dimanche : disparition

Il a plu toute la journée d’hier. Ciel couvert aujourd’hui. Deux promenades aujourd’hui. À un moment, ce matin, alors que le chemin que j’avais suivi débouchait dans un pré, me suis allongé un peu, les chiens se sont ramenés, je leur ai donné un peu d’eau, quelques biscuits. Ils semblaient heureux. Moi j’étais juste en train de m’effondrer. Le cirque de Chamalières au fond de la vallée, au-delà du bout du chemin, au-delà du pré, au-delà de la forêt derrière le pré, brillait sous le ciel sombre, ses crêtes encore enneigées, mais je n’avais pas le courage de monter là-haut. Mon amie est arrivée peu après, elle avait pris son temps pour grimper jusqu’ici. Me voyant couché dans l’herbe : ça va ?, j’en peux plus j’ai dit. Pas la fatigue non, m’en faut plus pour être fatigué au point de m’allonger, juste n’en plus pouvoir, un truc en particulier ? qu’elle demande, non, tout, je vais rester là je crois, il y a un buron plus haut, au fond de la vallée, on pourrait l’acheter, si on avait de l’argent bien sûr, pas d’électricité, un groupe électrogène, du bois à profusion, pas de route, juste un bout de chemin, pas d’eau courante mais des ruisseaux et des sources partout, pas de connections téléphoniques, le village à deux heures de marche en montée, une heure en descendant, et en hiver, et bien en hiver, on hiberne voilà tout, voilà, enfin moi c’est ce que je voudrais là maintenant juste disparaître, arrêter les frais, sortir du jeu (pour ce que tu y es dans le jeu !), ça demande trop d’effort, continuer, je peux plus, les chiens seraient ravis, la montagne pour eux tous seuls, on aurait des chèvres, deux ânes, des poules, d’autres chiens.

 

Tant que vous êtes là, les chiens, et toi, bon, on va faire aller comme disent les paysans dans les champs quand on leur demande comment ils vont.