[actu]« contre ceux qui veulent faire du net le terrain de leur utopie libertarienne »
Ouvrons une très brève page consacrée à la sortie du volume III (ou IV) de Hadopi (sorte de navet artistique, avec un scénario cousu de fil blanc, en réalité une réadaptation à peine modifiée d’un autre navet que tout le monde a oublié : DADSVI (I, II et III) : on sait qu’en général les suites sont toujours suspectes, pas moins que les remake, mais quand en plus on produit une suite à partir d’un remake, on peut s’attendre au pire : ce qui est le cas. (signalons également que le réalisateur change à chaque fois : donneudieu de vabres, albanel, mitterrand, habituellement producteurs de série Z, qui s’en sortent immanquablement très mal dès lors qu’on leur propose de tourner avec un gros budget. Comble du malheur, chacun d’entre eux s’évertue à incarner un personnage principal : c’est pas donné à tout le monde d’être à la fois réalisateur et comédien dans son propre film. Bon, des mecs comme Pialat dans À nos amours, ok, c’est fabuleux, mais là on est à des millénaires. Enfin, les studios persistent et signent – sauf que là c’est quand même grosso modo notre fric, alors..)
Enfin quand même ! dans cet océan de nullité, un éclair de génie (probablement involontaire) que je ne résiste pas au plaisir de citer (et HADOPI ne vaut pas mieux que cela, quelques bonnes répliques qu’on peut compiler éventuellement sur des sites de « paroles cultes ») :
« Les artistes se souviendront que nous avons eu le courage politique de rompre enfin avec le laisser-faire et de protéger le droit face à ceux qui veulent faire du net le terrain de leur utopie libertarienne »
from F. Mitterand himself
(Je dois admettre que j’ai trouvé la citation exacte sur un site de liberaux. Délicieux !)
Alors j’aurais aimé savoir ce que le ministre entend par « utopie libertarienne ». Ce n’est pas le mot le plus courant quand il s’agit d’étiquetter les adorateurs de la liberté. Généralement, on s’en prend au « libéralisme », ou, si on a un peu de scrupule ou de doute quant à la bonne définition de « libéral », on dit : « néolibéralisme ». (Je dois préciser que ces dernières lignes valent pour la France, pays où on se méfie énormément des mots qui commencent par liber- . C’est tout à fait étonnant d’ailleurs, vu que des gens comme Adam Smith, John Stuart Mills ou John Rawls ont été traduits en français. Et que l’histoire des idées politiques de notre charmant bout de terre compte tout de même son lot d’excellents penseurs que partout ailleurs on considère comme représentatif de la pensée libérale (à commencer par Montesquieu, qu’on lit pourtant à l’école, B. Constant, Bastiat, Raymond Aron, etc.)
etc.
Autre question : qui sont ceux qui « veulent faire du net le terrain de leur utopie libertarienne » ?
les pirates ? les promoteurs des licences libres (par exemple, du logiciel libre) ?
C’est étrange : j’ai quand même le sentiment que le ministre mélange un peu tout ça. En potassant les dossiers relatifs à Hadopi (et au vu de son ignorance crasse en matière d’informatique, ignorance qui semble constituer un requisit indispensable pour prétendre occuper le poste qu’il occupe), il a probablement noté au passage (peut-être en lisant le texte relatif au « logiciel espion » qui ne pourrait être installé sur Linux) qu’il existait sur notre planète un certain nombre d’individus qui utilisaient des systèmes d’exploitation libres (style linux, bsd etc.), et que ceux là posaient un léger problème (enfin très léger hein, statistiquement, ils comptent pour rien du tout ces « individus ») dans le cadre de l’application du projet Hadopi. Je me demande si son « utopie » vient de là (et même son « libertarien »).
Et cela renvoie à une question amusante : les licences libres c’est de gauche ou de droite ou du centre ou à l’extrème ? Ça penche plutôt du côté de l’économie administrée ? de l’état providence ? ou du libéralisme débridé ? (la réponse est : ça dépend
Bon. Avant que de lire vos commentaires, je dois préciser tout de même à quel point je m’en fiche d’Hadopi, à titre personnel (vu que de toutes façons, c’est quasiment inapplicable, et avant tout « politique », les artistes servant de prétexte dans l’histoire – la toute petite histoire s’entend…). Donc sachons ironie et humour manier.
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8 Responses to “[actu]« contre ceux qui veulent faire du net le terrain de leur utopie libertarienne »”.
Hmmm juste histoire de.
Du coup j’ai cherché un peu pour pas trop avoir l’air con en face d’un néoliberal. Etant relativement inculte, j’ai trouvé facilement de quoi satisfaire ma curiosité :
wikipedia : Libertarianisme.
« Le libéralisme libertarien semble échapper à la dichotomie politique classique gauche/droite de par ses thèses qui le situent à la fois à gauche au plan des libertés individuelles (dépénalisation des drogues, liberté d’expression, liberté d’immigration, liberté sexuelle, refus de la conscription…) et à droite au plan des libertés économiques (respect de la propriété privée, liberté d’entreprendre, libre-échange, réduction drastique de la fiscalité, rejet des politiques étatiques de redistribution…). »
Ca colle bien avec la couleur du nouveau ministre, mi figue, mi raisin, à gauche et à droite, façon 3eme voie. En fait son propos est tres subtilement subversif en plus d’etre d’un rare professionalisme, ce dernier point se traduisant en politique par : dire des trucs capillotractés le cul entre deux chaises. Hmmm belle image.
Bref, je vote pour le raccordement des 2 chaises au 220.
Pour ce qui est de l’université dans laquelle j’ai fait mes études, puis enseigné, au niveau des syndicats étudiants, les libertaires étaient (attention, sans gant et sans faire attention) des anarchistes de gauche, et les libertariens (libéraux, donc), se disaient anarchistes de droite, mais faut pas déconner, il y a quand même un minimum à respecter.
Donc, en gros, à mon sens, le libertarien est d’accord pour faire sauter les règles tant que ça lui profite, à lui, ou à sa petite entreprise (au sens large) et tant pis pour les autres, là où dans la pensée libertaire, la liberté individuelle est un gage d’avancée pour toutes et tous (encore que… des fois, on se demande).
Quand aux libertés sexuelles, dépénalisation des drogues et tout, j’ai un peu du mal à associer ça à ceux des syndicats libertariens que j’ai l’occasion de croiser.
@rtz
cela dit je doute fort que notre ministre de la culture puisse être assimilé à un libertarien lui-même
je dirais plutôt une sorte de simili-aristocrate élitiste
sa référence aux libertariens (que je suppose être sa traduction d’un monde, celui du logiciel libre dont il a à peine entendu parler, mais vraiment à peine) est tout simplement comique et témoigne d’une ignorance dont on a quand même le droit de s’étonner… (encore que, le problème est qu’on ne s’en étonne même plus.. c’est bien ça qui est triste)
C’est son côté Villa Medicis. C’est quand même plus classe d’ampouler les téléchargeurs (oui, on nous ampoule, parfaitement) par les termes d’utopistes libertariens que de « pirates ».
Exemple :
« Vous trouvez ça normal, vous, qu’on laisse des pirates télécharger illégalement le travail des artistes ? Eh ben moi non plus, et vous savez ce que je vais faire, je vais vous le dire [etc.] »
« Est-ce que vous trouvez acceptable que la porte reste ouverte aux utopistes libertariens qui voudraient faire du net leur terrain. »
Je suis pas sûr que ça soit la meilleure stratégie de com’ pour le grand public, cela dit, mais bon, c’est un ministre de la culture, et c’est normal qu’on comprend pas ce qu’y dit, parce qu’on aurait pas été plus intelligent si qu’on aurait rencontré tous les rois qu’il a vu (allez, j’accorde pas le participe, pour l’occasion).
Il y avait un peu de ça chez Aillagon aussi, je trouvais.
oui dana
en fait, j’ai mal formulé mon propos que je voulais plus dans le sens de ‘faire sauter les regles tant que ca lui profite’ comme le dit ORL.
La premiere image qui me vient avec ces mecs, c’est celle de ce gouvernement de tartuffes habillés en guignols et au service du général Alcatraz dans Tintin et les Picaros.
Ce bims sur le telechargement est un faux probleme. Il est posé là pour occuper le terrain, maintenant qu’il a été déblayé par ces utopiste libertariens.
Comme je la lis, la formulation du ministre est habile sur 2 points :
- tout internaute est potentiellement libertarien utopiste : peu de gens comprennent à priori le sens de cette formule (le ministre lui meme…). Elle evoque la liberté et les mondes révés, qui sont 2 caracteres majeurs de l’internet.
mais surtout
- le libertarien utopiste passe de ‘agressé’ à ‘agresseur’, de ‘envahi’, à ‘envahisseur’
Qu’un ministre se la joue avec des mots hasardeux c’est rigolo, ca fait jaser, mais aussi, ca maquille, ca fait diversion. Le vrai propos de cette formule est carrement imperialiste et dans la continuité des ministres précdents. La ligne dure, pour mater la masse. Ca augure de jolis bains de crasse à l’assemblée.
Et d’ici là, les publicitaires occuperont toujours plus de terrain sur le web avec leurs messages « utopistes libertariens » …
Des guignols.
ça, pour « faire diversion » comme tu dis RTZ.. je me demande parfois si la seule méthode de ce gouvernement ne repose pas précisément sur « faire diversion ».. le truc c’est que normalement, quand on fait diversion, c’est qu’on fait quelque chose qu’on ne voudrait pas que les gens voient. Par exemple, pendant qu’on cambriole « réellement » une banque, quelques amis jouent une scène de ménage destroy dans la rue en face (ce qui attire l’attention, fait diversion). Mais quelle est la chose que ce gouvernement fait « réellement » et qui doive être dissimulé par une dviersion ? J’avoue que je vois pas bien (à part peut-être : garder le pouvoir et permettre à ses amis de continuer à s’engraisser ? un truc dans ce goût ? bon.. même les néo-cons américains ont un programme plus « politique » que ça
En fait quand il dit « utopie libertarienne » je vois qu’il fait appel à « l’imaginaire pragmatique » des gens, si vous voyez de quoi je veux parler ^^
il s’en fout qu’on comprenne ce qu’est le libertarisme ou pas, il veux juste que la notion de « Liberté » soit accolé à la notion d’ »Utopie » ce qui est loin d’être idiot quand on veut décribiliser une chose à moindre frais…
ces mots tapent fort dans l’esprit des gens…
…
On a vu depuis, avec l’affaire Polansky, ce que ce que signifie la liberté pour notre ministre de la culture.
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