Venez découvrir les montagnes cantaliennes sous l’œil des artistes

Dans le cadre des soirées du domaine nordique Prat-de-Bouc Haute-Planèze, la bibliothèque de Valuéjols accueillera le jeudi 13 décembre à 20h30 l’historienne de l’art sanfloraine Pascale Moulier. Également archiviste au diocèse elle publie régulièrement des livres et articles sur le patrimoine religieux et artistiques du Cantal. Elle proposera un exposé avec projection intiutlée « Les Montagnes du Cantal vues par les artistes« , dans la lignée de  son dernier ouvrage, Le Cantal vu par les artistes au XIXè siècle, publié en octobre dernier aux Éditions de la Flandonnière.

Pascale Moulier réunit dans ce volume non seulement une collection d’œuvres souvent peu connues, mais également une galerie de portraits haut en couleurs d’une époque où la visite du département tenait encore de l’exploration parfois aventureuse. On y croisera nombre de voyageurs-dessinateurs, en charge de la composition de guides touristiques, parmi lesquels quelques anglais, des scientifiques fascinés par la vulcanologie naissante, des érudits auvergnats désireux de mettre en valeur le patrimoine de la Haute-Auvergne mais aussi quelques peintres fameux, tels Rosa et Auguste Bonheur, attachés familialement à Mauriac : la première fit connaître la vache Salers dans des tableaux exposés désormais dans le monde entier, et le second contribua grandement à faire entrer les paysages du Cantal dans l’histoire de l’art. N’oublions pas les expériences picturales du tout jeune Théodore Rousseau dans la vallée du Falgoux lors d’un séjour en 1830. À travers cette matière artistique, c’est un Cantal oublié qui se découvre, celui du XIXè siècle, riche en châteaux et ruines, en effleurements rocheux basaltiques, tout un patrimoine aujourd’hui en grande partie recouvert par les broussailles ou qui a tout bonnement disparu.

 

Théodore Rousseau, Mountainous landscape in Cantal, 1830 (oil on paper)

On y puisera aussi des éléments de réflexion précieux sur la représentation paysagère : le XIXè siècle constitue à cet égard un champ d’investigation passionnant, dans la mesure où s’y confrontent une vision romantique, qui cède largement au goût du jour pour une forme de pittoresque, et, par réaction, une tendance plus réaliste, qui revendique la précision documentaire. On ne s’étonnera pas dès lors, et on s’en amusera peut-être, des gravures représentants des maisons exagérément biscornues, des reliefs plus hauts et plus tourmentés qu’attendus, et des libertés prises avec le réel, certains artistes recomposant parfois les éléments du décor à leur goût. S’ajoute à cela la naissance de la lithographie, qui facilitait grandement l’impression des dessins, mais occasionnait aussi, de la part des artisans de l’atelier d’impression, un travail de modification en amont, se traduisant par exemple par l’ajout de personnages et d’animaux au premier plan, voire par l’exagération des formes et des contrastes.

On notera que les artistes et dessinateurs viennent dans leur grande majorité d’ailleurs, les peintres cantalous préférant s’inspirer d’autres contrées. Il faudra attendre le siècle suivant pour que des artistes du cru considèrent leurs paysages familiers comme dignes d’être portés sur la toile. L’arrivée du train et le développement du tourisme changeront également la donne. Mais cette histoire donnera peut-être lieu à un autre volume !

 

« Rosa Bonheur », Édouard Dubufe, 1857, huile sur toile (Musée National des châteaux de Versailles)

Avec ce livre généreusement illustré (malgré le nombre d’œuvres disséminées dans des collections privées et donc difficilement accessibles) et parfaitement documenté, Pascale Moulier comble un vide en offrant une synthèse précieuse : à l’heure où le paysage et la question de sa préservation reviennent au premier plan des préoccupations territoriales, il sera très enrichissant de s’enquérir de la manière dont nos ancêtres observaient le Cantal, dont on n’oubliera pas qu’à l’époque il était beaucoup plus peuplé que de nos jours, et de confronter nos centre d’intérêts aux leurs.