Musique

(Parenthèses)

Tu ne peux pas terminer comme ça, effondrée en larmes sur cette banquette, humiliée à ce point, et ne me parle plus de Jésus, ce pianiste cocaïnomane, ne me parle plus de ces gens que je ne connais pas, tu as vomi juste en sortant de scène, et tu sais qu’ils ont vu, ils ne pouvaient pas faire semblant de ne pas voir, tu n’as même pas été capable de terminer une seule chanson et ton baragouinage en espagnol n’a pas sauvé la mise, C’est une catastrophe dis-tu, Ils ne voudront pas me payer, Je n’ai même pas assez pour rentrer à Barcelone, On va se débrouiller, ne t’inquiète pas, maintenant je prends les affaires en main, tu me suis, je te porterais s’il le faut, on va trouver un endroit pour dormir, voilà comme ça, tu te tiens à moi, je vaux pas beaucoup mieux tu sais, complètement ivre moi aussi, putain ça ne nous réussit pas les concerts hein ? Ils étaient tellement gentils, attentifs, je les ai déçus, je t’ai déçu, non tu ne m’as pas déçu, tu m’as sidéré, mais tu vois tout le monde s’attend à ce qu’on puisse jouer cette musique-là, avec juste une guitare en bois, tranquillement, sans douleur, sans souffrance, tu joues tes morceaux et tout le monde est content, mais ce qu’ils ne savent pas, parce qu’ils n’écrivent pas ce genre de chansons, parce qu’il ne les jouent pas sur scène, c’est le prix qu’on doit payer pour sortir ça de son ventre, moi j’ai passé trois mois à boire après le travail au bord d’un étang, du Jack Daniels, tous les soirs, jusqu’à la nuit, et c’est là, environné de canards, de grenouilles et de hérons que j’ai écrit ces foutues chansons, mais ça personne ne peut le savoir, on s’imagine que tout demeure sous contrôle, même la création, alors que tes chansons à toi, celles que tu n’as pas pu jouer ce soir tellement tu étais ivre, je sais ce qu’elles coûtent, ce qu’elles t’ont coûté et ce qu’elles te coûtent encore aujourd’hui, tu souris tu ne comprends rien tu veux juste rester là à l’arrière de cette caisse qui nous emmène Dieu sait où pour la nuit sans doute et je ne comprends pas grand chose non plus sauf que tu n’as qu’à me suivre rester là comme tu le fais tout près de moi et de mon côté je me contente de suivre aussi que pouvons-nous faire d’autre sinon nous déléguer la conduite de nos existences au moins pour ce soir, demain ça ira certainement mieux, on y verra plus clair, confier son futur proche au premier venu donc, je fais juste attention à ce que nous conservions une certaine tenue, même s’il paraît impossible de cacher le fait patent que tu es totalement à la dérive et que je vaux pas beaucoup mieux, que là je suis en train de m’empêcher de vomir à mon tour tandis que la voiture traverse le centre de la ville pour nous emmener Dieu sait où, je n’ai qu’une envie c’est descendre et m’effondrer quelque part, sur les quais, dans un parc, n’importe où, d’ailleurs on finit par s’arrêter, tu te tournes vers moi, et m’embrasse dans un un baiser immense dont je préfère ne pas sentir le goût, c’est la manière que tu as trouvé de signifier que pour cette nuit, juste cette nuit, tu as besoin de moi, ça me va, il y a juste quelque pas à faire, des escaliers, deux étages, on s’étale là sur un grand lit à même les draps, je demande un café, notre hôte explique qu’il doit partir et nous laisser ce qui me va fort bien, plus envie de causer à quoi que ce soit, plus envie de penser dans ma langue, je pense dans notre langue, dont les mots sont ivres et traînants, il s’en va, j’hésite entre bière et un café, je prends les deux tu ne veux rien, tu t’enfonces doucement dans une sorte de coma un sourire stupide aux lèvres, je maudis je ne sais qui, j’ai besoin de maudire quelqu’un, tous ces gens que tu as déçus, ces gens qui s’attendait à autre chose, quelque chose de bien, et maintenant que nous pouvons parler tranquillement : pourquoi Irène ? mais je ne lui demande pas, elle se serre contre moi, j’entoure son ventre, ses seins, je me fond dans ses cheveux, une sale catastrophe, parce que demain bien sûr, il y aura un lendemain, il faudra s’excuser, et en même temps, demander de l’argent, obtenir un billet de train, se barrer au plus vite, et moi, je t’accompagnerai bien sûr ne t’inquiète pas, et jusqu’à la gare, jusque dans le wagon, un bon garçon, qui s’est trouvé une raison de vivre là juste pour une nuit, un lendemain, et tu fileras sous ce soleil vaseux brûlant nos cerveaux liquéfiés de la veille, tu fileras de l’autre côté de la frontière, et on ne se reverra pas, parce que ça ferait de biens sales souvenirs, des choses qu’il vaut mieux laisser entre les parenthèses où elles gisent déjà.


Music from dana hilliot and his friends, and some other projects (recording and published between 2000 and 2007)

You will find some infos about my friends and me on the label Another Record

Thx for all people who are playing on theses songs : Clement (The Wedding Soundtrack), Delphine Dora, Fred Deschamp, Jullian Angel, Gilles de Lunt, Laurent E. Girard (Noria lumens), Nicolas Albin (Sludge), Valo (Half Asleep).

Tous ces enregistrements sont publiés sous licence Creative Commons NC BY 3.0.

Download PDF

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *