Masey Ferguson 142 (pensée pour Michou)

Cérémonie émouvante au village cet après-midi pour les obsèques de Michel Jalabert, que tout le monde appelle Michou. Un grand soleil de printemps triste : l’église était pleine et sur la place devant le porche, il y avait au moins deux fois plus de monde qu’à l’intérieur. Tout le village réuni sans doute, et toutes les générations, des gens qui sont venus aussi de fort loin. Les paroles de ses proches, lues après l’homélie, émeuvent jusqu’aux larmes même les plus rudes d’entre nous, tant elles sonnent juste : des rudes au cœur tendre, voilà ce que sont la plupart de ces hommes, et des femmes aussi, et ce qu’il était, évidemment. Il comptait prendre sa retraite dans quelques mois. Son tracteur, désormais mythique, un Masey Ferguson 142 je crois bien, est au garage. J’ai l’idée qu’on pourrait le garer pour la fin des temps sur la place de la fontaine, où sa place doit être. En faire une sorte de monument. Dans nos villages, les tracteurs anciens méritent la reconnaissance n’est-ce pas ? Après la cérémonie, Dick, son border collie, celui qui ne manquait jamais d’accompagner le tracteur et son maître où qu’il aille, vient me rendre visite. C’est la troisième fois de la journée qu’il vient. Il n’y a rien de plus triste que de lire le désarroi dans les yeux d’un chien qui vient de perdre son maître. On y lit d’abord sa propre peine bien sûr, mais il y a quelque chose qu’il cherche sur les chemins autour de la ferme, il se demande pour sûr, et c’est absolument beau et triste. Alors je parle à Dick, je le prends dans mes bras, le câline. Il y a un grand vide au village ce soir; et il y aura un grand vide aussi les jours suivants et les autres jours à venir.

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