{"id":680,"date":"2014-05-11T16:02:34","date_gmt":"2014-05-11T15:02:34","guid":{"rendered":"http:\/\/outsiderland.com\/outside\/?page_id=680"},"modified":"2014-05-11T16:02:34","modified_gmt":"2014-05-11T15:02:34","slug":"les-mots-les-choses","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/outsiderland.com\/exercices_psychanalytiques\/les-mots-les-choses\/","title":{"rendered":"Les Mots, les choses"},"content":{"rendered":"<p class=\"western\">Trois mani\u00e8res de nous rapporter aux mots.<\/p>\n<p class=\"western\">Ou bien les mots sont les repr\u00e9sentants, les tenants-lieux, les personnages \u00e0 la place des choses (transpos\u00e9s sur une autre sc\u00e8ne, par exemple la sc\u00e8ne du transfert). Ce qui vient occuper la place laiss\u00e9e vacante par l\u2019absence de la chose, et donc, constitue un recours permettant de rendre tol\u00e9rable l\u2019absence de la chose d\u00e9sir\u00e9e, ou de mettre \u00e0 distance en la contr\u00f4lant par la parole ou la pens\u00e9e, l\u2019absence d\u2019une chose mena\u00e7ante. S\u2019ouvre ici toute la dimension de ce que les psychanalystes d\u00e9signent par \u00ab\u00a0le symbolique\u00a0\u00bb, ou les <i>Vorstellung<\/i> freudiennes. Cette mani\u00e8re d\u2019y faire avec les mots, constitue donc une mani\u00e8re d\u2019y faire avec l\u2019absence, et avec le d\u00e9chirement et l\u2019arrachement \u00e9motionnel qu\u2019accompagne la perte d\u2019un objet craint et\/ou d\u00e9sir\u00e9.<\/p>\n<p class=\"western\">Ou bien les mots sont les choses m\u00eames. Alors m\u00eame que la chose semble \u00eatre absente, elle est encore l\u00e0, d\u00e9sirable ou mena\u00e7ante, quand on la nomme, ou quand elle est nomm\u00e9e. Pas de secours apport\u00e9e par la repr\u00e9sentation ici. On ne saurait \u00e9chapper \u00e0 la crainte ou au d\u00e9sir et aux affects li\u00e9s \u00e0 ces objets parce que, d\u2019une certaine mani\u00e8re tout est l\u00e0, et tout est toujours l\u00e0. Le r\u00e9el n\u2019est pas rel\u00e9gu\u00e9 derri\u00e8re les mots, ce par quoi nous sommes relativement prot\u00e9g\u00e9s du r\u00e9el, mais il se r\u00e9it\u00e8re \u00e0 travers les mots eux m\u00eames, qui n\u2019ont plus cette qualit\u00e9 filtrante, qui ne font plus office de barri\u00e8re de protection. Pas de c\u00e9sure entre la mot et la chose donc. Et, par suite, chaque mot r\u00e9it\u00e8re le drame de la perte et du recouvrement, de la menace et de sa conjuration, plut\u00f4t qu\u2019il ne le contient (le d\u00e9dramatise).<\/p>\n<p class=\"western\">Ou bien les mots sont, non pas les repr\u00e9sentants de la chose, non pas la pr\u00e9sence de la chose, mais l\u2019absence elle-m\u00eame de la chose (et non pas l\u2019absence de la chose elle-m\u00eame). Un point qui s&rsquo;\u00e9crase sur lui-m\u00eame sous l\u2019effet de sa propre gravit\u00e9 et devient un trou. Le mot-trou, le \u2013 chose, l\u00e0 o\u00f9 \u00e7a \u00e9tait. Litt\u00e9ralement. \u00c0 la place de la chose il n\u2019y a personne, rien n\u2019est l\u00e0, o\u00f9 plut\u00f4t le rien menace en permanence d\u2019engloutir toutes choses, et c\u2019est une lutte tragique et continuelle contre le n\u00e9ant \u2014 cette lutte constituant ce qui tient lieu d\u2019existence, l\u2019arri\u00e8re-plan de l\u2019omnipr\u00e9sence de la mort passant pour ainsi dire au premier plan, et recouvrant toute illusion de r\u00e9alit\u00e9. H\u00e9raclite au pied de la lettre.<\/p>\n<p class=\"western\">\n<p class=\"western\">Trois mani\u00e8res donc mais aussi trois vertices pour l\u2019analyste. Est-ce si \u00e9vident de rep\u00e9rer quel est le vertex dominant quand nous recevons le patient ? Non, pas si \u00e9vident que cela, dans la mesure o\u00f9 nous sommes tent\u00e9s, sur la base de nos propres tendances du moment, d\u2019accueillir un n\u00e9vros\u00e9 (mais, il pourrait tr\u00e8s bien arriver que untel soit tent\u00e9 d\u2019accueillir un parano\u00efaque, ou m\u00eame un schizophr\u00e8ne, pour les besoins des ses recherches personnelles par exemple. Son \u00e9pist\u00e9mophilie constituant alors un obstacle redoutable sur le chemin qui nous enjoint d&rsquo;accueillir ce qui s\u2019offre l\u00e0 pr\u00e9sentement). L\u2019histoire de cette analyste qui raconte comment elle a pris conscience de son erreur : \u00ab\u00a0j\u2019ai cru qu\u2019il \u00e9tait n\u00e9vros\u00e9, mais je lui ai dit telle chose, et il s\u2019est mis \u00e0 halluciner etc..\u00a0\u00bb Elle explique cette \u00ab\u00a0erreur\u00a0\u00bb ainsi\u00a0: les param\u00e8tres de la structure \u0153dipienne semblaient \u00ab\u00a0\u00e0 leur place\u00a0\u00bb : or, \u00ab\u00a0si j\u2019avais eu affaire \u00e0 un psychotique, je me serais m\u00e9fi\u00e9e, j&rsquo;ai manqu\u00e9 d&rsquo;\u00e9valuer correctement la structure.\u00a0\u00bb Je reviendrais un de ces jours plus longuement sur l\u2019examen de cette anecdote exemplaire, mais notons tout de m\u00eame\u00a0: le probl\u00e8me ne me semble pas tant relever d\u2019un d\u00e9faut de l\u2019analyse structurale, que d\u2019un manque de souplesse analytique, c\u2019est-\u00e0-dire de cette facult\u00e9 ou vertu qui consiste \u00e0 faire varier les perspectives au cours de la s\u00e9ance ou de la cure, changer de vertex, m\u00eame si \u00e7a doit \u00eatre quelque peu forc\u00e9, ou bien, jouer avec la grille de Bion.<\/p>\n<p class=\"western\">La rigidit\u00e9 nous menace toujours, nous sommes rassur\u00e9s par l\u2019illusion de la conformit\u00e9 en tout point exacte \u00e0 telle ou telle th\u00e9orie ou tel ou tel mod\u00e8le. C\u2019est une des raisons qui font que changer de vertex peut \u00eatre accompagn\u00e9 d\u2019une douleur (pas seulement une douleur intellectuelle d\u2019ailleurs). Mais plus difficile encore : adopter une perspective \u00ab\u00a0psychotique\u00a0\u00bb (pour dire vite) quand cela s\u2019av\u00e8re n\u00e9cessaire si l\u2019on veut penser \u00ab\u00a0avec\u00a0\u00bb le patient, se confronter donc \u00e0 ses propres dispositions parano\u00efaques ou ses propres ab\u00eemes \u2014 d\u2019o\u00f9 le sentiment qu\u2019en recevant ce genre de patient, il vous analyse, ou mieux encore : chaque s\u00e9ance vous analyse, plus profond\u00e9ment que toute s\u00e9ance avec votre analyste attitr\u00e9. L&rsquo;importance en tous cas de garder \u00e0 l&rsquo;esprit que le statut des mots qui surgissent dans la s\u00e9ance (repr\u00e9sentants, chose-m\u00eame, l\u00e0-o\u00f9-\u00e7a-\u00e9tait) ne va pas de soi.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Trois mani\u00e8res de nous rapporter aux mots. Ou bien les mots sont les repr\u00e9sentants, les tenants-lieux, les personnages \u00e0 la place des choses (transpos\u00e9s sur une autre sc\u00e8ne, par exemple la sc\u00e8ne du transfert). 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