Regarder des films à succès

Comme je suis un peu fatigué entre mes histoires de chiens qui parlent et mes sorties à ski sur la neige de printemps (laquelle fait de la résistance, faut dire que l’hiver est de retour depuis hier, avec du froid, et un peu de neige), le soir, je m’abandonne et regarde des films cinématographiques.

D’abord j’ai regardé deux films qui traitent avec finesse de sujets extrêmement sérieux :

serveimagebaleLa crise des subprimes vues du côté des traders, des fonds de pension, des banques, des magnats de la finance dans The Big Short, d’Adam Mc Kay – il paraît qu’en voyant ce film, on comprend à peu près tout au fonctionnement de la phynance, mais je crains de ne pas posséder les connexions synaptiques nécessaires à la compréhension des mystères de la circulation de l’argent (sans doute pour la raison que j’ai toujours été plus ou moins dépourvu d’argent – l’argent m’échappe pour tout dire). Christian Bale est génial, le casting fabuleux, le récit polyphonique, ironique et impitoyable pour les banques, les voix off et les apartés à destination du spectateur donnent l’impression qu’on est finalement relativement intelligent – en tous cas pas moins que ces voleurs et ces rapaces. Ça fait du bien, c’est salutaire, jouissif, on a envie de dézinguer tous ces enfoirés – surtout que rien n’a changé à Wall Street.

serveimagespotLe second film traite d’un autre épisode de l’histoire récente : les scandales pédophiles dans l’Église catholique de Boston, la manière dont la hiérarchie épiscopale a dissimulé ces scandales, et celle dont une équipe de journalistes du Boston Globe les a révélés. Spotlight, de Tom McCarthy est austère comme un film de presse des années 70 et on pense très fort à All the President’s Men de Paluka. Rien d’extraordinaire sur le plan cinématographique proprement dit, mais une équipe d’acteurs épatants, et un récit prenant – et là aussi, l’actualité récente ne permet pas de penser que l’Église catholique se soit emparée sérieusement du problème.

Bon, deux films sympathiques, qui traitent du dévoilement d’une vérité cachée, s’en prennent aux pouvoirs établis au nom de la justice, sans sombrer le moins du monde dans les travers du spectacle hollywoodien. Ça fait vraiment du bien.

Hier soir, je me suis lancé dans un film pour lequel j’avais un a priori franchement positif. Pensez-donc ! Un type qui, après avoir été à moitié dévoré par un ours, entreprend de survivre dans le grand nord. C’est forcément mon truc, non ? Alors autant le dire, The Revenant est une daube complète. Un pensum mystico-newage interminable, sans aucune surprise, l’histoire m’a plongé dans un ennui profond. Je plains sincèrement Di Caprio pour avoir été contraint de râler (comme un grizzly) pendant tout le tournage – et quant aux conditions de tournage, on dira ce qu’on voudra, mais n’est pas Werner Herzog qui veut (suffit pas de mettre un acteur célèbre dans un environnement hostile pour faire un grand film) ! Alejandro González Iñárritu essaie d’inventer des nouveaux trucs avec sa camera, mais le résultat est juste ou bien lourdingue ou bien hilarant (le combat final filmé tellement “au plus près” que les acteurs bousculent le cameraman ou bien le dernier regard de Di Caprio qui fixe la camera droit dans les yeux – on se demande où le réalisateur a voulu en venir, et malheureusement, je dois être encore une fois un peu limité intellectuellement – à ma décharge, j’ai le cerveau qui bouillonne pas mal ces derniers jours, c’est peut-être la fatigue -, mais je suis incapable de deviner ce qu’il peut bien avoir en tête).

Alors si vous aimez les techniques de survie dans la pampa, préférez de loin, c’est immensément plus drôle, les épisodes de la série Man versus Wild : au moins, quand je vois Bear Grylls déguster des insectes, boire son urine ou découper la panse d’un animal mort avec son canif, je passe un bon moment.

a2-poster-antartic-boat_smallEt si vous aimez vraiment les paysages du grand nord enneigé, et surtout les montagnes de l’Alaska, mieux vaut mater un bon documentaire d’expédition en snowboard, par exemple ceux de mon idole Xavier de Le Rue. Là vous en prendrez plein la figure de la poudreuse !

serveimageEt enfin, si votre truc à vous, c’est les barbus qui courent dans la neige, alors ne ratez ce chef d’œuvre absolu, tout le contraire point par point du film de Iñárritu, la barbe et l’hiver exceptés, ce bijou minimaliste, d’une austérité et d’une rigueur tellement rares n’est-ce pas, au cinoche, bref, Essential Killing de Jerzy Skolimowski, avec un Vincent Gallo sidérant – film absolument ouvert, qui laisse le spectateur penser librement, qui ne l’assomme pas avec je ne sais quel message ou quelle vérité transcendantale.