Et un peu de science de maintenant et du futur :
 
La vie ancienne se réveille au milieu du dégel des calottes glaciaires et du pergélisol
 
(..)
 
Comme on le sait peut-être (ou pas) le pergelisol renferme des quantités astronomiques de carbone, qui, s’il venait à fondre, aurait des conséquences extraordinaires (et actuellement impensables) sur le réchauffement climatique.
 
Un excellent article du journal du CNRS faisait le point sur la question. Je copie la remarque d’un expert :
 
« 1 700 milliards de tonnes de carbone d’origine végétale s’y sont accumulées depuis la dernière glaciation, explique Florent Dominé. C’est deux fois plus de carbone que n’en contient actuellement l’atmosphère ! »
 
L’article est à lire ici :
 
Toutefois, les trésors enfouis dans le pergelisol pourraient bien être plus étonnants encore (non, on ne trouvera pas de créatures extraterrestres qui attendaient leur heure pour envahir la planète Terre). Voici la traduction automatique légèrement amélioré d’un papier sorti aujourd’hui sur le Washington Post :
 
“Comme d’habitude, les chercheurs recherchaient des organismes unicellulaires, les seules formes de vie considérées comme viables après des millénaires enfermés dans le pergélisol. Ils ont placé le produit congelé sur des boîtes de Pétri dans leur laboratoire de température ambiante et ont remarqué quelque chose d’étrange. Parmi les bactéries et les amibes chétives, il y avait de longs vers segmentés avec une tête à un bout et un anus à l’autre – des nématodes.
 
“Bien sûr, nous avons été surpris et très excités”, a déclaré Vishnivetskaya. Les nématodes qui revenaient à la vie étaient des créatures des plus complexes que Vishnivetskaya – ou qui que ce soit d’autre – avait jamais ressuscité après une aussi longue gelée.
 
Elle a estimé qu’un de ces nématode avait 41 000 ans – de loin le plus vieil animal vivant jamais découvert. Ce ver, qui vivait dans le sol sous les pieds de l’homme de Néandertal, avait survécu dans le laboratoire de haute technologie de Vishnivetskaya pour rencontrer des humains modernes.
 
Les experts ont suggéré que les nématodes sont bien équipés pour supporter les millénaires emprisonnés dans le pergélisol. “Ces “buggers” survivent à peu près à tout”, a déclaré Gaétan Borgonie, chercheur en nématodes chez Extreme Life Isyensya à Gentbrugge (Belgique), qui n’a pas participé à l’étude de Vishnivetskaya. Il a déclaré que les nématodes sont omniprésents dans les divers habitats de la Terre. Borgonie a trouvé des communautés de nématodes fourmillantes à deux milles de la surface de la Terre, dans des puits de mines en Afrique du Sud, avec très peu d’oxygène et une chaleur brûlante.
 
Lorsque les conditions environnementales se détériorent, certaines espèces de nématodes peuvent sombrer dans un état de léthargie appelé le stade dauer – dauer signifie durée – en allemand – dans lequel elles préviennent de s’alimenter et développent un revêtement protecteur qui les protège des conditions extrêmes.
 
Vishnivetskaya ne sait pas si les nématodes que son équipe a retirés du pergélisol ont passé les époques au stade dauer. Mais elle a supposé que les nématodes pourraient théoriquement survivre indéfiniment s’ils étaient gelés de manière stable. “Ils peuvent durer un certain nombre d’années si leurs cellules restent intactes”, a-t-elle déclaré.
 
Borgonie accepte. Bien qu’il ait reconnu que la découverte de nématodes âgés du Pléistocène était “une énorme surprise”, a-t-il déclaré, “s’ils survivaient à 41 000 ans, je n’ai aucune idée de ce que représente la limite supérieure”.
 
Il considère l’endurance virtuose des nématodes dans un contexte cosmique. “C’est une très bonne nouvelle pour le système solaire”, a déclaré Borgonie, qui estime que ces exploits de survie pourraient laisser présager de la vie sur d’autres planètes.
 
Ici sur Terre, de nombreuses espèces sont en voie d’extinction alors que les humains perturbent le climat mondial. Mais près des pôles de dégel, quelques organismes robustes révèlent une endurance incroyable. C’est un évangile écologique que certaines créatures – des oiseaux aux papillons en passant par les gnous – survivent en migrant de vastes distances dangereuses pour trouver un habitat favorable. Des découvertes plus récentes suggèrent un autre mode de migration: à travers le temps.
 
Après un sommeil prolongé dans les franges glacées de la Terre, les bactéries, les mousses et les nématodes se réveillent dans une nouvelle époque géologique. Et pour ces modèles d’endurance, le temps est propice.”
 
——————-
 
Bien des remarques me viennent au sujet de cet article. Le point de vue “cosmique” du chercheur belge (la vie pourrait reprendre sur une autre planète grâce à ce genre d’organisme “éternels”. Certes, mais ça nous fait un peu une belle jambe quand même. On lira à ce sujet les pages de Mickaël Foessel, Après la fin du monde, critique de la raison apocalyptique sur le tendance écologique à considérer la Vie comme un bien en soi – mais la vie ne fait pas un monde etc..)
 
On cherche espoir dans des super formes de “résilience” pour utiliser un mot à la mode (que je n’aime pas du tout pour des tas de raisons), afin de trouver cette étrange espérance qui ferait des nématodes le futur de… je ne sais quoi au juste, pas de l’humanité en tous cas. Et je ne vois pas bien ce qu’on peut déduire de la super-résilience des nématodes pour ce qui nous concerne quand même au premier chef…
 
Le temps justement, c’est notre problème. Les perspectives dessinées par les scientifiques, non seulement ôtent toute espérance dans un futur radieux, et annoncent une succession de “pertes de mondes” (concept que je me réserve, please, pour un prochain essai), en quoi consistera la fameuse fin du monde dont nous ne savons en vérité que penser (alors que perdre un monde, ça oui, nous connaissons). Mais surtout, ils fixent non pas une date précise (comme les millénaristes, qui eux, peuvent toujours conserver l’espoir de sauver leur gueule d’élus) mais au moins une échéance (car la fin du monde, ou plutôt cette succession de pertes de monde durera assez longtemps pour que tout un chacun en éprouve les effets durant le bref temps de son existence). Or, contrairement aux nématodes, nous (quel que soit ce que vous mettez exactement dans ce “nous”) n’avons pas beaucoup de temps (quelques générations sans doute).
 
L’article est donc assez abyssal dans ces conclusions. Un exemple assez frappant de ce qu’on pourrait appeler de la “pure ecology”.