Les crises (coup d’état, conflits armés, crises alimentaires, financières, sanitaires, catastrophes naturelles) sont aussi, et immanquablement, des opportunités pour le business (déclencher plus ou moins directement un conflit fait partie de la panoplie des “interventions économiques” des régimes démocratiques libéraux et illibéraux). Mais également, ce qu’on oublie parfois, des opportunités pour les gouvernements de mettre un tour de vis supplémentaire sur leurs opposants politiques(réels ou potentiels) ou des populations indésirables, minoritaires ou déjà opprimées. Comme le rappellent Stan et Paul Cox dans leur ouvrage que j’avais déjà cité “How the world breaks”, quand l’État fait intervenir l’armée, sous prétexte d’aide humanitaire dans des régions touchées par des catastrophes naturelles, l’occasion est belle d’en profiter pour mettre au pas d’éventuels ferments de rébellion vis-à-vis du pouvoir.

La crise sanitaire qu’une grande partie du monde connaît depuis six mois n’échappe pas à la règle : c’est flagrant dans les pays totalitaires et autoritaires, et le confinement d’Ürümqi par le pouvoir Chinois ne dupera (je l’espère) personne – l’épidémie n’est ici qu’un prétexte pour accentuer encore l’oppression des Ouïgours. Mais cet exemple est l’arbre qui cache la forêt : partout dans le monde, et pas seulement dans les régimes totalitaires ou autoritaires, mais aussi dans certaines démocraties “illibérales”, je pense par exemple à de nombreux pays d’Amérique Latine, la gestion de la pandémie s’apparente à ce qu’on peut appeler un nettoyage ethnique – touchant les populations les plus pauvres ou les minorités (migrants ou indigènes).

Sans parler des restrictions supplémentaires concernant les libertés de mobilité ou d’expression, et les “opportunités” de contrôle à la Chinoise – via les objets connectés etc..

Nos démocraties libérales à l’Européenne ne sont pas exemptes de reproches à ce niveau, même s’il faut grandement relativiser (ne serait-ce que par décence : plusieurs milliards d’êtres humains actuellement ont de bonnes raisons d’envier notre situation – et dans de nombreux pays, publier un message comme celui-ci m’enverrait directement en prison). La police a utilisé la crise sanitaire, et le panel de nouvelles contraintes (port du masque, limitation des regroupement, limitation de la mobilité) qui l’accompagne, pour harceler, dans certains quartiers pauvres, les populations. Et on a quelques exemples de contrôle zélés aboutissant à des condamnations kafkaïennes , au prétexte de la lutte contre la propagation du virus, chez des groupes d’activistes écologistes ou d’extrême gauche. C’est là un grand classique, mais qui ne touche qu’une infime minorité de la population Française – et nous demeurons, du moins en Europe de l’ouest, fort éloignés des pratiques ayant cours dans la plupart des nations du monde – ce qui n’est pas une raison pour ne pas les dénoncer.

Ci-dessous, un dossier fouillé sur la situation au Chili, qui évoque (même si ce n’est pas le coeur de l’article) la manière dont la gestion de la crise sanitaire est utilisée par le pouvoir dans une perspective franchement xénophobe – les Mapuches et les migrants sont les premiers touchés.