verborum kakozêlia

D’un littéralisme servile - à même la lettre, singeant le style, parodies sans risque, toute trouvaille réduite au rang de calembours - même pas drôles. Jacques a dit : ainsi soit-il (même si on n’a pas compris grand chose à ce qu’il a dit). Je les sens hautains, se tenant là haut dans les embruns des certitudes, drapés de vêtements aux motifs ésotériques, révérant le maître, adoubés, s’adoubant les uns les autres en souvenir du bon vieux temps, méprisant la plèbe (dont il font pourtant de la souffrance leur beurre), ignorant les autres vocabulaires (y compris ceux de leurs collègues), balayant, blasés, revenus de tout, ce qui prétend au sens par d’autres moyens que les leurs, totalitaires au fond, et surtout pitoyables. Et maintenant, brandissant je ne sais quelle clause du grand père - moyen par lequel : 1° on se dispense d’un mélange honteux avec les petits enfants 2° on remet les dits enfants à leur place. Dans les états de crise, les élites se resserrent, se crispent, se replient en cohortes et postes de garde. Les nouveaux venus iront voir ailleurs. Fallait naître avant, aux temps des grands pères. (Ainsi de jeunes et moins jeunes penseurs deviennent des philosophes fous - autodidactes et outsiders : on verra plus tard à les lire) Plus exigeants envers autrui qu’on l’avait été autrefois à leur égard, installés confortablement en attendant la mort, instaurant les règles, triant les auteurs qu’on est censé lire et ceux qu’on n’est pas censé lire, faisant taire à coup de formules sybillines - se défiant risiblement des universités quand ils s’échinent à les parodier tels des professeurs de scholastiques. Prompts à moquer telle virgule, à se gausser des lapsus, à éviter lestement les questions qui ne sont pas formulées en leur vocabulaire.

Jamais ne parlant d’eux - avares de confidences, comme infiniment détachés des histoire cliniques, blasés sans doute. Le transfert d’accord, à condition de ne s’y glisser jamais. La clinique oui ! mais à condition de n’en rien raconter (sinon quelque vignette tracée à la hâte et pas moins irrespectueusement au final que les analyses plates et sans vie des behavioristes.). Tristesse d’une discipline qui aurait tant besoin d’un grand coup de neuf, mais dont les portes paroles - les autorités - sont plus soucieux de conserver leurs clientèles et leur honneur que de penser.

Ennuyeux à mourir et prévisibles dans leurs réflexes de castes. Zélés, désespérément zélés. S’y frotter ? Je devrais sans doute, administrativement parlant. Mais j’y laisserai ma peau à coup sûr. Très peu pour moi, donc.

[complément : “verborum kakozelia” - mixte de latin et de grec : le verbe mal-zélé, l’excés de zèle en parole. Jérôme (Commentaire sur Amos, 258) critique la “verborum kakozelia” d’Aquila, réviseur du texte grec de la Septante, et bien plus tard je trouve dans une lettre de Leibniz au R.P. Des Bosses (21 juillet 1707) ! “Si Rome avait décidé qu’il n’y ait pas d’antipodes, si elle condamnait aujourd’hui le mouvement de la terre, penserions-nous qu’il faut la tenir pour infaillible ? Et bien que cette mauvaise habitude de produire de nouveaux dogmes de foi et d’en condamner d’autres sans nécessité ait envahi l’Église, on n’en doit pas moins la déplorer et la mettre au nombre des autres abus qui se sont introduits. Ce n’est pas un article de foi salvatrice que Jansénius ait enseigné telle chose ; par quelle “kakozêlia” veut-on arracher à chacun l’aveu d’une opinion sans importance ?” (Traduction Christiane Frémont). Je rappelle que Leibniz était protestant. On pardonnera et l’ésotérisme du texte ci-dessus et l’érudition apparemment gratuite. J’avais quelques agacements à mettre en mots, mais la prudence m’oblige à m’en tenir au vague et au flou quant aux destinataires du message.]


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vincent.seguret

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