Sortie de L’Émancipation des domestiques
Dana Hilliot, De l'émancipation des domestiques

Dana Hilliot, De l’Émancipation des domestiques

Ce recueil de 5 textes sort aux Éditions La P’tite Hélène, et il est d’ores et déjà disponible en prévente (et en promotion jusqu’au 4 août). On peut se le procurer ici.

Voici un extrait de la lettre qui accompagnait ce livre pour les éditeurs :

L’Émancipation des domestiques : mes grands-parents du côté paternel ont exercé durant une partie leur vie la profession de domestiques, puis, assez logiquement, sont devenus concierges. J’avais envie de les libérer de cette condition, et de m’en libérer du même coup. D’où ce texte. J’y règle des comptes évidemment (voir la partie concernant la visite du propriétaire), mais pas que : j’y explore également des thèmes qui doivent beaucoup à ce que les anthropologues contemporains (Descola ou Viveros Del Castro par exemple) désignent comme ontologie animiste. Et je suis prêt à défendre l’idée que c’est un texte « écologique » autant que politique, même si on risque de me regarder d’un air bizarre après l’avoir lu. C’est enfin un hommage à deux récits qui m’ont marqué : Le marécage définitif de Giorgio Manganelli, et La Montagne morte de la vie de Michel Bernanos.

Rentrer chez soi s’appuie sur une des innombrables variantes antiques du récit des aventures d’Ulysse (Odysseos) et un passage du mythe d’Er, raconté par Platon dans la République, selon lequel Ulysse, une fois mort, choisit pour se réincarner le corps et le destin qui va avec d’un quidam discret, normal, sans gloire ni fortune. Je m’appuie sur cette possibilité de la personnalité d’Ulysse pour broder quelques fils sur le thème de la tyrannie qu’exercent sur nous autres, pauvres mortels, les motifs des récits dont nous sommes faits. Il est là aussi question d’émancipation donc.

Le Cimetière des écrivains est une pure fantaisie, une parodie de récit d’espionnage. En l’écrivant, je me suis rendu compte que j’étais amené à me laisser aller dans des digressions qui m’ont rappelé le style si amusant de José Saramengo. Là encore, le thème de l’identité est central puisque les personnages du récit s’efforcent de ressembler à ce qu’ils sont censés être ou à ce qu’ils croient qu’ils sont censés être. Si je puis dire. Une histoire d’ « imposteur » donc. C’est aussi une petite blagounette sur les résidences d’écrivains.

Leurs derniers mots reprend quelques fragments qui avaient été publiés dans le volume Sauver sa peau aux Éditions de l’Orpailleur (j’ai compilé, revu et augmenté ces textes afin d’en proposer une nouvelle version ici). Durant un été, ma vie onirique était littéralement bercée par les assassinats de personnalités en vue, assassinats dont j’étais l’auteur (ou, pour être plus précis : le rêveur). Je me suis souvent dit qu’il était heureux, au moins d’une point de vue communautaire, que j’ai finalement décidé de me consacrer à la littérature (plutôt qu’à la profession d’assassin par exemple).

Le Sermon sur la montagne peut se lire comme un récit d’anticipation, qui répond en fait à l’échec d’un essai de 500 pages que j’ai essayé de publier l’année dernière (mais aucun éditeur n’en a voulu – ce sont des choses qui arrivent) intitulé : Vivre ici, chroniques de l’arrière-pays. J’y déployais toutes les ressources de mon pessimisme viscéral pour signifier la fin prochaine des mondes ruraux – ayant vécu 15 ans dans le Cantal, je sais de quoi je parle. Plein de ressentiment après l’échec de cet ouvrage, j’ai écrit ce texte dans lequel un désormais vieillard s’est installé au sommet d’une montagne, plus précisément au refuge du Plomb du Cantal, après qu’un ultime exode rural ait quasiment achevé le processus de dépopulation et d’abandon des arrières-pays. Mais en réalité, ce n’est pas vraiment un récit d’anticipation. De fait, on n’y trouvera ni robots, ni biotechnologies, ni connexions intracérébrales aux réseaux sociaux. Non. Mais pas mal d’animaux, de neige et de méditations sur la philosophie platonicienne. J’y parle aussi de ce que ça fait de penser quand il n’y a plus personne autour pour penser avec (ce qui reste de soi dans ces circonstances et comment éviter de devenir fou quand on est condamné à vieillir et mourir seul), et peut-être aussi une réflexion sur l’amitié. Malgré tout, j’espère que c’est assez drôle.

Quelques clés : tout mon travail littéraire depuis maintenant une dizaine d’années s’articule autour de la question de l’identité – jusqu’à présent, j’ai surtout exploré le registre de la mémoire, de la falsification inconsciente des souvenirs, de la manière dont tout un chacun se compose un récit de soi, provisoire et changeant, qui aide plus ou moins efficacement à vivre ici-bas (un vade-mecum plus ou moins littéraire et plus ou moins inspiré avec lequel on se débrouille faute de mieux). Dans ce recueil, je creuse la question sur le versant de l’imposture, du renoncement à l’idéal (l’idéal du moi pour parler comme les freudiens) jusqu’à la dislocation de l’identité (notamment dans le texte qui ouvre le recueil). Le fait est que je vieillis (j’ai 51 ans), que vieillir constitue une expérience intéressante, laquelle expérience a beaucoup inspiré ces pages.