petite (pré-)histoire de la RD39 (autour du col de Prat-de-BOuc)

Dans le remarquable ouvrage de Jean-Louis Philippart, Albepierre-Bredons et Murat, à la Recherche de l’Histoire et du Patrimoine (auto-édition 2006, disponible dans toutes les médiathèques du département), on trouve de nombreuses études passionnantes, et, en fin de volume, le résultat d’une enquête sur dans les Archives départementales au sujet du désenclavement des communes de la vallée de Bredons (et, par-delà, Saint-Martin sur Vigouroux et Pierrefort). Jusqu’au XIXè siècle, on contourne les montagnes, autant qu’il est possible. Toutefois, il arrive qu’on ne puisse faire autrement que de franchir les cols : ainsi, la route royale qui relie Aurillac à Saint-Flour passe par le col de Cère – jusqu’au creusement du tunnel du Lioran, autant dire qu’elle est fermée à cet endroit durant une bonne partie de l’hiver. À la Révolution, on discute de l’opportunité d’une liaison entre Murat et Massiac par la vallée de l’Allagnon, ainsi que de la restauration des chemins qui mènent d’Allanche à Murat et à Bort. L’entretien du réseau départemental constitue la priorité des élus durant tout le XIXè siècle, et on privilégie les routes qui contournent le massif plutôt que d’imaginer créer des itinéraires passant par les cols.
Ce n’est qu’après le percement du tunnel du Lioran (1839-47) que la question de créer une route entre Murat et la vallée de Brezons revient sur le tapis. Il s’agit de désenclaver Brezons, mais également de faciliter les transactions commerciales (notamment la production fromagère) entre Murat et Pierrefort.
Le premier projet d’itinéraire nous paraît, avec le recul, pour le moins audacieux. En 1869, on imagine les choses ainsi :

« Le tracé par Grandval, depuis la Tombe du Père présente beaucoup de lacets avec une pente à 10 % ; l’altitude du col est à plus de 187 mètres celle de Prat-de-Bouc ; par contre, de Prat-de-Bouc au col de la Jambe, la pente serait de 3 % sur 1200 m ».

Les deux cols s’élèvent tout de même à plus de 1500 m !
Les débats autour de la pertinence d’un nouveau chemin, désormais nommé chemin n°39 (et qui deviendra finalement notre route départementale 39), se poursuivent durant décennies. Le Conseil Général est fermement opposé au projet, les muratois le défendent. Les arguments du Conseil Général se tiennent assez bien :

« L’utilité de cette voie de communication me paraît très peu considérable. En effet, dans ces régions élevées qu’elle traverse, on ne rencontre que des burons sans aucun centre de population. Elle ne servirait qu’au transport des fromages. Il ne faut pas perdre de vue qu’elle passe au pied du Plomb du Cantal à une altitude de 1400m par conséquent elle serait impraticable pendant la pus grande partie de l’hiver. »

Le représentant du canton de Murat insiste pourtant :

« le chemin n°39, s’il est construit, sera la seule voie que puissent pratiquer pour se rendre à Murat, la commune de Brezons, une partie considérable des communes de Saint-Martin-Sous-Vigouroux, Cézens et Paulhac (…) Ces communes ont tout le temps entretenu avec Murat des rapports fréquents et nombreux. Par cette voie seulement pourront s’exporter d’une manière facile et commode les produits d’une partie importante des montagnes du cantal et de la forêt de Grandval. »

En 1884, l’ingénieur en chef conclue les discussions en lâchant que

« ce chemin construit jusqu’à Albepierre ne sera probablement pas continué de longtemps. »

Finalement, ce n’est qu’en 1900 qu’un nouveau tracé, sans doute plus raisonnable s’impose, qui passe par la Sagnette après le col de Prat-de-Bouc, file par les bois de Belinay et remonte sur le plateau d’Arlajoux puis le col de Belleviste. Il sera encore modifié à plusieurs reprises avant de devenir notre RD39 qui passe par le col de la Griffoul.

On lira donc avec profit l’article complet dans le livre de Monsieur Philippart ainsi que bien d’autres études concernant les richesses patrimoniales et l’histoire des pays d’Albepierre-Bredons et Murat.