Interview : Alban Cheyvialle, pisteur

Le fonctionnement d’un domaine nordique, comme celui de Prat-de-Bouc Haute-Planèze, repose sur le travail, parfois méconnu, d’une équipe de professionnels. Durant ce mois de février, nous dresserons les portraits de ceux qui assurent l’ouverture dans les meilleures conditions des pistes pour les skieurs de fond. Aujourd’hui, le pisteur-secouriste Alban Cheyvialle.

Vêtus d’une veste de ski ornée de bandes réfléchissantes, on les croise à l’entrée des domaines nordiques, ou bien sur les pistes, qu’ils parcourent à ski ou en motoneige. Le talkie walkie à la main, scrutant le manteau neigeux, prêts à réagir à la moindre alerte, voici les pisteurs, figures emblématiques des domaines de ski nordique. Nous rencontrons aujourd’hui Alban Cheyvialle, qui travaille durant la saison hivernale au col de Prat-de-Bouc.

Depuis quand exerces-tu la profession de pisteur et sur quel domaine as-tu débuté ?

J’ai attaqué ma première saison en 2005 dans les Alpes de Haute-Provence en haute vallée de l’Ubaye durant 3 ans, puis au Falgoux, au nord du volcan cantalien. Je travaille à Prat-de-Bouc depuis 2013.

Comment as-tu connu les stations nordiques ?

Mon père est pisteur depuis 1996 au Falgoux. Quand j’étais enfant, je montais dans la dameuse avec lui et c’est là que j’ai attrapé le virus. Je révisais le brevet des collèges dans la dameuse le soir de 20h à minuit. Je suis monté sur les planches à l’âge de 2 ans et 4 mois et à 9 ans, j’ai rejoint le club de Riom-ès-Montagnes.

Comment devient-on pisteur ?

Un bon niveau de ski est requis, sur toute sorte de neige. On nous demande de bien connaître le milieu montagnard, quelques rudiments de damage, mais surtout de maîtriser le secours en milieu enneigé (PSE1 et 2). Quelques notions dans le domaine juridique sont utiles. Un diplôme national sanctionne la formation, et la partie « secours » demande un recyclage tous les ans. Il faut passer un test technique sur skis avec un sac de dix kilos sur le dos, ainsi qu’une épreuve éliminatoire comportant un secours. Le cœur du métier reste la sécurité avant et pendant l’ouverture des pistes.

Peux-tu décrire une journée typique de pisteur ?

La prise de météo passée (gel, vent, qualité de la neige) on fait le bilan avec le dameur pour décider quelles pistes seront ouvertes ou fermées. On prend connaissance des « mains courantes » pour vérifier ce qui s’est passé la veille. Dans la journée, il faut parfois modifier l’ouverture en fonction des changements de météo. Et bien sûr, contrôler les skieurs et informer et orienter les pratiquants sur le domaine : il n’est pas rare que des promeneurs à pied ou en raquettes s’engagent sur les pistes damées, et il faut leur rappeler que ces itinéraires sont réservés au skieur et que plusieurs heures de travail sont nécessaires pour parfaire ces pistes.

Quel type de secours es-tu amené à pratiquer ?

D’abord les traumatismes liés au suite d’une chute : entorse, fracture et contusion. En second lieu, les malaises. On est équipé d’un poste de secours commun avec la station alpine du Lioran, d’une motoneige avec un traîneau équipé d’un matelas coquille et de tout le matériel de première intervention : défibrillateur, oxygène, trousse médicale d’urgence. Tu te dois de pouvoir faire face à tout ce qu’on appelle le « prompt secours », être capable de ramener la victime au poste de secours dans de bonnes conditions, afin de faciliter la prise en charge par le SAMU.

Désormais, dans le contexte du réchauffement climatique, on est obligé de s’adapter à ,des variations climatiques importantes durant la saison. La neige devient une denrée rare qu’il faut soigner. L’ouverture demande plus d’effort : des coupes d’eau, le maniement de la pelle et de la tronçonneuse.. L’aspect juridique a pris une importance grandissante et se traduit dans des protocoles de sécurité plus poussés. La société est beaucoup plus procédurière qu’avant et impose un cadre juridique plus poussé.