Interview absolument passionnante de la journaliste Lisa Hamilton qui travaille sur la Bolivie, et qui a notamment publié une étude intitulée : « The Quinoa Quarrel, Who owns the world’s greatest superfood? », dans Harper’s Magazine.

Pourquoi les indiens boliviens qui font pousser la quinoa à très haute altitude refusent de commercialiser ou de donner leurs graines ? Se sont-ils ralliés au mouvement d’appropriation des semences que Monsanto et consorts nourrissent avec entrain ?

La réponse est bien plus complexe :
1. Les indiens de l’Altiplano (Quechua et Aymara) ne se posaient pas ce genre de questions, et faisaient circuler leurs graines jusqu’à la moitié du vingtième siècle, ces graines constituant une sorte de bien commun. L’irruption d’un objet bien moins abstrait qu’on le suppose, la propriété intellectuelle, est venu modifier cette pratique. Les indiens verraient d’un mauvais œil qu’on s’approprie ce qui autrefois appartenait à tout le monde.
2. Comme l’explique ce paysan qu’a rencontré Lisa Hamilton, le volcan au pied duquel poussent les champs de quinoa, le Thunupa, est considéré ici comme un dieu, et son don le plus précieux est précisément la quinoa. Cette sacralité des graines risque fort de se perdre si les multinationales s’en emparent n’est-ce pas ?

 

SOURCE : “Who owns quinoa?”
by Lynne Rossetto Kasper
The Splendid Table

 

L’article original publié dans Harper’s Magazine.
“The Quinoa Quarrel
Who owns the world’s greatest superfood?”
By Lisa M. Hamilton

À lire aussi (l’article ci-dessus en parle) le paradoxe et les drames liés au succès de cette céréale merveilleuse. Les Nations Unies ont eu la malheureuse idée de déclarer l’année 2013, année de la quinoa. Résultat les prix se sont envolés en même temps que la demande à l’export, et, conséquence terrible et absurde (le marché est absurde dans sa logique même), les boliviens n’ont plus les moyens d’acheter la quinoa qu’ils produisent ! Et donc, la Bolivie doit importer du blé etc. etc.. C’est le drame et la stupidité profonde des mécanismes de marché par lesquels toutes les nations deviennent dépendants les unes des autres, et particulièrement les nations pauvres dépendantes des plus riches — quand bien même elles bénéficiaient autrefois d’une certaine autonomie alimentaire. Vendre à des pays pauvres ses surplus agricoles alors qu’ils n’en avaient en aucun cas besoin en achetant leurs productions autochtones, qui donc peut avoir une idée pareille à part les businessmen de Wall Street ?

SOURCE : “Quinoa’s Global Success Creates Quandary at Home”
by Noah Friedman-Rudovsky for The New York Times (19 mars 2011)

« It has to do with food culture, because if you give the kids toasted quinoa flour, they don’t want it; they want white bread,” said Víctor Hugo Vásquez, vice minister of rural development and agriculture. “If you give them boiled water, sugar and quinoa flour mixed into a drink, they prefer Coca-Cola. »

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