Il est 3 heures du matin. On a traîné longtemps sur la berge avec Mademoiselle Iris, après le repas du soir : elle chassait les zoziaux qui volaient en rasant le sable, et, inspiré que j’étais, j’écrivais quelques pages de Moldanau (ha, je découvre chaque jour de remarquables aspects de cette bourgade oubliée ! Je vais caler dans le livre une manière de guide Baedeker, juste parce que ça m’amuse). À la vingt-troisième heure, une demi-lune ayant pris la place du soleil de mai, la pénombre plutôt que l’obscurité s’installe et nous voilà bientôt sous la tente, je lis durant une bonne heure tandis qu’Iris observe les fantômes alentours par la moustiquaire. On s’endort enfin, brièvement. À la première heure du mois de juin, pris tous deux d’une envie pressante (et aussi parce que c’est si excitant d’être dehors en montagne à cette heure-ci), nous revoilà dehors, pas besoin de lampe de poche, la lune suffit bien, Iris va s’abreuver dans un des nombreux ruisselets qui coulent autour du campement, et je m’efforce d’identifier les ombres massives qui sont descendues depuis la forêt de l’autre côté du lac. Allez ! Retour au dodo ! On s’endort apparemment pour de bon. Mais c’est sans compter, à 3 heures donc, cet aboiement rauque à deux pas de la tente qui nous réveille en sursaut : un chevreuil, manifestement défoncé à la bourdaine, s’est lancé dans une divagation nocturne et néanmoins bruyante – Iris se dresse sur son séant, peu rassurée, et j’enregistre depuis mon duvet (un peu tard malheureusement, car le joyeux cervidé s’est déjà éloigné). Une bonne quinzaine de minutes d’un boucan pas possible. Après quoi, vers 5 heures, une belle averse s’abat sur notre abri – les grondements des cieux peinent à se faire entendre dans ce déferlement sonore. Dormirons-nous enfin ? Un petit peu oui. Mais le soleil se lève déjà, on y voit comme en plein jour, on n’y tient plus, debout, et, après avoir levé le camp en toute hâte, rapport aux moustiques qui ont eux aussi attaqué leur journée de moustiques, on file dans la fraîcheur en forêt, vers le col des Alebasses et retour au col des Pradeaux. Quelques pêcheurs ont déjà grimpé jusqu’au lac pour y passer une longue journée contemplative – on en croise deux, canne à pêche sur l’épaule, qui se réjouissent qu’on ne puisse pas ici accéder en voiture. Je m’en réjouis tout autant !