{"id":670,"date":"2014-05-10T14:01:06","date_gmt":"2014-05-10T14:01:06","guid":{"rendered":"http:\/\/outsiderland.com\/outside\/?page_id=670"},"modified":"2014-05-10T14:01:06","modified_gmt":"2014-05-10T14:01:06","slug":"hypostases","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/outsiderland.com\/exercices_psychanalytiques\/hypostases\/","title":{"rendered":"Hypostases"},"content":{"rendered":"<h3 class=\"western\">mani\u00e8res d\u2019utiliser le mot \u201cinconscient\u201d dans des phrases<\/h3>\n<p class=\"western\">Est-il juste de dire que Freud a \u201cd\u00e9couvert\u201d l\u2019inconscient ?<\/p>\n<p class=\"western\">Pas au sens o\u00f9 la r\u00e9ponse devrait consister \u00e0 prouver l\u2019ant\u00e9riorit\u00e9 de la d\u00e9couverte de Freud, mais au sens o\u00f9 l\u2019inconscient est ce genre de chose qu\u2019on d\u00e9couvre.<\/p>\n<p class=\"western\">Est-il pr\u00e9f\u00e9rable de dire qu\u2019il \u201cinvente\u201d la psychanalyse, entendue comme un dispositif \u2026, et que, en s\u2019effor\u00e7ant de comprendre ce qu\u2019il fait, il fait l\u2019hypoth\u00e8se de l\u2019inconscient.<\/p>\n<p class=\"western\">Ou bien : le langage humain n\u2019est-il pas \u00e0 la hauteur de l\u2019 \u201cid\u00e9e\u201d de l\u2019inconscient (ou de ce \u00e0 quoi fait r\u00e9f\u00e9rence ce mot) ?<\/p>\n<p class=\"western\">Le probl\u00e8me vient de ce que nous sommes irr\u00e9sistiblement tent\u00e9 de croire, ou qu\u2019irr\u00e9sistiblement nous sommes amen\u00e9s \u00e0 faire comme si, il existait r\u00e9ellement un espace ou une chose ou un \u201cterritoire\u201d auxquels le mot inconscient se r\u00e9f\u00e9rait, que Freud aurait d\u00e9couvert. Or, si nous sommes irr\u00e9sistiblement port\u00e9s \u00e0 pense de la sorte, la responsabilit\u00e9 en vient avant tout des r\u00e8gles de nos mani\u00e8res de parler.<\/p>\n<p class=\"western\">Un psychanalyste pourrait-il par exemple \u00e9crire le mot \u201cinconscient\u201d entre guillemets \u2013 alors l\u2019inconscient ce serait juste une mani\u00e8re de parler. Ou bien : \u201cpulsion\u201d, \u201cfantasme\u201d, \u201ctrauma\u201d etc.<\/p>\n<p class=\"western\">Le comble : c\u2019est exactement ce que je fais (mettre des guillemets, ou ne pas utiliser du tout ces mots-l\u00e0). D\u2019o\u00f9 la question cruciale : suis-je encore, de ce point de vue, psychanalyste ? Est-ce que le psychanalyste est le genre de personne qui utilise les mots \u201cinconscient\u201d et \u201cpulsion\u201d sans guillemets ?<\/p>\n<p class=\"western\">Dire : ces guillemets signifient juste que ces mots ne sont que des commodit\u00e9s de langage, la concession que les analystes font dans un but de communication. Bref, c\u2019est tout de m\u00eame plus pratique et \u00e9conomique, de partager un stock minimal de mots dans la discussion avec nos coll\u00e8gues. S\u2019il fallait \u00e0 chaque fois pr\u00e9ciser : \u201cj\u2019utilise le mot inconscient par commodit\u00e9\u201d, on perdrait un temps certain. (Serait-ce pour autant un temps perdu ? Qu\u2019aurions-nous de plus int\u00e9ressant \u00e0 faire ? Pour ma part je vois des tas de choses plus int\u00e9ressantes \u00e0 faire.)<\/p>\n<p class=\"western\">\u201cJ\u2019utilise le mot \u201cinconscient\u201d par commodit\u00e9\u201d : cet \u00e9nonc\u00e9 a-t-il un sens ? Pouvons-nous imaginer une situation dans laquelle il ait du sens ? Oui, probablement. Mais en m\u00eame temps, cet \u00e9nonc\u00e9 n\u2019induit-il pas un suspense insoutenable dans la discussion, car on a imm\u00e9diatement envie d\u2019ajouter : \u201cmais s\u2019il n\u2019y a l\u00e0 que commodit\u00e9, alors de quoi sommes-nous en train de parler ? Quel genre de choses diriez-vous si vous vouliez \u00eatre plus pr\u00e9cis \u2013 et que vous ne craigniez pas de perdre votre temps \u00e0 utiliser une expression plus compl\u00e8te de ce que vous voulez dire ?\u201d<\/p>\n<p class=\"western\">Dire : \u201cce n\u2019est pas une m\u00e9taphore\u201d (c\u2019est ce qui se produit ou existe \u201cvraiment\u201d \u2013 <i>wirklich<\/i> \u2013 dit Ferenczi). Ou : ce n\u2019est pas une mani\u00e8re de parler, une commodit\u00e9 de langage, mais c\u2019est au contraire \u201cexactement ce que je veux dire\u201d \u2013 ou, si on souhaite demeurer plus prudent : \u201cje ne peux pas le dire mieux pour le moment.\u201d<\/p>\n<p class=\"western\">Peut-\u00eatre, apr\u00e8s tout, pourrions-nous utiliser correctement le mot inconscient en disant que c\u2019est exactement le mot qui convient, ou du moins le plus proche de ce que nous voulons dire.<\/p>\n<p class=\"western\">Le probl\u00e8me c\u2019est qu\u2019on est alors renvoy\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9pineuse question de d\u00e9crire ce que nous voulons dire par l\u00e0.<\/p>\n<p class=\"western\">\n<p class=\"western\">Toute cette discussion appara\u00eet comme oiseuse, parce que le mot \u201cinconscient\u201d se trouve d\u00e9tach\u00e9 du contexte de l&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 dans lequel il est effectivement utilis\u00e9 ou semble requis. Si toutefois je joue \u00e0 ce jeu-l\u00e0, c\u2019est parce que c\u2019est le type de traitement auquel ce mot ne manque pas d&rsquo;\u00eatre soumis dans certains discours : et que c\u2019est le genre de mot dont l\u2019usage constant ou la r\u00e9f\u00e9rence implicite sert de crit\u00e8re de reconnaissance \u00e0 la plupart des groupes psychanalytiques orthodoxes (que je distingue des groupes \u201cd\u2019inspiration psychanalytique\u201d). Utiliser les mots \u201cinconscient\u201d, \u201cpulsion\u201d, \u201ctrauma\u201d sans guillemets serait le signe distinctif d\u2019appartenance \u00e0 ces groupes (c\u2019est une question de foi en somme).<\/p>\n<p class=\"western\">\n<h3 class=\"western\">l\u2019analyste historien \u2013 quelques \u00e9cueils<\/h3>\n<p class=\"western\">Il existe toutefois une mani\u00e8re d&rsquo;\u00e9chapper au scepticisme st\u00e9rile \u2014 le sceptique serait celui qui ne peut pas utiliser ce genre de mot sans guillemet \u2014 : envisager les choses d\u2019un point de vue historico-critique (une fois cet examen accompli, peut-on pour autant se passer des guillemets ? Ou devrions-nous alors nous contraindre, quand nous utilisons le mot \u201cinconscient\u201d, \u00e0 pr\u00e9ciser \u00e0 chaque fois : \u201cau sens o\u00f9 Freud l\u2019emploie dans tel ou tel texte, \u00e0 tel ou tel endroit\u201d. On devine d\u00e9j\u00e0 qu\u2019une telle strat\u00e9gie conduit tout droit \u00e0 l&rsquo;\u00e9rudition, \u00e0 consacrer un temps consid\u00e9rable \u00e0 devenir un \u00e9rudit. Le probl\u00e8me : n\u2019avons-nous pas, du fait que nous recevons des patients, des choses plus urgentes et importantes \u00e0 faire, comme, par exemple, nous int\u00e9resser aux faits et gestes de nos patients, plut\u00f4t qu\u2019aux faits et gestes de Freud ? Et : que signifie un \u201cpsychanalyste sans patient\u201d ?)<\/p>\n<p class=\"western\">On ne peut pas se passer ici d&rsquo;\u00e9tudier l\u2019histoire du mot. C\u2019est ce \u00e0 quoi s\u2019adonnent les associations de psychanalyste, notamment \u00e0 des fins de formation, mais pas seulement : \u00e9tudier \u00e0 longueur de s\u00e9minaires, l\u2019histoire des mots (ce que Freud et ses successeurs ont voulu dire). \u201cPas seulement\u201d \u00e0 des fins de formation, mais : cette recherche opini\u00e2tre et z\u00e9l\u00e9e constitue l\u2019activit\u00e9 qui permet d\u2019asseoir l\u2019identit\u00e9 de l\u2019association, de tracer les contours du groupe, de le distinguer des autres groupes existants. La question : \u201cquelle genre d\u2019association ou d&rsquo;\u00e9cole ?\u201d \u00e9quivaut \u00e0 \u201cComment entendez-vous les mots \u201cinconscient\u201d, \u201cpsychanalyse\u201d etc.. ?\u201d ou : \u201ccomment lisez vous Freud ?\u201d.<\/p>\n<p class=\"western\">Il y a l\u00e0 une sorte de passage oblig\u00e9. Une forme de conversion \u00e0 un jeu de langage. Dans l\u2019antiquit\u00e9 les \u00e9coles philosophiques fonctionnaient ainsi : on venait y apprendre un jeu de langage (ou le confirmer, le d\u00e9velopper, l\u2019amender, le cr\u00e9er). Les apprenants en philosophie (qui n\u2019ont rien \u00e0 voir avec les \u00e9tudiants d\u2019aujourd\u2019hui) pouvaient passer un temps dans une \u00e9cole, aupr\u00e8s d\u2019un ma\u00eetre, puis changer d&rsquo;\u00e9cole et suivre un autre ma\u00eetre, passer de l&rsquo;acad\u00e9mie au jardin et du jardin au portique.<\/p>\n<p class=\"western\">Bref : les courants psychanalytiques sont attach\u00e9s aux traditions (au sens de l\u2019histoire des usages pass\u00e9s). (C\u2019est une des raisons pour lesquelles on voit chaque ann\u00e9e sur les rayons des libraires un nouveau dictionnaire de la discipline \u2014 une autre raison est que \u00e7a se vend mieux).<\/p>\n<p class=\"western\">Premier probl\u00e8me : on ne s&rsquo;\u00e9tonnera gu\u00e8re que, d\u00e8s lors, les figures les plus influentes, celles qui font autorit\u00e9, les porte-paroles de chaque groupe soient issus de la caste des \u00e9rudits (les quelques-uns qui savent d\u00e9cortiquer philologiquement le texte de Freud, ceux qui ont compris quelque chose \u00e0 Lacan). Pourquoi ces \u00e9rudits devraient-ils <i>de facto<\/i> prendre les r\u00eanes de l\u2019association ? Ils d\u00e9finissent par leur travail l\u2019orthodoxie. Le savant est le ma\u00eetre. Les cliniciens deviennent les disciples. La conception de la psychanalyse sur laquelle repose ce type d\u2019organisation me para\u00eet pour le moins discutable. Comment le groupe pourrait r\u00e9sister au dogmatisme et au conservatisme quand ces tendances lui sont \u00e0 ce point, structurellement, consubstantielles ? On pourrait apr\u00e8s tout consid\u00e9rer qu\u2019il n\u2019est aucun mal \u00e0 pr\u00f4ner le conservatisme et le dogmatisme, que c\u2019est le genre de position \u00e0 laquelle on devrait s\u2019attendre, ou bien \u201cce \u00e0 quoi doivent servir les associations d\u2019analyste\u201d. Mais je doute que les dites associations se satisfassent d\u2019une telle fin. Elles se veulent aussi les matrices d\u2019une cr\u00e9ativit\u00e9, de l\u2019invention. Mais cette cr\u00e9ativit\u00e9 doit passer sous les fourches caudines du jugement des pairs, lesquels sont \u00e0 la fois les \u00e9rudits et les chefs de file. On peut tout de m\u00eame craindre que l&rsquo;\u00e9lan inventif, la capacit\u00e9 \u00e0 \u201cmontrer l\u2019inconnu\u201d (expression mienne mais que je fabrique \u00e0 partir de Bion et d\u2019une remarque orale de P.H. Castel), \u00e0 tol\u00e9rer le chaos, bref, une certaine audace, soient rogn\u00e9es et pr\u00e9sentables uniquement apr\u00e8s formatage (c\u2019est-\u00e0-dire apr\u00e8s que l\u2019audacieux ait fait ses preuves durant quelques dizaines d\u2019ann\u00e9es). Sur tout cela, on peut lire le livre de Prado de Oliveira, <i>Les pires ennemis de la psychanalyse<\/i>, dans lequel il r\u00e8gle ses comptes avec sa propre v\u00e9n\u00e9rable association : c\u2019est \u00e0 la fois \u00e9difiant et amusant. Pour les adeptes de psychanalyse sauvage, je tiens \u00e0 pr\u00e9ciser que je ne r\u00e8gle de compte avec personne, puisque je n\u2019ai personne avec qui r\u00e9gler des comptes (c\u2019est l\u2019avantage d\u2019un certain isolement).<\/p>\n<p class=\"western\">Second probl\u00e8me : une tendance \u00e0 la sacralisation et donc \u00e0 la v\u00e9n\u00e9ration et l\u2019adoration se manifeste. Ce que j\u2019appelle le syndrome \u201cJacques-a-dit\u201d. Dans certains groupes on fr\u00f4le le d\u00e9lire religieux, voire on le cultive massivement (voir les d\u00e9lires apocalyptiques \u00e0 la C. Melman ou eschatologiques ou sot\u00e9riologiques (?) \u00e0 la Jacques-Alain Miller \u2013 le r\u00eave d\u2019une \u201chumanit\u00e9 analysante\u201d). Des usages purement jargonnesques s&rsquo;\u00e9tablissent, les mots deviennent des slogans : il suffit assez bien au disciple de supposer que le sens de ces mots-cl\u00e9s soit d\u00e9tenu par un seul ou quelques-uns, pour \u00e9viter l\u2019effort d\u2019en d\u00e9couvrir le sens par soi-m\u00eame. Le meilleur moyen d&rsquo;\u00e9viter l\u2019excommunication (par laquelle on est exclu de la communication, le moyen le plus s\u00fbr de r\u00e9duire au silence et faire taire), c\u2019est encore de s\u2019abstenir d\u2019interroger le sens des mots sur lesquels le dogme repose. Concr\u00e8tement, les activit\u00e9s de l\u2019association semblent enti\u00e8rement consacr\u00e9es \u00e0 l\u2019examen ou la rumination dans le meilleur des cas, au ressassement admiratif au pire, de la parole du ma\u00eetre (ou de celle de son repr\u00e9sentant sur terre, le gourou qui s\u2019en r\u00e9clame). Du point de vue \u00e9conomique, je consid\u00e8re que passer son temps \u00e0 essayer de comprendre ce que le ma\u00eetre a voulu dire est une perte de temps (qu\u2019on a bien mieux \u00e0 faire etc.). Bion, quand il animait des s\u00e9minaires cliniques, (on trouverait le m\u00eame genre de tactique chez Donald Meltzer ou Antonino Ferro), refr\u00e9nait bien vite chez ses collaborateurs la tendance \u00e0 essayer de comprendre ce qu\u2019il voulait dire : c&rsquo;\u00e9tait tr\u00e8s d\u00e9stabilisant (et ressemble fortement aux postures des ma\u00eetres bouddhistes donnant des s\u00e9minaires en occident \u00e0 parti des ann\u00e9es 70). Mais ceux qui supportaient de faire le deuil du d\u00e9sir de compr\u00e9hension des paroles du ma\u00eetres y gagnaient probablement \u2013 ainsi que leur patient.<\/p>\n<p class=\"western\">Troisi\u00e8me probl\u00e8me : les cliniciens, ceux qui accordent une importance premi\u00e8re \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute des d\u00e9clinaisons des faits et gestes de la s\u00e9ance, doivent s\u2019exprimer avec \u00e9norm\u00e9ment de pr\u00e9cautions. Ils doivent s\u2019en tenir \u00e0 ce qui, dans le mat\u00e9riau des s\u00e9ances, se pr\u00eate \u00e0 confirmer ou prouver les \u00e9nonc\u00e9s du dogme. On attend de la clinique qu&rsquo;elle fournisse des preuves. Ou bien, s\u2019ils s\u2019autorisent quelque audace conceptuelle, ils devront d\u2019abord s&rsquo;\u00eatre pli\u00e9s \u00e0 l\u2019exercice apolog\u00e9tique de rigueur, et avoir rendu soigneusement hommage \u00e0 untel et untel. Bref : on peut innover, mais seulement sur un fond de consensus auquel on doit d\u2019abord souscrire. Alors, qu&rsquo;\u00e0 mon sens, la clinique devrait constituer non seulement le fond et l\u2019arri\u00e8re plan de toute investigation s\u00e9rieusement psychanalytique, mais aussi, le mat\u00e9riau, voire, le premier plan (Bion disait : \u201cJe ne m\u2019int\u00e9resse pas \u00e0 ce qui doit \u00eatre mais \u00e0 ce qui est.\u201d). Cependant, l\u2019histoire de la psychanalyse d\u2019une part, et les exigences de la pr\u00e9servation du dogme et de l\u2019identit\u00e9 du groupe d\u2019autre part, occupent d\u00e9j\u00e0 le terrain et tendent \u00e0 r\u00e9duire la clinique \u00e0 la position de servante. L\u00e0 encore l\u2019institution se prot\u00e8ge de la clinique, toujours susceptible de faire \u00e9merger des objets bizarres et pas d\u00e9j\u00e0-pens\u00e9s, pas pr\u00e9-conform\u00e9s aux th\u00e9ories dominantes sur lesquelles s\u2019institue le groupe (ou pour le dire plus brutalement : l\u2019institution tend spontan\u00e9ment \u00e0 se d\u00e9fendre de l\u2019inconnu. D\u2019o\u00f9 les complications extr\u00eames et les proc\u00e9dures sophistiqu\u00e9es pour malgr\u00e9 tout favoriser \u00e9galement la cr\u00e9ativit\u00e9 des membres).<\/p>\n<p class=\"western\">\n<h3 class=\"western\">un peu de Bion : histoire et m\u00e9moire<\/h3>\n<p class=\"western\">Et pourtant, malgr\u00e9 ces inconv\u00e9nients, qui rel\u00e8vent plus des logiques du groupe que de la nature de la recherche historique elle-m\u00eame, l\u2019histoire m\u00e9ticuleuse des usages et des significations des mots et des concepts autour desquelles pivote le syst\u00e8me th\u00e9orico-pratique psychanalytique doit faire partie du bagage dont tout analyste a du s\u2019encombrer avant d\u2019ouvrir son cabinet. Je crois que ce devoir de savoir est n\u00e9cessaire, qu\u2019il y a l\u00e0 une \u00e9tape justifi\u00e9e dans le parcours de formation de tout analyste. Dans l\u2019id\u00e9al, toutefois, il n\u2019a de sens que s\u2019il est destin\u00e9 \u00e0 am\u00e9liorer nos capacit\u00e9s \u00e0 travailler psychanalytiquement, c\u2019est-\u00e0-dire en pr\u00e9sence du patient (et surtout pas si, durant ces \u00e9tudes, le d\u00e9sir de satisfaire aux attentes plus ou moins explicites du groupe, dans la perspective donc de \u201cressembler \u00e0\u201d, s\u2019av\u00e8re dominante. Cette soumission (infantile) para\u00eet certes in\u00e9vitable, mais ce n\u2019est pas une raison pour l\u2019encourager par des proc\u00e9dures sp\u00e9ciales. Les associations fourmillent de personnes f\u00e9rues de culture psychanalytique, qui jouissent de s&rsquo;adonner aux d\u00e9bats et aux pol\u00e9miques sans s&rsquo;\u00eatre jamais confront\u00e9 au risque et \u00e0 la solitude de l&rsquo;activit\u00e9 psychanalytique elle-m\u00eame). Sauf qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9tape suivante, quand le patient entre dans la pi\u00e8ce, il vaudrait mieux dit Bion, se d\u00e9barrasser provisoirement de ce bagage encombrant.<\/p>\n<p class=\"western\"><i>\u00ab\u00a0Il n\u2019y a aucun probl\u00e8me \u00e0 reconna\u00eetre sa dette envers ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, \u00e0 condition que ceux-ci soient exclus de la pens\u00e9e de l\u2019analyste quand il travaille avec un analysant.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p class=\"western\">(<i>Second Thoughts<\/i><i>,<\/i> p.153-4)<\/p>\n<p class=\"western\">Or : O\u00f9 sont les mots de la psychanalyse, les mots-cl\u00e9s (inconscient, pulsion, etc) sinon dans les livres de nos pr\u00e9d\u00e9cesseurs, c\u2019est-\u00e0-dire quelque part au-dehors de la s\u00e9ance ou bien : dans nos propres esprits dans la mesure o\u00f9 nous avons appris \u00e0 dire ce que nous pensons avec ces mots l\u00e0.<\/p>\n<p class=\"western\">\u00ab\u00a0<i>Certaines des difficult\u00e9s rencontr\u00e9es par les analystes se manifestent quand le psychanalyste laisse l\u2019intuition croupir <\/i><i>(languish)<\/i><i> et \u00eatre remplac\u00e9e par par ce qu\u2019il a appris des th\u00e9ories et des exp\u00e9riences de son propre psychanalyste<\/i>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"western\">(Bion, Second Thoughts, p. 153)<\/p>\n<p class=\"western\">Ma traduction de \u201c<i>to languish<\/i>\u201d par \u201ccroupir\u201d se discute : l&rsquo;image est \u00e9xag\u00e9r\u00e9e, laissant penser \u00e0 une sorte de pourrissement de l\u2019intuition, laiss\u00e9e en plan au profit d\u2019une activit\u00e9 soi-disant propice \u00e0 satisfaire les attentes du groupe. Passer plus de temps \u00e0 s\u2019efforcer de \u00ab\u00a0se comporter comme\u00a0\u00bb ou de ressembler \u00e0 un analyste conform\u00e9ment aux suppos\u00e9es opinions du groupe, plut\u00f4t que d\u2019analyser. Disserter durant des heures sur l\u2019inconscient (de..), c\u2019est in\u00e9vitablement travailler en l\u2019absence de l\u2019objet.<\/p>\n<h3 class=\"western\">hypostase<\/h3>\n<p class=\"western\">Revenons au probl\u00e8me pos\u00e9 par cet usage du mot \u201cinconscient\u201d sans guillemets (j\u2019aurais pu choisir un autre mot, mais celui-l\u00e0 para\u00eet d\u00e9cisif dans le cas de la psychanalyse).<\/p>\n<p class=\"western\">La conception na\u00efve du sens attach\u00e9 au mot inconscient, selon G\u00e9rard Pommier (je prends ces \u00e9nonc\u00e9s-l\u00e0 parce que c\u2019est ce qui me vient en premier, et que \u00e7a change du Laplanche\/Pontalis de rigueur), consisterait en : \u00ab\u00a0un stock de souvenirs oubli\u00e9s ou \u00e0 un r\u00e9servoir de pulsions animales contenues\u00a0\u00bb(\u2026), or, \u00ab\u00a0l\u2019inconscience (sic) n\u2019est pas un lieu ou une substance\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"western\">L\u2019affirmation sceptique \u2014 \u00ab\u00a0on ne peut prouver, ou on n\u2019a jamais pu prouver l\u2019existence de l\u2019inconscient\u00a0\u00bb \u2014 suppose une d\u00e9finition na\u00efve de l\u2019inconscient : en ce sens, le sceptique est ici na\u00eff (ou il n\u2019a pas lu les bons textes, ceux sur lesquels G. Pommier s\u2019appuie.)<\/p>\n<p class=\"western\">Consid\u00e9rer l\u2019inconscient comme un lieu ou une substance, ouvre la voie \u00e0 la conception selon laquelle l\u2019inconscient serait un arri\u00e8re-monde, une r\u00e9alit\u00e9 plus profonde, situ\u00e9e quelque part et dot\u00e9e des caract\u00e9ristique d\u2019une chose. C\u2019est l\u00e0, du point de vue des sp\u00e9cialistes, l\u2019erreur classique qui ne manque pas d&rsquo;\u00eatre commise dans les usages vulgaires (non sp\u00e9cialis\u00e9s) du mot inconscient : usage dont on trouve la trace pas seulement dans les magazines f\u00e9minins, mais aussi chez certains d\u00e9tracteurs, fussent-ils savants, de la psychanalyse.<\/p>\n<p class=\"western\">On aurait pourtant tort de r\u00e9duire la popularit\u00e9 de cette conception aux jeux de langage extra-psychanalytiques (des gens qui en parlent sans conna\u00eetre les r\u00e8gles valant et constituant les institutions psychanalytiques \u2013 r\u00e8gles sont je souligne par ailleurs l\u2019extr\u00eame variabilit\u00e9 : l\u2019institution se manifeste dans des r\u00e8gles, certes, mais pas seulement \u2013 par l\u00e0 je veux dire que si l\u2019institution peut \u00eatre d\u00e9crite comme un arri\u00e8re plan sur le fond duquel les membres paraissent se comprendre de mani\u00e8re suffisamment satisfaisante (\u00e0 leurs yeux), l\u2019ensemble des r\u00e8gles explicites, voire des r\u00e8glements qui en quelque sorte l\u2019institue comme institution, sont bien loin de suffire \u00e0 la d\u00e9crire de mani\u00e8re \u00e0 montrer sa coh\u00e9sion, ce qui la tient plus ou moins). Il arrive bien souvent que les psychanalystes eux-m\u00eames, dans les conversations qu\u2019ils ont entre eux, ou les propos qu\u2019ils tiennent \u00e0 leurs patients, voire m\u00eame dans leurs \u00e9crits rendus publics, rel\u00e2chent leur vigilance en quelque sorte, et en viennent \u00e0 parler de l\u2019inconscient comme d\u2019une chose, qui serait situ\u00e9e dans un certain lieu, occuperait un certain espace. Freud lui-m\u00eame, quand il \u00e9labore la premi\u00e8re topique, doit \u00e0 plusieurs reprises pr\u00e9ciser que les <i>topo\u00ef<\/i> (ics, pcs\/cs) ne sont en aucun cas des <i>topo\u00ef<\/i> au sens de lieux m\u00eame psychiques, ou consid\u00e9r\u00e9s comme des parties de l\u2019appareil psychique (des sortes de contenant dans lesquels on pourrait trouver un certain nombre d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments, selon la conception na\u00efve) mais des fonctionnements (il dit : des syst\u00e8mes). Ces corrections sont n\u00e9cessaires \u00e0 partir du moment o\u00f9 l\u2019on a choisi de d\u00e9crire les choses dans le registre topologique. Il est extraordinairement difficile de s\u2019emp\u00eacher de concevoir l\u2019appareil psychique ou le psychisme comme un tout qu\u2019on pourrait diviser dans une description <i>partes extra partes <\/i>: sinon en pr\u00e9cisant par exemple que ce dont on parle (l\u2019inconscient) n\u2019est pas la partie d\u2019un tout, qu\u2019il n\u2019est pas non plus une chose, une sorte de noyau situ\u00e9 quelque part au centre d\u2019une entit\u00e9 plus vaste, etc. etc. Il n\u2019emp\u00eache, cette spatialisation \u201cna\u00efve\u201d ne manque pas d\u2019inscrire sa marque dans la grammaire des \u00e9nonc\u00e9s qui pr\u00e9tendent d\u00e9crire les faits psychanalytiques, et d\u00e8s lors, on n\u2019est pas \u00e9tonn\u00e9 de lire que le syst\u00e8me <i>ics<\/i> est le si\u00e8ge des pulsions, qu\u2019il est rempli de pens\u00e9es d\u2019un certain type, qu\u2019il se situe dans une strate plus profonde de la personnalit\u00e9, etc etc. Avec la seconde topique, la tendance \u00e0 spatialiser les descriptions est att\u00e9nu\u00e9e, mais le risque alors est de chosifier le \u00e7a, le moi et le surmoi, et de d\u00e9crire des relations (dramatiques) entre des simili-personnes dans la personne, bref, de substantialiser et personnifier, ce qui, l\u00e0 encore, rel\u00e8ve de la conception na\u00efve, toujours du point de vue des psychanalystes savants : on sait comment certaines \u00e9coles tourneront par la suite en ridicule les tenants de l\u2019ego-psychologie. Lacan a probablement permis de clarifier en partie nos usages en d\u00e9gageant des mod\u00e8les structuraux inscrits au c\u0153ur m\u00eame du langage \u2013 d\u00e8s lors l\u2019inconscient devient la cause dont on per\u00e7oit les effets \u2013 le risque, c\u2019est que les dits effets, on finit par les trouver partout du moment qu\u2019on les cherche, et que les outils d\u2019analyse lacanienne, appliqu\u00e9s \u00e0 tort et \u00e0 travers, finissent par produire n\u2019importe quoi. Mais bon, je ne suis pas assez qualifi\u00e9 pour en juger, donc : laissons l\u00e0. On pourrait continuer ainsi la liste des mod\u00e8les produits par les auteurs en psychanalyse, et montrer comment, malgr\u00e9 les scrupules et les amendements, il est fort difficile de d\u00e9crire l\u2019appareil psychique ou l\u2019esprit en se gardant tout \u00e0 fait des tendances \u00e0 substantifier et situer quelque part. Et ce qui est certain c\u2019est que ces descriptions sophistiqu\u00e9es ne s\u2019adressent pas au tout venant (moi-m\u00eame, par exemple, je ne suis pas toujours bien certain de savoir ce que je veux dire quand j\u2019emploie le mot \u201cinconscient\u201d \u2013 non! pire encore! Plus \u00e7a va, plus je m&rsquo;\u00e9loigne de mes ann\u00e9es de formation, plus je re\u00e7ois de patients, moins j&rsquo;\u00e9prouve la n\u00e9cessit\u00e9 de recourir \u00e0 l\u2019usage de ce mot, sinon pour signifier \u00ab\u00a0ce que j&rsquo;ignore en tant que je l&rsquo;ignore\u00a0\u00bb.)<\/p>\n<p class=\"western\">Bien \u00e9videmment, cela vient avant tout du fait que d\u00e9crire, pour des humains (\u00e0 supposer que d\u00e9crire puisse avoir une signification pour d\u2019autres vivants), c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cela : c\u2019est l\u00e0 pr\u00e9cis\u00e9ment ce que nous faisons quand nous d\u00e9crivons. Ou : ces tendances sont inscrites dans la grammaire m\u00eame de \u201cd\u00e9crire\u201d. Ou plut\u00f4t : que si nous voulons d\u00e9crire quelque chose qui n\u2019est situable nulle part et n\u2019est pas \u201c\u00e0 proprement parler\u201d une chose, nous devons en tous cas prendre un soin extr\u00eame \u00e0 amender et corriger nos descriptions, de mani\u00e8re justement \u00e0 pr\u00e9venir les m\u00e9sinterpr\u00e9tations, en maniant les figures de style, en jouant sur les paradoxes (Lacan en use et abuse).<\/p>\n<p class=\"western\">Cette tendance de la pens\u00e9e n\u2019est \u00e0 mon sens nulle part mieux visible que dans la mani\u00e8re dont le n\u00e9oplatonisme s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 apr\u00e8s Plotin. Si vous \u00eates particuli\u00e8rement courageux au point d\u2019entreprendre de lire successivement les <i>\u00c9nn\u00e9ades<\/i> de Plotin, puis la <i>Th\u00e9ologie platonicienne<\/i> de Proclus, et enfin le <i>Trait\u00e9 des premiers principes<\/i> de Damascius, vous seriez sans doute frapp\u00e9 par la multiplication pour ainsi dire exponentielle du nombre des hypostases. Il y a un moment o\u00f9 se demande : jusqu\u2019o\u00f9 iront-ils ? Comme si chaque concept rencontr\u00e9, voire chaque mot prononc\u00e9, \u00e9tait dans la foul\u00e9e \u00e9lev\u00e9 au rang d\u2019hypostase, de principe. On trouvait d\u00e9j\u00e0 dans les syst\u00e8mes religieux contemporains de Plotin, notamment chez la plupart des gnostiques, mais \u00e9galement dans des ouvrages comme les <i>Oracles Chalda\u00efques<\/i>, ce genre de multiplication des entit\u00e9s d\u00e9moniques ou th\u00e9urgiques (de la th\u00e9urgie, le p\u00e8re Festugi\u00e8re disait : elle est un \u00ab\u00a0syst\u00e8me religieux qui nous fait entrer en contact avec les dieux, non pas seulement par la pure \u00e9l\u00e9vation de notre intellect vers le No\u00fbs divin, mais au moyen de rites concrets et d\u2019objets mat\u00e9riels\u00a0\u00bb). Dans le trait\u00e9 II,9 (33) : \u00ab\u00a0Contre les gnostiques\u00a0\u00bb, Plotin tourne en ridicule cette tentation multiplicatrice, pr\u00e9cis\u00e9ment dans la mesure o\u00f9 l\u2019on en arrive \u00e0 faire de n\u2019importe quel concept produit dans le cours de l\u2019activit\u00e9 discursive un principe (\u1f00\u03c1\u03c7\u1f74) :<\/p>\n<p class=\"western\">(\u2026) \u03c4\u1f74\u03bd \u03bb\u1f73\u03b3\u03bf\u03c5\u03c3\u03b1\u03bd \u1f45\u03c4\u03b9 \u03bd\u03bf\u03b5\u1fd6 \u1f45\u03c4\u03b9 \u03bd\u03bf\u03b5\u1fd6 \u1f45\u03c4\u03b9 \u03bd\u03bf\u03b5\u1fd6, \u1f14\u03c4\u03b9 \u03bc\u1fb6\u03bb\u03bb\u03bf\u03bd \u03ba\u03b1\u03c4\u03b1\u03c6\u03b1\u03bd\u1f72\u03c2 \u03c4\u1f78 \u1f04\u03c4\u03bf\u03c0\u03bf\u03bd. \u039a\u03b1\u1f76 \u03b4\u03b9\u1f70 \u03c4\u1f77 \u03bf\u1f50\u03ba \u03b5\u1f30\u03c2 \u1f04\u03c0\u03b5\u03b9\u03c1\u03bf\u03bd \u03bf\u1f55\u03c4\u03c9\u037e (op. cit. (1,32))<\/p>\n<p class=\"western\">\u00ab\u00a0L\u2019absurdit\u00e9 de la doctrine que nous combattons sera plus \u00e9vidente encore si l\u2019on suppose qu\u2019une troisi\u00e8me Intelligence ait conscience que la deuxi\u00e8me Intelligence a conscience de la pens\u00e9e de la premi\u00e8re : car il n\u2019y a pas de raison pour qu\u2019on n\u2019aille ainsi \u00e0 l\u2019infini.\u00a0\u00bb (je cite l\u2019ancienne traduction de M. N. Bouillet, surtout \u00e0 cause du plaisir que j\u2019ai \u00e0 ressortir ce vieux livre poussi\u00e9reux du carton o\u00f9 je l\u2019avais presque oubli\u00e9. La d\u00e9licieuse formule : \u00ab\u00a0\u1f45\u03c4\u03b9 \u03bd\u03bf\u03b5\u1fd6 \u1f45\u03c4\u03b9 \u03bd\u03bf\u03b5\u1fd6 \u1f45\u03c4\u03b9 \u03bd\u03bf\u03b5\u1fd6\u00a0\u00bb m\u00e9riterait un traitement plus \u201cradical\u201d.)<\/p>\n<p class=\"western\">H\u00e9 bien, je crois que cette tendance \u00e0 hypostasier, et \u00e0 multiplier les hypostastes (\u00e0 des fins probablement quasi-religieuses), n\u2019est pas absente du monde intellectuel qui nous est contemporain, et sp\u00e9cialement des produits des r\u00e9flexions psychanalytiques. On ne compte plus les articles et les livres qui, apr\u00e8s avoir rendu hommage aux pr\u00e9d\u00e9cesseurs, et se soient pli\u00e9s au passage oblig\u00e9 d\u2019une \u00e9vocation plus ou moins vague d\u2019un \u00e9pisode clinique, se concluent par la promotion d\u2019un mot dont on esp\u00e8re manifestement qu\u2019il fasse \u00e9cole autour de lui (et promeuve en m\u00eame temps l\u2019habilet\u00e9 de leur auteur). Certains germanistes ont pu s\u2019offusquer de la \u201cmode\u201d chez les commentateurs de Freud, qui consiste \u00e0 produire autant des n\u00e9ologismes par incomp\u00e9tence (\u00e0 leurs yeux), transformant, par le biais de la traduction, ce qui chez Freud rel\u00e8ve souvent du langage courant, en un galimatias jargonneux et hyper-technique. (\u00ab\u00a0La pens\u00e9e et l\u2019allemand de Freud, dont certes la relative complexit\u00e9 est connue, subissent alors, par une sorte de fatalit\u00e9, une transcription en fran\u00e7ais obscure, \u00e9nigmatique, aux expressions \u00e9tranges, faites d\u2019accouplement de mots inou\u00efs, de concepts et de termes inconnus de la pens\u00e9e fran\u00e7aise, une sorte de labyrinthe linguistique incongru propre \u00e0 donner le vertige au lecteur francophone.\u00a0\u00bb, \u00e9crit Michel Luciani, <i>Traduire Freud en fran\u00e7ais, la mal\u00e9diction des pharaons <\/i><i>(<a href=\"http:\/\/www.psychanalyse.lu\/articles\/LucianiTraduireFreud.htm\">http:\/\/www.psychanalyse.lu\/articles\/LucianiTraduireFreud.htm<\/a>) <\/i>) Un des aspects frappants de la rh\u00e9torique lacanienne consiste pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 souligner les jalons de sa pens\u00e9e sous la forme de concepts \u201clacaniens\u201d et pesant tout le poids de leur auteur, ce qui peut donner chez quelques-uns de ses \u00e9l\u00e8ves la manie de les invoquer par apr\u00e8s, comme on invoquait aux temps de la th\u00e9urgie n\u00e9oplatonicienne les entit\u00e9s m\u00e9taphysiques et les d\u00e9mons, avec une d\u00e9f\u00e9rence sourde : ainsi des mots \u00e0 la mode d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui, \u201cjouissance\u201d, \u201clien social\u201d, \u201cparl\u00eatre\u201d, et m\u00eame \u201c\u00e9thique\u201d, qui sonnent parfois \u00e0 mes oreilles peu inform\u00e9es, quand je les entends dire dans certains groupes de travail, comme des \u201c\u00e9ons\u201d psychanalytiques (en r\u00e9f\u00e9rence aux \u00e9ons gnostiques) \u2013 on les prof\u00e8re, on les lance au loin, avec un l\u00e9ger tr\u00e9molo dans la voix (tremblez devant ces mots !). D\u2019o\u00f9 des propositions du genre : \u00ab\u00a0l\u2019inconscient a bien du mal \u00e0 se r\u00e9signer \u00e0 la mort de Lacan\u00a0\u00bb (celle-l\u00e0, de proposition, prise au hasard sur une page web, assez d\u00e9licieuse reconnaissons-le. Mais\u00a0: comment on est-on arriv\u00e9 \u00e0 cette forme d\u2019auto-parodie ? C\u2019est souvent l\u2019effet que me fait la lecture de J. A. Miller. Je me dis : ce type l\u00e0 plaisante et s\u2019amuse, et se fiche probablement de nous.)<\/p>\n<p class=\"western\">L\u2019hypostase constitue donc en quelque sorte la version m\u00e9taphysique (ou : en K) de l\u2019hyperbole, ce type d\u2019exag\u00e9ration dont Bion dit, au sujet de la transformation dans l\u2019hallucinose : \u00ab\u00a0L\u2019apparition de l\u2019hyperbole sous quelque forme que ce soit, doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme le signe distinctif d\u2019une transformation dans laquelle la rivalit\u00e9, l\u2019envie et l&rsquo;\u00e9vacuation sont \u00e0 l\u2019\u0153uvre.\u00a0\u00bb (<i>Transformations<\/i>, PUF, trad. F. Robert, p. 160)<\/p>\n<p class=\"western\">Ce que je veux montrer ici, c\u2019est que la conception savante ne cesse de s&rsquo;\u00e9tablir contre la conception \u201cvulgaire\u201d (qui se d\u00e9ploie sans subir les contraintes internes aux jeux de langage partag\u00e9s par les communaut\u00e9s d\u2019analystes et d\u2019aspirants analystes) \u2013 et que, ce faisant, elle ne cesse de devoir lutter contre la tentation d\u2019hypostasier les concepts sur lesquels elle repose.<\/p>\n<p class=\"western\">Ces probl\u00e8mes naissent de ce que la plupart des concepts psychanalytiques sont prof\u00e9r\u00e9s et utilis\u00e9s en l\u2019absence de l\u2019objet (du patient, de la s\u00e9ance, hors situation).<\/p>\n<p class=\"western\">\u00ab\u00a0<i>En psychanalyse, la pr\u00e9cision est limit\u00e9e du fait que la communication rel\u00e8ve d\u2019un genre primitif qui requiert la pr\u00e9sence de l\u2019objet. Des termes comme \u201cexcessifs\u201d, \u201cune centaine de fois\u201d, \u201cculpabilit\u00e9\u201d, \u201ctoujours\u201d, (ne) tirent leur signification (que) de la pr\u00e9sence de l\u2019objet dont il est question. Ce n\u2019est pas une pr\u00e9sence lors de la discussion entre analystes ; puisqu\u2019il n\u2019est pas pr\u00e9sent, les rapports (intercourse !) entre psychanalystes vont tendre au jargon, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la manipulation arbitraire de termes psychanalytiques. M\u00eame quand ce n\u2019est pas le cas, la discussion <\/i><i>ressemble \u00e0 une <\/i><i>improvisation<\/i> (<i>Even when it does not happen it presents an appearance of happening<\/i>)\u00a0\u00bb (<i>Second Thoughts<\/i>, p. 148-7)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>mani\u00e8res d\u2019utiliser le mot \u201cinconscient\u201d dans des phrases Est-il juste de dire que Freud a \u201cd\u00e9couvert\u201d l\u2019inconscient ? Pas au sens o\u00f9 la r\u00e9ponse devrait consister \u00e0 prouver l\u2019ant\u00e9riorit\u00e9 de la d\u00e9couverte de Freud, mais au sens o\u00f9 l\u2019inconscient est ce genre de chose qu\u2019on d\u00e9couvre. Est-il pr\u00e9f\u00e9rable de dire qu\u2019il \u201cinvente\u201d la psychanalyse, entendue [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-670","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/outsiderland.com\/exercices_psychanalytiques\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/670","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/outsiderland.com\/exercices_psychanalytiques\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"http:\/\/outsiderland.com\/exercices_psychanalytiques\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/outsiderland.com\/exercices_psychanalytiques\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/outsiderland.com\/exercices_psychanalytiques\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=670"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/outsiderland.com\/exercices_psychanalytiques\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/670\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/outsiderland.com\/exercices_psychanalytiques\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=670"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}