Interview : Alexandre Letort, météorologue

Mercredi 14 février à 20h30 à la Bibliothèque de Valuéjols (Cantal, 15300)
Alexandre LETORT : La météo hivernale en moyenne-montagne auvergnate

(Soirée organisée par  le Domaine Nordique Prat-de-Bouc Haute-Planèze, la Mairie de Valuéjols, et la Bibliothèque de Valuéjols)

Alexandre Letort, météorologue, anime un site consacré à la météorologie dans le massif du Sancy et la chaîne des Puys : www.meteovergne.com. Il propose des prévisions expertisées et des bulletins spéciaux en cas d’évènements remarquables. La météo de nos massifs présente des particularités géographiques dont il faut tenir compte pour établir des prévisions fiables, et, à l’issue de cette intervention, on comprendra mieux comment s’y retrouver parmi la masse de prévisions météo qui nous sont proposées aujourd’hui.

Nous l’avons rencontré avant son intervention à Valuéjols :

D’où te vient cette passion pour la météo ?

C’est souvent la première question que l’on me pose. C’est une passion que je définirais « d’innée » plutôt que « d’acquise ». De nombreux passionnés aujourd’hui le sont devenus suite à un phénomène météorologique exceptionnel qu’ils ont vécu (tempête, inondation, violent orage, vague de froid.). De mon côté, c’est bien avant 10 ans que je connaissais les noms des nuages et que je préférais recevoir des livres et des stations météo aux anniversaires et à Noël. Cette passion est finalement incluse dans un intérêt plus large : celui de la nature et particulièrement de son évolution et de ses réactions face aux fluctuations du temps.

Tu as monté ton entreprise récemment. Comment se passent ces débuts, à quel genre de demandes es-tu amené à répondre ?

Après une phase « amateure », sans prestations mais avec publication régulière d’un bulletin, Météovergne est devenue une microentreprise en février 2017. Les clients sont variés : un particulier souhaitant un bulletin personnalisé, des organisateurs d’évènements, les Remontées Mécaniques du Mont-Dore, des aérostiers… Les prestations de Météovergne comprennent à la fois des prévisions mais également, en lien avec ces dernières, des « produits » pédagogiques : conférences, formation, ateliers météo pour les scolaires.  Aujourd’hui, le produit « phare » de Météovergne est une application, qui permet, pour 15 € par an, de suivre et d’anticiper l’évolution du temps dans le massif du Sancy et la chaîne des Puys.

En quoi consiste la journée typique d’un météorologue ?

La première activité consiste en la rédaction du bulletin de prévisions à 48h. L’analyse et l’interprétation des données d’observations et des modèles de prévision débute entre 5h et 7h du matin. Au fil de la journée, il faut ensuite réaliser des points météo réguliers, tenir informé des évolutions, des éventuels décalages entre les prévisions et les observations. Cela passe aussi par un travail important sur le terrain : mesures in-situ, sondages nivologiques, maintenance de stations météo… Au final, la météo ne s’arrêtant jamais, l’activité est souvent continue jusqu’à (très) tardivement en soirée surtout si les conditions sont agitées…

Pourquoi le massif du Sancy intéresse-t-il un météorologue ?

Le massif du Sancy correspond au premier massif du grand ouest de la France. Il subit fortement les changements de temps. Aussi, avec la chaîne des Puys, il s’agit de terrains d’exceptions pour comprendre ce qu’il se passe en altitude et pour vivre fréquemment presque tous les types de temps possibles en seulement quelques heures ! En plus d’être très réceptif aux masses d’air, le relief implique des conditions très différentes selon les versants avec des phénomènes très volatiles dans le temps et l’espace. Même en situation anticyclonique, calme par définition, des écarts de températures de 10 à 20°C peuvent être observés à une même altitude mais dans un contexte topographique différent (inversions). Un météorologue travaillant sur ces espaces ne peut que rarement s’ennuyer…

Quelles différences vois-tu du point de vue météo entre le Sancy et les volcans cantaliens ?

En tant que premiers massifs de l’ouest, ces massifs présentent des similitudes. De même au regard de leur positionnement isolé. Toutefois, en étant plus au sud, le massif du Cantal subit davantage l’influence méditerranéenne en termes de précipitations. Il est ainsi fréquent que dans un flux de sud sud-est, le cantal soit nettement plus arrosé ou enneigé que le massif du Sancy.