Les Ex ne meurent jamais

Couverture Les Ex Recto4ème de couverture :
Certains passages m’ont fait hurler de rire. D’autres juste sourire et de très beaux passages m’ont donné matière à réfléchir.

Le ton décalé, le rythme qui s’accélère, voire s’affole, le second degré, l’ostentation assumée. C’est très difficile à réussir, un vrai défi.
L’auteur le relève bien. La langue est belle, classique et maîtrisée, alors elle peut se permettre des dérapages contrôlés. 
En filigrane, il y a la tristesse de l’exil, les premières fois initiatiques, les inoubliables premiers émois, un Yaoundé mythifié, l’adolescence et ses affres, la position décalée, à la fois avide et critique, de l’intellectuel.
Y.M


Lisez les 3 premières pages du livre en cliquant ici.


Critiques

La critique publiée, sur le blog Passion littéraire :

De retour en Afrique pour un colloque, Josh Minala décide de se trouver une femme.
Pas facile pour un jeune écrivain parti de son pays natal de rencontrer une femme qui puisse lui convenir.
Entre Menya Katalina, Séraphine, Riter, Greta, Minala se souvient, se perd dans ses souvenirs, côtoyant ce présent sans réel avenir sentimental.
Josh Minala est un jeune écrivain, en quête d’identité, se sentant rejeté, ignoré dans son « pays d’exil » la Suisse.
Se considérant comme un afrocain, mi-africain mi-blanc, il ne trouve pas plus sa place dans son pays d’origine.
Son opinion de l’Afrique est sombre voire dure mais pourtant si réaliste. Ses propos laissent à réfléchir quant à l’histoire et le sort de l’Afrique et des africains, berceau de l’humanité.
Cette histoire pleine, d’humour et de réalisme m’a plu. L’écriture est fine et recherchée bien maîtrisée.
Agréable moment de lecture.

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La critique de La Cause Littéraire est à retrouver ici.

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Une courte chronique dans Africultures à lire ici.

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On retrouve ici le vieux sujet, comment séduire une fille, une femme, qu’on soit adolescent ou adulte, et comment l’obtenir ? Il y a là un passage en revue de toutes les formes de rencontres amoureuses, de l’enfance en Afrique jusqu’aux sites internet et autres réseaux en passant par la Suisse. C’est un grand écart côté société, argent, méthodes pour finir par constater que le problème revient surtout à : il faut qu’elles veuillent ! Cette quête passe cependant au second plan pour dévoiler ce qui s’avère être pour l’auteur un nœud gordien, concilier ses désirs et la façon dont il est vu, perçu. C’est dit ouvertement p 49 il y a toujours la douleur d’être noir…, au bas de la page 74 : Ma négritude me fait tant souffrir. Ce désespoir sous-jacent perceptible dans bien d’autres lignes, malgré les scènes comiques, donne alors plus envie de pleurer que de rire.
Le côté exotique du livre est aussi pour moi fortement à prendre en compte. Je ne connaissais à peu près rien du Cameroun avant de le lire, tout au moins rien de plus qu’un peu de géographie, de souvenirs d’informations ou d’articles de journaux. Donc, étant très ignorante, j’ai beaucoup appris (même du vocabulaire, bangala, yoyette…) Ateba Eyené, par exemple dont j’ignorais l’existence… Et que Paul Biya, en était à son septième mandat. En fait, dans tout ce qui est révélé sur ce pays au fil des lignes, je ne connaissais que Mongo Beti, de nom, et que je n’ai pas lu.
C’est un roman déroutant, décousu, bizarrement structuré, surprenant, mais aussi attachant, émouvant quand il avoue à sa façon humoristique son découragement. Mais alors qu’il est sans cesse question d’Afri(o)cains, d’Afrique, de N(n)oir… , le prodige de l’écriture (par rapport au cinéma) est qu’on oublie les couleurs de peau en lisant certains passages, pour la bonne raison que les personnages sont tout bonnement des Homo Sapiens (pas si sapiens, c’est vrai, mais bon) la seule race humaine qui peuple actuellement la planète depuis la disparition de Neandertal, avec des nuances du clair au foncé (ou l’inverse) et quelques autres détails d’apparence, comme la couleur des cheveux dans nos sociétés dites blanches et comme le sont les vaches plus ou moins tachetées d’une même espèce dans un troupeau aperçu lors d’une randonnée en montagne. L’espèce humaine, hélas, a très bien su utiliser ces différences apparentes pour asservir et enrichir quelques-uns au détriment de beaucoup d’autres. Donc, par moments, je me suis arrêtée de lire, en me disant, ah, oui, cela se passe en Afrique, ils sont noirs, oui, en effet, puis en reprenant ma lecture, je l’oubliais, ce qui m’intéressait était ce qu’ils disaient, ce qu’ils faisaient, comment ils réagissaient dans certaines situations et en aucun cas, finalement, comment ils étaient. De même pour les passages en Suisse (j’ai plusieurs fois séjourné en Suisse, j’ai d’autant apprécié la p 73). Dans ces pages helvètes, parmi les personnes évoquées, qui était blanc, qui était noir ? Drôle de jeu d’échecs où pions et figures se mélangent. J’essaie par là de dire à quel point le miracle de l’écrit peut abolir les distances, les préjugés, les dissemblances. (…)
Difficile de chercher des noises au vocabulaire et à la grammaire dans ce texte car on comprend très vite que le français est rudoyé à dessein. (…) ce français que l’auteur n’éprouve aucun scrupule à bousculer, tout en le respectant à sa manière.
Je me suis un peu éparpillée dans mes remarques (tout en tentant d’être au plus près de ce que j’ai ressenti) mais c’est peut-être ce texte qui l’a voulu, dans son éclatement, lancé comme une bombe à blanc qui, sans tuer, peut faire assez de mal à l’âme pour réveiller les consciences. Sans doute y aurait-il encore beaucoup à dire sur ces lignes foisonnantes qui méritent d’être relues avec du recul.

Sylvie Aubriot (France)