I spent the day in bed

Le nouveau single du vénérable Morrissey, avec la musique et les textes duquel j’ai grandi, est de sortie : I spent the day in bed.

 

Musicalement, c’est pas ce que j’écoute en ce moment comme on dit poliment, mais le texte, ha !! Voilà du revigorant, du subversif, et d’ailleurs, je retourne me coucher. (spécial dédicace to E. Macron et ses admirateurs – tiens, en lisant Hérodote, j’ai découvert qu’il existait au temps des perses un peuple d’Asie mineure qu’on appelait les Macrons, si ! Alors évidemment, on se demande pourquoi un type comme moi, qui ferait mieux d’aller chercher un emploi, passe le plus clair de son temps à lire des écrivains grecs, on se demande hein. Ha j’adore cette phrase dans la chanson de Morrisey : « I’m not my type but I love my bed »)

 

[Verse 1]
Spent the day in bed
Very happy I did, yes
I spent the day in bed
As the workers stay enslaved
I spent the day in bed
I’m not my type, but
I love my bed
And I recommend that you

[Chorus]
Stop watching the news!
Because the news contrives to frighten you
To make you feel small and alone
To make you feel that your mind isn’t your own

[Verse 2]
I spent the day in bed
It’s a consolation
When all my dreams
Are perfectly legal
In sheets for which I paid
I am now laid
And I recommend to all of my friends that they

[Chorus]
Stop watching the news!
Because the news contrives to frighten you
To make you feel small and alone
To make you feel that your mind isn’t your own

[Bridge]
Oh time, do as I wish
Time, do as I wish
Oh time, do as I wish
Time, do as I wish
Oh time, do as I wish
Time, do as I wish
Oh time, do as I wish
Do as I wish

[Verse 3]
I spent the day in bed
You can please yourself
But, I spent the day in bed
Pillows like pillars
Life ends in death
So, there’s nothing wrong with
Being good to yourself
Be good to yourself for once!

[Outro]
And no bus, no boss, no rain, no train
No bus, no boss, no rain, no train
No bus, no boss, no rain, no train
No emasculation, no castration
No highway, freeway, motorway
No bus, no boss, no rain, no train
No bus, no boss, no rain, no train
No bus, no boss, no rain, no train

 

Et quelques images en guise d’annonce de l’album qui devrait pas tarder :

 

Krotz-Strüder : une chronique

J’ai rédigé cette chronique pour le label Wild Silence, qui publie cet été ce très bel album de Krotz-Strüder, 15 Dickinson songs.

 

Plus d’un siècle et demie les sépare, et un vaste océan. Pourtant, Émily Dickinson, l’étrange poétesse d’Amherst, Massachusetts, et Krotz-Strüder, le discret songwriter à la voix grave du nord de la France, ont en partage bien des traits : tous deux excellent à transformer la tristesse en beauté, usant de moyens modestes, tous deux préfèrent le secret aux lumières aveuglantes des scènes artistiques – ont-ils d’ailleurs le choix ? -, et tous deux recourent plus que de raison à l’introspection – The Brain is wider than the Sky écrit Émily dans son poème The one, the other, dont Krotz-Strüder propose une interpétation géniale, un des sommets de l’album. La mélancolie, le secret et les ruminations de l’esprit n’ont pas bonne presse ici-bas, aujourd’hui comme hier : les très nombreux poèmes d’Émily Dickinson n’ont pas, à quelques exceptions près, étaient lus de son vivant, et quand aux innombrables chansons que Krotz-Strüder a publiées depuis douze ans, adaptant les mots des plus précieux poètes (Henri Michaux, Robert Walser, Thomas Bernhard, Fernando Pessoa, Kleist, Hölderlin, et bien d’autres, excusez du peu !) elles n’ont que rarement suscité l’attention des médias. La musique, il est vrai, ne fait pas vraiment écho à l’air du temps, ce qui, l’air du temps étant ce qu’il est, paraît plutôt bon signe. Ces 15 dickinson songs paraissent au contraire parfaitement intemporelles – ce qui constitue la marque des classiques : ces chansons avec lesquels on a le sentiment d’avoir toujours vécu, de les avoir toujours trimballées avec soi, quand bien même tout laisse à penser qu’on les écoute pour la première fois. Ce caractère familier émerge en réalité d’une écriture bien plus complexe qu’il n’y paraît – on pourrait le dire tout aussi bien des poèmes d’Émily Dickinson. La littérature inspire Krotz-Strüder, c’est flagrant, et ça l’est encore plus quand on a lu ses livres publiés sous le nom de Julien Grandjean chez L’Arbre vengeur, Précipité, et Les Grandes manœuvres, deux recueils walzériens, galeries de prolétaires étrangement familiers qui s’efforcent de survivre dans les interstices d’une réalité assommante – à la manière de leurs cousins attachants et grotesques chez Beckett ou Maurice Pons.

Étrangers dans leur siècle, insoumis dans leur obstination – Émily : The foreigner before he knocks Must thrust the tears away -, les voilà réunis dans cet album dont il n’est pas étonnant qu’il trouve chez Wild Silence (l’oxymore ici leur convient parfaitement) un refuge d’où il pourra, avec un peu de chance, se faire entendre de quelques oreilles dans le bruit souvent sinistre que fait le vaste monde.

Éterner

Chaque été, j’éterne (parce que je ne connais pas de mot équivalent pour dire que j’hiberne, que j’hiberne en été, il fait bien trop chaud l’été, au-dessus de quinze degrés, j’ai le cerveau en compote, alors que l’hiver, je suis tout le temps dehors, surtout quand la neige a tout recouvert, alors là, assurément, on me trouvera dehors, dans la neige, monté sur des skis en général, et de fait, j’ai calculé (?) qu’en hiver, je parcours bien plus de kilomètres à skis qu’à pied, mais bon, me voilà de nouveau à parler d’hiver, c’est dire combien déjà, alors que nous ne sommes pas encore en juillet, l’hiver me manque) : je me tiens coi, enfermé (excepté le soir où je vais marcher dans la fraîcheur s’il en est – car il faut bien que les chiens se promènent !), et, désœuvré, j’écris, car au fond j’ai toujours écrit désœuvré, ce qui peut paraître étrange puisque le mot désœuvré évoque plutôt l’absence d’une œuvre, alors que c’est bien durant l’été qu’émergent tant bien que mal ces textes, souvent dans la sueur et toujours sous la contrainte, donc, parce qu’il faut bien s’occuper en cette horrible saison, ça fait passer le temps, et puis de quoi aurais-je l’air à ne rien faire du tout ? Il y a bien le tour de France à la télévision, mais je n’ai pas la télévision, alors je regarde le tour de France autrement, j’écoute la radio, quand je partais avec mon ami David en randonnée durant de longues semaines, souvent en juillet, nous installions au sommet d’un sac à dos une petite radio portative, et, vers seize heures, nous écoutions tout en marchant la retransmission radiophonique du tour de France, d’aussi loin que je m’en souvienne, je n’ai jamais raté un tour de France, ou alors la mort dans l’âme, moi qui ne suis pour ainsi dire jamais monté sur un vélo, ou bien juste une saison, en VTT, je possédais un vélo de la marque Gitane, c’était au début des années 90, il pesait facilement quatorze kilos, n’était doté d’aucune suspension, et ma foi, je me débrouillais plutôt bien en montée, mais sur le plat, j’avais l’impression de tirer une caravane, les autres coureurs possédaient des vélos plus récents, ô combien plus léger, si bien que l’avance que j’avais prise dans la montée, fondait irrémédiablement sur le plat, un jour de course, j’étais tellement épuisé que j’ai du finir les quinze derniers kilomètres d’une course qui en comptait cinquante à pied pour ainsi dire, mes jambes ne me portaient plus, pas question d’appuyer sur les pédales, ma carrière cycliste s’est arrêtée là, au pied d’une côté, j’ai dit ça suffit je préfère la marche à pied, mais je ne connaissais pas encore le ski, le ski de randonnée, maintenant, j’ai assez marché, je préfère skier.

vide-claire
Dessin : Claire Dori (http://www.clairedesign.fr/)

Bon.

Où voulais-je en venir ? Il faut bien en venir quelque part non ? Avais-je seulement une intention en commençant à écrire ce message ? Bien peur que non : aucune intention.

Alors oui, j’écris durant l’été. Et vers le mois de juin, je constitue une playlist, une bande son, l’arrière-plan sonore de ces travaux d’écriture à venir. Il faut choisir avec soin car on écrira différemment selon qu’on écoute telle ou telle musique. Il faut choisir des musiques dont on ne risque pas se lasser, susceptibles d’être jouées en boucle. Il faut s’attendre à ce que la musique d’accompagnement de l’écriture fournisse non seulement l’arrière-plan émotionnel, la stimung, il faut donc s’attendre, si l’on est un guss dans mon genre, à ce que cette musique diffuse beaucoup de mélancolie. Car je n’écris qu’en proie à la plus grande mélancolie, parfois mêlée de colère, je n’écris que plongé dans un profond état dépressif dont je ne m’extirperai qu’une fois l’hiver venu.

Basement, Promise Everyhting (Run for Cover 2016)

L’année 2016 s’annonçait moyen moyen moins. L’empire de la bêtise s’étendait irrésistiblement et accaparait toute chose – croiser une pensée pensante devient un événement exceptionnel, dont on a du mal à se remettre, et douloureux, dans la mesure où cette expérience nous rappelle un temps où une telle rencontre n’était pas si rare, &c. Ma propre bêtise surtout gagnait du terrain, je le sentais, avec l’âge, ça ne va pas mieux, dois-je convenir, et justement, ce qui ne me plaisait guère avec ce début d’année 2016, en plus de l’état du monde et des pensées tout autour, c’était qu’immanquablement, au beau milieu du mois de janvier, j’étais soudainement plus vieux d’un an, ce qui à chaque début d’année ne rate pas, j’en prends une, mais là, franchement, je sais pas pour vous (et en fait non, je ne sais pas pour vous), ça commence à faire, à faire beaucoup. Habituellement, j’évacue la question en frimant un peu : « j’aime assez vieillir, je me sens notablement plus sage, moins esclave de mes pulsions, je suis pour moi-même et quelques autres sans doute un meilleur guide en ce bas monde » – peut-être mais bon tout de même hein !

Delphine me disait tantôt que c’était marrant qu’un vieux (48 balais, piges, lunes) écoute comme ça de la musique d’ados. C’est vrai. Et c’est justement parce que (je vieillis et qu’écouter des bands post-punk américains &c.)

Basement est un groupe anglais (du coup, pas américain), originaire d’Ipswich, dans le Suffolk, né sur les ruines d’un premier groupe nommé This for fun (un groupe d’ados en bermuda assez punkie). Promise Everything est leur troisième LP, toute leur discographie étant sortie sur l’excellent (mais alors vraiment excellent, inépuisable même) label Run for Cover (records), basé à Boston, Massachussets. En 2012, le groupe fait une pause. À durée indéterminée. Chacun des membres du groupe souhaitant s’assurer d’une vie professionnelle un peu plus stable que celle que promet en général un rock band – Andrew Fisher, le chanteur, passe ses diplômes d’enseignant, son frangin, James, rentre dans une école d’art, Alex Henery devient vidéaste pour Run For Cover. Bref, chacun assure ses arrières – genre de chose que je n’ai jamais songé à faire quand j’avais leur âge, ça se paye plus tard, mais bon, on n’a qu’une vie &c &c.

En 2014, le groupe sort un single cinglant, d’une efficacité redoutable, Further Sky (c’est grâce à ce titre que j’ai commencé à les écouter). L’album qui consacre le retour aux affaires de Basement est donc Promise everything, fort de 10 titres au son clair et aux mélodies acérées. Chaque titre sonne comme un classique, si bien qu’après une semaine d’écoute, j’ai le sentiment de les avoir toujours entendus (Y’avait une place dans mon cerveau musical pour ces chansons précisément, fallait juste attendre qu’elles adviennent à l’Être (Stop Me If You Think You’ve Heard This One Before)). Il a vite rejoint le contenu de ma super clé usb que j’écoute sur l’autoradio de ma Saxo – l’auto que je réserve pour mes sorties en terrain peu stable, aux routes mal entretenues, et notamment, quand vient l’hiver, aux épaisseur de neige et traversées de congères. L’album parfait en tous cas pour se remettre dans le bon sens avant d’aller galoper avec les chiens dans la poudreuse en forêt du Ché ou sur les estives. Cet après-midi, pour ne rien vous cacher, j’ai chanté Halo sur la piste bleue de ski nordique, et au retour, sur la piste verte, c’était Brothers Keeper (mais bon, va vraiment falloir que je travaille ma voix, ou alors que j’arrête de fumer, ou encore les deux).