psychanalyse et pauvreté

Le texte qui suit est une réponse à un autre texte publié par Patrick Declercq sur l’excellent site Squiggle. La question posée était formulée ainsi : “La psychanalyse est-elle réservée aux riches ?” Le texte de Patrick Declerck, intéressant à plus d’un titre, a suscité ces remarques. Que l’auteur du texte original ne m’en veuille pas si mes commentaires sont parfois assez durs. Je suis moi-même concerné de trop près par la pauvreté, et pas seulement à titre de question théorique, pour faire semblant de ne pas l’être. Et comme je suis aussi très concerné, et pas seulement au niveau théorique, par la psychanalyse, je m’autorise à dire à mon tour quelques mots sur cette question fort rebattue - à juste titre d’ailleurs, me semble-t-il. Car d’un autre côté, si on prolonge certaines pistes du texte que Patrick Declercq propose, on peut selon moi élaborer un contenu possible d’un discours psychanalytique qui daignerait prendre part au politique. Or, vous savez, si vous lisez ce blog, que telle est ma marotte : essayer d’imaginer, avant qu’il ne soit trop tard, des collectifs plus riches et plus disponibles aux propositions de tous ceux qui devraient y prendre part et les constituer. Le texte qui suit s’interroge précisément sur la manière dont, les psychanalystes d’une part, les dits “malades mentaux” d’autre part, pourraient prendre part à ces collectifs que j’appelle de mes voeux. [ajout du 8 octobre : On me signale une interview de Patrick Declerk, qui donc est l’auteur d’un livre sur les sans domicile fixe, Les Naufragés (que je n’ai pas lu). Je parcours cette interview et je tombe là dessus :

“Je ne me reconnais pas dans ce terme d’ « engagement ». Il évoque pour moi quelque chose d’une espèce de militantisme boy-scout, d’optimisme collectif, voire de relent de christianisme, que j’abhorre. En bon nietzschéen (freudo-nietzschéen) je ne me considère, en aucune manière, obligé vis-à-vis du collectif. Ce que je fais, je le fais d’abord et avant tout parce que cela m’intéresse. La pensée d’abord. La pensée avant tout. La pensée par-dessus tout. Et la joie spinoziste de cette pensée qui n’a d’autre but que son propre déploiement.”

Soudain mon texte me semble bien soft… Mais je me réjouis que Patrick Declerk se réjouisse. Et tant mieux pour la “joie spinoziste”. ]


Merci pour ce texte qui s’autorise de ne pas conclure sur une question qui, de toutes façons, déborde le champ de la psychanalyse. Ce qui n’est certes pas une raison pour s’en laver les mains, comme le faisait (le faisait-il vraiment ?) votre maître que vous citez : «si un patient n’est pas capable, à trente ans, de payer son analyse, c’est qu’il n’est pas une indication d’analyse. ». Cette affirmation est tout aussi brutale qu’est brutale la réalité sociale. Elle signifie que la psychanalyse serait réservée non pas tellement aux riches, mais plutôt à ceux qui sont parvenus à tirer leur épingle du jeu social - qu’importe la manière à vrai dire : ce qui importe c’est qu’ils aient effectivement les moyens de se payer une analyse. C’est une provocation bien sûr. Il vaut mieux le prendre ainsi. Il n’empêche : ce sont les vainqueurs d’abord, qui écrivent l’histoire. Et ceux qui réussissent, qui tirent leur épingle du jeu (parfois laborieusement), qui fixent les normes sociales de l’intégration. Prenez “réussir” dans le sens le plus lâche : pas plus que les normes, la réussite sociale n’est définie nulle part. Et comme les normes, bien qu’elles ne soient nulle part explicites, elle s’impose partout, et à tout un chacun, et détermine au fond ce que nous désignons par le mot de réalité. Le névrosé freudien, qui intériorise la norme et s’en fait le porte-parole, semble effectivement mieux armé que le psychotique pour jouer le jeu social - au moins dans les démocraties occidentales. Point besoin de statistiques pour s’en convaincre. Ensuite seulement vient le moment du débat : qu’allons-nous faire de ceux qui ne réussissent pas ? Ce “nous” qui s’inquiète, c’est précisément le collectif composé de ceux qui ont réussi, ou pour le dire autrement : les porte-paroles de la réalité. Et ceux dont on s’inquiète, c’est le reste, ceux dont “nous” imaginons qu’ils sont aux portes de la réalité. Le naturalisme politique d’Aristote justifiait ce partage entre les citoyens et les autres par “nature” : on était par nature appelé à gouverner (en premier lieu en qualité de chef de famille) ou à obéir (en tant qu’enfant, femme ou esclave), en raison de dispositions ontologiques. Avec les droits de l’homme, tous sont censés se gouverner eux-mêmes, et tous sont invités à prendre part festin démocratique. C’est pourquoi la situation des personnes qui ne peuvent manifestement pas y prendre part ne nous laisse pas aussi tranquille qu’à l’époque d’Aristote ou de l’Ancien Régime. Le psychanalyste qui s’inquiète fait-il partie de ce “nous”, de ce collectif, qui, ayant réussi, considère avec angoisse ceux qui, confrontés chaque jour à l’impossible, semblent coincés à l’extérieur de la réalité ? Qu’a-t-il à dire à ce sujet alors qu’il est manifestement impuissant à changer le cours des choses ? Alors qu’il est justement gêné aux entournures quand un patient lui arrive, qui n’aura pas les moyens de le payer ?

Dans ce cas, ne vaudrait-il pas mieux faire l’autruche, s’en laver les mains, se détourner du problème ? L’art d’ignorer les pauvres, pour reprendre une expression de John Keneth Galbraith, est une discipline sophistiquée et pluri-séculaire. C’est une possibilité en effet, qui heurte la morale et notre capacité à la pitié. Il ne faudra toutefois s’étonner qu’ensuite on déblatère sur l’élitisme de la psychanalyse, son bourgeoisisme etc. Mais on peut aussi décider de porter sa croix. Vous dîtes que le patient s’arrange avec la réalité, hé bien, de nombreux psychanalystes, comme vous le savez, s’en arrangent aussi heureusement. J’en connais certains qui pratiquent parfois, au cas par cas, des prix extrêmement bas : ils s’arrangent. Certaines initiatives visant à reconnecter la psychanalyse au coeur de la cité ont même accolé le signifiant “gratuit” à leurs consultations (je n’entrerai pas dans les polémiques que certaines de ces initiatives ont suscitées).

En-deçà des actes, il y a me semble-t-il à s’interroger sur deux points :

1° Que signifie le partage qui s’est institué, de facto, ces dernières décennies entre les clients de la psychanalyse et les patients de la psychiatrie, partage, c’est-à-dire “division”, que Patrick Coupechoux décrit fort bien, après d’autres, dans son livre : Un monde de fous ? A l’époque, désormais révolue, où la psychiatrie était fortement imprégnée de culture psychanalytique, aux temps de la psychiatrie de secteur et institutionnelle, on pouvait effectivement se contenter pour ainsi dire d’un tel partage : aux cabinets libéraux les patients suffisamment aisés, aux psychiatres institutionnels les pauvres. Mais la situation a changé du côté de la psychiatrie. Les paradigmes dominants s’articulent sur d’autres concepts que ceux qu’apporte le discours psychanalytique : il s’agit de faire vite et efficacement - au nom d’une certaine rationalité économique qu’on peut considérer comme délirante certes, ce qui ne l’empêche pas d’être fort répandue. Par conséquent, ce partage apparaît comme un partage entre ceux qui ont droit à une analyse et ceux qui n’y ont pas droit. En appeler, comme vous le faîtes, en conclusion de votre réflexion, à la “racaille” (comme Freud l’aurait dit à Ferenczy, dans un contexte qui mériterait tout de même des précisions) et à la “masse” des pauvres en esprit, en ajoutant : “une vérité clinique profonde : celle qui veut que seule une petite, une toute petite, minorité d’hommes soit capable de pensée élevée, de curiosité intellectuelle, de courage psychique, d’un contrôle pulsionnel minimal, de symbolisations stables, bref capable de faire de bons analysants…”, c’est méconnaître une autre vérité, dont j’ignore si elle est profonde, mais qu’on est bien obligé d’admettre : le monde a changé depuis Freud, à tel point que des jeunes gens fort éduqués, fort cultivés, hantent en grand nombre la “masse” des pauvres, de ceux qui n’ont pas les moyens de se payer une analyse. Qu’une minorité d’hommes soit capable de l’élévation d’esprit nécessaire pour faire de bons analysants, j’aurais déjà du mal à le concéder (et même si je le concédais, je trouve maladroit le fait que vous l’énonciez précisément dans ce contexte), mais pourquoi faut-il que vous ajoutiez “toute petite” ? Sur quels chiffres vous fondez-vous pour affirmer cela ? (ou dans quel monde vivons-nous si nous pouvons nous permettre d’affirmer cela sans ambages ?) Sous couvert de réalisme résigné, ces “vérités profondes de la clinique” - qu’on serait bien en peine de vérifier et encore moins de réfuter - me semblent au contraire une autre manière, certes subtile, de pratiquer cet art d’ignorer la pauvreté, en abandonnant a priori ses représentants aux mains des neurosciences ou des chimistes. S’en laver les mains, c’est admettre et conforter une telle division anthropologique.

2° L’autre question que nous devons nous poser, pas seulement en tant que psychanalyste, c’est : qu’est-ce qu’un pauvre ? Et, à revers si j’ose dire, une autre question s’impose : qu’est-ce que la réussite sociale ? Comment réussit-on “malgré tout à s’aménager des conditions d’existence suffisamment bonnes” (je reprends vos mots) ? Les économistes en général - et les politiques malheureusement les suivent docilement sur ce point - se contentent d’avancer là des chiffres : en général, les revenus, forcément inégaux. Certains économistes cependant, vont plus loin, et comme Amartya Sen, produisent des analyses plus fines et cherchent à évaluer l’accès aux libertés réelles (par exemple la capacité à être pris en compte dans les débats collectifs). Les associations de soutien aux pauvres, et certains courants des sciences humaines, s’obstinent à décrire les conditions de vie, sur le registre de l’injustice, de l’émotion. Les dits “pauvres” quant à eux, on ne les entend quasiment pas - ce qui ne signifie pas qu’ils n’aient rien à dire, mais le moins qu’on puisse dire c’est que les dispositifs sociaux ne favorisent pas cette prise de parole (tout au mieux ont-ils des porte-paroles, qui eux-mêmes sont rarement aussi pauvres que ceux au nom de qui ils parlent). Et les psychanalystes ? Qu’auraient-ils à dire de particulier à ce sujet ? A supposer évidemment que les collectifs soient disposés à les écouter (ce qui n’est pas gagné)…

Vous écrivez, avec beaucoup de prudence : “Il est désagréable, mais néanmoins statistiquement vrai de penser que d’une manière générale, les névrosés s’arrangent mieux de la réalité que les états limites… Les états limites que les psychotiques… Cela dit, vient immédiatement à l’esprit toute une série de contre-exemples.” Certes, on peut avec raison avancer des contre-exemples. Certes, il serait insupportablement simpliste de projeter sur la réalité sociale notre antique partage névrose/psychose. Certes, avancer que la structure psychotique n’est pas favorable à la réussite sociale, quand la société concernée est régie par la méritocratie et la compétitivité, c’est sans doute un peu trop évident pour être tout à fait vrai. Il n’empêche: ce n’est pas tout à fait faux. Et si on prend en compte cette proposition pas tout à fait fausse, il y a là matière à lutter contre certains discours qui nous heurtent, ces discours qui naturalisent le pauvre (dans une perspective eugéniste) ou au contraire, mais l’effet de stigmatisation revient au même, l’accusent d’un défaut de volonté (ou de fainéantise). A l’heure où en France une loi vient d’être votée qui assimile les “malades mentaux” à des pré-délinquants, des délinquants en puissance, n’est-il pas urgent, pour la psychanalyse, de chercher à se faire entendre publiquement ? Évidemment, l’engagement dans un débat public implique qu’on laisse au vestiaire certaines de nos rigueurs et notre prudence, qu’on joue le jeu, qu’on se fasse rhéteurs, bref, qu’on fasse de la politique. Le prix à payer est-il trop grand ? Pour en revenir donc à la question posée : la psychanalyse est-elle réservée aux riches ?

Je dirais ceci :

Non, elle n’est pas réservée aux “riches”. De fait, de nombreux analysants ne sont pas riches sans être pauvres. Le mot “riches” ici est à mon sens inutilement provocateur. C’est une banalité de dire que pour se payer une analyse il faut en avoir les moyens : quand on pointe au RMI, dont le montant s’élève (si je puis dire), si on ajoute les allocations logements, à 600 euros (c’est-à-dire tout juste inférieur au seuil de pauvreté déterminé par les institutions européennes), il est impossible de consacrer le moindre cent à une analyse (la totalité de la somme étant avalée par le loyer et les charges). Je sais de quoi je parle. Ça ne signifie absolument pas que la psychanalyse doivent être réservée aux gens qui peuvent se la payer : dire que si le sujet ne peut pas payer, alors il n’est pas une “indication d’analyse“, c’est un sophisme (on pourrait à ce compte, lors de la première séance, se contenter de demander la fiche de paye au patient plutôt que de l’écouter). L’angoisse que provoque l’évidence de la pauvreté chez certains psychanalystes pourrait inciter, sinon à adapter ses pratiques (ce qui n’est pas toujours possible), du moins à affiner ses théories et ses descriptions. On peut s’en arranger à force d’arguties internes au cercle des psychanalystes (et on ne s’en prive pas). On peut aussi affronter de face ou de biais, et à frais nouveaux, la question du rapport du discours psychanalytiques et de la politique.

Complément à “Psychanalyse et pauvreté”

Suite à certains échos et réactions suscités par la publication du texte susdit notamment sur le forum oedipe.org, j’ai été amené à préciser un peu les choses de mon point de vue, et du coup, aller un peu plus loin et différemment. ——————————————————– Je n’ai pas été assez clair concernant ce que j’y entendais par “pauvre” et par “pauvreté” : j’avais choisi de prendre la description donnée par l’Union Européenne du “seuil de pauvreté” : disons qu’un certain nombre d’économistes, de sociologues, de politiques, se sont entendus pour déterminer un tel seuil (autour de 600 euros par mois en France actuellement, c’est-à-dire comme je l’ai rappelé dans le texte, l’équivalent du rmi + les allocations logement à taux plein). Cette description vaut ce qu’elle vaut, on peut en choisir une autre : par exemple : “La vraie pauvreté est celle qui vous conduit au désir d’avoir un désir et à y échouer parfois.” (pour citer IGM). Mais alors, manifestement, on risque de s’engager dans un dialogue de sourds. Parce que les uns et les autres ne parlent pas de de la même chose (pour autant bien sûr qu’on puisse stricto sensu parler de la “même chose” : à tout le moins peut-on essayer de parler “approximativement” de la même chose). Mon propos n’était pas de relancer une énième fois la question du prix de l’analyse. Mais d’essayer de voir si la psychanalyse avait quelque chose à dire au politique. Certains psychanalystes considèrent qu’en tant qu’analyste, ils n’ont rien à dire de particulier au collectif. D’autres au contraire pensent qu’il est urgent que le discours psychanalyste daigne apporter sa pierre à la discussion démocratique. Pourquoi urgent ? J’ai renvoyé au livre de Coupechoux, Un monde de fous, qui dit assez bien comment les “thérapies” de/par la parole sont de moins en moins prises en compte par le politique, et notamment quand on s’adresse aux personnes en situation de détresse sociale. Ce n’est pas nouveau, Bonaffé, Oury et bien d’autres ont tiré la sonette d’alarme depuis longtemps. Pour que la psychanalyse, si on le souhaite, puisse s’inviter à la discussion politique, il faut me semble-t-il dépasser (autant que possible) l’écueil de la spécialisation du vocabulaire. J’entends par “vocabulaire” (j’emprunte ce genre de description à une certaine philosophie du langage) un ensemble de discours, pratiques, sentiments, valeurs, bref, tout ce que le signifiant psychanalyse charrie d’autres signifiants - l’ensemble formant un vocabulaire dont les frontières sont mouvantes au gré des locuteurs, des cultures, de l’histoire etc. Or, le vocabulaire ou plutôt les vocabulaires psychanalytiques, sont d’une complexité extrême - pas tellement à cause du recours fréquent aux néologismes ou autres jeux de langage - mais parce que le ciment qui tient ensemble ces signifiants, c’est-à-dire la clinique, la pratique, suscite une telle complexité. Quand j’ouvre tour à tour un livre écrit par un psychanalyste, par exemple Jean-Pierre Chartier, Introduction à la technique psychanalytique, puis par exemple un livre tel que Frédéric Fanget : Oser, thérapie de la confiance de soi, ou le Guide clinique de thérapie comportementale et cognitive de Ovide et Philippe Fontaine, et si je m’en tiens à une lecture superficielle et naïve, comment ne pas s’étonner de la différence entre ces volumes ? Je parle de la différence de style, des efforts que la lecture requiert, de la complexité des vocabulaires qu’ils constituent. (je garde pour moi ce que je pense vraiment de cette différence - mais disons que le livre de Jean-Pierre Chartier est un de mes livres de chevet).

La complexité et la pluralité de la psychanalyse fait justement sa richesse, et d’une certaine manière la légitime en tant qu’art (je préfère dire “art” plutôt que “savoir” ou “science”). Le problème que je pose ici, c’est la manière dont cette pluralité et cette complexité peuvent servir au politique, c’est-à-dire se manifester sous la forme de propositions intelligibles par les collectifs. Ce n’est pas que les collectifs soient stupides, mais qu’ils sont sous le feux de multiples propositions et donc de multiples vocabulaires, par exemple dans le champ qui nous occupe, celui de la dite “santé mentale” (je ne sais pas bien ce que veut dire ce terme mais disons qu’on l’entend dire), s’entrecroisent des vocabulaires aussi différents que ceux des neurosciences, des sciences cognitives, des psychothérapies diverses et variées, sans parler des intérêts politiques, économiques, etc. Bon d’accord, ça ne fait pas forcément envie d’aller se frotter à un tel brouhaha. Mais ou bien on laisse ces discussions se dérouler sans les psychanalystes (et après on pourra se plaindre (?) de ce que les thérapies de la parole aient disparu complètement du champ de la santé mentale) ou bien on s’y frotte, ce que font un certain nombre de psychiatres formés à la psychanalyse, et on avance avec des propositions.

Si on fait cela, on doit s’attendre à rencontrer un sérieux problème de traduction, pour les raisons que je viens de signaler : déjà qu’il n’est pas facile de lire parallèlement Lacan et Winnicott (ça demande pour le moins un effort d’ajustement si on veut réellement prendre au sérieux ce que les deux racontent)…

Il faut faire au minimum des compromis : accepter provisoirement quelques signifiants communs. Quoiqu’on en pense de la description économique et politique du seuil de pauvreté par exemple, on peut néanmoins essayer de partir de là, au moins à titre provisoire. Si on tient au contraire à préserver une définition comme celle donnée par IGM : “La vraie pauvreté est celle qui vous conduit au désir d’avoir un désir et à y échouer parfois“, je crains qu’on se heurte à de l’intraduisible. Je ne suis pas un idéaliste de la traduction : je crois que ce que nous appelons “traduction” est un compromis pragmatique, un signifiant auquel nous donnons notre assentiment de manière provisoire pour rendre possible une discussion (là encore je suis marqué par les leçons de la philosophie du langage dans la lignée de Wittgenstein, Goodman, Austin, Quine et consorts). Évidemment, si l’on considère a priori que le rôle de la psychanalyse doit se limiter à la sphère de “l’intime”, du “singulier” ou d’une association de psychanalystes, ou d’analysants, ou de ce que vous voudrez, d’un “dedans” dont il y aurait un pendant - le “dehors” (le politique), tout ce que je dis là n’a aucun sens. Ce que je comprends fort bien. mais je ne m’adressais pas à ceux-là.


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