentais confus\u00e9ment qu\u2019on \u00e9tait mal embarqu\u00e9, j\u2019ai pens\u00e9, en me laissant glisser, comme on le faisait parfois gamin, assis sur des sacs poubelles \u00e9pais, il y a peut-\u00eatre moyen d\u2019arriver en bas sans trop de mal, je freinerais avec le b\u00e2ton, et avec les pieds, j\u2019ai aussi pens\u00e9 que j\u2019ignorais comment les choses se pr\u00e9senteraient tout en bas, peut-\u00eatre le ruisseau dont j\u2019empruntais le lit s\u2019ab\u00eemait dans un ravin, ou s\u2019\u00e9crasait sur un amas de rochers saillants. Il est rare, \u00e0 bien y songer, qu\u2019on soit accul\u00e9 \u00e0 prendre une d\u00e9cision avec aussi peu d\u2019\u00e9l\u00e9ments sur lesquels asseoir son jugement, plus rare encore quand cette d\u00e9cision engage \u00e9galement la survie. Il est facile apr\u00e8s coup de consid\u00e9rer qu\u2019on avait mal \u00e9valu\u00e9 la situation, que les risques auraient d\u00fb nous dissuader. Sur le moment, il vous semble avoir le choix entre Charybde et Scylla, et vous penchez pour Scylla, plut\u00f4t que de pers\u00e9v\u00e9rer vers Charybde.<\/p>\n<p>AU D\u00c9BUT \u2013 qui ne dure pas bien longtemps : assis sur les fesses, les deux chaussures \u00e0 l\u2019avant le talon plant\u00e9 dans la glace, le b\u00e2ton tra\u00eenant \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, question de freiner un peu, mon sac appuy\u00e9 sur la neige. Un dispositif d\u00e9j\u00e0 \u00e9prouv\u00e9, certes, mais pas dans des conditions pareilles, pas \u00e0 l\u2019or\u00e9e d\u2019une pente aussi abrupte, et surtout pas sur de la glace pure. \u00ab C\u2019est parti ! \u00bb Cette bravade !! Alors que, honn\u00eatement, j\u2019en m\u00e8ne pas large au moment de m\u2019\u00e9lancer. Lui (mon fr\u00e8re) reste \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, assis sur un replat, me regarde \u00e0 peine, pipe pas un mot, para\u00eet fourbu, non : \u00e9puis\u00e9, pire : accabl\u00e9. \u00ab Tu attends que j\u2019appelle avant de faire quoi que ce soit hein ? \u00bb Pas de r\u00e9ponse. Prendre une bonne bouff\u00e9e d\u2019air, et, larguer les amarres : pas besoin de pousser avec les pieds, la descente d\u00e9marre subitement, et l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration se fait pas attendre : quelques secondes, et voil\u00e0 que d\u00e9j\u00e0 je perds pied, litt\u00e9ralement, \u00e7a n\u2019accroche plus, je ne glisse plus, je d\u00e9rape, et l\u00e0 il faudrait plut\u00f4t s\u2019abstenir de dire \u00ab je \u00bb car d\u00e9j\u00e0 je ne contr\u00f4le absolument plus rien, je ne suis plus l\u2019agent de rien, sinon des pens\u00e9es qui se pr\u00e9cipitent dans mon cerveau comme, para\u00eet-il, \u00e0 l\u2019instant o\u00f9 l\u2019on est en train de mourir.<\/p>\n<p>\u00c7A (donc) : explose soudain sur la glace, dans un grand \u00e9clat de givre hurlant crissant, et \u00e7a devient n\u2019importe quoi, plus rien d\u2019humain en tous cas, un pur objet livr\u00e9 aux lois de la physique, un corps lanc\u00e9 sur une pente glac\u00e9e d\u2019une hauteur de cent cinquante m\u00e8tres : calculer la vitesse maximale atteinte par le mobile en tenant compte de sa masse, de la r\u00e9sistance de l\u2019air, et des frottements du support, dessinez le trajet qu\u2019il, que \u00e7a, parcourt en \u00e9valuant les variations de la pente, le choc \u00e9ventuel d\u00fb aux obstacles (quelques masses cauchemardesques : ombres noires surgissant du chaos quand j\u2019ose ouvrir un \u0153il), et r\u00e9pondez aux questions suivantes :<\/p>\n<p>a) Qu\u2019adviendra-t-il du b\u00e2ton ?<\/p>\n<p>b) Perdra-t-il son bonnet et ses gants, arrach\u00e9s dans la chute ?<\/p>\n<p>c) Percutera-t-il un de ces rochers saillants, et si tel est le cas, \u00e0 quelle vitesse, et \u00e0 quelles l\u00e9sions devrait-il s\u2019attendre alors ? (si tant est qu\u2019il en r\u00e9chappe)<\/p>\n<p>d) Dans l\u2019hypoth\u00e8se o\u00f9 la d\u00e9clivit\u00e9 de la pente finit par diminuer de cinq degr\u00e9s, parviendra-t-il \u00e0 freiner suffisamment pour \u00e9viter de plonger dans le pr\u00e9cipice qui l\u2019attend sournoisement en contrebas ?<\/p>\n<p>e) Si tel n\u2019est pas le cas, si la vitesse demeure trop \u00e9lev\u00e9e en fin de course, \u00e9valuez le pourcentage de chance qu\u2019il aura de finir respectivement : e1) \u00e9clat\u00e9 bras et jambes en croix au milieu des pr\u00e9s enneig\u00e9s, e2) empal\u00e9 sur la souche d\u2019un sapin, e3) fractur\u00e9 en de multiples endroits au milieu des rochers ?<\/p>\n<p>R\u00c9PONSES : a) perdu, le b\u00e2ton, d\u00e8s les premi\u00e8res secondes, une solide branche de noisetier qui m\u2019a fait une ann\u00e9e enti\u00e8re, et perdus \u00e0 tout jamais : b) le bonnet et les gants (le sac, fermement accroch\u00e9 aux \u00e9paules, a tenu le choc, et sans doute m\u2019a pr\u00e9serv\u00e9 du pire, faisant tampon si je puis dire) c) non : j\u2019entraper\u00e7ois d\u2019horribles rochers noirs tout autour et le bolide que je suis devenu, l\u2019homme torpille, l\u2019homme fus\u00e9e, lanc\u00e9 \u00e0 toute allure, s\u2019il vient \u00e0 les fr\u00f4ler, ne s\u2019y fracasse pas, bien que, sous la menace, j\u2019adopte instinctivement une position f\u0153tale, les bras repli\u00e9s sur le cr\u00e2ne, qui prot\u00e8ge peut-\u00eatre, quoique : percuter un rocher \u00e0 cette vitesse a probablement pour effet de vous disloquer sous le choc, bras autour de la t\u00eate ou pas, et la position adopt\u00e9e ne ralentit en rien, bien au contraire, la dite vitesse, d\u2019o\u00f9 : d) inspir\u00e9 par l\u2019instinct, plut\u00f4t qu\u2019en vertu d\u2019un calcul, je m\u2019efforce de tendre \u00e0 nouveau bras et jambes, et couch\u00e9 sur le ventre, les pieds en bas, offrir la surface la plus large possible \u00e0 la pente, augmenter au maximum les frottements, tant et si bien qu\u2019une modeste att\u00e9nuation de la d\u00e9clivit\u00e9, un miracle !, me donne l\u2019occasion de freiner, litt\u00e9ralement, des quatre fers, les doigts nus, les ongles aussi, agripp\u00e9s \u00e0 la glace, les pointes des chaussures de m\u00eame, et le visage martelant la surface : je finirais la gueule en sang, des engelures aux doigts, contusionn\u00e9 de partout mais : en vie, et surtout : \u00e0 l\u2019arr\u00eat ! Donc : je ne finis pas fracass\u00e9, \u00e9cartel\u00e9, empal\u00e9, \u00e9clat\u00e9, disloqu\u00e9 (r\u00e9pondre non \u00e0 e1, e2 et e3). Mais \u00e9tal\u00e9 de tout mon long sur une pente \u00e0 trente degr\u00e9s, agrippant deux brins de poudreuse saupoudr\u00e9e de sang (le mien, mes l\u00e8vres et mes joues \u00e9rafl\u00e9es, br\u00fbl\u00e9es), comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une poudre d\u2019or fin, lentement, pr\u00e9cautionneusement, reprenant mon souffle, puis, d\u00e9licatement, examinant avec m\u00e9thode l\u2019\u00e9tat du squelette : d\u2019abord les bras et les jambes, les plier un peu, tout va bien, rien de cass\u00e9, puis la nuque, les cervicales ont tenu le choc, un miracle encore !, regarder \u00e0 droite, \u00e0 gauche \u2013 tableau accablant : en vie certes, pas au bout de mes peines ! \u2013 puis me retournant doucement : \u00e0 mes pieds, la pente s\u2019effondre sur un \u00e9troit replat, apr\u00e8s quoi c\u2019est le ravin que j\u2019avais soup\u00e7onn\u00e9, rocheux, glac\u00e9 : prendre conscience que \u00e7a aurait pu s\u2019y vautrer ! \u00c0 vous glacer le sang, r\u00e9trospectivement, si ce n\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 fait ! \u2013 et puis, se t\u00e2ter lentement le cr\u00e2ne, v\u00e9rifier si fractures, f\u00ealures, plaies \u00e9ventuelles. L\u00e0 aussi : rien de notable. Juste le visage gentiment amoch\u00e9 : la bouche d\u2019abord, le go\u00fbt du sang au palais, les l\u00e8vres ouvertes en plusieurs endroits, rien de bien m\u00e9chant, les joues griff\u00e9es par la glace, et le menton : on s\u2019en remettra \u2013 dans la mesure o\u00f9 je sors de l\u00e0. Et d\u2019ailleurs, tant que j\u2019y pense :<\/p>\n<p>MON FR\u00c8RE ! \u2013 Je regarde l\u00e0-haut, suivant des yeux la coul\u00e9e travers\u00e9e d\u00e9sormais d\u2019une tra\u00een\u00e9e plus sombre, le trajet de ma chute, et pas loin au-dessus, se perdant dans le brouillard, il y a mon fr\u00e8re qui doit attendre, je l\u2019esp\u00e8re, j\u2019esp\u00e8re qu\u2019il attend, qu\u2019il ne s\u2019est pas mis en t\u00eate de me suivre : je HURLE son pr\u00e9nom. Puis : \u00ab N\u2019y va pas ! Ne descend pas ! \u00bb. Pas de r\u00e9ponse (Pas d\u2019\u00e9cho non plus, le vent emporte tout, les mots, les hurlements, les plaintes, les lamentations). Me redresse et, \u00e0 moi-m\u00eame : que suis-je cens\u00e9 faire maintenant ?<\/p>\n<p>EN CONTREBAS : pas bien loin finalement, \u00e0 port\u00e9e d\u2019homme sinon \u00e0 vol d\u2019oiseau, le fond de la vall\u00e9e, le chemin large et rassurant qui m\u00e8ne aux habitations, \u00e0 la lumi\u00e8re \u00e9lectrique, aux flammes paisibles des chemin\u00e9es, quelques feux follets luisants dans la temp\u00eate, \u00e0 la chaleur, \u00e0 la nourriture. En descendant prudemment, par le petit bois qui longe le ravin, doit y avoir moyen d\u2019\u00eatre l\u00e0-bas dans une heure, \u00e0 condition de ne pas d\u00e9visser \u00e0 nouveau, en s\u2019accrochant d\u2019arbre en arbre, en suivant la neige fra\u00eeche, les traces des b\u00eates, et de l\u00e0, appeler les secours, secourir mon fr\u00e8re, une fois sauv\u00e9, secourir mon fr\u00e8re.<\/p>\n<p>OBJECTION : comment faire part de ce plan, somme toute cens\u00e9, au principal int\u00e9ress\u00e9 [mon fr\u00e8re], alors m\u00eame que je suis coinc\u00e9 cent-cinquante m\u00e8tres en-dessous de lui, s\u00e9par\u00e9 par la temp\u00eate qui prend de l\u2019ampleur, les vents f\u00e9roces couvrant le bruit de mes appels ? Je HURLE, mais personne ne r\u00e9pond. Je hurle son pr\u00e9nom, je voudrais lui d\u00e9tailler ce plan excellent, lui demander de garder patience, de pas se laisser abattre, KEEP COURAGE BROTHER !, on va venir te chercher. Non. Alors quoi ? Le laisser durant des heures (combien ?) plant\u00e9 l\u00e0 haut, abandonn\u00e9 ! (Abandonner son fr\u00e8re : d\u00e9j\u00e0 l\u2019estomac se noue rien que d\u2019y songer) \u2013 Dois me rendre \u00e0 l\u2019\u00e9vidence : il n\u2019existe qu\u2019une seule mani\u00e8re de lui parler, c\u2019est de remonter. Remonter par la voie glac\u00e9e, celle par o\u00f9 je suis descendu, regagner les enfers dont j\u2019ai fini par m\u2019extraire. Au risque de crever pour de bon bien entendu (en face de ma culpabilit\u00e9 naissante, lancine la question suivante : est-il raisonnable de d\u00e9fier par deux fois la tourmente ? Quand on a gagn\u00e9 une fois \u00e0 ce jeu l\u00e0, quel sens y-a-t-il \u00e0 jouer une seconde fois \u2013 au risque de tout perdre).<\/p>\n<p>LA REMONT\u00c9E AUX ENFERS : m\u2019a fallu pr\u00e8s d\u2019une heure. Une heure \u00e0 tailler dans la glace marche apr\u00e8s marche, une heure dans un \u00e9tat second, m\u00e9lange de peur panique et de fureur, je m\u2019en voulais, je m\u2019en voulais de nous avoir embarqu\u00e9 dans cette gal\u00e8re, et je frappais dans ce mur de glace comme un damn\u00e9 sur les murs de sa ge\u00f4le \u00e9ternelle, je pensais \u00e0 toi, l\u00e0-haut, seul au milieu de la temp\u00eate, je hurlais \u00ab J\u2019arrive ! bouge pas bouge surtout pas ! \u00bb, mais personne ne r\u00e9pondait, sans b\u00e2ton, sans gant ni bonnet, je grimpais cette pente glac\u00e9e avec fureur, tout en songeant qu\u2019en gagnant \u00e0 nouveau de l\u2019altitude je perdais peut-\u00eatre d\u00e9finitivement la possibilit\u00e9 de redescendre, alors que la vall\u00e9e semblait tout \u00e0 l\u2019heure si proche, qu\u2019en remontant je signais peut-\u00eatre mon arr\u00eat de mort, mais que \u00e7a aurait \u00e9t\u00e9 pire, \u00f4 combien pire, de te savoir tout seul l\u00e0-haut, et moi sorti d\u2019affaire en bas, alors je retournais aux enfers, me plongeais \u00e0 nouveau dans le brouillard, port\u00e9 par la col\u00e8re, autant pour te retrouver que pour me punir, parce que je ne m\u2019en serais jamais remis si je m\u2019en \u00e9tais sorti et pas toi.<\/p>\n<p>Que faisais-tu pendant ce temps l\u00e0 ?<\/p>\n<p>Je n\u2019ai pas boug\u00e9. Quasiment pas. Juste un peu au-dessus pour rejoindre une corniche plus confortable. Je suis rest\u00e9 l\u00e0.<\/p>\n<p>Mais \u00e0 quoi pensais-tu ?<\/p>\n<p>Je ne sais pas. J\u2019\u00e9tais dans mes pens\u00e9es. J\u2019ai pens\u00e9 \u00e0 mon amie.<\/p>\n<p>Moi aussi j\u2019ai pens\u00e9 \u00e0 mon amie. Tu attendais en pensant \u00e0 ton amie ? Tu n\u2019as rien pens\u00e9 en me voyant dispara\u00eetre dans le brouillard, lanc\u00e9 comme un missile ? As-tu song\u00e9 que je pouvais tr\u00e8s bien me fracasser sur les rocher ?<\/p>\n<p>Non. je ne pensais pas \u00e0 cela. Je me disais que j\u2019aurais mieux fait de dire non quand tu as propos\u00e9 de continuer au sommet du col, avec ces nuages, ces putains de nuages de cauchemar noirs qui s\u2019avan\u00e7aient depuis l\u2019ouest.<\/p>\n<p>Tu t\u2019en voulais de ne pas avoir dit non ?<\/p>\n<p>Non : je t\u2019en voulais. Je t\u2019en veux. Je t\u2019en veux encore (et l\u00e0, sept ans plus tard, il m\u2019en veut encore).<\/p>\n<p>D\u2019avoir pris une mauvaise d\u00e9cision ?<\/p>\n<p>Non. D\u2019avoir \u00e9t\u00e9 encore une nouvelle fois comme depuis l\u2019heure o\u00f9 je suis venu au monde ce grand fr\u00e8re qui prend ce genre de d\u00e9cision qui sait l\u00e0 o\u00f9 je ne sais pas o\u00f9 je ne sais pas comment dire non comment adopter un autre parti que le tien que celui que tu m\u2019ass\u00e8nes tranquillement avec ton air de tout savoir ton assurance et ton maintien cette mani\u00e8re discr\u00e8te mais implacable d\u2019imposer ton point de vue en face duquel je me trouve toujours immanquablement d\u00e9sarm\u00e9 incapable sans ressource.<\/p>\n<p>MASSANT MES DOIGTS GOURDS : consid\u00e9rer qu\u2019il doit avoir raison en un sens, sur ce coup en tous cas, que j\u2019aurais du, observant les nuages, pr\u00e9voir, pr\u00e9voir non seulement le mauvais temps, mais le froid, la neige, la glace, pr\u00e9voir qu\u2019on n\u2019aurait pas le temps de passer de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la montagne mais, quand bien m\u00eame j\u2019aurais su pr\u00e9voir \u2013 cette randonn\u00e9e, ne l\u2019avais-je pas faite la semaine pr\u00e9c\u00e9dente, seul et paisiblement ? \u2013 (le gendarme tout \u00e0 l\u2019heure : \u00ab on ne peut jamais pr\u00e9voir dans ces montagnes l\u00e0, on croit que \u00e7a va passer, et en \u00e0 peine une heure, le temps se d\u00e9grade, on est coinc\u00e9 \u00bb, et un guide de haute-montagne, une sorte de fou furieux qui a gravi l\u2019Everest, a conquis le p\u00f4le nord et le p\u00f4le sud, l\u2019autre jour \u00e0 la radio : \u00ab le seul endroit o\u00f9 j\u2019ai failli mourir, c\u2019est ici, la seule montagne o\u00f9 j\u2019ai cru y passer, c\u2019est cette montagne-l\u00e0, en bas de laquelle je suis n\u00e9 et j\u2019ai grandi. \u00bb \u2013 et chaque hiver dans les journaux, la litanie des accident\u00e9s de la montagne, ceux que la montagne a pris, a conserv\u00e9 tout aupr\u00e8s d\u2019elle dans ses glaces, ceux qui d\u00e9vissent, que les avalanches emportent, les rochers qui se d\u00e9tachent, les membres bris\u00e9s sous l\u2019impact, les cr\u00e2nes heurtant, fracass\u00e9s\u2026), quand bien m\u00eame j\u2019aurais eu la pr\u00e9sence d\u2019esprit de faire demi-tour, le mal n\u2019\u00e9tait-il pas d\u00e9j\u00e0 fait depuis des lustres, mon arrogance, mon attirance pour le vide, la s\u00e9duction qu\u2019exercent sur moi les situations limites, ma propre folie.<\/p>\n<p>N\u2019ai-je pas le droit, malgr\u00e9 tout, \u00e0 des circonstances att\u00e9nuantes ?<\/p>\n<p>Non. Tu voudrais te faire passer pour un h\u00e9ros. Parce que tu m\u2019as sorti de l\u00e0, que tu as pris le parti de remonter, alors que juste par-del\u00e0 les for\u00eat, les lumi\u00e8res des burons brillaient dans la nuit, parce que tu as choisi de remonter, tu voudrais que je te consid\u00e8re comme un h\u00e9ros. Mais non. Ce serait te faire trop d\u2019honneur. Tu t\u2019es juste content\u00e9 de faire ce que tu as toujours fait. Avoir le beau r\u00f4le au final, toujours, quoiqu\u2019il arrive, te d\u00e9mener pour sauver la face, et m\u00eame un peu , qu\u2019on en vienne \u00e0 vanter ton courage dans l\u2019adversit\u00e9, ta t\u00e9nacit\u00e9 dans la temp\u00eate. Capitaine de mes deux.<\/p>\n<p>SIX ANS PLUS TARD : toujours effleur\u00e9 au d\u00e9but de la nuit par le m\u00eame r\u00eave, les m\u00eames images surgissant brutalement, d\u00e9valant la pente lanc\u00e9 comme un obus, et dans ce r\u00eave, je n\u2019arrive jamais en bas de la pente, parce que je me r\u00e9veille aussit\u00f4t que la chute commence, dans un sursaut.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LE LENDEMAIN \u2013 le fait est que ce matin-l\u00e0 : 1. je suis en vie pour autant qu\u2019on puisse l\u2019\u00eatre 2. mon fr\u00e8re aussi qui descend l\u2019escalier pour aller \u00e0 la cuisine 3. les tartines grillent et le beurre sur la table nous fait de l\u2019\u0153il. \u2013 rien que pour ce petit-d\u00e9jeuner divin : \u00e7a&hellip;<\/p>\n <a href=\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/la-chute\/\" title=\"La Chute\" class=\"entry-more-link\"><span>Read More<\/span> <span class=\"screen-reader-text\">La Chute<\/span><\/a>","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"Layout":"","footnotes":""},"categories":[120],"tags":[126],"class_list":["entry","author-danah","post-126","page","type-page","status-publish","category-observation","tag-observation"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.0 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>La Chute - Outside Dana Hilliot<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/la-chute\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"La Chute - Outside Dana Hilliot\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"LE LENDEMAIN \u2013 le fait est que ce matin-l\u00e0 : 1. je suis en vie pour autant qu\u2019on puisse l\u2019\u00eatre 2. mon fr\u00e8re aussi qui descend l\u2019escalier pour aller \u00e0 la cuisine 3. les tartines grillent et le beurre sur la table nous fait de l\u2019\u0153il. \u2013 rien que pour ce petit-d\u00e9jeuner divin : \u00e7a&hellip;\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/la-chute\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Outside Dana Hilliot\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2025-10-12T09:46:09+00:00\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"19 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\/\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/la-chute\/\",\"url\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/la-chute\/\",\"name\":\"La Chute - Outside Dana Hilliot\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#website\"},\"datePublished\":\"2018-10-05T11:59:09+00:00\",\"dateModified\":\"2025-10-12T09:46:09+00:00\",\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/la-chute\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/la-chute\/\"]}]},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/la-chute\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Accueil\",\"item\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"La Chute\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#website\",\"url\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/\",\"name\":\"Outside Dana Hilliot\",\"description\":\". Archives . Activit\u00e9s . Projets .\",\"publisher\":{\"@id\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#\/schema\/person\/201a1fef0f5c2897bd65e98bcf6b1179\"},\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":[\"Person\",\"Organization\"],\"@id\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#\/schema\/person\/201a1fef0f5c2897bd65e98bcf6b1179\",\"name\":\"danahilliot\",\"image\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#\/schema\/person\/image\/\",\"url\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/50801449407_a909f2c1ad_k.jpg\",\"contentUrl\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/50801449407_a909f2c1ad_k.jpg\",\"width\":2048,\"height\":1536,\"caption\":\"danahilliot\"},\"logo\":{\"@id\":\"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#\/schema\/person\/image\/\"}}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"La Chute - Outside Dana Hilliot","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/la-chute\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"La Chute - Outside Dana Hilliot","og_description":"LE LENDEMAIN \u2013 le fait est que ce matin-l\u00e0 : 1. je suis en vie pour autant qu\u2019on puisse l\u2019\u00eatre 2. mon fr\u00e8re aussi qui descend l\u2019escalier pour aller \u00e0 la cuisine 3. les tartines grillent et le beurre sur la table nous fait de l\u2019\u0153il. \u2013 rien que pour ce petit-d\u00e9jeuner divin : \u00e7a&hellip;","og_url":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/la-chute\/","og_site_name":"Outside Dana Hilliot","article_modified_time":"2025-10-12T09:46:09+00:00","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"19 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/la-chute\/","url":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/la-chute\/","name":"La Chute - Outside Dana Hilliot","isPartOf":{"@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#website"},"datePublished":"2018-10-05T11:59:09+00:00","dateModified":"2025-10-12T09:46:09+00:00","breadcrumb":{"@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/la-chute\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/la-chute\/"]}]},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/la-chute\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Accueil","item":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"La Chute"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#website","url":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/","name":"Outside Dana Hilliot","description":". Archives . Activit\u00e9s . Projets .","publisher":{"@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#\/schema\/person\/201a1fef0f5c2897bd65e98bcf6b1179"},"potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":["Person","Organization"],"@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#\/schema\/person\/201a1fef0f5c2897bd65e98bcf6b1179","name":"danahilliot","image":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#\/schema\/person\/image\/","url":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/50801449407_a909f2c1ad_k.jpg","contentUrl":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/50801449407_a909f2c1ad_k.jpg","width":2048,"height":1536,"caption":"danahilliot"},"logo":{"@id":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/#\/schema\/person\/image\/"}}]}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/126","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=126"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/126\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":127,"href":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/126\/revisions\/127"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=126"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=126"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/outsiderland.com\/danahilliot\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=126"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}